LES MONTS DES OÜLAD NAYL ET DU ZAB
Nous avons déjà dit quelle était la physionomie d’ensemble des plateaux de la province d’Alger. Toutefois, à l’est du Chelif, leurs limites nord et sud ne paraissent pas aussi nettement tracées que dans les parties occidentales.
Une longue arête présentant des escarpes au nord, que nous avons appelée la chaîne des Oukaït et des Seba Rous, les partage de l’ouest à l’est : Oukaït Gharbi (1193™), Oukaït Chergui (il88“), et sépare le bassin particulier des Zahrez au sud, du versant de la daya Kahla au nord. Une partie des eaux qu’ils reçoivent s’écoulent, en outre, vers le creux du Hodna. Les directions dans lesquelles on les traverse le plus ordinairement sont celles déjà indiquées : de la route de Boghar à Djelfa, par les caravansérails; de Berrouaghia à. Djelfa, par Bordj Ain Boucif, Bord] el Hammam ; et
d’Aumale h Bon Saâda, par Sidi Aïssa, Aïn Adjel, Aïn Kei’mark.
Les Zahrez, à l’altitude de 870 mètres environ, sont des chotts analogues à ceux de la province d’Oran. Ils ont 30 et 40 kilomètres de long, sur une largeur moyenne de 10 à 15 kilomètres.
Le Zahrez Gharbi reçoit au sud l’oued Hadjia, qui descend du djebel Senalba, et l’oued Melah, qui vient de Djelfa, et dont la vallée est suivie par la route de Laghouat.
Le Zahrez Chergui reçoit au sud l’oued Medjedel, qui donne les points d’eau des routes de Boghar à Bou Saâda et de Boghar h Aïn Rich.
Dans la province d’Alger, la chaîne saharienne n’a pas la même puissance que dans les deux autres provinces. Entre le Djebel-Amour et l’Aurès, elle s’affaisse ; en quelque sorte, bien que certains sommets dépassent ' encore 1500 mètres.
Les plissements rappellent les deux directions principales qui se rencontrent en Algérie, c’est-h-dire la direction nord 1/4 est, dans les arêtes qui profilent les montagnes vers le nord et dans le djebel Bou Kahil au sud, et la direction ordinaire du nord de l’Afrique, est 1/4 nord, dans les crêtes qui forment la dorsale et dans celles qui bordent les plaines des Ziban.
Nous donnons à cette partie de la chaîne saharienne le nom de monts des Oulad Nayl à l’ouest et de monts ' du Zab à Test.
Monts des Oulnd IVnyl. — Nous avons choisi ce nom parce que c’est dans ces montagnes que les fractions de cette grande tribu viennent prendre leurs cam-
pement d’été. Cette dénomination s’étend ainsi à la région montagneuse comprise depuis la dépression de la daya Tademit au sud-ouest, jusqu’à Bou Saâda au nord-est ; depuis les berges méridionales du bassin des Zahrez au nord, jusqu’aux berges septentrionales de la vallée saharienne de l’oued Djedi, au sud.
Dans sa partie la plus étroite cette région montagneuse a plus de 20 lieues. Elle est constituée par plusieurs rides à peu près parallèles qui comprennent entre elles de longues vallées orientées à l’est 1/4 nord ; fonds des Zahrez ; vallée de l’oued Medjedel tributaire du Zahrez Chergui; vallées de Toued Dermel (oued Bou Saâda), de l’oued Chair, tributaires du Hodna, et vallée de Toued Djedi.
Une première ride forme la berge même du bassin des Zahrez, c’est celle que la route de Boghar à Djelfa traverse au Rocher- de-Sel. Elle est jalonnée par le djebel Djerf (1500™) au nord-est de Zenina et par le Rocherde-Sel (dans cette partie on l’appelle parfois djebel Sahari) ; elle se continue par des escarpes de hauteurs variables et se termine dans le djebel Zemra qui sépare les Zahrez du Hodna.
La deuxième ride est jalonnée par la crête boisée du djebel Senalba (4570"‘) au nord de Tademit, dans le prolongement de la direction du djebel Lazereg, par Djelfa et par le djebel Baten Deroua, que traverse la route de Boghar à Ain Rich; elle se confond avec la précédente au djebel Zemra. Entre ces deux crêtes se creuse la vallée de l’oued Medjedel.
