OCCUPATION MILITAIRE
En temps ordinaire, lorsque aucune insurrection ne trouble l’Algérie, il suffit de quelques brigades de gendarmerie et de quelques pelotons de spahis pour y faire la police. La sécurité individuelle y est plus grande que dans maintes parties de l’Europe occidentale. Il faut bien savoir cependant que le calme dont jouit le pays n’est qu’intermittent. La population indigène est soumise, mais non pas ralliée.
L’extension du régime civil, la naturalisation en bloc des Israélites, les froissements administratifs, les expropriations qui chassent les indigènes des terres traditionnellement occupées par eux, sont les causes principales et constantes qui, pendant longtemps encore, maintiendront dans les tribus l’esprit de révolte.
« La société indigène est en état permanent de conspiration contre nous. Les indigènes du Tell sont soumis en apparence, même obséquieux; mais cette soumission n’est que superficielle, et une trop grande confiance préparerait encore, comme en 1871, de graves mécomptes.
« Pour bien voir les choses, il faut étendre la vue et considérer que l’Algérie est un point noyé dans le monde musulman; qu’elle communique, par le sud.
avec 12 ou lo millions d’êtres élevés et nourris dans la haine même des chrétiens, dont les rancunes, loin de s’apaiser, augmentent d’année en année, et qui ne font que guetter l’occasion de nous chasser de la terre d’Afrique. Dans ce concert, les indigènes algériens se font peut-être moins entendre, mais ils ne sont peut-être pas les moins dangereux. »
« Passionné et fanatique, le peuple arabe peut céder d’un moment à l’autre aux excitations religieuses de quelque prophète de passage, et nous saurions d’autant moins désarmer que la colonisation, avec une conliance exagérée, s’éparpille à tous les vents; qu’elle se dissémine en s’écartant à grande distance des postes militairement occupés ; qu’elle devient partout vulnérable, et qu’elle est impuissante à se protéger elle-
« 11 est sage de prévoir qu’une grande guerre continentale peut de venir le signal d’une révolte arabe.
manentes d’Algérie en développant la construction des chemins de fer militaires. Jusqu’à présent eette question a été à peine étudiée. Pendant la dernière insurrection, on a prolongé hâtivement la ligne d’Arzeu à Saïda et on l’a arrêtée en plein désert, à Méchéria ; depuis lors, rien n’a été fait. An point de vue du développement économique de l’Algérie, il est certainement utile de terminer le plus promptement possible le résean du Tell; mais, au point do vue de l’occupation militaire, il est non' moins indispensable de construire des lignes qui permettent de traverser les Hauts-Plateaux, et de conduire rapidement les troupes et leurs approvisionnements sur notre frontière du sud, d’où partent le plus fréquemment les excitations religieuses. Actuellement, il faut quatre jours pour atteindre les postes du Sud Oranais, huit jours pour aller de Tiaret à Géryville, quinze jours pour aller de Boghar à Laghouat. On est donc obligé de maintenir dans l’extrême Sud des garnisons relativement nombreuses, tandis que, si l’on disposait de lignes ferrées, une compagnie suffirait où il y a maintenant un bataillon. Le Tell resterait notre base d’opérations, et l’on n’aurait à conserver sur la frontière saharienne que des postes de vigie. »
Le chemin de 1er d’Arzeu à Saïda, et son prolongement jusqu’à Mécheria, sont à voie ôlioiie. L’État a payé de 65 à 70,000 fr. par kilo-
môme.
« Il serait possible cependant de réduire l’effectif des troupes per
mètre, entre Saïda et Mecheria, à la Compagnie concessionnaire, sans compter les garanties d’intérêts; mais, en employant la main-d’œuvre militaire, on estime que les dépenses pourraient être réduites à 30,000 fr. L’économie, que l’on réaliserait sur les transports, en couvrirait rapidement les frais; on pourrait d’ailleurs en faire sup[»orter une partie par les communes indigènes, qui seraient les premières à en retirer des avantages.
Ces chemins de fer, véritables outils de guerre, seraient construits et exploités par l’armée. Chacun s’ingéniera, on peut en être sûr, à activer la construction et à éviter les frais qui l’entraveraient. Si l’on confie cette tâche aune Compagnie industrielle, l'élévation des prix de revient, les exigences qu’elle manifestera au point de vue de la sécurité, rendront ces projets irréalisables. La dépense sera exagérée et le service de nos troupes, insuffisamment allégé.
