S° HAUTS-PLATEAUX
Après la conquête, lorsqu’il s’agit de consolider notre occupation en Algérie, on se demanda quelles limites il convenait de lui donner dans le Sud.
On connaissait fort impai’faitement les conditions de vie des tribus nomades et la nature de leur pays. Les uns conseillaient la création d’une ligne continue de postes destinés à couvrir notre frontière méridionale, recommandaient de ne pas se laisser entraîner dans des expéditions lointaines contre des tribus souvent insaisissables, et de laisser à eux-mêmes, sans s’ingérer dans leurs affaires, les nomades du désert.
Mais une connaissance plus exacte du mode d’existence des tribus sahariennes devait bientôt modifier, au moins en certains points, cette manière de voir.
« Arrivé à l’extrême limite du Tell, écrivait le général Baumas, où Ton a occupé les postes de Sebdou, Daya, Frenda, Takdemt, Tiaret, Teniet el Haad, Boghar, Bou Saada, Msila, Biskra, Tebessa, on a cru, sur la foi d’anciens géographes, être en plein désert, que là commençait le vide, et qu’à part quelques tribus égarées, errantes dans les sables, ou totalement circonscrites dans d’étroites oasis , il n’y avait plus sur ce sol déshérité ni famille humaine, ni végétation. Ce désert, on l’a successivement sondé ; partout, on y trouve des villes, des villages, des tentes, une vie active, mais exceptionnelle. »
Les tribus sahariennes se déplacent avec une grande régularité. Pendant Tété, elles remontent vers le nord pour trouver des pâturages et pour faire les échanges de leurs produits contre ceux du Tell, contre des grains surtout; lorsque l’hiver s’approche, elles redescendent dans le Sahara. Ces migrations périodiques amènent des relations constantes entre elles et les populations sédentaires que nous avons les premières soumises â notre autorité, et nous obligent à exercer sur les unes et sur les autres une active surveillance.
Il est impossible de supprimer ces relations. Le peuple qui domine dans le Tell ne peut, par conséquent, se désintéresser de ce qui se passe dans le Sahara, parce que de là viendront souvent, avec les caravanes de nomades, les excitations religieuses, qui troublent les sédentaires du nord de l’Algérie.
Il est bien difficile, on le comprendra, de déterminer une frontière fixe. Les prédications de quelques marabouts fanatiques, les querelles de tribus à tribus, des violences exercées contre celles que nous protégeons directement, des tentatives d’insurrection, nous mettent souvent dans la nécessité de porter nos troupes à grande distance et d’avoir dans Textrôme Sud non seu-
lement des postes d’observation, mais encore des magasins où puissent se ravitailler les colonnes expéditionnaires. Il convient peut-être d’ajouter encore à ces raisons politiques qui nous ont entraînés dans le Sud, un certain attrait vers l’inconnu, et le désir d’en soulever le voile.
On a quelquefois distingué les solitudes du sud de l’Algérie en grand et petit Sahara. La limite naturelle entre ces deux régions est la grande chaîne saharienne.
On désigne plus habituellement la région du nord sous le nom de Hauts-Plateaux.
A quelques kilomètres au sud des postes de Sebdou, de Daya, de Saïda, de Frenda, au-dessous même de Tiaret et de Boghar, se dressent de puissantes falaises du sommet desquelles on domine de vastes plaines à Fhorizon indéterminé comme celui de la mer. Ce n’est pas encore le Sahara; mais on a eu raison d’appeler ces solitudes le petit Sahara, parce qu’elles en ont tous les caractères, moins l’étendue indéfinie.
Elles sont séparées du Sahara proprement dit par une épaisse région montagneuse, qui n’a pas moins d’une vingtaine de lieues de largeur dans certaines parties et dont les crêtes dépassent parfois 2,000 mètres. Leurs altitudes varient entre 900 et 1000 mètres, et c’est à peine si la monotomie de leur aspect est variée par de petites crêtes, ou par quelques îlots rocheux qui émergent de loin en loin et qui ont résisté au gigantesque travail de dénivellation par les eaux, dont ce pays conserve les traces irrécusables.
