EU
Calais
Celte
Calculé scrilement à l’entrée, le mouvement du port d’Oran — Mers cl Kebir, en -1882, est de 2,578 navires et 594,983 tonnes; soit 57'1 navires et t6,04i tonnes de plus qu’en t881.
Le mouvement de la navigation pour les autres ports de la province d’Oran pendant l’année '1882 est en progrès.
Arzeu : 394 navires et 99,292 tonnes;
Nemours : 305 navires et 62,85'! tonnes;
Mostaganem : 223 navires 61 48,06-1 tonnes;
Beni-Saf : 708 navires et 409,794 tonnes
A l’ouest d’Oran» la côte est soutenue par une arête rocheuse que dominent le cône remarquable de la montagne des Lions (djebel Kahar) (300“) et les crêtes du djebel Orouze (600“). Elles projettent trois caps : l’Aiguille, Ferrât, et Carbon, et protègent efficacement le mouillage et le port d’Arzeu.
En continuant vers l’est et après avoir doublé le cap Ferrât, on arrive k la baie d’Arzeu, qui est comprise entre les caps Carbon et Ivi ; sur la côte ouest, le port un des meilleurs mouillages de l’Algérie, peut recevoir les navires de toutes grandeurs ; il est défendu par trois batteries. C’est un des points principaux de l’exportation de l’alfa, pour l’exploitation duquel a été construit le chemin de fer d’Arzeu à Saïda.
Au fond de la baie, au milieu des marécages, près de l’ancien port de Porto-Poulo (dont on a fait plaisamment Port aux Poules, nom qui lui est resté), se jette la Macta; enfin, en face d’Arzeu, sur la côte est, se trouve la petite ville importante de Mostaganem, dont le port est peu praticable et au nord de laquelle vient finir le Chelif.
Les environs de Mostaganem sont remarquables par leurs cultures. A 3 kilomètres, à l’ouest, est le village de Mazagran, dont le nom rappelle l’héroïque résistance des 300 hommes du capitaine Lelièvre en 1843; plus loin Rivoli ; à l’est, le village de Pelissier et, plus près du Chelif, Aïn Tedeles, le centre principal agricole de la région ; au sud, Aboukir, Ain Nouissy, etc.
A part de très rares exceptions, on ne voit pas dans le Tell de la province d’Oran de pays réellement montagneux. L’horizon semble toujours bordé de hautes
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montagnes, mais en s’approchant tout se réduit. On no trouve plus que des collines médiocres ou des plaines inclinées et souvent profondément ravinées, formant des étages successifs. Il n’y a pas de vallées profondes et bien dessinées, ni de pics saillants et, par suite, Tensemble offre une grande monotonie d’aspect.
L’oued Adjeroud est la première rivière algérienne en partant de l’ouest. Il marque, pendant une partie de son cours, la frontière du Maroc.
de la. Tafiia et imoats de Tlemceii.
L’embouchure de la Tafna est en face l’île Rachgoun. Les premières eaux descendent d’un sillon formé par l’ourlet montagneux qui borde les Hauts-Plateaux. La Tafna (ou l’oued el Merdja qui en est une des têtes) et l’oued Isser, qui en est le principal affluent, y prennent leurs sources au joied du djebel Kouabet et coulent en sens opposé. Les deux rivières décrivent ensuite une grande circonférence, la première à l’ouest, la seconde à l’est, pour se réunir à Remchi, à 23 kilomètres de la côte, enveloppant ainsi dans leurs courbes le massif montagneux de Tlemcen.
L’oued Sikkah, affluent de Tisser, coule du sud au nord en traçant h peu près le diamètre de cette circonférence.
Au centre de la cuvette supérieure se trouve Sebdou en face de la cassure par laquelle s’écoulent les eaux de la Tafna, en traversant un rempart de 1400 mètres à 1000 mèli'cs d’altitude (Ras er Roudjen 1413 mètres;
djebel Kouabet, "IGS!*"); c’est une position importanle gardée par une redoute, point d’appui des colonnes qui opèrent sur les Hauts-Plateaux, dans les environs de la frontière.
Lorsque la rivière se dégage des longues gorges dans lesquelles son lit est encaissé, elle reçoit, sur sa rive gauche, les eaux d’un vaste demi-cercle de montagnes dont les ravins dessinent un éventail à la poignée duquel est Lalla Maglinia.
Ce sont : l’oued Mouïla ;
Son affluent l’Isly, qui traverse le célèbre champ de bataille du 12 août 1844, et dans le bassin duquel se trouve Oudjda, ville marocaine importante, résidence d’un Amel dont rinÜuence ravonne sur noire territoire:
L’oued Ouerdefou qui passe à Lalla Maghnia ;
Et d’autres moins importants.
Lalla Maghnia est, par conséquent, une position de laquelle on peut commander le réseau des chemins qui suivent ces nombreux ravins ; c’est un poste militaire qui surveille la frontière marocaine. Une route conduit de Lalla Maghnia à Nemours par Nedronia, en traversant une arête de 1000 à 1100 mètres.
Après avoir reçu Pisser à Remchi, la Tafna perce la muraille des montagnes des Traras. Le dernier bourrelet qu’elle franchit près de la côte, a encore des altitudes de plus de 400 mètres.
