‹ Algérie, géographie physiqueChapitre 15 sur 42 · MONTAGNES DES KSOUR ET OASIS DES OULAD SIDI CHEIKH · texte numérisé non relu

MONTAGNES DES KSOUR ET OASIS DES OULAD SIDI CHEIKH

La limite méridionale des Hauts-Plateaux est formée par une suite de montagnes importantes dont les directions de fractures rappellent les directions ordinaires du nord de l’Afrique. Leurs altitudes dépassent 2,000 mètres cl certains sommets, et plusieurs massifs ont souvent une grande importance. Nous leur donnons, dans leur ensemble, le nom de Chaîne saharienne.

Dans la province d’Oran, cette chaîne se subdivise de la manière suivante, en allant de l’ouest à l’est :

Les montagnes des Ksour, entre Figuig et Géryville; Le massif secondaire du Ksel, à l’est de Géryville ;

Et le Djebel-Amour, jusqu’au méridien de Laghouat.

1 En ^1838, Abfl elKader, qui avait des troupes régulières et de l’artilerie, assiégea pendant neuf mois le ksar d’Aïn Madbi avant de s’en rendre maître.

On connaît aussi les énergiques résistances des ksour de Zaatcba et de Laghouat.

Les montagnes des Ksour sont composées des masses suivantes :

Djebel Maïz, au nord de Figuig;

Djebel Groiiz, à Touest de Figuig;

Djebel Béni Smir et djebel Mzi, entre les branches supérieures des cours d’eau tributaires de Foued Zousfana;

Mir el djebel, djebel Mektei% djebel Djara, h la tête des eaux de l’oued Namous.

La chaîne s’affaisse ensuite; elle se prolonge par de longues arêtes parallèles de peu d’épaisseur et d’une faible altitude, dessinant de longs couloirs qui ouvrent, de l’ouest à l’est, des communications assez faciles entre les ksour.

Il est très à remarquer que ces montagnes ne forment nullement la ligne de partage des eaux entre le versant saharien et le versant des Hauts-Plateaux. Cette ligne de partage se trouve très au nord de leurs crêtes; on pourrait la jalonner ainsi ; puits de Magroun, sebkha de Naâma, Géryville, à une altitude qui varie entre 1200 mètres vers Magroun et 1000 mètres à Géryville.

Les massifs sont presque exclusivement composés de roches de grès, fracturées, démolies, bouleversées, offrant, pour ainsi dire, la navrante image d’une effroyable destruction. Ce sont d’immenses ruines dont les matériaux gisent de toutes parts dans un complet désordre; cependant on reconnaît que les escarpes sont ordinairement orientées au nord. Ces roches, dépouillées de végétation, s’effritent sous l’action successive des eaux, de la chaleur, et des vents; leurs débris couvrent les plaines desquelles elles émergent. Ce sont tantôt, comme sur les Hamada, des cailloux de toute grosseur, aux angles vifs, recouverts d’une espèce de vernis noi-

râtre d’origine organique; tantôt des sables fins et secs qui s’accumulent en dunes mouvantes; tantôt des masses plus ou moins argileuses qui retiennent les eaux et forment des garaas, des datas, étangs ou marais. Les montagnes doniinent les plateaux d’environ 1000 mètres; leurs escarpes aux parois verticales leur donnent un aspect assez imposant; ce sont des citadelles colossales qu’il a fallu souvent enlever de vive force. Les Amour en font encore leurs réduits, et, chaque fois que l’on voulait les châtier, il fallait pénétrer dans des gorges où nulle piste n’est tracée, et en gravir les rochers sous le feu de l’ennemi embusqué.

Les plus hautes crêtes du djebel Béni Smir, du djebel Mzi, du Mir el djebel, ont été ainsi emportées d’assaut en 1881-1882, pendant l’insurrection de Bou Amama, à la suite de laquelle nous avons définitivement affirmé notre puissance en créant la redoute d’Aïn Sefra, et on ouvrant plusieurs routes militaires pour traverser h*s montagnes.

Ksoiir et vsillc^es

Des montagnes des Ksour descendent vers le Sud cinq rivières principales dont les vallées coupent les routes de Figuig à Laghouat, et sont les directions naturelles des nomades dans leurs migrations périodiques du nord au sud, et réciproquement.

Ce sont, de l’ouest à l’est :

L’oued Zousfana, l’oued Namous , l’oued Gliarbi, l’oued Seggueur, l’oued Zerghoun.

Leurs vallées indiquent les lignes d’eau et ouvrent.

par conséquent, les routes naturelles entre le Sahara et les Hauts-Plateaux, depuis la frontière marocaine jusqu’à Géry ville.

Oued Z^ousfunu. — L’oued Zousfana est tributaire de gauche de l’oued Guir; il est le grand collecteur d’une vaste région montagneuse dont les eaux viennent se réunir dans le pays de Fi gui g.

La branche maîtresse, qui descend directement du nord au sud, sous différents noms, commence aux environs d’Oulakak, à 20 kilomètres à l’ouest de Sfissifa,

Au point d’El Attatich, elle reçoit (r. d.) les eaux qui viennent de Souf Kesser, du djebel Melah, et l’oued el Kheroua qui dessine une longue vallée de l’ouest à l’est, sur le versant nord du djebel Maïz.