La plaine n’est pas liorizonlale cependant; elle est ondulée comme le fond d’une mer affouillée par le mouvement des vagues ; elle est déchirée par quelques ravines creusées autrefois par les eaux; mais l’uniformité et la nudité de sa surface sont telles, que l’œil, manquant de point de repère, ne peut apprécier ni les creux ni les hauteurs. Une troupe en marche ou un campement doivent se faire éclairer à grandes distances pour se garder contre des embuscades, aussi dangereuses et presque aussi faciles à tendre que dans le pays le plus couvert. L’étranger qu’aucun indice n’alarme, aussi loin que porte sa vue, ne se doute pas souvent que dans un pli de terrain, à moins d’une portée
ml
de fusil, se dérobe un douar de nomades, un djich de pillards, un ennemi quelconque.
Le caractère principal de ces grandes plaines est leur aridité. Dans bien des endroits le sol serait fertile s’il était arrosé; mais il ne pleut presque jamais, quelques jours à peine vers Léquinoxe du printemps et celui d’automne. La terre desséchée boit rapidement les eaux; le peu qui n’est pas absorbé ou emporté par l’évaporation causée par des ^mnts d’une extrême violence, se rassemble dans quelques trous naturels, gheclir, où elle séjourne quelques jours, quelques semaines parfois, ù moins que des troupeaux ne viennent les épuiser.
En certains endroits, lorsqu’une couche imperméable forme cuvette à quelque distance de la, surfa ce, on peut creuser des puits dans lesquels l’eau se conserve toute l’année. Ce sont àQsogîat, près desquels se trouve parfois un campement permanent, mais ces points d’eau sont extrêmement rares.
Enfin, dans les parties les plus basses des plateaux, se voient des bassins plus ou moins étendus : mares, étangs ou lacs, la plupart du temps desséchés, qu’on appelle daya, sebkha ou chott, suivant leur étendue,
derniers résidus du grand lac intérieur dont les rivages
étaient autrefois la falaise tellienne au nord, les escarpes de la chaîne sahaiûenne au sud. En hivei*, les pluies et les neiges v amènent une couche d’eau très mince qui, en s’évaporant, dépose en efflorescences blanchâtres les sels qu’elles ont dissous en coulant sur les roches magnésiennes- Les plus importants sont les chotts Gharbi et Chergui (c’est-à-dire les chotts de l’ouest et de l’est). Pendant l’été, on peut les traverser presque partout en prenant simplement la pré-
caution d’éviter le danger de l’enlisement dans
flaques de sables mouillés. Mais la chaleur produite par la réverbération impose des fatigues extrêmement pénibles à des hommes à pied. De décevants mirages semblent toujours annoncer rapproche d’une nappe liquide qui n^’existe pas et sur laquelle paraissent se refléter des îles et des rivages imaginaires.
Dans ces lacs sans eau viennent finir des vallées également arides. Les cartes doivent cependant les indiquer soigneusement, non pas tant à cause de l’importance du relief qui les borde, cju’en raison des puits ou des ghcdirs cju’on peut y rencontrer. C’est Ih aussi que l’on peut espérer trouver encore quelques arbustes rabougris, quelques broussailles de jujubiers sauvages épargnés parle feu des campements des nomades arabes ou des colonnes françaises.
Sur ces immenses étendues, aussi grandes en surface c^ue le Tell tout entier, il n’existe en effet aucune culture, et en fait de végétation naturelle, il n’y pousse ciue de l’alfa, du diss, des touffes de thym ou de lavande, quelques autres plantes ligneuses. Parfois, après les pluies, apparaissent soudain de véritables prairies émaillées de fleurs éphémères que l’humidité a fait éclore en quelques jours et que le brûlant sirocco flétrira en quelques heures.
Si misérables que paraissent être ces pauvres plantes, dont le robuste tempérament s’accommode de la sécheresse ordinaire du sol, de l’envahissement du sable, des rigueurs d’un climat excessif dont les écarts sont parfois de 40 à 50 degrés, entre le froid glacial des nuits et la chaleur torride du soleil de midi, elles n’en constituent pas moins des ressources d’autant plus précieuses que ce sont les seules qui permeüent aux no-
mades d’y vivre, parce qu’ds peuvent y faire vivre leurs troupeaux
L’alfa est la plante la plus répandue et la plus utile. C’est une sorte de jonc herbacé. Il offre un fourrage qu’acceptent les chevaux et même les petits bœufs du pays, comme les moutons et les chameaux^ plus sobres et moins exigeants. Lorsque la terre est profonde et assez arrosée, les touffes sont épaisses, serrées les unes contre les autres ; les tiges s’élèvent de leurs gaines h 50, 60 centimètres du sol et quelquefois plus ; mais on ne trouve guère ces conditions favorables que dans les montagnes du Sud; partout ailleurs, l’alfa est moitié moins haut; mais lorsqu’il est fin, il n’en est pas moins recherché et apprécié. Outre ses propriétés nutritives, l’alfa se prête à divers usages industz'iels, à la sparterie, à la fabrication du papier. Depuis quelques années, on Lexploile régulièrement pour cet usage; on en exporte d'énormes quantités qui constituent un fret rémunérateur pour les chemins de fer dont les têtes atteignent les Hauts-Plateaux. La ligne d’Arzeu à Saida n’a môme été construite que dans le but d'exploiter l’alfa; plusieurs autres seront bientôt terminées sur d’autres points.