L’Isser, qui prend sa source dans le même sillon que la Tafna, coule d’abord vers le nord-est; il se replie ensuite perpendiculairement au nord et se dégage des montagnes par de belles cascades d’environ 12 mètres de hauteur. Il coule alors dans la large vallée des Ou-
lad Mimouii, dont les terres argileuses rougeâtres portent de superbes moissons. Un village de colonisation, Lamoricière, a été créé dans celte vallée, près de remplacement d’une ancienne ville romaine que l’on croit être Iluhrœ (les terres rouges), et dont les ruines très étendues sont appelées par les Arabes Hadjar R.oum (les pierres romaines). C’était un des postes extrêmes de l’occupation romaine vers le III® siècle.
L’Isser reçoit (r. g.) l’oued Chouli ; puis il passe au Pont de Tisser, village de colons sur la route de Tlemcen à Aïn Teniou client.
L’oued Sikkah, le principal affluent de Tisser, a une direction générale sud-nord ; il forme de superbes cascades en franchissant le dernier escalier des monts de Tlerncen, et fournit des eaux aux moulins et aux belles cultures des villages de Safsaf, de Négrier, etc.
A l’époque de la lutte contre Abd el Kader, le ravitaillement de Tlerncen se faisait en partant du camp de Rachgoun, par la route qui remonte la Tafna, puis Toued Sikkah. Dans une de ces opérations, le général Bugeaud ayant attiré Témir sur un terrain favorable entre la Sikkah et Tisser, le battit complètement (G juillet 1836). Mais, par le traité de la Tafna, signé Tannée suivante (30 mai 1837), on abandonna Rachgoun, le camp de la Tafna, Tlerncen; on reconnut l’autorité d’Abd el Kader sur toute la province d’Oran, à l’exception de quelques villes de la côte, et on lui constitua ainsi un véritable royaume dont Tlerncen devint la capitale.
Au sud de Sebdou, la limite orographique du Tell est marquée par une ride entre le djebel Tnouchlï et le djebel ûuargla.
Le djebel Tnouchfi point culminant de la
région, marque la séparation des eaux qui coulent au sud-ouest dans le bassin de la Moulouia, au nord-est dans la vallée de la Tafna, ii Test dans la daya Ferd.
A l’est de Sebdou, le djebel Ouargla (1412™) marque de même la séparation entre les eaux de la Tafna, celles de la daya Ferd, et celles du bassin du Sig.
La bordure méridionale de la daya Ferd est dessinée par les crêtes jurassiques d’une ride qui émerge des alluvions quaternaires (djebel Mekaïdou, 1470"^).
Au pied du versant sud de ces hauteurs, sur le méri dien de Sebdou et à 50 kilomètres de distance, le poste d’el Aricha (redoute et quelques maisons) surveille la frontière marocaine, la tribu des Oulad en Nahr, et la grande tribu des Hamian, dont les terres de parcours enveloppent le chott Gharbi. C’était, avant l’insurrection de 1881, le poste le plus avancé de notre occupation permanente dans le Sud Oranais.
La frontière marocaine est à 40 kilomètres è l’ouest. Elle coupe le djebel Sidi el Ilabet.
Monts de Tlemeen. — Nous donnerons le nom de monts de Tlemeen, à l’ensemble des montagnes qui comprennent la ride du djebel Tnoufclii et les rides successives et à peu près parallèles entre la Tafna et risser : chaîne des Béni Smiel (dj. Kouabet, 1621™); chaîne du Nador (1580*") ; chaîne de Lella Setti (fOlG™), et du dj. Roumelia (1209*").
Elles présentent en général de fortes escarpes vers le nord; l’oued Sikkah franchit la dernière d’entre elle.'^ à l’est de Tlemeen, eu formant des cascades remarquables.
Tlemeen, adossé au dernier étage de ces mon-
tagnes, au pied des rochers à pic de Lella Setti (1016™), à la lisière des calcaires jurassiques et dominant les riches terrains des couches tertiaires, est ainsi dans une situation exceptionnellement avantageuse. Les observations géologiques qui précèdent expliquent l’importance que cette ville a eue de tout temps. Abritée des vents brûlants et des sables du Sahara par les écrans des montagnes, elle reçoit, au contraire, les vents plus frais de la mer. Son altitude de 830 mètres lui donne un climat sain et tempéré, avec une température moyenne de 17® environ, et des écarts de 0<^ en décembre et de en août (la moyenne du mois d’août restant inférieure à 30°).
La ville est entourée de belles cultures et de magnifiques bois d’oliviers qui fournissent des huiles renommées.
Avec 17,000 habitants en 1881, c’est la cinquième ville de l’Algérie après les trois chefs-lieux de départements et Bone. C’est un centre de marchés importants, fréquentés par les caravanes du Sud-Oranais et du Maroc.
Au milieu de la ville est une forte citadelle, le Mechouar^, l’ancien palais des émirs, où sont réunis aujourd’hui les casernes et les établissements militaires.
A côté du quartier européen subsiste la vieille ville arabe aux maisons û demi effondrées, avec de vastes et belles mosquées.
Les Juifs sont nombreux (3 û 4,000) et forment une coi’poration puissante.
1 Lieu où se lient le conseil; ainsi nommé parce que c’était le lieu de réunion des ministres.
Les po‘ tes arabes ont souvent chanté les beautés de Tlemcen, la reine du Maghreb. Au temps des Romains, elle s’appelait Pomaria; au temps des Arabes, c’était Agadir, sans cesse disputée dans les guerres entre les Almoravides et les Almohades. Tlemcen devint ensuite la capitale d’un royaume duquel relevaient Oran, Arzeu, Mostaganem, Mazagran, Nedroma, etc. Elle avait, dit-on, 125,000 habitants. Les sciences et les arts y étaient en honneur. Elle vit naître des savants et des hommes illustres, entre autres le célèbre historien Ibn-Khaldoun. Ce fut au XV® et au XVI® siècle « une des villes les mieux policées et les plus civilisées du monde «.
