LES CÔTES ET LA MÉTIDJA
Depuis l’embouchure de l’oued Nador qui limite ù l’est le Dahra, près du petit port de Tipaza, jusqu’à l’embouchure de Tisser qui limite à l’ouest la Kab^lie, la côte ne présente qu’une profonde échancrure, entre
la pointe Pescade et le cap Matifou. C’est l’admirable baie d’Alger.
Alger (el Djezaïr = les îles) est une des plus belles stations maritimes du bassin de la Méditerranée. Le panorama qu’offre sa rade serait comparable à celui du golfe de Naples si un Vésuve la dominait.
Les terrasses étagées des blanches maisons de la ville arabe, qui se serrent autour de l’ancienne kasba, dominent le quartier européen, dont les lourdes constructions à étages symétriques, contra.^tent d’ailleurs fâcheusement avec le paysage semi-oriental qui les encadre Des collines boisées, parsemées de villas et de jardins de plaisance, dessinent autour de la ville une charmante guirlande de verdure. Un ciel presque toujours pur, la mer du bleu intense des bassins méditerranéens, un climat d’une extrême douceur sous lequel on ignore les rigueurs de l’hiver, et dont les chaleurs des trois mois d’été sont toujours tempérées par la brise mai-ine, tout cet ensemble contribue à faire de la ville d’Alger un des lieux les plus favorisés du globe. Aussi s’accroît-elle avec une merveilleuse rapidité depuis que l’occupation française en a permis le séjour aux familles riches de l’Europe.
Sa population est aujourd’hui de plus de 65,000 habitants.
Son port, insuffisamment abrité contre les vents dangereux du nord-ouest par les collines du Sahel et complètement ouvert au nord et à l’est, est cependant devenu d'une tenue très sûre, grâce aux travaux de protection qui ont été entrepris; mais comme celui de Marseille, qui lui est symétrique sur le rivage nord de la Méditerranée, il serait absolument exposé aux insultes d’une flotte ennemie. Des fortifications du côté de terre
défendent la ville contre toute agression arabe, mais seraient sans valeur contre une attaque d’une année européenne.
A l’ouest d’Alger, entre l’embouchure de l’oued Nador et celle de l’oued Mazafran, la côte est bordée par un mince bourrelet de collines de 200 à 300 mètres d’altitude que l’on appelle le Sahel de Koléa.
Koléa est une agréable petite ville devenue française, à mi-côte sur le versant sud des collines dominant la plaine.
Le Sahel est bien cultivé et bordé de nombreux, villages de colons. Sur sa crête, au-dessus de Montebello, se dresse un antique monument, improprement appelé c< le tombeau de la chrétienne », et par les Arabes, Kouber Roumia'^.
Le Sahel d’Alger est plus accidenté que le Sahel de Koléa; il est très cultivé et percé de nombreux chemins. Près d’un promontoire à l’ouest, est la rade de Sidi Ferruch, où débarqua, le 14 juin 1830, l’armée qui commença la conquête d’Alger, et, à quelques kilomètres à l’est, StaoLieli, où fut livrée, le 19 juin, une première grande bataille contre les armées des beys d’Oran et de Constantine, et d’ibrahim Aga, fortes de 50,000 hommes. Ln deuxième combat, le 24 juin, ouvrit définitivement la rou te d’Alger.
A l’est d’Alger, jusqu’à l’oued îsser, lacôte est basse.
‘ C’est un édifice rond, de 30 iiiètres de hauteur, s’élevant sur un soubassement carré de G3 mètres de côté. Les fouilles pratiquées en 4 866 out fait reconnaître des couloirs et de grandes chambres funéraires que l’oii croit avoir servi de sépulture au roi Juba I[ et à la reine Cléopâtre Séléné. Le monument aurait été achevé en l’an 20 de l’èrc chrétienne. Comparez avec le Medracen de la province de Constantine (Picsse, Iliné-~ raire de l’Algérie).
Dans la baie finissent l’oued el Harrach et l’oued el Hamiz.
Le cap Matifou limite à l’est la rade d’Alger. La côte décrit une longue courbe jusqu’au cap Djinet, qui est la première avancée de la Kabylie. Elle est bordée de termes et de plantations qui se développent chaque jour.
Le promontoire du caj) Bengiit, qui abrite le petit port de Dellys, est, de même, couvert de jardins et de fort belles cultures. Ce caractère est commun à toute la côte de la Kabylie, qui est malheureusement dépourvue de bons abris et se prolonge régulièrement à l’est jusqu’au cap Sigli, puis au sud-est jusqu’au cap Carbon, sans présenter d’anfractuosités capables d’abriter convenablement même des caboteurs.