Bien conduite, l’exploitation de l’alfa est pour ainsi dire indéfinie, à la condition de ménager la plante, d’arracher les tiges des gaines sans toucher h la racine.
* Le climat des Hauts-Plateaux passe pour être généralement sain; il est très rigoureux parfois en hiver. Au mois de janvier ^882, lorsque la colonne Brunelière se portait de Tiaret sur Atlou, d’efTrayables tourmentes de neige imposèrent des souffrances exceptionnelles aux hommes et aux animaux. Le 21 décembre, la couche de neige avait 0™,30; le 30 décembre te thermomètre descendit à — 47°; on perdit 446 cliameaux dans une journée.
La tige se reforme alors en trois ou quatre années. Il y a donc là une source incontestablement importante de profits pour l’Algérie. Il faut dire cependant que les spéculateurs industriels et les ouvriers, la ]ilupart Espagnols et Marocains, qidils emploient, nomades d’un certain genre que rien n’attache au sol et qui disparaissent aussitôt le gain réalisé, ne contribuent pas à la colonisation stable et à la prise réelle de possession du pays. D’autre part, les nomades déjà repoussés du Tell voient, par suite des concessions des terrains d’alfa, se restreindre chaque jour l’étendue des parcours sur lesquels ils promènent leurs troupeaux. Les tribus s’appauvrissent, et la misère est toujours mauvaise conseillère.
La sécurité sera-t-elle plus grande à mesure que le vide se fera sur les plateaux ? C’est là une opinion qui a ses défenseurs ; l’avenir pourra la justifier, mais quant à présent, il faut s’attendre à ce que l’Arabe résiste avant de se laisser refouler plus loin.
Le diss a certaine analogie avec l’alfa, mais il est plus fin et ses touffes sont plus minces. Quant aux autres plantes, elles n’offrent de pâturages aux bestiaux qu’au moment où poussent leurs bourgeons, elles troupeaux les détruisent vite ; seuls, les chameaux, grâce à leurs puissantes mâchoires, peuvent en broyer les rudes tiges épineuses et trouver une nourriture dans les brindilles desséchées que l’on ne croirait propres qu’à faire du feu et que l’on appelle pour cela le bois de chameaux.
Tel qu’il est, le désert a son charme ; l’Arabe aime ses vastes horizons, son silence, la majesté de ses nuits, soit que les étoiles piquent de leurs mille points brillants un ciel sombre et profond dans une atmosphère
sans vapeurs, soit que la lune projette son éblouissante clarté sur les plaines sans limites ; mais le vent du sud y vient trop souvent pousser ses rafales de sable; il est difficile de rendre l’angoisse qui saisit alors hommes et animaux étouffés dans un air brûlant et irrespirable.
Quoi qu’il en soit, cette vie de la tente a exercé aussi son attrait sur beaucoup de ceux qui, libres d’autres soucis, ont pu la mener librement; on comprend que le nomade tienne à cette existence, qu’il ne veuille pas l’échanger contre la contrainte de nos habitudes, qu’il dédaigne les avances fallacieuses que la civilisation vient lui faire, et qu’il soit l’ennemi forcément irréconciliable de quiconque voudra lui en imposer les entraves.
Les principales tribus nomades du Sud Oranais sont, en allant de l’ouest à l’est, à partir de la frontière du Maroc, les Oulad enNahr, fraction dissidente des Oulad Sidi Cheikh;
Les Oulad Balach;
Les Hamian, qui se divisent en deux grandes fractions, dont l’une est marocaine, tribus remuantes, incertaines, difficiles à gouverner;
Les Béni Matar, au nord du chott;
Les Yacoub, grande tribu, mais qui dans ses migrations restreintes s’éloigne peu des chotts.