Au XIV® siècle, elle avait résisté pendant 8 ans (1299 à 1308) aux sultans mérinides. Pendant ce long siège, les assiégeants construisirent, sur l’emplacement de leur camp, une ville entière, Mansoura, dont l’enceinte et la grande mosquée offrent encore des ruines fort curieuses et bien conservées.
La domination turque, pendant près de 300 ans, pesa lourdement sur Tlemcen.
Après la prise d’Alger par les Français, l’empereur du Maroc Abd er Rhaman tenta de s’en emparer. Les Kouloughlis, sous le commandement de Mustapha ben Ismaïl, résistèrent courageusement dans le Mechouar, d’abord pour les Turcs, puis pour les Français, qui les prirent à leur solde.
Occupée par le général Clauzel en 1836, Tlemcen fut héroïquement défendue par le capitaine Cavaignac; le traité de la Tafna (20 mai 1837) la céda à Abd el Kadei* qui en fit sa capitale. Depuis 1842, elle a été définitivement gardée par nous.
A quelques minutes au nord de Tlemcen, le village
arabe de Sidi bon Médine s’est groupé avec ses jardins et ses vergers sur le liane de la moniagne, auprès d’une fort belle mosquée et du tombeau d’un marabout vénéré. C’étiiit autrefois le lieu de retraite et de repos favori des sultans de Tlemcen.
Monts des Teams. — Lorsque la Tafna a réuni ses eaux à celles de Tisser, à Pteinchi, elle coule directement au nord en perçant la chaîne du littoral.
Les montagnes qui conslituent cette chaîne ont un relief important, rendu plus sensible par le voisinage de la mer. Nous donnons à leur ensemble le nom de Monts des Traras. L’orientation des crêtes est toujours sensiblement la même avec certaines variations de direction.
Coupe théorique suivant le méridien de Tlemcen.
Le sommet principal est le djebel Filhaiicen (1157^"), à Test de Nedroma. Sa crête calcaire domine des terrains fort anciens, de schistes et de granits. A 40 kilomètres
environ au sud de Lalla Maghnia, près de la frontière, sont les mines de plomb argentifère de Gar Rouban ;
Sur la côte, à l’ouest de Rachgoun, les mines des Béni Saf.
Iî£i,jssin. de la Sebklia d’Ojpaii.
Uloiit» Xessala.
Au sud d’Oran, est une assez grande dépression analogue aux chotts, la Sebkha, qui contient une mince nappe d’eau salée. Elle occupe le fond d’un bassin, dont la ceinture méridionale est formée par la longue chaîne du Tessala (1063>"). Elle est bordée au sud par la plaine de la Mléta.
Les plateaux et les pentes du Tessala sont particulièrement fertiles. Son orientation est, comme pour les autres rides, entre 65^ et nord-est.
Les escarpes sont au sud.
A l’extrémité orientale de cette ride, le cône du djebel Tafaroui domine la coupure dans laquelle a été tracé le chemin de fer de Bel Abbés.
Le bassin de la Sebkha est séparé de la mer par une ride de 500 h 600 mètres, le Ghamera, qui porte la forêt de Msila. Elle se termine par la colline de Santa Cruz, au-dessus d’Oran.
A l’ouest, sont la vallée de l’oued Hallouf, avec l’imporlant centre d’Aïn Temouchent (^708*^), et la vallée du rio Salado (ou oued Melah).
Ces territoires, en partie déjh transformés par la culture européenne, formaient les domaines des tribus des Douair et des Sméla, les premières qui se soient
soumises à la France et dont la fidélité ne s’est jamais démentie.
du Sîg et de l’Haljra.
Monts des Béni Cliougran.
Au fond du golfe d'Arzeu, près de Port-aux-Poules, se jette la Macta, c[ui n est que l’émissaire des marais du même nom où viennent se réunir les eaux du Si^ et celles de PHabra. ^
Les tôles de ces deux rivières se trouvent sur la lisière nord des Hauts-Plateaux.
Le Sig (qui s’appelle en amont l’oued Mekerra) a ses sources au pied du djebel Beguira (1402i«) (mont de la vache), au Ras el Ma (tête des eaux), passage de la route de Sebdou h Daya et Saïda, chantiers d’alfa.
Le Sig (Mekerra) descend par une gorge rapide, passe à Magenta, bordj et village; à Ben Youb ou Lhanzy (ancien poste militaire romain sous le nom
Albulce), village de colonisation (terminus du chemin de fer en 1883); Boukanifis, pénitencier agricole. Le Sig débouche ensuite dans la combe de Sidi bel Abbè« ville de construction moderne (1849), créée pour assurer la possession du pays entre Tlemcen et Mascara, une
1 Algérie, en pleine croissance ( . ,o00 habitants), salubre, abondamment pourvue d eau, au centre d’un territoire très fertile, nœud de nombreuses routes, centre principal des Espagnols de la province d’Oran.
A partir des Irembles, la rivière longe le pied de la muraille qui ferme au sud le bassin de la Sebkha
d’Oran ; elle la franchit par une brisure à la sortie de laquelle est Saint-Denis du Sig. Un barrage large de 43 mètres sur une hauteur de 9 mètres en relient les eaux, qui sont ensuite distribuées pour alimenter les riches cultures de la plaine du Sig, les moulins, et les usines.