Au pied de cette montagne il faut citer le point d’eau d’Hadjerat es Sem.

La masse du djebel Maïz est limitée au sud par la vallée de l’oued Tisserfin parallèle à la précédente; elle sépare le djebel Maïz du djebel Grouz. Ces deux vallées ouvrent les routes d’Ain Ghaïr.

L’oued Zousfana contourne à l’est les oasis de Figuig, et à 25 kilomètres plus au sud, près de Nakhelet el Brahimi, il se réunit à l’oued Dermel, dont le cours est également dirigé du nord au sud et qui ouvre le col de Founassa, entre le Mzi et le Mir el djebel (route de Figuig à Sfissifa).

L’oued Dermel reçoit (r. d.) la rivière d’Ich, qui contourne à l’ouest le massif du Mzi. On voit donc quelle est son importance pour les communications entre

Figuig et le cercle d"Aïn Sefra, la distance entre ces deux points étant d’environ 130 kilomètres.

Plus au sud, l’oued Zousfana reçoit (r. d.) l’oued Fendi, dont les eaux arrosent les belles oasis de Bou Yala et de Fendi.

JFîg^MÎs:. — Le pays de Figuig comprend neuf ksour réunis dans une même enceinte. Le plus important est celui de Zenaga. On en a estimé la population totale à jalus de 15,000 habitants, ayant 3,000 fusils.

« C’est une grande forêt de palmiers, entourée de villages qui paraissent se toucher. Une ravissante verdure forme comme le fleuron de ce paysage, d’où se dégagent d’élégantes mosquées et de blancs minarets. Une longue muraille en pisé, surmontée de nombreuses tours, enferme le tout... Enfin un cercle de petites montagnes ont l’air d’avoir été plantées exprès pour rompre l’effort des vents violents du nord et pour opposer une barrière aux sables du désert i.»

Elles sont composées de roches de forme dentelée, et sont séparées par des cols assez faciles.

Le relief de la plupart de ces hauteurs est d’environ 60 ù 100 mètres au-dessus du terrain avoisinant. Quelques-unes sont accessibles pour l’artillerie et dans une situation d’où l’on commanderait les oasis.

Figuig est un des grands marchés entre les produits du Soudan et ceux de l’industrie européenne. On y échange des soies, des cotons, des toiles, du sel, des armes, de la poudre, de menus objets : ciseaux, aiguilles.

1 Itinéraire de Géryville à Figuig, par le capitaine Perrot (Spectateur militaire, '1881). — Notes sur Figuig, par le capitaine de Castiies (Bulletin de la Société de Géographie, 4 882).

miroirs, etc., contre l’ivoire, la poudre d’or, les plumes d’autruche, les cuirs, les esclaves, etc.... du pays des nègres. Il arrive chaque année deux ou trois caravanes du Gourara, qui est h 16 jours de marche.

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Environs de Figuig i.

5 D’après les travaux »le MM. de Castries, eapitaiue, Delcroix et Brosselard, lieutenants.

Vue panoramique de l’oasis de Figiiig.

Les habitants de Figuig n"ont jamais laissé pénétrer un Français dans leur enceinte; ils refusent de commercer avec nous, et prétendent avoir les bénéfices de la neutralité, ce qui ne les empêche pas de prêter appui à tous les dissidents de notre fronlière saharienne.

En 1868, la colonne dn colonel Colonieu vint camper auN. portes mêmes de l’oasis, sans y pénétrer.

En 1870, des instructions spéciales avaient été données au général de Wimpfen pour qu’il évilàt un conflit avec les populations tle Figuig.

En 1882, lors de la poursuite de Bon Amama, des colonnes se rapprochèrent de Figuig. Les habitanis manifestèrent chaque fois leurs intentions belliqueuses en sortant en armes de leurs oasis. Une fois même, à la suite d’un engagement de nuit avec les insurgés, qui s’étaient réfugiés sous leurs murs, les projectiles ayant atteint leurs jardins , ils vinrent en grand nombre attaquer le détachement français et chercher h Ini couper la retraite.

Cette insulte est restée impunie. Elle aurait pu être le motif d’une action militaire sérieuse contre ce repaire.

Si l’on voulait attaquer Figuig, il faudrait, a-t-on dit, s’attendre à trouver derrière ses murs tous les guerriers de la région; mais on a exagéré l’importance de ses murailles et de ses tours. La véritable défense est dans ses jardins, ses palmiers, ses clôtures enchevêtrées, et surtout dans l’esprit guerrier et indépendant de sa population. Les gens de Figuig, que le tracé de la frontière a laissés en dehors de notre territoire, ne sont que nominalement soumis à l’empereur du Maroc, qui n’exerce chez eux aucune autorité effective, mais dont ils réclament Tintervention dans les questions internationales, lorsque leurs intérêts le leur conseillent.

