‹ Algérie et TunisieChapitre 4 sur 107 · Tanger · texte numérisé non relu

Tanger

faite de l'obscur travail des Africains, seuls ou presque seuls ouvriers du sol. En réalité, Rome ne fut pas colonisatrice; elle asservit; elle tint d'une main dure, sans broncher; elle administra savamriient.

Elle ne se soucia point de tenir le serment d'Annibal la veille du jour où il écrasa les Romains à la bataille du Tessin. Carlhage non plus, injuste, avide et .sèche autant que Rome, ne s'en était pas souciée : « Je le jure, s'écria le grand agresseur des Latins devant son armée demain victorieuse : qui de nous était serf sera libre; qui de nous était sur la terre d'autrui sera propriétaire. Si je mens, que ma tête soit brisée comme celle de cet agneau! »

Aussi les Numides fraternellement couchés dans la mort à côté des Latins en des nécropoles communes n'avaient point été leurs frères pendant la vie. A l'exception des assimilés, c'est-à-dire de ceux qui s'élevaient au droit de latinité ou, plus haut encore, au droit de cité, par leurs services dans la guerre ou dans la paix, par leur mérite, leur souplesse ou leur argent — et ce fut toujours l'infiniment petit nombre, — tout le resle.de la Libye soumise resta menu peuple, valetaille et ribaudaille, gent taillable et corvéable : foule honnie par le maître du latifundium ' dont elle piochait les terres; par le préteur usurier dont sa ruine emplissait l'escarcelle; par le marchand dont elle faisait l'opulence; par l'homme de loi qui l'engluait dans les longs procès. Or l'homme de loi, le marchand, le prêteur, le lalifondiaire, c'était Rome, et c'était la colonisation latine.

Voilà pourquoi la glorieu.se République et l'Empire universel issu du Tibre étru.sque bâtirent ou renouvelèrent et ornèrent en vain mille villes en Afrique, dont cinq cents, plus ou moins, dans ce qui est aujourd'hui la Tunisie, et cinq cents dans ce qui est l'Algérie; quelques-unes seulement dans ce qui est le Maroc. .

Les Romains n'ayant point absorbé l'Indigène, l'Indigène les absorba dès que Rome eut perdu sa force.

D'ailleurs (Maroc à part) la « Ville » avait moins soumis l'Afrique en six cents ans que la France en cinquante. Elle n'avait ni dompté les « Cinq Nations » du Jurjura, ni muselé tous les hommes des hauts plateaux d'Alger et d'Oran, ni descendu bien loin dans le Sahara de Constantine. Et les tribus dont elle avait reçu foi et hommage ne cessaient de se rebiffer contre elle, les unes dans le Mont, les autres dans le Steppe ou sur le penchant du Désert.

Plus d'une de ces rébellions fut longue et sanglante. Mais en dépit de ce sang versé, de ces moissons brûlées; et mise à part l'impitié du fisc comme celle de l'expropriation procédurière, l'Afriique du Nord prospéra, comme à cette heure elle prospère en nos mains, malgré l'inflexible « justice » qui ne cesse de « saisir », puis de vendre au profit des hommes d'argent le haouch ou henchir, c'est-à-dire le domaine de l'indigène et le pauvre lopin de terre du colon dévoré par l'usure.

La Province, les Numidies, les Maurétanies furent habilement gouvernées; leurs villes

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