La route de Sidi bel Abbés à Oran et le chemin de fer quittent la vallée aux Trembles et débouchent sur le versant septentrional, à Sainte-Barbe du Tlébat.
Un chemin de fer en construction remontera la vallée du Sig jusqu’à Magenta et Ras el Ma. (Il est terminé jusqu’à Ben Youb, 1883.)
L’Habra est formée de quatre branches principales ;
L’oued Tenira, qui descend du massif deDaya.
L’oued Mouça, dont les têtes sont voisines de celles de la Mekerra;
L’oued Saïda, qui passe àNazereg, Franchetti, et qui se réunit à l’oued Traria (affl. de droite).
Ces trois dernières descendent de la bordure des Hauts-Plateaux. Daya et Saïda sont des postes fortifiés qui les surveillent. On peut considérer l’oued Saïda comme la branche principale de l’Habra.
L’Habra, qui s’appelle alors oued el Hammam, perce ensuite la muraille montagneuse des Béni Chougran; elle en sort à Perrégaux. Au sud de ce village, un magnifique barrage en retenait les eaux dans un bassin de 14 millions de mètres cubes, d’où elles étaient réparties pour l’irrigation des terrains de cultures. La rupture de cette digue, au mois de décembre 1881, a causé d’immenses désastres. On l'a reconstruite.
Le massif de Mascara ou des Béni Chougran com-
prend plusieurs arêtes parallèles à l’orientation ordinaire du nord de l’Afrique;, présentant de fortes escarpes au nord.
La première a pour cime principale le Bou Ziri (697"^), entre Saint-Denis et Perrégaux.
La deuxième a son altitude maximum au djebel Nador (SOS'^^), au nord-est de Mascara.
Coupe théorique des monts des Béni Chougran.
Entre les deux est un terrain profondément érodé, sans végétation aucune, formé de craie ou de schistes d’un âge antérieur aux crêtes qui le bordent ; on dirait qu’une érosion, étonnamment puissante, l’a dépouillé des couches tertiaires qui le recouvraient et dont on voit les brisures au sud. Le ravinement continue de nos jours, et ce sont des masses d’eau exceptionnelles glissant sur ces couches imperméables qui ont causé le désastre de 1881 à Perrégaux.
La route de Mascara à Mostaganem traversait autrefois ce pays désolé. Les faiigues qu’ils y éprouvaient lui ont fait donner par nos soldats le nom de C/^èvecœur, qui lui est resté. Ces montagnes sont le domaine
PhnTng âiiXadar 808 “
de la tribu des Béni Ghougran, dont la mauvaise réputation ne s’est point encore démentie.
La troisième crête est moins accentuée. Sur son versant sud, à 585 mètres d’allitude, est assis Mascara, qui domine au nord l’immense plaine d’Egris, prolonlongée par la plaine de Traria.
Ces terres, extrêmement fertiles, sont couvertes de fermes et de villages florissants : Saint-Hippolyte, Saint- André, près de Mascara, Palikao, Frarier, Benian,Franchetti, Nazereg. Les plantations de vignes réussissent, particulièrement sur les coteaux bien exposés de Mascara
La main-d’œuvre agricole est surtout fournie par les Espagnols et par les Marocains. Le concours des premiers est indispensable, dit-on, au progrès de la colonisation. Ils arrivent en grand nombre, depuis quelque temps, mais la plupart retournent au pays après avoir amassé quelque pécule. Quelques familles se fixent cependant et font souche.
Du sommet de Chareb er Riba (la lèvre du vent) on peut apercevoir la mer; mais les vents rafraîchissants sont arrêtés par cette crête même, tandis que Mascara est exposé aux vents chauds du sud. C’est un marché très fréquenté.
Abd el Kader, qui était de la grande tribu voisine des Hachein, avait fait de Mascara sa résidence favorite. La ville fut brûlée par nous en 1835, reconstruite et ruinée de nouveau par les Arabes en 1841, à l’époque où nous en prîmes définitivement possession.
1 On comptait en 4 883 environ 4 000 hectares plantés, donnant un produit de 40 barriques (228 litres) d'une valeur de 80 à 4 00 fr. — L'hectare défriché revient à 500 fr.
Les plaines d’Egris et de Traria sont limitées au sud par des hauteurs qui atteignent 1204 mètres au djebel Nesmote et dont on voit les escarpements (1024“) audessus de Franchetti. Puis le pays est ondulé jusqu’au dernier bourrelet qui limite le Tell et sur le versant nord duquel est Saïda. Le chemin de fer en franchit les pentes par des courbes fort prononcées.
Cette arête semble prolonger les crêtes du djebel Beguira (sources du Sig et de l’oued Mouça). Au delà se développent les Hauts-Plateaux.
Entre les hautes vallées du Sig et de l’oued Mouça, se dresse une crête boisée fort élevée, la crête de Daya (vigie 1392), qui est le premier rempart du Tell.
A la région de Mascara, se rattache naturellement le bassin de la Mina, tributaire du Ghelif inférieur.
C’est une région mouvementée, creusée par de profondes vallées dans lesquelles coulent, du sud au nord, la rivière de Tagremaret (oued cl Abd), la rivière de Frenda (oued el That), etc. La plupart de ces cours d’eau ont, comme la Mina, leurs sources dans le faîte de partage, formé de collines peu accentuées et élevé ici de 1100 à 1300 mètres environ.