Les Rezaina, refoulés du Tell, et qui campent actuellement au sud du chott;
Les Harar, puissante tribu qui s’étend depuis les pieds de l’Ouarsenis jusqu’au Djebel-Amour.
Les Trafi, la plus importante de toutes, dont les migrations s’étendent du Gourara aux limites du Tell.
Éài I
Serviteurs religieux des Oulad Sidi Cheikh, ils ont été entraînés dans toutes les insurrections et constituent la majeure partie de leurs contingents. Ils ont tous émigré au Maroc au moment de rinsurrection de 1881, et n’ont été autorisés à rentrer qu’en 1883.
Les Harar se sont toujours montrés d’une fidélité incertaine ; mais comme ils sont rapprochés de nos postes et campent dans le territoire compris entre Frenda, Tiaret, Aflou, et Géryville, on peut les surveiller assez efficacement. Un poste nouveau a, dans ce but, été créé à Aïn Oussekr, entre Aflou et Tiaret. La résidence de leur bach-aga, El Hadj Kaddour ben Sahraoui, était h Aïn Souguer, à une vingtaine de kilomètres du sud de Tiaret
Il n’y a pas de route, à proprement parler, à travers les Hauts-Plateaux oranais, mais seulement des pistes que suivent les convois. On peut d’ailleurs passer presque partout, mais les directions sont néanmoins
1 En 4864, l’attitude de ce personnage, au moment du massacre de la colonne Beauprôtre, a été plus que douteuse; s’étant éloigné avec ses goums, il a favorisé l’embuscade et l’attaque, sans toutefois y prendre [>art. En 4881, il a autant que possible évité de se compromettre. 11 vit toujours loin de nos établissements, ne fait aucune concession aux habitudes françaises, et représente presque seul aujourd’hui dans la province d’Oran ces grands chefs militaires avec lesquels l'autorité est obligée de compter si elle craint de les supprimer. Sa fortune est énorme, mais elle ne consiste qu’en troupeaux et en argent qu’il emporte avec lui. Il n’a ni terres, ni maisons.
Par contre, le bach-aga de Frenda est d’une vieille famille dont l’ami" lié et le dévouement ne se sont point démentis. C’est lui qui a donné les premiers renseignements sur les mouvements qui agitaient les tribus en 4874 et qui a prévenu de l’insurrection menaçante.
(Ceci était déjà écrit, lorsqu’on annonça l’arrestation de Sahraoui et son internement d’abord à Oran, puis à Bougie.)
absolument fixées par la nécessité de venir camper près des puits ou des ghedirs. Ils sont rares. Amis et ennemis doivent venir s’y désaltérer ; la plupart du temps, il suffirait donc de tenir quelques points pour intercepter les mouvements des tribus insurgées.
Les directions les plus ordinairement suivies sont celles qui vont du nord au sud et dont les points d’attache sont à la lisière du Tell : El Aricha, Ras el Ma, Daya, Saïda, Tiaret. Ces chemins conduisent à Mecheria et h Géry ville, les deux places de ravitaillement où l’on reprend haleine pour pousser vers le Sud.
Une description de détail des solitudes des Hauts- Plateaux n’ajouterait rien aux renseignements donnés par l’étude de la carte. Aussi nous bornerons-nous à une soi’te de nGmenclature méthodique des points qui intéressent le plus les opérations militaires.
Mecheria était un ancien ksar ruiné, au pied du djebel Antar, h l’angle formé par les deux directions de la montagne, très exposé par cette situation aux tourbillons des vents qui viennent se briser sur ses flancs, près d’une source d’un faible débit. Ce point a été choisi en 1881, pendant l’insurrection de Bon Amama, pour devenir la tête de ligne du chemin de fer et la principale place de ravitaillement des colonnes du Sud. On y a construit de grands baraquements pour magasins et logements, et on les a entourés d’une chemise en pierre d’un grand développement.
Géryville b à la limite nord des montagnes du Ksel,
^ Le colonel Géry est le premier officier qui ait conduit une colonne dans celte région, en t84o. (Lat., 33“ 40C Long. O., 4“ tfi' 30^'.)
a été fondé en 1853, près du ksar d’el Biod, sur un emplacement qui a été occupé à l’époque romaine, comme le témoignent quelques pierres tombales C’est un grand fort entouré d’une haute chemise maçonnée, à l’abri de toute attaque. A ses pieds se groupent le village arabe et quelques maisons européennes formant agglomération de 800 à 900 individus; c’est l’embryon d’une ville, mais d’une ville exclusivement militaire, où il y aurait plus d’inconvénients que d’avantages à attirer la colonisation. Les températures extrêmes ont été, en 1882, de — 12° en hiver et -f* 40° en été. Altitude, 1307 mètres.
