Ou lie " Mascar -, campement à demeure, cascrnemenl
Il se produisit dès 1831 ou 1832, quand ses Hachem l'eurent proclamé Sultan des Arabes; puis il entra dans Mascara, pauvre en argent', richissime en ambition. Au lieu de le traiter ainsi qu'il pouvait l'être, en jeune présomptueux n'ayant derrière lui qu'une tribu de toutes les autres tribus ennemie — car il n'y a chez les Arabes ni fraternité, ni solidarité, ni patriotisme — la France prit peur et, de lâchetés en lâchetés, elle en fit le Jugurtha moderne, fourbe et cruel autant que l'antique, et comme lui soupeseur de consciences : s'il n'acheta pas les Parisiens, de même que l'autre parlait d'acheter les Romains, c'est parce qu'il n'avait pas de trésor et que
les Français n'étaient pas à vendre.
Qu'était-il à son « aurore »? L'élu de quelques centaines de cavaliers de l'Oranie centrale contre lequel s'élevaient déjà d'autres cavaliers de tribus dont les chefs redoutaient sa ruse, son masque religieux, sa soif de pouvoir. Un léger effort de la France eût suffi pour le replonger dans son néant; des chefs plus puissants que lui n'attendaient qu'un signe : ils avaient hâte de pendre sa tête coupée à l'arçon de leur selle.
Mais on crut à ses hâbleries. Un premier traité ^ des plus honteux pour la France qui en a tant signé d'ignominieux, même après des victoires, donna corps au fantôme. Le petit « guerrillero » des Ilachem, impuissant devant le plus misérable village entouré d'un mur, devint du matin au soir le sultan de Mascara et de toute ville entre le Maroc et Alger, sauf Oran, Arzeu et Mostaganem. Si Constantine et Tunis avaient été par malheur déjà françaises, peut-être qu'on lui en aurait aussi fait présent. En 1837 un traité non moins abject^ lui confirma ce domaine, les trois places du littoral oranais restant chose de France.
Justement quand l'astre dAbd-el-Kader se levait à l'occident, l'astre du pacha de Constantine descendait sous l'horizon d'Orient.
En 1836 un maréchal était monté contre ce pacha pour lui prendre sa ville aérienne, sur le rocher du grand précipice. Ce maréchal, Clauzel, avait lutté sous Napoléon contre l'Europe coalisée; c'était un vrai capitaine de guerre. Mais on ne lui prêta que quelques mille hommes quand il fallait un corps d'armée. Trop faible, il fut imprudent. Très dur est quelquefois l'automne africain sur les hauts plateaux de la Numidie; or il partit de Bône, en novembre, mois climatérique en Algérie. C'est alors en certaines années un changement inou'i où quelques heures suffisent : on haletait sur une terre parcheminée d'où montait autant
Abd-el-Kader.
(Pholo Carjat.)
i. 11 n'avait qu'une pièce nouée dans le coin de son burnous.
2. Dit traité Desmichels, du nom du général qui le conclut en 183i.
3. Dit traité de la Tafna, de ce qu'il fut conclu prés du rivage de ce fleuve.
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de chaleur qu'il en descendait d'un ciel tout de flamme sans nuage depuis cent à deux centsaurores; pas un souffle dans l'air, pas une source, et rien dans les oueds, pas même au carrefour de deux rivières. Puis tout à coup c'est comme si l'on avait fait mille lieues vers l'un de ces pays où la pluie tombe infatigablement d'un ciel afl"reux, livide et désespéré; ou vers une région polaire, toute blanche de neige et froide à mourir. Dans les vallées basses, où presque jamais il ne neige, c'est la pluie qui s'empare ainsi brusquement de la A'oùte africaine; sûr le plateau, la montagne, c'est le flocon glacé. Nos soldats eurent l'une et l'autre dans leur douloureux voyage sur les terres qu'on gravit à partir du val de Guelma jusqu'au faîte entre la Seybouse et le Houmel: et de même, gelés jusqu'aux os, ils grelottèrent de ce faîte jusqu'à Constantine, ville « supérieure » ayant quelque six cents mètres de moyenne altitude.
Le temps était beau quand la petite armée, moins de 9 000 hommes avec Ki canons, quitta Bône, alors prodigieusement malsaine; car la « cité coquette » a fait comme Boufarik, elle a d'abord peuplé son cimetière.
Mais bientôt le soldat put dire : « Mahomet est de semaine! » Mots qu'il a criés souvent dans les marches forcées, les épidémies, les fièvres, les désastres : opposant le prophète des Arabes au dieu des .Chrétiens, les Français entendaient par là que le ciel, la terre, l'air, les .. , , .
' ^ . Mai-echal Bugcaud.
éléments semblaient conspirer pour le triomple des (Photo du portrait peint par Larivière. Musée
de Versailles. ) « Ismaélites ».
