‹ Algérie et TunisieChapitre 27 sur 107 · Le chrétien · texte numérisé non relu

Le chrétien

1 GOO tentes. Sa route sera comme suit : un col du Haut-Atlas; Maroc, d'où l'Almoravide, puis l'Almohade humilièrent le Roumi; Fès, aussi glorieuse que Maroc et qui suscita comme elle deux grandes dynasties, les Edrisites et les Mérinites, hostiles au peuple impie qui ne se tourne point vers La Mecque; ïlemcen, la capitale des Abd-el-Ouadites; Oran, qui, sous les Espagnols, puis les Français, fut trop longtemps chrétienne; Alger, « qui règne sur le pays de la chaux »; Tunis, où sa domination sera de quarante années d'après certains vaticinateurs, de cinq, de sept ou de neuf, suivant d'autres; là il mourra.

Alors surgira, plus nombreuse que les grains de sable de la mer ou que ceux de l'Areg, la sauvage cohue des Jadjoudjaoumadjoudja; ayant soulevé la dalle de fer, immensément lourde, qui Temprisonnait dans l'ombre, entre deux roches hautes comme des monts, ce peuple débordera sur la Terre; il sera semblable à l'escadron volant des sauterelles.

Un autre Maître de l'Heure, plus fort que l'exterminateur des Roumis, descendra du Ciel. Ce Moul-es-Saâ, nous le connaissons autant que les gens de l'Islam, puisqu'il a nom Sidna-Aïssa, ou Notre-Seigneur Jésus. l\ tuera jusqu'au dernier les Jadjoudjaoumadjoudja; mais, bien que venu d'en haut, de la gloire de Dieu, Sidna-Aïssa n'en mourra pas moins après avoir rempli de félicité le monde sauvé par lui. La Mecque recueillera son dernier soupir; et la race humaine, devenue stérile, s'acheminera vers ses derniers tombeaux. C'est tout un Apocal)'pse.

D'Abd-el-Kadcr, de Bou-Maza, de Moulai-Mohammed, de Bou-Baghla, de Mokhrani, de Bou-Amama, de vingt autres, l'Arabe a cru qu'ils étaient les Maîtres de l'Heure. A tel mauvais marabout il a suffi d'un rêve pour qu'il s'imaginât être le Puissant de la Montagne d'Or; puis un hasard, une escarmouche heureuse, un pillage, une apparence de prodige, le sacra 3Ioul-es-Saâ pour quelques jours ou pour quelques semaines. Mais le châtiment suivit toujours, le plus souvent de très près, ou l'erreur ou la tromperie du Mohammed-ben-Abdallah; il arriva plus d'une fois que le fusil de l'incirconcis tua justement, et parmi les premiers, celui qui, délégué de Dieu, avait mis sa horde à l'épreuve de la balle en même temps qu'il avait obtenu du seul Vrai, du seul Durable, des légions d'anges combattant invisiblement pour lui.

« Ce n'était pas là le vrai Maître de l'Heure, dit l'Arabe. Puisque les Mécréants l'ont vaincu, il est visible que le Puissant ne lui a point prêté la force de son bras. Mais qu'importe! Allah est le plus grand! Il enverraquand il voudra le bourreau de ses vengeances; bientôt sans doute, demain peut-être. » Et, ce disant, il pointe un doigt vers le ciel. En attendant ce grand justicier, l'Afrique musulmane s'agite spasmodiquement dans l'ombre.

Mais elle compte de moins en moins sur le Maître de llleure : Khouans ou frères des divers ordres religieux; Aïssaouas mangeurs de verre, lécheurs de -feu, baiseurs de serpents, thaumaturges convulsionnaires, disciples d'un Jésus' qui n'est pas celui des Chrétiens; fakirs ou pauvres dont un tantinet voudrait bien ne plus l'être; derviches humbles comme le seuil de la porte, ainsi que l'indique leur nom d'origine persane; et ceux qui font à la source, à l'oued, au

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