Sans attaquer de vive force Foasis, ce qui nécessiterait un effort considérable, et entraînerait, sans doute, des sacrifices importants, il serait possible de ruiner les ksour par un bombardement et d’amener ainsi à composition ces populations malveillantes, dont l’insolente attitude porte atteinte au prestige de notre puissance et chez lesquelles nos ennemis sont toujours sûrs de trouver appui et refuge; mais l’occupation permanente de ces oasis nous obligerait à nous immiscer dans leur administration, dans leurs procédés commerciaux^, et nous entraînerait probablement dans des difficultés nombreuses.

1 Une des qnesUons les plus délicates à régler avec les tribvisqui commercent avec le Soudan, est celle du trafic des esclaves. La condition de l’esclave dans la société arabe est d’ailleurs fort douce. C’est un membre de la famille, traité comme les autres serviteurs et vivant de la vie commune, sans être pour j)ersonne un objet de mépris. La femme esclave, épousée par le maîlre, a les mêmes prérogatives que la femme libre, et les enfants jouissent de droits égaux à ceux des autres. L'empereur du

Outre les ksoiir dont nous avons parlé , de nombreuses oasis sont disséminées dans la contrée.

Les Zenaga sont les maîtres réels de Figuig. Leurs jardins occupent plus d’un quart de la superficie de l’oasis ; ce sont eux qui possèdent la plus grande partie des palmiers des oasis voisines. Ils ont 1600 fusils. Leurs querelles avec leurs voisins d’Oudaghir pour la possession des eaux de l’Aïn Zaddert ont maintes fois ensanglanlé les ksour, qui sont ainsi divisés en deux sofs très hostiles.

Les Amour sont, pour ainsi dire. Tunique tribu nomade de Toasis de Figuig, aux environs de laquelle ils campent exclusivement.

Ich est le dermier ksar marocain h Test de Figuig, à Textrémité d’un long et pénible défilé, au pied d’une montagne qui l’abrite des vents du nord , sur le bord de Teau, avec un millier de palmiers et 200 habitants.

Oued j^sLinous (rivière aux moustiques). — Il reçoit ses premières eaux des environs de la sebkha de Naàma ; une de ses branches supérieures coule dans la vallée, orientée du nord au sud, qui unit la sebkha à. Tiout et fournit des eaux abondantes à celte oasis.

Un peu plus au sud, il se réunit à Toued qui draine les eaux du versant nord du Mir el djebel et du djebel Mcktcr, entre Aïn Sfissifa et Aïn Sofra.

Après avoir traversé les montagnes dans le kheneg el Hadjadj, il reçoit les eaux de leur versant sud par la rivière des Moghar.

Un des points les plus imporlanls de sa vallée infé-

Maroc, plusieurs des chefs des Oulad Sidi Cheikh, Bon Amama, etc., descendent de femmes noires esclaves.

rieiire est cl Outed (Outidat), point d’étape des nomades lorsqu’ils se portent de Fignig à Laghouat et cherchent h se tenir en dehors de notre atteinte.

Aïn Sfissifa est bâli en amphithéâtre sur un plateau incliné h l’est et taillé à pic à l’ouest; le climat est trop froid pour que les palmiers puissent y pousser. Le ksar est pauvre, mais la position est militairement importante. Il doit son origine à, la koubba de Lalla Sfixa, mère des Oulad Nahr, une fraction dissidente (les Oulad Sidi Cheikh.

Aïn Sefra, à 30 kilomètres en aval dans la vallée de l’oued Sfissifa, est plus important; le village renferme 800 habitants. Les jardins sont bien cultivés, les palmiers commencent à se montrer. Le ksar est adossé îi des dunes élevées qui, au coucher du soleil, bordent d’une tranche dorée le pied des escarpes sombres du djebel Mekter, et dont les sables menacent maisons et cultures d’un envahissement prochain.

C’est ce point qui a été choisi en 1882 pour l’établissement du poste avancé dans les montagnes sahalâennes. On a construit une redoute, de vastes magasins, des casernements, etc., enveloppés par une ciiemise de pierre d’un grand développement. Ce poste commande la longue vallée longitudinale du nord des montagnes, et quelques-uns des passages; mais il n’a qu’une action éloignée sur les débouchés de Sfissifa et de Tiout. Il est en communication optique avec Mecheria par un observatoire situé sur le djebel Aïssa.

Dans une des vallées supérieures du djebel Aïssa, on a installé un sanitorium qui reçoit les malades et où

vient s’installer, pendant la saison chaude, une partie de la garnison d’Aïn Sefra, dont le séjour est pernicieux.

Tiout, environ 800 habitants, au milieu de montagnes de grès dont les dépressions ont été aménagées en canaux et en réservoirs pour les eaux, qui sont abondantes; leurs dérivations arrosent de belles cultures d’orge, de vignes, et de palmiers. Les indigènes, dans leur langage imagé, disent : « Il y a à Tiout un fleuve comme le Nil, une véritable mer. » Les maisons sont mieux bâties que dans les autres ksour. Tiout renferme un certain nombre de serviteurs des Tedjâna et des descendants de Sidi Ahmed ben Youcef, qui sont nos alliés naturels.