Frenda est près de la tête de leurs eaux, sur un petit plateau cultivé, à 1130 mètres d’altitude, en vue « du superbe amphithéâtre du djebel Gaada. » C’est le cheflieu d’un grand bachalik.
Les montagnes qui séparent les vallées de ces rivières sont en général formées d’assises de grès à peu près
horizontales, fortement érodées pa^‘ les eaux et se terminant par des falaises.
Entre Toued el That et l’oired el Abd, la crête du djebel Sidi ben Halyma est re-marquable.
Le partage des eaux entre i’Habra et la Mina est formé par une arête terminée au-dessus de la plaine d’Egris parle djebel Nesmote (1204“^).
La colonisation européenne n’a point encore abordé les hautes vallées de la Mina, où se. trouveront aussi des terres fertiles. Ce pays est cependant traversé déjà par les routes stratégiques qui conduisant de Mascara à Tiaret par Palikao et Sidi Djilali ben Amar, de Mascara à Frenda, de Tiaret à Frenda, Tagremaret, Saïda. Cette dernière, connue sous le nom de rouie Lamoricière,^ été construite pour établir une liaison entre les postes chargés de surveiller la limite sud du Tell; elle se prolonge à l’ouest sur Daya et Sebdou», à l’est sur Teniet el Haad et Boghar.
La rivière de Tagremaret prend 'Sa source sur le versant sud des Gaada; les autres descendent du versant nord du plateau de Frenda.
La Mina vient du djebel Harbouz, sur la limite des plateaux; elle passe à 12 kilomètres de Tiaret; près du point où la traverse la route de Frenda, elle forme de belles cascades d’une quarantaine de mètres.
Après un cours très tourmenté, dans un pays peu peuplé, elle se dégage des montagnes à Relizane. Ses eaux, retenues par un grand barrage comme celles du Sig el de l’Habra, en fertilisent les terres.
A quelques kilomètres en aval, elle reçoit (r. g.) Toued Hillil. Cette rivière descend du djebel Nador
dans les monts de Mascara, près d’el Bordj ; un barrage retient également ses eaux pour le village de l’HilliL
La ligue ferrée d’Alger à Oran suit au nord le pied des monts de Mascara, en reliant entre eux les centres de colonisation florissants de Relizane, rHillil, Perrégaux, Saint-Denis, Sainte-Barbe du Tlélat, dont les cultures sont irriguées grâce aux barrages dont nous avons parlé.
Cette longue plaine est séparée de la mer par un bourrelet de collines moyennes entre lesquelles se creuse le golfe d’Arzeu.
2° OUARSENIS ET DAHRA.
Ou£t.rseiiis. — La vallée du Chelif depuis Boghar jusqu’au confluent de Foued Mina, la Mina elle-même, et le Nahr Onassel affluent supérieur du Chelif, dessinent un vasle rectangle très allongé et enveloppent un grand massif montagneux auquel on peut donner le nom de l’Ouarsenis, qui est son pic culminant (1935"^), et qui en occupe à peu près le centre.
Celte montagne se profde au-dessus des chaînes voisines et domine majestueusement les plateaux du Sud. Les Arabes rappellent VŒJil du monde.
L’ensemble des chaînes présente, l’orientation ordinaire des rides du nord de l’Afrique; mais les brisures n’ont pas la régularité de parallélisme remarquée dans les monts de Mascara. Au contraire, en étudiant la disposition des escarpes, on reconnaît que les unes se
présentent face au sud; les autres, très fortement accentuées aussi, face à l’est.
Ouarsenis.
(Vu du nord, do l’oued Fodda.)
Pour se rendre compte de cette disposition, on peut supposer que les terrains ont subi deux plissements : l’un, ayant produit des rides dans le sens ordinaire du nord de l’Afrique; l’antre, dans le sens nord-sud; ou encore que les fractures ont eu lieu par un double mouvement de voussoirs, l’un ayant relevé les escarpes au sud, le deuxième les ayant, relevées à l’est, de sorte que les points culminants se trouvent à l’angle formé par ces deux directions.
L’action des eaux est venue postérieurement accentuer ces escarpes.
11 en résulte ainsi d’abord une crête brisée avec des éléments disposés en crémaillères, des escarpes rapides au sud, des sommets élevés : Ouarsenis (1985*"), Ras el Prarit (1787i"), Amrouna (1604“), Achaoun (1804™), etc., à l’angle des brisures et séparés les uns des autres par de profondes coupures ; en second lieu des arêtes, à peu près perpendiculaires aux crêtes, ce que l’on appelle vulgairement des contreforts, présentant des escarpes h l’est, formant la bordure des vallées
tributaires du Chelif et dont les directions parallèles sont à peu près nord 1/4 ouest.
Les plus importants de ces contreforts sont : celui qui se détache de l’Ouarsenis dans la direction d’Orléansville, et celui qui se détache de l’Ainrouna et forme le défilé de Duperré. On l’appelle en cet endroit el Kadra (la verte), du nom d’une ville arabe disparue, construite elle-même sur l’emplacement de VOppidum novum des Romains, dont on voit encore les ruines.
L’arête principale du massif de l’Ouarsenis est jalonnée parle clj. Sidi Daoud (1016™), l’Ouarsenis (1985®), le Ras el Prarit (1787™), i’Achaoun (1804f"), le djebel Taguensa (1731™), le signal de Boghar ( 1441®). Ce dernier groupe marque l’extrémité orientale de ce soulèvement; le Chelif et son affluent l’Oum Djelil qui descend de rAchaoLin au sud, dessinent une grande circonférence qui en limite la base. Les contreforts s’en épanouissent en éventail et sont creusés par des ravins qui rayonnent vers ces deux rivières. Entre l’oued Oum Djelil (r. d.) et le Chelif se détache une arête étroite, le djebel Gourin (918®).