Jamais ils n'eurent à le crier si fort qu'à l'aller, puis au retour de cette abominable expédition. Mahomet fut de semaine. La neige suivait la pluie, ou la pluie la neige; on couchait dan& la boue, on se réveillait raidi, ou l'on ne se réveillait pas.
Cependant l'armée vit Constantine, elle la toucha presque de la main après avoir franchi le Bou-Merzoug démesurément enflé par l'orage. Le maréchal tenta de forcer la place : il ne la força point, et l'inclémence de la saison fit du retour à la côte une petite retraite de Russie.
L'année suivante, une autre armée s'achemina vers Cirta. Le 1.3 octobre 1837, la ville fut envahie, clairons sonnants, par la brèche, puis on se tua dans les ruelles, en des combats à la Saragosse. C'était (dit-on) le quatre-vingt-unième siège de Constantine.
Le général qui conclut avec Abd-el-Kader la honteuse paix de la Tafna n'en était pas moins un grand homme, d'une intelligence, d'une lucidité, d'un bon sens extraordinaires. S'il avait signé ce traité, c'est qu il ne connaissait pas l'Afrique, qu'il ne l'aimait point, qu'il était partisan de l'abandon, qu'il espérait plaire à son gouvernement en traitant à tout prix. Puis, s'il fit Abd-el-Kader, il le défit.
Thomas Bugeaud de la Piconnerie, plus tard duc d'Isly, maréchal de France, grisonnait déjà quand le sort le mit aux prises avec Abd-el-Kader, de vingt-trois ans plus jeune et dans toute la force, l'agilité de sa virilité brune.
Né en 1784, il était Limousin-Périgourdin par son père, Irlandais par sa mère. H vint au jour à Limoges, mais il passa son enfance, son adolescence et, plus tard, ce que la guerre et Paris ne lui prirent pas de son âge mûr et de sa vieillesse, au bord d'une rivière de la terre à porcelaine, la Loue, flot rougeâtre qui descend à l'Isle de Périgueux. Il vit Austerlitz et la grande guerre; il lutta de coups de main et d'embuscades avec les guérilleros pendant la conquête et la perte de l'Espagne, dans la plus qu'âpre Catalogne; il y apprit, à Lérida, à Tortose, à Tarragonè, comment on emporte les villes fortes, même celles des plus durs Ibères. 1813 le vit colonel; 1830 le fit général.
La paix de 1837, plus que « boiteuse et mal assise », dura deux ans, dont Abd-el-Kader ne passa pas une journée sans aiguiser soigneusement son sabre contre la France. Ses rets tendus, pensant qu'il entraverait lès « Fils de la puissance' », il proclama la guerre sainte contre l'infidèle; bataille de huit ans qui tourna contre lui. Cependant sa tactique était parfaite, conforme au pays, au climat, au peuple : il combattit comme les vieux Numides contre les Carthaginois ou les Romains; et comme les Parthes, sinon qu'en tournant bride ses « irréguliers » ne lançaient pas la flèche, car c'étaient des « hommes du mkhalla' ».
Attirer les Français dans l'intérieur des monts inextricables, loin des eaux, loin des villes, si possible dans un désert, un cul-de-sac, un marais, un coupe-gorge ; faire le vide autour d'eux; les affamer; les harceler sur les flancs pendant la marche; détruire leur arrière-garde pendant la retraite; compter sur le soleil, sur la soif et la fièvre comme sur les trois meiUeurs ministres de sa revanche ; quand des tribus avaient demandé l'aman ', en susciter d'autres contre nous; et lorsque les Arabes oranais et algériens furent épuisés, lever en face du Roumi tout le Maroc de l'empereur au grand parasol; voilà ce qu'il fit infatigablement, selon qu'il l'écrivait un jour à Bugeaud :
« Tu me proposes la paix, mais je n'accepte pas tes conditions. Tu me suivras, dis-tu, jusqu'au Désert; tu m'annonces que tu brûleras les moissons si je ne t'affronte pas en bataille rangée. Mais la terre est grande. Moi, je puis m'en aller; toi, tu ne peux m'atteindre. Que peux-tu emporter de vivres? Je le sais aussi bien que toi : pour treize jours de marche en avant et treize jours de marche en arrière — en tout vingt-six; pas plus. Eh bien! poursuis-moi! Je te fuierai, car mon armée ne vaut pas ton armée. Mais sache que je ferai le vide devant toi. Dès que tu cesseras d'avancer, je cesserai de fuir, et je m'arrêterai pour te guetter. Dès que, n'ayant plus assez de vivres, tu reculeras, je tomberai sur ton arrière-garde et je la décimerai; si tu te retournes contre moi, je reprendrai ma course. Tu prétends que tu mettras la flamme