Le cap Corbelin, qui est le point le plus saillant au nord, offre seulement un assez bon mouillage contre les vents d’est. C’est là que les barques venaient autrefois chercher le charbon qu’elles transportaient à Alger.
A Test du cap Corbelin, on a créé un village à Zeffoun.
Entre le cap Sigli et le cap Carbon, se voit l’île Pisan, rocher de 50 mètres de haut sur 500 mètres environ de long.
Le cap Carbon termine le massif du Gouraya, au pied duquel est creusée la belle rade de Bougie, première ville de la province de Constantine.
XuSL Métidj £L.
La Métidja est un bassin lacustre, ou mieux un profond golfe ouvert au nord-est et que les sédiments ont
comblé. Un superbe amphithéâtre de montagnes en forme la ceinture : le Ghennoua (860“) et les Zaccar (1580®), à Touest; le Mouzaïa (1600™), les monts des Béni Sala (1640‘“) et des Béni iMouça (1200 h 1300“^), au sud ; les montagnes de la Kabylie, à Test.
La plaine est limitée, â 50 kilomèlres environ à l’est d’Alger, par les premières avant-chaînes de la Kabylie. Elle est traversée, de l’ouest à l’est, par la ligne ferrée, dont les stations marquent les principaux centres de population et les villages de colonisation : Bon Medfa, l’Oued-Djer, Afîroun , Bon lloumi, Mouzaïa, Chifla, Blida, Joinville, Monfpensier, Béni Mered, Boufarik, Douera, Maison-Carrée (bifurcation de la ligne d’Oran et de celle de Constantine), Rouiba, Reghaia, Béni Aicha ou Ménerville, qui est actuellement la station terminus k Best.
Toute cette plaine est superbe de culture.
La chaîne littorale est bordée de villages et de fermes florissantes : Boufarik, Douera, sont à citer parmi les centres les plus importants.
Les eaux des rivières qui traversent la plaine, du sud au nord, sont aménagées par des barrages.
Les principales sont, à partir de l’ouest :
L’oued Nador;
Le Mazafran, réunion de l’oued Djer et de la Chifla ;
L’oued ei Harrach;
L’oued el Hamiz ;
L’oued Boudouaou.
L’oued Dj er, dont les branches principales descendent du versant nord des montagnes de Miliana, fournit des eaux aux belles cultures de Yesoul Benian, de rOued-Djer, d’AfiVoun, et louge le versant sud des col-
lines du Sahel, au pied desqueUes il reçoit (r. d.)roued Bon Roumi, qui passe au village de môme nom et qui prend ses sources près de Médéa, dans le djebel Ouameri (1000'"), sous le nom d’oued Sebt. L’oued Djer se réunit à la Ghiffa.
La Ghiffa descend des montagnes de Médéa, parcourt les gorges profondes et pittoresques de Mouzaïa, oh elle roule torrentueusement ses eaux, entre le Mouzaïa et les Béni Sala ; elle débouche en plaine au village de la Ghiffa et cause parfois des inondations terribles. Réunie à l’ouod Djer, elle prend le nom de Mazafran et perce les collines du Sahel pour se rendre à la mer.
L’oued el Harrach est formé par les eaux qui descendent d’un massif peu étendu, mais très tourmenté, que Ton peut désigner sous le nom de monts des Béni Mouça, leur tribu principale, et que circonscrivent les routes de Blida à Médéa à l’ouest, d’Alger à Aumale à l’est, la vallée de l’oued Melah, tributaire de l’oued Isser, au sud.
L’Harrach passe k Rovigo; son *^af Huent de droite, l’oued Djemad, passe k l’Arba, ti Sidi Mouça, et k la Maison-Carrée.
Dans la vallée de l’oued Hamiz sont les villages de Foudouk, d’Hamedi, etc.
La banlieue même d’Alger est couverte de cultures maraîchères admirablement soignées par des Mahonais.
Plus k l’ouest, l’oued Boudouaou, qui descend du djebel Bou Zegza, traverse au village de l’Alma la route
de Goiislantine et marque pour ainsi dire la limite occidentale de la Kabylie. Le village de l’Alma, à 3o kilomètres seulement d’Alger, a été illustré par les combats de 1839 et de 1871. A celte dernière époque, c’est là que Ton arrêta les bandes de Kabyles, qui, après avoir saccagé les villages environnants, notamment Saint-Pierre et Saint-Paul, cherchaient à faire irruption dans la plaine.