Géry ville avait, jusqu’à présent, ses communications avec Saïda par une route jalonnée par des caravansérails, dans la vallée de l’oued Cherrafa. Un poste était établi à moitié chemin, à Aïn Sfissifa, au sud du chott. La construction de la ligne ferrée de Mecheria a fait reporter à la station de Bou Guetoub la tête de la route.
Entre Géryville et Mecheria, le pays est absolument désert; mais, à moitié chemin environ, les puits de Tisnioulin indiquent le point de rencontre des pistes que suivent les nomades; c’est un carrefour du désert, d’une grande importance.
. Les routes de Saïda à Mecheria et à Géryville traversent le choit Chergui.
Le choit Chergui s’allonge de l’ouest à l’est, dans la direction ordinaire du nord de l’Afrique, sur une longueur de 150 kilomètres environ. Il se compose de deux bassins principaux séparés par le seuil du Kheider, par lequel a été tracé le chemin de fer de Saïda à Mecheria.
Le Kheider est un point très remarquable. Une
source abondante jaillit au pied d’un monticule sur lequel a été construite une tour pour les signaux optiques, de laquelle on communique avec Mecheria, Géry* ville. Ras el Ma, Saïda.
On y a établi une redoute importante, une gare fortifie'e et des magasins.
L’oued Cherrafa est le principal tributaire de la portion orientale du chott Cliergui.
Il descend du djebel cl Biod et du djebel Ksel, dans les environs de Géryville, et passe au caravansérail du kheneg Azir, où il traverse la dernière ride formant la bordure méridionale du bassin du chott.
La Daya Askoura n’est, en quelque sorte, que le prolongement oriental du chott Ghergui, dont elle n’est séparée que par un pays plat : Oum el Firan. C’est le bassin de réception de l’oued Sidi en Nacer, qui reçoit ses premières eaux du plateau d’Aouinet liou Beker, du djebel Ksel, et du djebel Tarf.
Dans sa vallée se trouvent le marabout de Sidi en Nacer, et, à quelques kilomètres à l’est, l’Aïn Riali, près duquel étaient campés les douars qui donnèrent le signal de la révolte de 1881, par le massacre du lieutenant Weinbrenner.
A l’extrémité sud-ouest du chott, le poste de Bon Guern jalonne la route de Mecheria à Ras el Ma. C’est là que vient finir l’oued El Adjedar, dont l’origine est à Ici séparation même des eaux, au nord d’Aïn Sfissifa.
Dominant sa vallée, le poste d’Aïn ben Khelil com-
mande les passages des routes d’Aïn Chair, à travers le djebel Guettar.
Aïn ben Khelil est h 110 kilomètres d’El Aricha, à 4o kilomètres sud-ouest de Meclieria, à 45 kilomètres à l’ouest des dayas et des puits de Tonadjer et de Feretis, où viennent boire les nombreux troupeaux des TraTi, à 25 kilomètres au nord de Magroun, où se trouvent de nombreux puits et où viennent se croiser plusieurs routes, sur Géryville, le chott Tigri, et les oasis des Oulad Sidi Cheikh.
C’est le centre du territoire des Hamian; l’eau y est très abondante; l’alfa couvre les plateaux.
Ce poste avait été autrefois occupé, mais on l’avait abandonné depuis 1856 ; on l’a repris depuis 1881.
Le chemin de fer de Mecheria sera vraisemblablement prolongé dans la direction d’Aïn Sefra ; Mecheria perdra alors toute son importance.
Cette ligne, ù laquelle les éléments d’un trafic sérieux feront sans doute toujours défaut, est jalonnée par des stations fortifiées dont les principales sont, en partant de Saïda :
Aïn el Hadjar, grands ateliers de bottelage d’alfa de la Compagnie franco-algérienne. Belles cultures et eaux abondantes. Ce centre, récemment formé, compte plus de 3,000 habitants, la plupart espagnols.