Tiout est donc une position facile et importante à garder. Elle commande en outre la tête de la vallée de l’oued Namous, où se trouvent en aval les deux ksour de Moghar L

Moghar Foukani (Moghar supérieur), 4,000 palmiers, et Moghar-Tahtani (Moghar inférieur), 15,000 palmiers, sur l’oued Namous, au sud de Tiout. Ces deux ksour ont été les foyers où a pris naissance, en 1880, l’insurrection de Bou Amama. On rappelait le sultan de l’oued Namous.

Ges^ ksour ont été visités, pour la première fois, en

1 Ou voit sur des rochers, aux environs de Tiout, des dessins représentant des éléphants, des antilopes, etc , auxquels on attribue une antiquité très grande; puis une tête de Christ, ce qui a fait supposer qu’à une époque relativement plus récente, rinfluence européenne avait déjà pénétré jusque là.

1847, par la colonne du général Cavaignac, et les oasis rasées.

Ils servent de dépôt aux Hainïan Gharaba.

Situés au sud des montagnes, ils permettent de surveiller les mouvements des Sahariens. On y a placé (1883) un détachement de spahis en poste avancé.

Oued Oliurbî. — Il est formé de deux branches :

Dans la vallée de la branche occidentale sont les ksour d’Asla, de Ghellala, de Bou Semghoun et d’En Iskhaïla.

Dans la vallée de la branche orientale (oued Beredad), sont les Arbàouat et el Abiod Sidi Cheikh.

Plus au sud, dans la vallée même de Toued Gharbi, Benoud et les puits de Mengoub à l’entrée des Areg.

Cette dernière ligne d’eau est très importante; c’est celle que suivent d’ordinaire les caravanes qui vont au Gourara après s’être organisées h El Abiod.

Asla est perché en nid d’aigle sur une colline rocheuse ; entouré d’une muraille flanquée de cinq grosses tours, avec des ruelles malsaines, des maisons misérables; les jardins sont assez bien entretenus, abrités conire les vents du nord et du sud par deux chaînes parallèles; environ 1200 palmiers.

Chellâla Dahrania (Ghellala du Nord) (ait. 109o™) est plus important; c’est un ksar de 700 habitants environ, avec des eaux abondantes et de beaux jardins. Si Hamza (des Oulad Sidi Cheikh) y avait une maison construite à la française.

Un peu plus loin se trouve Chellâla Gueblia (Ghellala du Sud), petit ksar d’une centaine d’habitations.

Ces villages nous ont toujours été peu sympathiques. En 1867, ils ont donné appui aux prétentions de Si Lala ; on y a livré combat.

En 1881, c’est près de Ghellâla que les contingents de Bou Amama vinrent offrir le combat à la colonne du colonel Innocenli, dans la vallée ou feidj de Milagh (19 mai). Nos goums ayant été ramenés sur le convoi, il en résulta un certain désordre et des perles sensibles.

Bou Semghoun (ait. 986“^), eaux abondantes, environ 10,000 palmiers 5 600 habitants. Koubba de Sidi Ahmed Tedjini.

En Khaïla, ksar ruiné.

Les Arbaouat : Arba Foukani (Arba = piton), 160 habitants.

Arba Tahtani (300 habitants), cultures de palmiers, grenadiers, figuiers, pêchers, etc.

Tous ces villages sont affreusement misérables; population chétive, étiolée par la vie déprimante des ksour.

El Abiod Sidi Cheikh ; cinq ksour groupés autour de la koubba de Sidi Cheikh x. Cette koubba a été détruite par le colonel Négrier pendant l’insurrection de 1882, et les ossements du marabout transportés h Géryville. Les maisons des ksour sont pour la plupart ruinées et toute la population avait émigré; mais on n’a point coupé les palmiers, et ce centre peut reprendre son ancienne importance, si la koubba est réédiüée et

i Voir au chapitre des confréries religieuses.

redevient le heu de pèlerinage des Sahariens, dont les dons reconstitueront rapidement ses richesses.

C’est à El Abiod que s’organisaient les caravanes des Trafi et des Hamian pour le voyage annuel du Gourara; c’est une des raisons de l’importance acquise par cette oasis.

Oued Seggueur. — Sa vallée est très importante par la route qu’elle ouvre vers le Touat. Elle reçoit ses premières eaux du massif du Ksel et des environs de Géryville même, par un réseau très développé de vallées dont la principale est l’oued Ghassoul.

Ghassoul, ksar de 300 habitants ; l’eau, très abondante, coule en tout temps.

A l’oued Ghassoul viennent se réunir les eaux qui descendent d’Aïn el Orak (route de Géryville aux Arbâouat) et du ksar de Kenakda (route des Arbâouat à Ghassoul).

Les sinuosités décrites par l’oued Seggucur pour descendre de Ghassoul à Brézina sont extrêmement accentuées.

Brézina (ait. 360"^), environ 8,000 palmiers, à la limite méridionale des montagnes, nœud important de communications; c’est la vigie de Géryville vers le Sud, comme Moghar est celle d’Aïn Sefra.

