‹ Algérie et TunisieChapitre 21 sur 107 · Le pardon, la paix · texte numérisé non relu

Le pardon, la paix

aux blés et aux orges. Eh bien, écoute-moi : pour le quart de ce que te coûtera cette campagne, je me charge de brûler le double de tout ce que ton armée pourra livrer au feu ! »

Mais Thomas Bugeaud de la Piconnerie ne lui laissa pas un moment de repos. Il lui prit toutes ses villes et en tourna la force contre lui ; il le chassa de tous ses camps, lui razzia toutes ses tribus; il rétrécit de plus en plus l'aire où chevauchait la cavalerie de Jugurlha-ben- Mahi-ed-Din, et finit par le jeter haletant sur la terre de Maroc.

En vain les Marocains prirent fait et cause pour notre ennemi, pensant renouveler contre les « incirconcis » les exploits de leurs ancêtres contre les Espagnols au temps des Almoravides et des Almohades; la petite phalange de Bugeaud dispersa leurs escadrons dans les plaines de l'Isly, oued qui n'est pas encore français, mais ne saurait beaucoup tarder à l'être (août 1844). De cette victoire la France ne profita point comme elle eût dû contre le Maroc; mais ce fut la fin d'Abd-el-Kader en tant que prince des Arabes.

La bataille de l'Isly mise à part, trois dates marquent la décroissante fortune du Serviteur du Tout-Puissant' : la destruction des Hachem (1842), la prise de la Smala (1843), la soumissioij à la France (1847).

Depuis déjà dix années les Hachem avaient obstinément suivi la vagabonde étoile, maintenant obscurcie, qu'ils avaient eux-mêmes allumée dans le firmament de l'Islam, alors qu'ils firent d'Abd-el-Kader leur sultan exalté, défenseur et propagateur de la Foi.

Tribu des plus illustres, ils n'étaient point entièrement Arabes, encore qu'ils donnassent tout leur sang au chérif qui prétendait lutter pour la doctrine du Livre. Ainsi que presque toutes les peuplades du Maghreb, ils avaient poussé de la souche berbère, de la racine des Zénata, l'une des grandes familles de la race. Mais ils s'arabophonisèrent, en même temps qu'il s'arabisaient peu ou prou par des mélanges individuels et par l'accession de douars'' issus de l'invasion des Hilaliens.

Plus tard, encore berbérisants, ou désormais arabisants, on ne sait, l'histoire nous les montre devenus en Oranie le bras droit des émirs de TIemcen, quand cette ville, qui est vraiment une acropole centrale de l'Atlantide, se taillait un empire dont on pouvait penser qu'il couvrirait tout l'Atlas — car il était à la fois cismalouïen et transmalouïen '\ tel que l'aurait sans doute conquis l'Odjac si le hasard eût offert Cran et non pas El-Djézaïr au plus âgé des deux Barberoqsse. Alger n'est point au lieu d'équilibre de l'Afrique du Nord : en réalité ville des Chéraga*, elle n'a guère à son levant qu'un tiers du Tell, tandis qu'à 400 kilomètres plus loin vers le couchant. Cran marque la moitié du littoral barbaresque, avec autant ou presque autant de Tell et de Steppe à l'orient qu'à l'occident. Pour définir exactement les choses, le Maroc ne pèse pas moins dans la balance que l'Algérie unie à la Tunisie; et leanilieu du pays

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