Tafaroua, point de départ de l’ancienne route de Géryville ;
Khalfalla, chantiers d’alfa sur lesquels eurent lieu les massacres de 1881
Modzba, biturcation à l’ouest, sur les chantiers d’alfa de Mahroum (ait. 1057“);
Le Kheider (ait. 985“);
Près du Kheider se trouve le village de marabouts de Sidi Khelifa.
Bou Guetoub, point de départ de la route nouvelle de Géryville et probablement du chemin de fer qui sera poussé dans cette direction.
A l’ouest de INIecheria et d'Aïn ben Khelil, sur la frontière marocaine, sont les chotts Tigri et Gharbi.
Le choit Tigri S tout entier sur le territoire marocain, reçoit très peu d’oueds. Les montagnes qui en forment la ceinture méridionale ont cependant des altitudes de 1200 à 1300 mètres et au delà, mais la dépression du chott se trouve sur la ligne môme de séparation des eaux, entre les deux versants des Hauts-Plateaux.
Le chott Gharbi est coupé par la frontière marocaine.
Le seul oued notable quhl reçoit vient du sud : c’est l’oued Bou Reiuod, dont l’origine se trouve près du chott Tigri.
1 Une reconnaissance topographique du choit Tigri a été faite au mois d’avril 'ISSâ par une mission dirigée par le capitaine de Caslries. Celle région était alors occupée parles insurgés au milieu desquels se trouvait Bou Amama. L’escorte, formée d’une compagnie de la légion, fut enveloppée et attaquée par des forces nombreuses; elle réussit à se dégager, mais la plupart des documents furent malheureusement perdus avec le convoi (26 avril 4 882).
2^one frontièpe et Sa^haira. iiia.roca.iii.
Les relations incessantes de nos tribus avec les tribus marocaines, l’incertitude de la délimitation entre l’Algérie et le Maroc, nous obligent k donner quelques notions sur le Sahara marocain, en même temps que sur le Sahara oranais.
Le traité de délimitation du "18 mars 1845 avec le Maroc dit que, dans le Sahara, il n’y a pas de limite territoriale à établir, puisque la terre ne se laboure pas et qu’elle sert de pacage aux nomades des deux empires, qui viennent y camper pour y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires.
« Les Hamian Djemba et les Oulad Sidi Cheikh Gharaba dépendent du Maroc; les Oulad Sidi Cheikh Cheraga et tous les autres Hamian dépendent de l’Algérie.
« Les ksour qui appartiennent au Maroc sont ceux de Ich et de Figuig; ceux qui appartiennent à l’Algérie sont ceux d’Aïn Sefra , Aïn Sfissifa , Asla , Tiout , Chellala, El Abiod, et Bou Semghoun (art. 5).
« (iuant au pays qui est au sud des ksour des deux gouvernements, comme il n"y a pas d’eau, qu’il est inhabitable, que c’est le désert proprement dit, la délimitation, dit le traité, en serait superflue. »
Les principales tribus marocaines sont :
Les Béni Guil, grande tribu dont le territoire fait face à celui des Hamian ; ils ont pour limite le choit Tigri, le ksar d’Aïn Chair où ils déposent leurs grains, les ksour d’El Mekam et de Debdou au nord, le djebel Grouz qui domine Figuig, et la source de Ben Ghadaïa.
Outre les ksour précédents, ils ont ceux d*El Amar Sfissifa et de Mongheul.
Ils ont 1000 tentes environ et peuvent mettre sur pied 600 cavaliers et 2,000 fantassins.
Les OuladDjerirà l’ouest de Figuig. Peu nombreux, ils habitent les montagnes. 60 cavaliers.
Les Douy Menia, évalués à 2,500 individus, habitent l’oued Guir, tantôt dans sa partie supérieure, tantôt dans sa partie inférieure. Ils commercent entre Figuig et Tafilala. Leurs ksour principaux sont : Béni Goumi. Tourefana, El Kenadsa, Béni Abbés, Sigueli, sur l’oued Guir. Ils peuvent mettre sur pied 1 000 cavaliers et 2,500 fantassins. Ce sont des agriculteurs et des pasteurs petits nomades.
Les Beraber, nom générique donné aux ksouriens de race berbère qui habitent les ksour entre Figuig et le Tafilalet.
L’ensemble de ces tribus forme le Zegdou, c’està-dire une confédération. C’est contre elles qu’eut lieu l’expédition du général de Wimpfen, en 1870; depuis lors, elles sont restés fidèles à leur promesse de ne plus porter les armes contre nous.