Près de Brézina, la rivière perce la montagne en coulant dans un lunnel naturel. C’est au sud de Brézina qu’elle prend le nom d’oued Seggueur.

A environ 25 kilomètres plus au sud et à 2 kilomètres à l’ouest de l’oued Seggueui*, est le ksar abandonné de

Si el Haclj ed Dim. La koubba a éVé détruite par la colonne de Sonis en 1868.

L’oiied Seggueur reçoit ses premières eaux du plateau d’Aïoun bou Beker, au pied des montagnes du Ksel^ d’où descendent égakmient les ruisseaux qui forment l’oued Sidi en Nasser, tributaire des Hauts-Plateaux.

Sa vallée est ainsi une des directions les plus habituellement suivies par les nomades ; elle a, par cela même, une importance particulière.

Entre l’oued Gharbi et l’oued Seggueur, on pourrait citer encore plusieurs petits oueds moins imporlanis et moins connus, qui reçoivent leurs eaux de la dernière avant-chaîne saharienne entre El Abiod et Brézina. Ils coupent les routes d’El Abiod et de Benoud ù Sidi el Hadj ed Din et en indiquent les points d’eau.

Oued Zierglioun. — A l’est de l’oued Seggueur, on indiquerait aussi un ou deux oueds de même nature, jusqu’à l’oued Zerghoun, qui reçoit les eaux du massif principal du Djebel-Amour, et dont les vallées supérieures, creusées entre des montagnes qui atteignent près de 2,000 mètres, sont directement opposées ù celles que l’on considère comme la tête du Chelif. Elles passent au pied du djebel Touila et se réunissent au ksar d’el Macta (t064“), sur la route de Géryville à Laghouat. Plus bas, l’oued s’appelle oued Melah, oued el Douma, et passe à Tadjeroiina (ait. STd*"), légumes et céréales, mais peu de palmiers, if^sar des O.ulad Yacoub, à la limite méridionale des montagnes.

L’oued Zerghoun a pour tributaire (r. d.) l’oued I\lellala, qui descend des hauteurs de Sidi Brahim (1422“) et passe à el Maïa (945“), ksar très pauvre, avec des palmiers chélifs, à 8 kil. à l’ouest de Tadjerouna.

Tous les oueds que nous venons de citer s’arrêtent à une distance moyenne de 120 kilomètres des montagnes sahariennes, à la limite de la zone des Areg, dans laquelle leurs vallées disparaissent 6t ou on ne trouve plus d’eau.

Moiitai-giies d.es Ksour.

On donne le nom de djebel Grouz aux montagnes encore peu connues qui s’étendent entre Ain Chaïi et

T’igiJig- . -e

Le djebel Maïz, au nord de Figuig, est un massit

isolé, singulièrement abrupt et fracturé, dont 1 altitude est de 1950 mètres environ. Il est entouré par les vallées supérieures des oueds qui se réunissent à Figuig. Le djebel Béni Smir (2,000"^) est compris entre

l’oued de Figuig et l’oued d’Ich.

Le djebel Mzi (2,200”^) est la masse culminante de cette région, entre l’oued d’Ich et le teniet Founassa.

Ce passage très difficile sépare le djebel Mzi du Mir el djebel; il a été amélioré par les travaux de nos colonnes, et offre aujourd’hui la direction la plus coui te et la meilleure, en partant des postes d’Ain Sfissifa et d’Ain Sefra, pour marcher sur Figuig.

Le Mir el Djebel (2,100™) est compris entre le teniet Founassa et le teniet Djeliba. Ce dernier passage, qui conduit directement de Sfissifa aux Moghar, est ort mauvais.

Le djebel Mekter est compris entre le teniet Djeliba et la route de Tiout aux Moghar par le kheneg el Hadjad et la vallée de l’oued Namous.

La direction générale de renseinble des massifs que nous venons de citer est celle des plissements du nord de l’Afrique; mais, comme nous l’avons dit, leurs crêtes présentent des brisures dans tous les sens. L’intérieur des massifs offre l'aspect de véritables cratères d’effondrement, et les couches bouleversées en tous sens montrent toutes les inclinaisons, depuis l’horizontale jusqu’à la verticale. Ces montagnes sont, en partie, boisées : thuyas et quelques chênes.

Dans toute cette région, les térébinthes atteignent des proportions considérables.

Les ravins qui les déchirent et les plaines qui les séparent offrent de riches pâturages. Le palmier prospère dans les vallées, généralement bien arrosées. L’hiver est donc tempéré dans les plaines, tandis que la neige, couvrant les sommets pendant plusieurs mois, assure le régime des eaux et la fertilité des régions inférieures. « Le printemps est surtout admirable; la flore saharienne transforme les plaines en parterres parfumés, et les sources, alimentées par la fonte des neiges, jaillissent plus abondantes; la limpidité du ciel y est en tout temps sans égale »

. « Le fond des pâturages est l’alfa; mais une infinité d’autres plantes, que les troupeaux affectionnent, y croissent à profusion. Le bouz (épi de l’alfa), qui constitue un fourrage aussi nourrissant que l’avoine, y est superbe ; et, en outre, comme il se forme plus ou moins tôt, suivant l’exposition et l’élévation des sites, il peut s’y cueillir pendant au moins deux mois (mars et avril).

