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Là-dessus, 35 000 Français

LES INDIGÈNES

péens comme étant un élément assimilable en possession de la langue française, on trouve que notre Atlantide aura bientôt son million de « colons » dans le sens élargi du mot.

L'Algérie-Tunisie ayant environ 223 millions d'hectares, ces 7 millions de personnes ne répondent guère qu'à 3 babitants par kilomètre carré, la moyenne de la France étant de 73. Mais, quelque avenir qu'ait peut-être le Grand Désert, en bonne justice il ne doit compter aujourd'hui que par ses oasis et ses lignes d'eau. Désert à part, le Tell, le Steppe, le Hodna, les Oasis, en un mot notre Afrique Mineure réduite à ses terres d'ores et déjà nourricières.

Nomades sahariens. (D'après une photographie île M. Neunlein.)

s'étend sur 32 à 3o millions d'hectares. La « Nouvelle France » entretient donc en réalité 20 personnes par 100 hectares : de trois à quatre fois moins que la France.

Au taux de la France, l'Algérie présentement « utile » nourrirait donc 2o millions d'hommes contre les 30 millions du « plus beau royaume sous le ciel ». Or, à surfaces égales, un pays du Sud, tel que notre Atlantide, doit élever plus d'habitants qu'un pays du Nord. Aux gens du Septentrion il faut quatre repas par jour, des viandes saignantes, des alcools pour raviver la flamme intérieure, des vêtements chauds, des maisons closes, de la houille et du bois. Ainsi le veulent la brume, la neige et la glace, et ce pâle soleil qui n'assiste point l'homme contre le froid, frère de la mort. Mais le Méridional, puissamment aidé par l'astre qui le chauffe et l'égaie, vit d'un peu de pain, de quelques fruits, d'une gorgée de café; à ce fils du soleil la vigne et l'olivier suffisent; ils lui donnent le nécessaire. Son luxe, c'est la nature en fête. Il lui faut peu de vêtements, peu ou point de demeure, car, sous ces nobles climats, quand il ne trouve pas une voûte, une arcade, un portail, le pauvre dort dans son burnous ou son manteau, la tête sur une pierre, à la candeur des nuits argentées.

302 ALGÉRIE ET TUiNISIE.

La preuve en est au voisinage même de notre Atlantide, à trente-cinq lieues du cap Bon, pointe nord-orientale de la province de Tunis. Qu'est la vieille Trinacrie, la Sicile, qui a passé de la langue d'Homère à celle de Virgile, et qui a failli pendant la fleur de l'Islam adopter la langue de Mahomet, comme l'a fait à moins de cent kilomètres au sud une autre île plus petite, l'antique Melita, Malte, usagère d'un patois arabe? Qu'est en étendue la Sicile? Elle a 2 574 000 hectares sur lesquels vivent près de 3 300 000 hommes; soit 132 personnes par 100 hectares. Or c'est encore un pays de peu d'industrie, de très peu de commerce, avec vastes steppes, ravines incultes et beaucoup de ce que les Espagnols appellent des « despoblados », la Sicile ayant été jadis beaucoup plus habitée.

A la densité de population de la « Trinacrie », notre Atlantide aurait plus de 40 millions 4'âmes; k demi-densité, plus de 20 millions.

IL Croit des Indigènes. — Tunisie en dehors, 1872 révéla la présence de 2 125 000 Musulmans sur le sol algérien; 1876 en signala 2 463 000; puis 1881 en compta 2 842 000; par un saut terrible en avant, 1889 fixa le total à 3 264 0.00; et nous voici à 4 500 000.

Ont-ils donc plus que doublé en trente-quatre ans? Il n'est guère probable; ce croît apparent s'explique par l'insuffisance des recensements d'autrefois, quant à l'élément indigène, alors mal connu, très mal dénombré; et par la précision toujours plus grande du cens nominal au lieu de l'évolution en bloc.

Car un peuple ne peut s'accroître si vite quand il se débat contre une foule de misères. Contre la fétidité de ses demeures : il habite avec ses animaux un taudis, maison, gourbi, chaumière. Contre les intempéries quand il dort dans sa tente, ou hors de sa tente sous la voûte étoilée qui parfois s'obscurcit et dont descend l'orage. Contre la famine, qui visite souvent ses douars — et, de famine à famine, grande est toujours la pauvreté, peu d'années étant de celles dont l'Arabe dit quelles ont les éperons verts ' : tantôt c'est la sauterelle qui broute son froment; tantôt c'est le sirocco qui l'échaude; tantôt c'est le soleil de l'hiver ou du printemps, incendiaire comme celui de l'été, qui sèche le grain dans la terre. — Contre la malaria des mares, (les lagunes, des oueds que borde le laurier-rose. Contre les épidémies, tj'phus et véroles. Contre les thébîbsS rebouteurs, accoucheurs, auxquels il se fie, après Allah, « qui est celui qui donne le mal et le retire». Et, pour comble, il est polygame — par exception s'entend, car la polygamie, achat de femmes, est affaire de fortune, tout au moins d'aisance; or, malgré toute croyance, les nations polygames se recrutent moins vite que les monogames.

Mais enfin si les Musulmans de notre Afrique Mineure n'augmentent pas avec une vitesse « incomparable » ils augmentent visiblement. Il n'en était pas ainsi lorsque les Français débarquèrent sur ces rivages dévastés par la razzia, pillés jusqu'au dernier boudjou par le Turc « protecteur » et les chefs indigènes. Alors la « poudre parlait », tribu contre tribu chez l'Arabe;

1. Une année a les éperons verts lorsqu'elle est riche en verdure, puis fécomle en fruits, en épis.

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