Le Nahr Ouassel creuse au contraii’e un long sillon longitudinal qui limite tout le massif au sud et le sépare des Plateaux du Sersou.
Vues du nord, ces montagnes semblent s’étager en longues chaînes superposées les unes aux autres; vues du sud, elles paraissent dessiner une muraille continue, mais les crêtes sont au contraire séparées par de profondes entailles. Les passages sont partout nombreux; le principal est celui de Teniet el Haad, rendu praticable aux voitures.
Les pentes sont en général nues, dépouillées, avec
des roches effondrées. Le versarît septentrional est cependant en partie boisé et les eaux y abondent.
Teniet el Haad (col du marché du dimanche) (altitude 1160 métrés), est une petite ville de 1100 hab., avec un bord] qui commande ce passage stratégique, centre d’un marché très fréquenté, au milieu de montagnes d^in accès relativement facile, aux pentes gazonnées très favorables h l’élevage des troupeaux; entourée de terres propres ii la culture des céréales.
A 4 kil. à l’ouest commence la Forêt de Cèdres, arbres magnifiques dont quelques-uns atteignent des dimensions remarquables (la Sultane 2“,50 de diamètre), très clair semés malheureusement, derniers restes des anciennes richesses forestières de ces montagnes. Ils ne poussent qu’à une altitude supérieure à lî200 mètres. On trouve cependant encore des ressources en pins d’Alep, chênes-lièges, oliviers sauvages, pistachiers, etc., que l’on protège par des règlements sévères contre les dégâts de la pâture, mais qu’on ne peut toujours mettre à l’abri des désastres causés par des incendies, la plupart dus à la malveillance arabe.
Une route en construction conduit à l’est vers Boghar en passant par les ruines de Taza (30 kil.), ancien oppidum romain ; Abd el Kader y avait établi une de ses places de sûreté qu’îl fit détruire lui-même, en 1841, à l’approche du général Baraguey-d’Hilliers.
Les eaux de l’Ouarsenis s’écoulent, pour la plupart, dans de longues coupures perpendiculaires qui les conduisent dans la vallée inférieure du Ghelif. Nous citerons les principales rivières :
L oued Deurdeur reçoit ses premières eaux du mas-
sif de Teniet el Haad, dont les sommets principaux sont le Ras el Prarit (1787"") et l’Amroima (1507""), et du djebel Achaonn (1804"").
L’oued Massiii est remonté par la route de Teniet.
L’oued Rouina descend également du Ptas el Prarit.
L’oued Fodda,qui s’appelle plus haut l’oiied Larba, passe au pied de l’Ouarsenis, mais il reçoit ses premières eaux de la crête même qui borde le Nahr Ouassel beaucoup plus au sud.
L’oued Sly descend du groupe de l’Ouarsenis sous le nom d’oued Ardjem.
L’oued Riou vient de l’arête méridionale, h très peu de distance du Nahr Ouassel. Il passe au pied d’Ammi Moussa, village et poste fortifié, et à Inkermann, sur le chemin de fer.
L’oued Djidiounia, dont la vallée est suivie en partie par la route de Relizane à Tiaret par Zamora.
L’oued Mina dont il a été antérieurement parlé.
Le Chelif, après avoir contourné h l’est le massif de l’Ouarsenis, coule jusqu’à la mer dans la direction de l’ouest, dans une belle vallée cultivée et asse'/. bien arrosée, grâce aux neiges de l’hiver qui couvrent les montagnes de rOuarsenis et dont les eaux sont retenues par des barrages à leur sortie des gorges. Un assez grand nombre de villages de colonisation, la plupart florissants, ont été créés dans cette vallée et jalonnent la route et le chemin de fer d’Alger à Oran.
•Ce sont : Aïn Sultan; Affreville (1000 hab.) au pied de Miliana, point de départ de la route de Teniet; Lavarande, Duperré, dans un fond autrefois malsain que la persévérance des colons a admirablement transformé.
Oued Pionina, Saint-Cyprien des Attafs, les Attafs, oued Fodda, le Barrage, Ponteba.
Orléansville, fondé en 1843 sur remplacement d’El Esnam {Castellum l'ingitH), pour servir de base de ravitaillement aux colonnes opéi-ant dans l’Ouarsenis, juste à moitié chemin d’Alger et d’Oran, 2,200 habitants. Le climat est très chaud parce que les vents de la mer sont arrêtés par les montagnes. Les plantations et les cultures Font adouci depuis quelques années, et la moyenne estivale est descendue de quelques degrés
Les barrages, récemment construits, vont permettre la cullure sur 10,000 lieclares de terres excellentes.
Viennent ensuite : Malakoff (oued Sly), Merdja, Inkermann (oued Ptiou) Saint-Aimé.
La vallée s’élargit alors dans une vaste plaine appelée Plaine du Chelif.
Le chemin de fer traverse la Mina au village de Relizane. C’est un centre prospère, point de départ de la route de Tiaret par Zamora.
La vallée du Nahr Ouassel, qui limite les montagnes au sud, devait être également très fertile à l’époque romaine, si l’on en juge par les nombreuses ruines dont elle est couverte. Actuellement elle est desséchée; les eaux n’y sont plus courantes et ne se trouvent ordinairement que dans des trous de distance en distance.