1 Le Cercle d' Aïn Sefra (-1883), par le capitaine de Beauval; intéressant travail auquel nous avons emprunté une partie des renseignements suivants.

Les eaux, sans ancim aménagement, s’y présentent, toute l’année, abondantes, sur des points nombreux et rapprochés.

Le bœuf des Amour, petit et trapu, la chèvre, mais principalement le mouton et ie chameau, s’y multiplieront dans de grandes proportions, lorsque la sécurité du pays sera assurée, que les tribus n’auront plus h craindre d’être continuellement razziées par leurs voisins, et qu’elles trouveront h écouler leurs produits vers le Tell.

Il y a des palmiers h Tch, h Tiout, et aux Moghar; mais la région dattifère proprement dite s’ébmd autour et au sud de Figuig. En dehors de la grande oasis, de nombreux bouquets de palmiers jalonnent le cours de Toucd Zousfana et de ses affluents. Exploitées par les seuls habitants de Figuig, ces plantalions sont loin d’avoir l’extension dont elles sont susceptibles; il suffirait de quelques travaux pour les développer, et les deux rives de la rivière, jusqu’à une grande distance dans le Sud, pourraient être transformées en une forêt véritable. En effet, l’oued Zousfana est le colleeteur de masses d’eaux considérables qui alimentent de grandes nappes souterraines; sur tous les points où l’on voit des touffes verdoyantes, l’eau est à fleur de terre. « Plusieurs ksour ont existé dans ces bosquets; mais ils ont été abandonnés faute de protection. Ici encore, c’est au manque de sécurité qu’il faut s’en prendre, si cette terre ne rend qu’une faible partie de ce qu’elle pourrait produire. »

Les ksour actuels de la région sont fort misérables; Tiout, les Moghar, et le petit ksar d Ich ont seuls conservé une certaine apparence prospère, grâce à leurs palmiers. Cependant plusieurs d’entre eux étaient jadis

assez importants. Sfissifa a compté, dit-on, plus de 1000 habitants; Aïn Sefra atteignait le même chiffre de population. Tous sont appelés à se relever rapidement, car 1 eau y abonde; à Aïn Seïra, Sfissifa, Tient, les terrains irrigables sont très étendus ; les Moghar sont bien situés, bien plantés, bien arrosés.

En dehors des ksour nous citerons quelques points remarquables : ^

Hadjerat el Meguil, sur l’oued Dermel, un des camps du général Colonie u, où Teau coule ù pleins bords pendant 3 kilomètres, présente des profondeurs de 2 ù 3 mètres, entretient des rives verdoyantes, et pourrait servir à ferliliser de grands espaces en aval;

Oulakak est une des sources de koued Mader el Ahmar ; il s y trouve une fontaine d’un grand débit, et, un peu plus a l’ouest, une autre source du même cours d eau, presque aussi abondante que la première j les terres qui avoisinent ces sources sont très bonnes ; à quelques kilomètres plus au sud, l’oued Mader el Ahmar (d ed Dighem à ed Doghima) présente encore de

bons terrains de culture; on y trouve de très beaux térébinthes;

Aïn Gharnoug, sur le même oued, ïi . la sortie du chabet Touïla; les Médabia y ont encore des jardins et des champs d’orge ;

Le point d’eau situé sur l’oued Kéroua à 16 kilomètres à l’ouest d’El Attatich ; il se trouve en cet endroit, ou l’eau abonde, un grand bois de térébinthes

séculaires; c’est un des sites les plus séduisants du sud ;

Fendi, susceptible d’une grande prospérité par l’abondance de ses eaux, le nombre de ses palmiers, l’étendue de ses terres irrigables ;

Bon Jala, « endroit délicieux »;

Nakhelet el Brahimi, et des points nombreux sur l'oued Zousfana et ses affluents.

Les terres irrigables donnent de l’orge. Ce qui précède indique assez qu^avec quelques travaux leur superficie serait considérable. « Si l’eau n’est pas partout visible à l’œil nu, elle descend, en vastes nappes souterraines, des hauteurs où l’hiver laisse longtemps séjourner ses neiges, et qui, encore suffisamment boisées, conservent rhumidilé. Ainsi, les puits creusés à Aïn Sefra ont plongé de suite dans une immense nappe d’eau coulant du Mekter; en face, dans la vallée de l’oued jNIouïla, on voit sourdre en des points nombreux les eaux d’infiltration qui descendent du djebel Aïssa. Il en est de même dans le djebel Béni Smir, dans le djebel Grouz. »

Les montagnes des ksour sont bordées au sud d'une série d’avant-chaînes beaucoup moins élevées (Ghebka Tamednaïa, djebel Kardacha, djebel Keridicha, djebel Karouba), par-dessus lesquelles, des sommets du Mir el djebel et du djebel Mekter, on aperçoit les plateaux pierreux des Hamada et l’horizon indéfini des Areg.

