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Hab-er-Rieh

SAHARA ALGÉRIEN. , 297

dément, de garnison, d'administration, en face de dunes menaçantes; après quoi elle laisse à gauche Tiout, puis échappe à l'étreinte des montagnes en même temps qu'elle perd la continuité de ses eaux.

Les deux ksours oranais les plus célèbres sont El-Abiod-Sidi-Cheikh et Tiout.

El-Abiod-Sidi-Cheikh, à 861 mètres, tient son grand renom en Tell et Désert, en Algérie et Maroc, de la koubba d'un saint marabout dont la famille domina longtemps par ici. On avait rasé cette rotonde en 1881, à la suite d'une révolte partie de ce tombeau et qui sélendit jusqu'au Tell après avoir tourmenté le Steppe; on n'aurait pas dîi la reconstruire ensuite. El Abiod ou la Blanche reste donc, comme devant, la Mekke de ces solitudes enflammées.

Tiout, site magnifique, à 1 05o mètres, a de belles eaux, des jardins charmants où le pêcher, l'amandier fleurissent près du figuier, sous le palmier; il a des vignes enlacées à l'arbre, devant de superbes roches de grès rouge et noir où sont visibles des dessins gravés il y a deux mille ans peut-être. Sous notre climat tempéré, passage éternel de nuées, ces lignes naïves seraient efl"acées depuis bien des siècles par le gel, le dégel, la pluie, la neige et la mousse, lèpre du grès; mais, dans la zone sèche, altérée, dorée, le temps, juge et bourreau du monde, a les mains plus clémentes.

XV'L Le Touat. — On va d'El-Goléa au Touat à travers le sec et dans le vide, en un

très dur pays; dès ksours occidentaux de l'Oranie on s'y rend le long de la Zousfana. Celle-ci,

partie de monts de 2 000-2 200 mètres, est un oued presque toujours et partout tari, qui s'unit

au Guir. Et le Guir sort d'une chaîne deux fois plus haute, iOOO à i.'iOO mètres, du même nœud

qu'au nord la Malouïa. Aussi se tient-il infiniment mieux que la Zousfana; quand les neiges

fondent sur son Atlas, il s'avance au loin dans le désert; Nil momentané, il fertilise les riches

terres d'El Bahiriat, c'est-à-dire du Bas-fond humide, des lagunes.

Il s'unit à la Zousfana par 320 mètres, devant Igli, sous le nom de Saoura, puis, devenu

le Messaoud, il laisse à sa gauche le Gourara, le Touat, le Tidikelt, les trois contrées qui

forment le Touat dans le sens étendu de ce nom. Il rencontre l'Erg, el devenu misérable, puis

non existant, il suit sur terre ou sous terre la route qui le menait jadis, fleuve vivant, à une

sorte de Tchad vers lequel se dirigeait aussi probablement le Niger avant de forcer les roches

de Tosaye en aval de Tombouctou.

Il nous a fallu déployer une incomparable force d'aboulie (mais ces mots hurlent entre eux)

pour n'entrer dans le Touat qu'au début du xx' siècle. Ce pays avait pour nous une valeur

capitale en tant que nœud des routes, disons : des sentiers du Sahara, sur le chemin d'Alger à

Tombouctou, comme sur celui de l'Atlantique à la mer Rouge; mais on affrontait à la fois les

Touatis, les Touaregs, le Maroc, l'Angleterre, l'Europe; bref on croyait que le monde allait

s'écrouler et la France périr si nous demandions la clé de quelques bicoques sahariennes. Dès

qu'on a marché sur ces fantômes ils se sont évanouis à jamais. Le Touat est devenu français

sans douleur — Touat, c'est-à-dire oasis, ce nom est la berbérisation de l'Arabe Ouah (oasis) par

préfixion et suffixion d'un T. Nous avons de la sorte accru notre Afrique de SOOOO hommes et de quelques millions de dattiers, les inféconds et les sauvages compris.

Des trois semis d'oasis qui le composent, le Gourara, au nord, entoure de 80 bourgades une sebkha de vingt-cinq lieues de long, fange salée d'où monte en maie mort l'ikhoud ou fièvre des marais. Timimoun en est le ksar majeur. Le Touat proprement dit presse l'un contre l'autre de nombreux ksours en amont et en aval de Tamentit, à l'est de l'Oued Messaoud, le long d'une dépression parcourue sous le sable par des eaux d'arrosage. A l'orient du Touat, le Tidikelt, région dure, a pour oasis la plus célèbre, à 300 mètres d'altitude, Insalah, ksar qui ne méritait pas sa grande renommée.

Dans ces trois contrées les dattiers qui, certes, ne manquent pas de soleil — le Désert en reçoit plus que sa part — doivent l'eau qui les entretient à des puits, à des sources, surtout à des feggaguir, galeries parfois très longues ou plutôt ensemble de galeries qui vont recueillir sous terre les moindres gouttes d'humidité; et déjà la sonde artésienne a fait monter jusqu'au sol des jets abondants.

La race qui soigne ces palmiers ressemble à celle qui s'exténue aux puits à bascule, aux travaux de puisaterie, à l'arrosage, au cueillage dans l'Oued Rir et dans le fond d'Ouargla. Le Nègre, le lierbère, l'Arabe s'y sont croisés en un peuple aujourd'hui plus noir que blanc. Autrefois houspillés par les Touaregs et autres nomades, par les Touaregs surtout, dont le règne est passé, les Tonatis sédentaires ont vu la fin de leurs maux.

Devant Akabli, dernier des grands ksours méridionaux du Touat, une vaste sebkha reçoit les torrents occasionnels du Mouydir, de l'Ahnet; peu après cette lagune on se heurte à l'Areg, au grand Areg d'occident. A l'orient de ce sable immense le Tanezrouft, hamada sans fontaines, sans puits, est le Sahara maximum. A vrai dire, le Sahara n'est tel que sur ces plateaux sans herbe, sans arbustes, sans vie animale, ou presque pas, sans vie humaine, sinon la caravane qui se hâte, plus encore : qui fuit pour ne pas mourir de soif. Vers In-Zize (a 10 mètres) on arrive à ce Tanezrouft; on en sort vers Timissao (590 mètres), situé sur un « tassili », qui est le Tassili du sud, par opposition au Tassili du nord d'où s'enlève le Ahaggar, le dominateur du Sahara Central.

Après Timissao, changement de domination le long de la ligne droite fictive qui sépare l'Algérie de l'Afrique Occidentale. Presque aussitôt on sort du vrai Désert, vers le 21= degré; c'est comme au levant, quand on atteint l'Air. Le Sahara perd de sa terrible anhj^drité; des pluies le visitent tous les ans ou à peu près, à époques fixes, à la fin de l'été, au commencement de l'automne; il se transforme insensiblement en un Steppe de moins en moins pauvre à mesure qu'il s'avance vers le « bienheureux » Soudan.

Les récentes expansions de l'Algérie à travers le Désert ont porté son aire de quarante ou cinquante millions d'hectares, moins que la France, à deux cent vingt-cinq millions environ, ou quatre fois et plus l'étendue de notre patrie d'Europe.

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