I Minimum 3°, 5 janvier.
Maximum 49-^,'il août.
Moyenne de juillet et août 33“
Moyeune annuelle 20“,6
C’est le point le plus chaud du Tell,
' Elle est bordée au sud par les escarpements des Plateaux du Sersou.
Au nœud orograj^hique duquel descendent les premières eaux du Nalir Ouassel, de l’oued Riou, de l’oued Mina, se trouve Tiaret (2,800 hab.), créé en 1843 (1083"^ d’altitude), dans une position stratégique importante; c’est une base de ravitaillement pour les colonnes qui opèrent sur les Hauts-Plateaux, au centre des immenses pâturages des Harar, qui possèdent de grands troupeaux de moutons et de beaux chevaux, (l’est un des points les plus importants du Sud. 11 s’y tient un grand marché d’échange entre les produits du Tell et ceux des caravanes sahariennes. Les routes de Saïda, Mascara, Relizane, Teniet el Haad, viennent s’y réunir. Tiaret est la tête de la route de ravitaillement du poste d’Aflou dans le Djebel-Amour et le grand marché des tribus de cette région. La route passe à quelque distance d’Aïn Souguer autrefois résidence de Sarahoui, ancien agha des Harar, et à Oussekr, où est installé un poste de surveillance. A moitié chemin d’Oussekr et d’Aflou sont les puits d’ed Dib.
Près de Tiaret sont les ruines de Tagdemt, détruit en 1841, une des places d’Abd el Kader. 11 s’y trouvait un oppidum romain.
Pris dans son ensemble, le massif de l’Ouarsenis est une sorte de vaste place d’armes. Abd el Kader en avait fait sa forteresse principale, avec des places à Bogbar, ù Taza, <i Tagdemt, à Miliana.
ActuellemenL Teniet en est le réduit central; Tiaret à l’ouest,' Boghar à l’est, Ammi Moussa et Orléansville au nord, en sont les poternes. Les principales tribus sont
les Flitta, entre Relizane et Tiaret, très remuants, Jes Béni Ourar dans le cercle d’Ammi Moussa, les Béni Zougzoug et les Djendel à l’est.
Ces populations sont de race berbère. Elles se sont insurgées en 1864. Les villages de colonisation de cette l’égion ont aloi’s eu beaucoup à souffrir et plusieurs ont été pillés.
Les Plateaux du Sersou, compris entre le Nahr Ouassel et l’oued Belbela, ont une largeur d’environ 20 kilom êtres -
Dans la partie orientale, la vallée du Nahr Ouassel est fertile, mais les coteaux et le plateau sont arides et sans végétation. Ces plateaux sont soutenus au nord par des escarpes de 60 à 100 mètres. Le point le plus l 3 as est il 68o mètres et le plus élevé ii 1000 mètres 'environ.
La partie occidentale au delà d’Aïn Timetlaket est cultivée en céréales; de nombreuses ruines romaines et des monuments mégalithiques attestent son ancienne fécondité. A l’est et au centre, il n’y a qu’une herbe maigre et de l’alfa, et aucune habitation.
Au sud du Sersou, s’étend la plaine de Sousselem et de rOurenk. L’oued Sousselem, qui coule de l’ouest à l’est, se perd dans les terres. Au delà, les massifs de Goudjila et de Chellala sont les dernières rides de la bordure tellienne des Hauts-Plateaux.
Cette avant-chaîne est ainsi jalonnée depuis Frenda : djebel Harbouz, djebel ben Louai, massif de Goudjila, dont le point culminant est au Ras Fortas (1530*^^); elle présente vers le nord des escarpes inaccessibles.
Le massif de Goudjila est formé de trois rides parai-
lèles; celle du centre est la plus élevée. Ces hauteurs, dont le relief est ainsi de 400 à 500 mètres, surgissent de la plaine, comme une île escarpée. Elles versent la majeure partie de leurs eaux dans l’oued Ourenk.
Le massif de Chellala, dont la direciion d’ensemble est parallèle au précédent, a pour point culminant 1330 mètres environ. Il est formé de plateaux ou gacla.
Chellala est occupé par un poste qui, de même que celui d’Oussekr, doit surveiller les tribus des Harar.
Le ksar de. Ben Hammad est ruiné depuis l’insurrection de 1864.
Cette ride est coupée par le Chelif entre le djebel Daoura (rive gauche) et le djebel Noukra (rive droite).
I>e Halira. — Entre le Chelif inférieur et la mer se trouve une zone très montagneuse que -l’on appelle le Dahra depuis Miliana jusqu’à reinbouchure du Chelif.
Les Européens ont Thabitude de donner ce nom de Dahra, exclusivement à la portion occidentale, à l’ouest de l’oued Kramis, mais la signification exacte du mot arabe étant « le nord ^ il n’y aurait aucune raison d’en restreindre ainsi l’application.
Dans son ensemble , le Dahra forme une longue cliaîne dont les altitudes les plus grandes se trouvent à l’est, où des sommets comme les deux Zaccar (1580“b 1527m), Bou Mad (I4l7«ï),se pyramident au-dessus de la plaine de la Métidja, présentant ainsi, du côté de l’est et au sud, des escarpes considérables, tandis que
1 Les étymologisles, tout en donnant au mot dalu’a ou dbabra la signification de nord, en trouvent la racine dans dliohor (dos), — Général Parmentier : Vocabulaire ; Capitaine Bourdon : Le Dahra.
