Oued el-Hammam, plus bas llabra
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temps que de son peuple, quand les Hacheni et les Réni-xVmer lui crièrent : « Tu es notre maître! »
La prise de la Smala dispersa mille tentes, vingt mille personnes, dont un quart de guerriers, petit peuple en marche; ou plutôt en fuite, puisque Abd-el-Kader reculait, après avoir perdu toutes ses villes : Mascara, sa capitale bien-aimée; Takdempt, sa citadelle dans les rochers de la haute Mina; Tiaret; Saïda; Taza, prison des Français qui lui tombaient dans les mains; Boghar, qui commande le grand coude où le Chéliff des Steppes devient le Chéliff du Tell. Tous ses forts lui avaient été ravis et il s'en allait au Sahara, là où, dit l'Arabe, l'homme est loin de son pain et près de sa soif.
Ainsi veuf de tous ses refuges, la Smala qu'il traînait après lui était pour lui comme un monde où il avait à la fois sa force militaire, ses gardes du corps, sa cavalerie, son trésor, «es fidèles et sa famille, « rafraîchissement de son œil ».
Tout cela lui manqua d'une heure à l'autre, par le fait d'une surprise où la bravoure insensée triompha : les femmes de la Smala pouvaient à elles seules « étrangler avec leurs jarretières » les 300 cavaliers du duc d'Aumale, lâchés, bride abattue, sur le camp volant de l'émir.
C'était sur les Hauts-Plateaux, par 8.30 mètres d'altitude, dans un marais dont des coteaux chauves, pierreux, jaunes, mélancoliquement laids, cernent le morne horizon; mais une source précieuse y monte du sein de la terre; elle verse assez d'eau pure pour abreuver toute une armée, hommes et chevaux. Cette source, c'est Aïn-Taguin; son palus méphitique retient de ses joncs, de sa boue, de ses trous de piétinement, un ruisseau qui descend vers un autre ruisseau que souvent la sécheresse habite; or ce ruisseau, l'Oued-Taguin, se nomme plus bas Chéliff, et l'Algérie n'a pas de plus grand fleuve. Les 300 cavaliers passèrent comme un ouragan et rompirent ce peuple épouvanté, dans la confusion de tous ses éléments, enfants, femmes, vieillards, hommes, cavalerie, troupeaux.
Après la bataille de l'Isly, le fils de Mahi-ed-Din fut à la fois traqué dans l'Algéri'e occidentale et dans le Maroc oriental, sur la Tafiia et sur la Malou'ia — à l'est, et vigoureusement, par les Français; à. l'ouest, et mollement, par les Marocains, ses confrères en la Foi. — De semaine en semaine, de jour en jour, sa troupe s'amenuisait, et « le sultan né sous les palmes, le compagnon
Vue de Taguin où eut lieu la prise de la Smala en 1816. (Dessin de Bouclier.)
des lions roux ' » finit par n'être qu'un grand détrousseur de sentiers, un homme d'embuscades, qui ouvrit encore la tombe noire à des centaines d'Arabes et de Français, notamment dans le célèbre guet-apens de Sidi-Brahim.
Il attira 410 cavaliers dans une gorge des Monts du Kermès (Filaousenj, non loin de Nemours, et les massacra, sauf 14 qui s'échappèrent, ils ne surent trop comment, après trois jours de bataille. Leur chef était Lucien de Montagnac, âme de fer dans un corps d'acier : frappé au ventre, retenant de la main ses entrailles au large trou de sa blessure, tout rouge du sang de sa mort, il poussait encore son cheval au galop de charge sur les fatales collines de Sidi-Brahim.
Ce fut un triomphe inutile du sabre courbe sur la baïonnette, car là même, et moins de deux ans après, Abd-el-Kador, chassé de partout et n'ayant plus une pierre où reposer sa tête, tendit son yatagan au général Lamoricière, à l'ombre du palmier de la koubba, à côté de la lisière des deux éléments qu'il avait si fièrement divisés douze ans auparavant, quand il écrivait au comte d'Erlon, général-gouverneur : « A toi la Mer, à moi la Terre! »
Or voici ce que vit Paris quelques années après que le chérif eut obtenu l'aman, un jour de premier janvier. Une calèche aux superbes chevaux sortit de la cour des Tuileries, alors encore debout, et, en tournant à la sortie, ses roues éclaboussèrent un passant. Ce passant, c'était l'aveugle niomentané de Constantine ■, c'était un héros, Lamoricière, et cet Arabe au haïk blanc comme la neige, fier dans sa voiture de gala, c'était Abd-el-Kader, annuellement pensionné de cent mille francs par la France; c'était je « tigre aux narines froncées », le Hachem qui, « tranquille, montrait aux étoiles ses mains teintes de sang humain^ », sang arabe et "berbère autant que sang français. Or, Abd-el-Kader nous avait fait la guerre pendant quinze ans; il avait rompu les traités et décapité ses prisonniers français, dont 107 en une seule fois (18.39), qui dorment leur dernier sommeil entre l'Atlas de Blida et le Sahel de Coléa, au milieu de la Métidja, dans l'ancien camp de l'Oued-el-Alleug.
Abd-el-Kader pris, la conquête était achevée, à part quelques djebels, dont le plus ardu, jusqu'alors franc et libre, le Jurjura, se soumit en 18o7. Mais en 1871 une grande révolte secoua toute la province de Constantine, toutes les « kabylies » à l'orient d'Alger, et menaça même la blanche capitale. Par hasard l'occident ne bougea pas; le Chélilî, les montagnes du Titteri, le Dahra, l'Ouaransénis, les monts de Tlemcen, les pays qu'Abd-el-Kader avait armés contre nous ne jetèrent pas un seul homme sur les Roumis abominés. Ce soulèvement eut pour chef un homme de grande tente, d'origine berbère, ainsi que le prouve son nom de Mokhrani, corruption d'amokran, mot kabyle qui veut dire « grand ».
Mokhrani, prince de la Medjana, fut un Abd-el-Kader de très courte durée. Une balle de fusil le coucha par terre dans l'un des premiers combats de la révolte, près de l'Oued Soufflât,