La troisième ride est très accentuée dans le djebel Sera (1480™) au sud de Djelfa, le djebel Djelal, les Seba Mokran (1486“), le djebel Sba Chouaia, les mas-
sifs neigeux du Msad et du djebel Fernan au sud de j
Bou Saâda, et le djebel Bou Ferdjoun qui fait partie de j
la ceinture méridionale du Hodna. j,
Entre la deuxième et la troisième ride se creuse la v vallée de l’oued Dermel. • |
La quatrième ride est celle du djebel Bou Kahil et des berges de la vallée de Foued Djedi. Elles se prolonge par les monts du Zab.
Entre ces deux dernières se creuse la belle vallée de Foued Chair.
Ces crêtes ne sont point continues ; elles sont au contraire brisées en de nombreux tronçons ; dans les coupures qui les séparent, passent les routes suivies par j les caravanes des Oulad Nayl, dans leurs migrations j annuelles. Les principales sont celles de Zenina, j par Foued Tademit; de Djelfa sur Laghouat et de M Djelfa sur Messad; du Zahrez Chergui et de Bou Saâda ; sur Ain Rich et Foued Djedi.
Djelfa est au point de divergence des eaux vers les Zahrez, vers le Hodna, et vers le Sahara. C’est le centre du commandement des Oulad Nayl et la résidence de leur aga. j
Ces tribus ont, dans cette région, huit villages princi- I paux ou dacheras, qui leur servent de dépôt, et comptent environ de 100 â 300 habitants. Ce sont : Ksar Charef, h 60 kilomètres ouest de Djelfa, au pied septentrional du djebel Djerf (lo00“), sur la route de Zenina; Hamra, à 44 kilomètres sud-ouest; Zaccar, à 40 kilomètres sud, dans un défilé où passe un des che- ; inins les plus fréquentés du Sud, qui conduit par Messad dans Foued Djedi; Medjbara, à 36 kilomètres sud-ouest I sur un autre chemin qui conduit aussi à Messad. Ces quatre villages sont rangés en demi-cercle autour de
Djelfa, sur les routes ordinaires des caravanes. Djelfa est donc leur centre naturel et leur principal marché.
A plus grande distance : Amoura. sur le versant sud du djebel Bou Kahil, puis, groupés près de la cluse, que la rivière de Tademit traverse pour descendre dans la vallée saharienne de l’oued Djedi, les villages de Messad, Demmed, el Hania. Messad est le plus peuplé et le plus beau de ces villages.
C’est là une des grandes portes des caravanes; il y existait autrefois un poste romain.
Dans leurs migrations ddiiver, les Oulad Nayl s’enfoncent très loin dans le Sud ; entre les terrains de parcours des Larbaà à l’ouest, et ceux des Ghambaà à l’est, ils entrent en contact avec les Touareg et les gens du Touat. Le nom de ces nomades est connu dans l’Algérie entière, car leurs femmes, aussi renommées par la licence de leurs mœurs que par leurs grâces physiques, forment le noyau de la population galante obligée de tous les ksour du Sud. Lorsqu’elles ont amassé un pécule suffisant, elles cèdent la place à d’autres, rentrent dans leurs tribus, se marient, et ont des enfants.
Quelques-unes de ces femmes ont une distinction naturelle que l’on s'étonne de trouver dans le milieu où elles vivent. C’est une des preuves remarquables que l’on peut donner de la finesse de la race à laquelle elles appartienuent. Aussi exercent-elles souvent un très grand ascendant sur les chefs arabes, qui font souvent pour elles des prodigalités folles.
L’oued Tademit qui est le déversoir de la daya du même nom, traverse la route de Laghouat près de Mocta el Oust (auberge ruinée). C’est un des affluents principaux
de l’oued Djedi auquel il se réunit à 90 kilomètres environ en aval de Laghouat. Il reçoit (r. g.) par l’oued Seddeur les eaux du versant méridional du djebel Sera, qui arrosent les plantations des caravansérails de Ksar Seddeur, de Ksar Zeïra, et d’Aïn el Ibel. Près de ce dernier, on avait construit un village arabe, mais les habitants sont, pour la plupart, retournés h leur vie nomade.
Les montagnes de ceinture du bassin de Tademit sont élevées. On y trouve des altitudes d’environ 1500 mètres; au nord, le djebel Senalba a 1570 mètres; au sud, le Dra el Merga a 1215 mètres.
On trouve dans ces montagnes des plateaux aux murailles rocheuses, surmontées de chapeaux calcaires de formes géométriqiies, qui ont de loin l’apparence de forlifications. Les richesses forestières sont importantes, mais encore peu exploitées.
L’oued Tademit change plusieurs fois de nom. 11 s’appelle oued Demmed à partir du ksar Demmed, où il franchit la dernière ride de la chaîne saharienne.