Tarête, s’abaissant graduellement vers l’ouest, n’offre plus au-dessus du Chelif, à son extrémité occidentale, que des berges de 500 à 600 mètres.
« Vues des plaines du Chelif, les montagnes du Dalira se dressent comme une énorme digue d’aspect uniforme dans laquelle on ne distingue ni sommet, ni brèches » ; en réalité, il y a plusieurs crêtes parallèles les unes derrière les autres, dans la direction ordinaire du nord de l’Afrique. Par suite des dislocations subies par les terrains, leurs arêtes présentent leui's escarpes tantôt au sud, tantôt au nord. Mais, comme dans l’Ouarsenis, on trouve un système de fractures très fréquentes face à l’est, bordant les vallées des cours d’eau côtiers ou affluents du Ghelif. L’ensemble même de la région paraît d’ailleurs avoir subi une flexion dans le sens est-ouest, puisque, comme nous l’avons dit, les plus grandes altitudes se rencontrent dans la région orientale.
Dans cette partie, la cime principale et centrale est le Bon Mad (1417>"), au centre du pays des Béni IMenacer. L’arête dont il est la borne terminale se continue à l’ouest par le Lari ('1055“^).
Au nord, la ride littorale se termine par le promontoire du Chenoua (900“^ environ), qui protège le petit port de Tipaza.
Au sud, une puissante arête s’escarpe au-dessus du Ghelif. G’est le Zaccar (1580 et 1527“) sur le flanc duquel est accroché Miliana.
Vu du nord, l’aspect du Dahra est plus varié. L’horizon n’est pas fermé, comme du côté du Ghelif, par une digue massive ; il se compose de plusieurs plans successifs de hauteurs. Ge sont d’abord de hautes falaises, puis des plaines étagées, puis de hautes collines arrondies au sommet, déchiquetées sur leurs flancs par
les érosions. Presque partout, et particulièrement dans le Dahra proprement dit, c’est-à-dire h l’ouest, se trouvent des terres cultivables, une végétation vigoureuse, des maisons arabes, et des villages de colonisation de récente création offrant des espérances de prospérité.
La côte du Dahra est peu accidentée ; elle offre peu d’abris. Les petits porte de- Tenôs et de Cherchell ont seuls quelque importance. Ce sont les points de départ des routes qui relient la côte à la vallée du Chelif.
Tenès (2,500 hab. environ) a été fondé en 1842 sur remplacement de l’ançienne Carienna, pour servir de port à Orléansville, dont la création était simultanée, et pour assurer la domination du Dahra. On y a créé un port de refuge.
Cherchell, créé en 1840^ 3,000 habitants environ, sur l’emplacement de la grande cité romaine de Césarea, dont on trouve des ruines très intéressantes, n’a pourtant qu’un petit bassin fort restreint.
La fertilité de son terroir était célèbre dans l’antiquité. Les fermes modernes, enrichies par la culture de la vigne, sont en pleine prospérité.
Des routes de Cherchell à Duperré, de Cherchell à Miliana, de Tenès à Orléansville, ont été construites dans le but de faciliter la marche des troupes. Une autre route militaire [noute Lapasset) conduit de même du cap Ivi par Oullis, Gassaigne, Pienault, à Inkermann. Elle suit les crêtes et traverse le territoire des Oiilad Riah, dans lequel se frouvent les grottes où, en 1845, périrent enfumés des centaines de malheureux qui s’y étaient réfugiés et refusaient de capituler.
La crête culminante du Dahra se trouve plus près du Chelif que de la côte; aussi les vallées du versant sud
sont-elles en général plus courtes, plus déchirées et plus rapides. La plus notable est celle de Toued Ouaran, que remonte la route d’Orléansville à Tenès.
Sur le versant nord : l’oued Kadous ou Kramis, qui limite à l’est le Dahra proprement dit ;
L’oued Hallala, qui finit à Tenès;
L’oued Damous, sources au djebel Sidi Aïssa (614™);
L’oued Sebt, sources au djebel Lari (10o6“);
L’oued el Hachem, sources au Bou Mad (1417“), passe à Zurich, finit à l’est de Cherchell ;
L’oued Nador, qui limite à l’est le massif du Ghenoua et finit près de Tipaza.
Le Dahra est habité par des populations kabyles, dont la soumission, toujours précaire, a coûté de sérieux efforts. Nous avons déjà cité les Oulad Riah, à l’ouest. A l’est, dans les montagnes difficiles du Bou Mad, sont les Béni Menacer, dont l’insurrection, en 1871, eut une certaine gravité et compromit les villages des colons voisins, dont plusieurs furent attaqués et pillés, entre autres Yesoul-Benian, centre florissant créé par des Francs-Comtois , à l’est et au pied de Miliana.
Mîlîana est une sous-préfecture de 3,000 habitants, adossée au Zaccar (1580™) à 740 mètres d’altitude ; elle commande à la fois le chemin de fer et la route d’Alger à Oran, l’entrée de la vallée du Ghelif, et celle de la Métidja. G’est le point d’appui des troupes qui ont à opérer au nord dans le Dahra oriental ou au sud dans rOuarsenis. Elle fut occupée en juin 1840, et, pendant l’hiver suivant, étroitement bloquée par Abd el Kader. La garnison, forte de 1200 hommes, fut réduite par
la famine et les maladies à une centaine de soldats, à peine en état de tenir une arme. 700 étaient morts.