Le djebel Mekter est, à, l’est, le dernier massif considérable de la chaîne des Ksour, La vallée de l’oued Namous circonscrit, de ce côté, la haute région montagneuse du Sud Oranais ; elle est limitée à l’ouest par le grand collecteur qui descend sur Figuig et qui prend ensuite le nom d’oued Zousfana.

A l’est de Tiout, les montagnes s’affaissent. Ce sont d’abord les rides qui séparent les vallées supérieures de l’oued Namous et de l’oued Gharbi (djebel Djara, etc).

Elles ont l’orientation nord 1/4 est*

A Test de l’oued Gharbi, les chaînes s’allongent en étroites arêtes dans la direction générale des plissements du nord de l’Afrique, dessinant entre elles de longues vallées, autrefois lits de fleuves considérables dont les eaux se sont vidées dans la mer saharienne par les brisures de leurs berges méridionales.

Entre l’oued Bou Semghoun et l’oued des Arbâouat, les principales rides portent les noms de djebel esSoum, djebel es Seba.

Entre la rivière des Arbâouat et l’oued Seggueur, l’aspect des montagnes est le même. Ce sont le djebel Bou Noukla à l’est des Arbâouat, le djebel el Ghiar entre Kerakda et Ghassoul; au nord, le djebel Guerdjouma, dont les pentes dominent le défilé d’Aïn el Orak, route de Géryville aux Arbâouat.

Un pays très accidenté, sans crête maîtresse, réunit cos montagnes aux massifs du Ksel.

Vers le sud, jusqu’à Brézina, se succèdent une série d’arêtes parallèles, courtes et étroites, entre lesquelles coulent les eaux de l’oued Seggueur.

Le versant méridional de la région montagneuse est marqué par une mince arête rectiligne, sorte de long mur, aligné suivant les deux directions ordinaires des plissements de cette région, et très caractéristique dans son aspect. Bien que l’observation n'en ait pas été faite, il est à supposer que cette formation est due à la solidification de dünes, protégées maintenant par une enveloppe calcaire.

Il est difficile de déterminer d’une manière précise une limite nord à la région montagneuse du Sud Oranais.

En avant de la puissante muraille de 2,000 mètres

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environ d’altitude, entre le djebel Maïz et le djebel Mekter, entre Figuig et Tiout, muraille qui sépare bien nettement les Hauts-Plateaux du Sahara, des crêtes, sans liaison marquée les unes avec les autres, surgissent du fond do l’ancienne mer intérieure. Ces îlots de montagnes ne sont évidemment que les parties culminantes des plissements anciens, érodés par de puissants mouvements torrentiels ou recouverts en partie par les sédiments qui ont comblé le fond de cette mer.

Les plus remarquables sont les alignements formés par le djebel Guettar, qui sépare les versants des chotts Gharbi et Chergui, et le djebel Aïssa (1800“).

Entre eux, se creuse un grand golfe de 50 kilomètres de large, séparé en deux bras par une crête moins importante que les précédentes, djebel Morghad, etc., entre Sfissifa et Magroun. Dans le bras occidental passe la route de Mecheria à Aïn ben Klielil et à Aïn Chair; dans le bras oriental est tracée la route de Mecheria à Aïn Sefra par Naâma et Mekalis.

La partie la plus creuse entre Aïn ben Khelil et Mecheria porte encore le nom de el Bahar (la mer).

Les sections de route entre Mecheria et Aïn ben Khelil, entre Mecheria et Aïn Sefra, ont été rendues praticables aux charrois.

La direction des crêtes est ici celle du nord 1/4 est.

C’est aussi la direction principale de la crête du djebel Antar, qui se dresse isolé à 1550 mètres environ d’altitude et se continue par le djebel Amrag jusqu’aux rives méridionales du chott Chergui.

Mais le plissement du nord de l’Afrique a contribué

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Tangle formé par ces deux directions, est le poste de Mecherii, h l’extrémité du couloir qui sépare le djebel Antar de son avant-chaîne, le djebel Aniter, et, par conséquent, dans une situation exceptionnellement exposée aux violences des vents.

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Sur la frontière commune de l’Algérie et du Maroc est établie la grande tribu des Oïdad Sidi Cheikh.

L'influence de cette tribu s’étend sur le Sahara tout entier.

La pacification du Sud dépend donc des relations que l’autorité française peut établir avec ses chefs influents.

Cette tribu a pour ancêtre le marabout Sidi Cheikh.

Les Oulad Sidi Cheikh se divisent en Gharaba (Occidentaux) et Cheraga (Oi ientaux). Ces derniers sont deux fois plus nombreux. Ces fractions sont séparées par des haines traditionnelles qui les arment sans cesse les unes contre les autres. Par moments, un accord survient pourtant entre elles pour s’opposer à l’ennemi commun.