Les Amour, petite tribu qui habite les montagnes escarpées près de Moghar et vient camper près de Figuig. Hardis pillards, ils forment des djich de 10 à 20 cavaliers, auxquels on doit attribuer la plupart des méfaits qui se commettent dans le Sud.
Les Angad et les Béni Snassen, tribus do la frontière
aux environs de Sebdou, contre lesquelles eut lieu Texpédition de 1859.
Le Sahara marocain comprend deux versants, celui de rOcéan, celui de Toued Guir.
On n’a sur cette région que des renseignements fort incomplets. Elle a été traversée par Caillé, en 18^8, lors de son voyage à Timbouctou; par Gerhard Rohlfs, en 1864, dans son voyage de Tanger à Tripoli; plus récemment en 1880, par le D^Lenlz, qui s’est rendu du Maroc au Sénégal par Timbouctou. Aucun de ces voyageurs n’a parcouru le versant océanique.
Sur ce versant s’ouvrent trois principales vallées : celles de l’oued Sous, de l’oued Noum, et de l’oued Draâ.
La vallée de l’oued Sous est une dps plus riches du Maroc, le jardin de cette partie de l’Afrique.
La vallée de l’oued Noum est fort peu connue. Un voyageur français, Léopol Panet, qui, au prix des plus grands dangers, se rendit, en 1850, du Sénégal ii Mogador, passa par Aouguilmin, le chef-lieu de l’oued Noum.
Sur la vallée de l’oued Draâ, les renseignement sont plus précis Une de ses vallées supérieures, l’oued Dadès, occupe une des grandes gorges, au pied meme de l’Atlas. « Sur un parcours de quarante lieues, ses deux rives sont bordées sans interruption de jardins et de villages. »
L’oued Draâ coule du nord au sud jusqu’à la sebkha de Debiaïat, que les haliitants cultivent lorsque l’inondation est sulïisante. 11 se replie ensuite perpendicu-
1 Voir : Notice sur l’oucd Drott. Bulletin de la Société de Géographie, décembre 4 880.
lairement à l’ouest, et à. 200 lieues environ, à vol d’oiseau, il atteint les rives de l’Océan sur le parallèle des îles Canaries.
Les zaouïas sont nombreuses dans sa vallée ; celle de Tamegrout (30° latitude nord), résidence du chef de l’ordre des Nassiria, jouit d’une grande réputation et d’une grande influence. Elle a de noinbreuses succursales, entre autres la grande zaouïa de Irazan dans l’oued Sous, où 500 tolba font leurs études aux frais de la confrérie.
Après l’insurrection de 1864, les familles algériennes des Laghouat et des Trafî, émigrées dans le Sud-Ouest, s’affilièrent è cet ordre; elles ont, depuis lors, conservé des relations avec lui et sont visitées par ses mokhaddem.
Cette région ne relève que nominalement du sultan du Maroc, dont les makhzen y paraissent cependant de temps à autre pour lever l’impôt.
En marchant de l’ouest à l’est, on rencontre ensuite les grandes oasis du Tafilet (Tafilala), dont la ville principale est Abouan. Elles ont 200,000 palmiers, dit-on. C’est le point de départ des caravanes qui vont h TimbouctOLi par Tâudeni et de celles qui vont au Touat.
C’est donc un important centre de trafic où viennent s’approvisionner les tribus sahariennes du Sud-Ouest.
Elles sont arrosées par l’oued Sis, qui disparaît sous les sables dans la sebkha de Daoura (29® lat. nord).
Vient ensuite la région du Zegdou, habitée par des populations remuantes et belliqueuses, chez lesquelles nos tribus sahariennes révoltées sont assurées de trouver le refuge dont elles ont besoin, et qui, d’autre part.
tournissent les plus nombreux contingents aux insurrections du Sud Oranais.
Ce pays est traversé par l’oued Guir et par ses tributaires, dont un des principaux est Toucd Zousfana, qui vient des oasis de Figuig.
I/oued Guir change plusieurs fois de nom; après avoir reçu l’oued Zousfana, on l’appelle oued Messaoud, Messaoura ou Saoura. Sa vallée est une suite d’oasis et de villages, avec de l’eau abondante à chaque étape, el des ressources variées jusqu’au Gourara. Le voyageur allemand Rohlfs dit qu’on l’appelle Ghaba (la forêt) îi cause de ses nombreux palmiers.
Exp<^ilîtîoii du général de Wîmpfeu