‹ Algérie et TunisieChapitre 3 sur 107 · Antique Cyrénaïque · texte numérisé non relu

Antique Cyrénaïque

2. Il semlile probable que le lieu de cette célèbre bataille se trouve dans la Tunisie centrale, là où ses montagnes s'approchent de l'Algérie, entre Mactar et le Kef, à l'endroit nommé Seba Biar ou les Sept Puits.

Jésus-Christ; en l'an 439 de notre ère, Genséric, roi des Vandales, peuplade barbare qui par l'Espagne arrivait de l'Europe, les chassa de la Carthage latinisée.

Ces Vandales, guerriers du Nord que le Sud déblaya et délaya comme la neige, étaient des Germains, soit purs, soit mêlés ou accompagnés de Slaves ou de toute autre nation; car les grandes vagues de peuples où sombra Rome s'écroulèrent çà et là les unes sur les autres.

Ainsi les Romains dominèrent presque durant six cents années en Afrique — autant qu'en Espagne et qu'en Gaule.

D'où vient donc que l'Ibérie, la Celtibérie, la Celtie restèrent latines, tandis que Rome ne laissa rien d'elle en Afrique, sinon des temples, des arcs de triomphe, des amphithéâtres et des théâtres, des inscriptions et des nécropoles où des noms berbères se heurtent à des noms romains?

Cette inassimilation de l'Afrique du Nord par les assimilateurs et modeleurs du vieux monde eut probablement pour cause éminente l'énorme écart entre la langue du maître et celle de l'asservi. Le latin et le celte étant frères, tout au moins cousins, le Gaulois s'appropria sans trop de peine le verbe « impérial » ; si les mots différaient, bien qu'étant l'efflorescence de racines communes, l'esprit immanent des deux idiomes était le même, et, par un instinct obscur, le Barbare versait presque sans s'en douter dans le langage et dans la pensée du Romain. Tandis qu'en Afrique il n'y avait aucune commune mesure entre le latin de l'envahisseur et le berbère ou le punique de l'envahi. Les trois langues étant « incommensurables », les trois peuples restaient chacun dans son compartiment, sauf les défections au profit de l'élément latin, dans les villes et tout autour des villes : qui pour le profit, qui pour les honneurs, qui par bassesse, qui pour la volupté de la trahison.

A l'écart des verbes s'unissait la différence ethnique, évidemment bien plus grande entre l'Italien et le Phénicien ou le Berbère qu'entre le fils de la soleilleuse terre de Saturne et l'enfant des bois et marais de la Celtie ; les conquérants et les conquis du nord de l'Afrique n'avaient pas, comme dit Mardoche, le crâne fait de même; ils pensaient autrement, et le Latin, ne donnant point la langue latine à l'Africain, ne lui détourna point non plus son âme.

Rome ne fit rien pour fiéchir les cœurs rebelles.

Elle fut ici comme ailleurs la race prati([ue, juridique, âpre, fiscale, habile à tirer du vaincu tûute sa substance, non pour enfouir l'or comme l'avare, mais pour le répandre en utilités comme en vanités, en luxes fous, en plaisirs abominables.

Elle ne bâtit point un pont d'amour entre les Italiens et les Numides.

Victorieuse, elle resta rogue, revêche, enfermée dans l'orgueil de son nom.

Elle versa sur la' Province, la Numidie et les Maurétanies, des spéculateurs plutôt que des colons, et l'on peut croire qu'en ses cinq ou six siècles de règne elle envoya bien moins de paysans à toute la rive libyenne, de Tacape ' à Tingis ^, que la France en quatre-vingts ans, de La Calle à Nemours, littoral presque deux fois moindre. La splendeur de ses villes du Tell était

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