En amont de ce point, il reçoit (r. g.) plusieurs oueds dont les vallées permettent de remonter dans les montagnes. Les principaux sont l’oued Medjbara qui conduit à Djelfa; l’oued Bel Aroug qui conduit à Aïn Rich; PoLied Bouira qui amène les eaux des versants nord du djebel Bon Kahil.
Deux longues vallées dont les têtes sont dans les environs de Djelfa, creusent le masssif. des Oulad Nayl, dans l’orientation ordinaire du nord de l’Afrique. L’une et l’autre sont tributaires du Hodna.
La première est la vallée de l’oued Dermel ou oued
Bou Saâda ; elle ouvre une communication facile entre Djelfa et Bou Saâda par l’oglat Selim et Oued-Dermel.
La seconde est celle de Toued Chaïr. C’est une belle vallée dont la population est évaluée à 20,000 individus.
L’oued Chair (vallée de l’orge) alimenté par les rivières qui descendent du djebel Sba Chaouia, et des chaînes neigeuses du djebel Msad, conserve toute l’année une certaine quantité d’eau. Le point important de sa vallée est Aïn Rich, où se croisent les routes de Djelfa à Biskra, de Bou Saâda à Laghouat et à Ouargla. On y a créé de belles plantations d^arbres fruitiers.
« Les berges généralement élevées à pic ou à pentes raides sont bordées de plateaux dont la végétation varie suivant l’altitude et la nature du sol. » (D'’ Rebond.)
Le pays produit du blé, de l’orge et nourrit de nombreux troupeaux.
On trouve des traces d’établissements romains â Guelalia, à Khorbet el Gara, à Aïn Rich.
Les affluents principaux de gauche sont : l’oued Melah qui descend par le bordj d’Ain Smara et franchit la crête du djebel Fernan au défilé de Zeriba. G’est lui qui ouvre la route de Bou Saâda à Aïn Rich;
L’oued Mzirzou qui passe au bordj du même nom, résidence du caïd de l’oued Chaïr;
L’oued Mouila qui vient du bordj Bou Ferdjoun.
Les affluents de la rive droite sont sans importance.
Entre l’oued Chaïr et l’oued Djedi, le djebel Bou Kahil est un massif montagneux considérable dont les sommets sont à plus de 1500 mètres d’altitude et qui dresse ses escarpes au sud. Sur ses pentes méridio-
nales le ksar d’Amoura, abondamment pourvu d’eau, est un des villages principaux des Oulad Nayl, La route d’Aïn Rich à Ouargla traverse le Bou Kahil par le long défilé d’Aïn Kahla. Ces montagnes forment la ; berge nord de la mer saharienne et se prolongent à f l’est par les monts du Zab. 1
Elles sont précédées d’une mince crête, sorte d’avant- | chaîne, que l’oued Tademit traverse près des ksour | Messad, Demmed, el Hania, et qui dessine jusqu'au j djebel Hamara une ligne continue coupée par d’étroits I ravins, par lesquels les eaux du Bou Kahil descendent ] dans l’oued Djedi. J
Les plus intéressantes de ces vallées sont celles qui |
viennent d’Amoura et l’oued Namous qui est suivie par j
la route d’Aïn Rich h. Ouargla. |
Monts dln Z>n.b. — Plus à l’est, les montagnes de \ la chaîne saharienne s’affaissent et se rétrécissent. - | Nous leur donnons le nom de Monts du Zab. Le Zab, 1 à l’époque romaine, comprenait en effet tout le bassin 1 du Hodna et la région des oasis nord-sahariennes. | Ce nom est maintenant plus ordinairement réservé à 1 celles-ci.
La route de Bou Saâda à Biskra les traverse par le kheneg Sadouri entre le djebel Kahila et le djebel Aksoun et conduit aux oasis d’el Amri.
Le chemin de Barika, Mdoukah, el Amri les traverse par le kheneg Salzou au pied du djebel el Guelb. C’est un des principaux passages des nomades lors de leurs migrations. Ce passage conduit dans un petit bassin fermé, la daya de Sildjen, appelée aussi plaine d’el Outaya, où se trouvent d’excellentes terres de culture et de fort beaux pâturages.
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Ce bassin est fermé au sud par une mince ride de montagnes : djebel Matraf, djebel Mendjenaïb, djebel Bou Ghezal, réservoirs naturels des eaux qui arrosent les oasis des Ziban.
L’oued Kantara limite à Test le bassin de la daya de Sildjen et marque le commencement de la région de FAurès.