D’après l’art. 4- du traité de délimitation conclu avec le Maroc, les Gharaba sont sujets marocains et les Cheraga sont sujets français; mais néanmoins les Gharaba, quoique Marocains;, ont des ksour sur le territoire français, et encore on a omis de dire quelles étaient les

1 On prononce dans la province d’Oran ; Oulad Sidi Chibr; c’est l'orthographe donnée par Slane et Gaicau (Vocabulaire destiné à fixer la transcription en français des noms de personnes et de lieux usités chex les indigènes de l’Algérie). Le général Parmentier a calculé que l’on pourrait écrire le mol de Cheikh de 4 CO manières.

fractions des Oulad Sidi Cheikh qui constituent les Gharaba et celles qui constituent les Cheraga. Les limites territoriales ne sont pas mieux fixées. On s’est borné à énumérer les tribus et les ksour qui appartiennent à l’une et l’autre puissance. Il résulte de ces singulières conventions que la France est autorisée à poursuivre ses sujets rebelles au delà des ksour qui appartiennent au Maroc, mais qu’on ignore souvent si l’ennemi que l’on poursuit relève de la France ou du Maroc. Des complications incessantes sont la conséquence de cet état de choses.

Il faut ajouter que, par suite de l’instabilité de la politique suivie à leur égard, nous sommes fréquemment en état d’hostilité avec les Cheraga comme avec les Gharaba.

Les premières relations avec les Oulad Sidi Cheikh datent de 1845, époque à laquelle le colonel Géry conduisit une colonne de reconnaissance dans le Sud Oranais. Les ksour étaient alors assez florissants. Ils avaient pour chefs Si Hamza qui commandait dans la région d’El Abiod, et Ben Tayeb qui commandait dans la région de Figuig.

Des relations d’amitié furent établies avec eux. Sept ans plus tard, par un coup de main hardi, Si Hamza, dont on croyait avoir à se plaindre, était enlevé au milieu de ses goums et conduit par surprise à Alger. Notre prestige était alors si grand que Si Hamza accepta le titre de khalifa des populations sahariennes. Il combattit dès lors avec fidélité pour notre cause. Ce fut pour appuyer son autorité, et pour le surveiller tout en môme temps, que la construction de la redoute de Géryville fut décidée en 1853.

La puissance de Si Hamza grandissait chaque jour :

c’est avec « un luxe tout asiatique, et une magniticence imposante » qu’il venait, en 1858, à la tête de ses brillants cavaliers, au-devant de la colonne du général Durrieu. Cette puissance porta ombrage. « On regretta peut-être d’avoir investi un Arabe d’un aussi grand commandement. On oublia que, d’un autre côté, nous avions le plus grand besoin d’un voisin et d’un allié puissant, autant pour garder notre frontière que pour servir d’intermédiaire entre nous et les tribus plus éloignées. » On traita dès lors le grand chef avec moins d’égards. Sa fidélité ne se démentit pas cependant, jusqu’au moment où il mourut du choléra, à Alger, en 1861. Son fils et l’héritier de sa puissance, Bou Beker, mourut également l’année suivante à Alger; dès lors, semblent rompus les liens qui attachaient cette grande famille à notre service. Des froissements dans les rapports avec les bureaux arabes achevèrent leur désaffection, et le deuxième fils, Si Sliman, leva l’étendard de la révolte.

Il vint attaquer, à Aïoun Bou Beker, une petite colonne conduite par le lieutenant-colonel Beauprêtrc, commandant supérieur du cercle de Tiaret, et la détruisit complètement (8 avril 1864), Lui-même fut tué.

Le commandement passa successivement aux mains de ses frères Mohammed et Ahmed, qui moururent en 1865 et en 1867, et ensuite à Si Kaddour, qui est actuellement encore le chef militaire, tandis que sou neveu, Si Hamza, est l’héritier de l’autorilé religieuse.

La conquête définitive de la région des ksour des Oulad Sidi* Cheikh n’a eu lieu qu’à la suite des expéditions conduites dans ces montagnes, depuis le mois do

I Perrot, De Gérynille à Figuiy^

février jusqu’au mois de mai 1882, pour atteindre les tribus insurgées par Bou Arnama, les rejeter dans l’ouest, et leur interdire l’accès de ces i-iches pâturages.

Le 11 avril 1882, les contingents ennemis furent rejoints et battus à l’oasis de Fendi, à environ 30 kilomètres au sud de Figuig. A la fin du mois, on les dispersait de nouveau à Souf Kesser, à 60 kilomètres au nord de Figuig.

Le 11 mai, on avait poussé jusqu’à 180 kilomètres à l’ouest de Figuig, à 3o kilomètres au delà d’Aïn Chair, et l’on culbutait de nouveau les tribus qui suivaient Bou Amama.

La création du poste d’Aïn Sefra et l’organisation de ce nouveau cercle ont pour but de maintenir désormais tout ce pays sous notre autorité directe. Ce résultat ne sera atteint qu’à la condition que les colonnes d’Aïn Sefra puissent facilement se porter sur le versant saharien, et couper en deux les tribus, en rejetant à l’est Trafi et Oulad Sidi Cheikh Cheraga; à l’ouest, Oulad Sidi Cheikh Gharaba, Béni Cuir, Douy Menia, Oulad Djerir, en ne leur permettant de communiquer que par les déserts pierreux des Hamada et en leur fermant les roules des montagnes.

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