La sécurité de notre conquête algérienne exige donc rétablissement de chemins de fer stratégiques permettant de transporter les troupes de l’ouest à Test, du nord au sud, et de suppléer, par l’effet d’une prompte répression et par la rapidité des mouvements, à l’insuffisance des effectifs que des préoccupations européennes pourraient nous empêcher de renforcer.
Dans cet ordre d’idées, on peut désirer le prompt achèvement des lignes perpendiculaires è. la côte : de Mecheria aux oasis des ksour;
D’Alger à Laghouat;
De Constantine à Biskra et à l’oued Righ.
Ces artères transversales devant être reliées entre elles : 1° par la ligne de la côte : Oran — Alger — Constantine — Souk Arrhas — Tunis;
2® Par une ligne saheirienne, partant des oasis des ksour et se dirigeant par Laghouat sur Biskra; de Biskra sur Gafsa et Gabès.
et on ne rencontrerait point de difficultés de construction.
La distance de Gabès aux oasis de Figuig, sur la frontière du Maroc, serait double.
Cette entreprise n’est donc pas hors de proportion avec le résultat à atteindre. L’expérience prouve que la protection d’une ligne ferrée en pays ennemi est relativement facile. Des stations fortifiées défieront toute attaque de la part des nomades; des communications par télégraphe électrique ou par télégraphe optique avertiront facilement les postes mobiles de se porter sur les points où leur présence deviendrait nécessaire. Au besoin, dans les périodes d’insurrection, on peut faire escorter les trains, et, quant aux dégâts que les Arabes pourront occasionner h la voie avec les engins dont ils disposent, ils seront toujours de peu d’importance et rapidement réparables. L’établissement de cette ligne, parallèle aux limites sahariennes, permettrait, sans doute aussi, de multiplier les colonies agricoles pouvant se protéger elles-mêmes, ou, plutôt encore, de créer, pendant la période de consolidation de notre colonisation du Tell, soit un cordon de confins militaires analogues k ceux dont le prince Charles avait enveloppé l’Autriche pour repousser les agressions musulmanes , soit des marches militaires telles que celles dont Charlemagne avait bordé son empire.
Les Romains ont procédé ainsi dans leurs prodigieuses conquêtes, faisant servir k leur politique les peuples mêmes que leurs armes venaient de soumettre, ne cherchant pas k se substituer à eux, mais se contentant de cantonner quelques légions dans les positions stratégiques qui dominaient le pays.
Notre situation en Algérie a bien des analogies avec la leur, mais les moyens dont nous disposons sont plus efficaces que ceux qu’ils pouvaient employer, puisque nous aurons toujours une supériorité d’armement et de procédés industriels qui leur faisaient défaut.
« Les généraux, qui ont gouverné l’Algérie, sont unanimes à demander, pour la dominer en temps de guerre, 70,000 hommes i. On ne sera pas étonné de ce chiffre si l’on rend se compte que l’Algérie a une superficie de 23,000 lieues carrées, soit environ 230 lieues de côtes sur lOO lieues de profondeur. En supposant, ce qui est la vérité, 50 postes occupés, on voit que chacun d’eux est chargé de garder environ 500 lieues carrées. Oulrc ces garnisons, il faut avoir des troupes que l’on puisse mobiliser, sinon elles seraient exposées à mourir de faim. Tous les militaires qui réfléchissent et calculent, admettent forcément ce chiffre de 70,000 hommes, mais, en même temps, trouvent avec raison que la garde de cette colonie est une lourde charge pour l’armée française. »
Nous devons toujours, et en tout temps, craindre une révolte des indigènes.
« Lorsque nous étudions les canses de ces révoltes, nous les voyons naître souvent sans motifs bien définis; c’est la religion ; ce sont les excitations du Maroc, les affiliations avec La Mecque; c’est le mécontentement plus ou moins justifié des grands chefs; c’est le manque d’autorité de la part des représentants de la France, une législation qui ne cadre pas avec les mœurs et les habitudes de ces populations sauvages.
« Il y a assurément un peu de toutes ces causes dans les révoltes; mais la cause réelle, c’est l’habitude. De tout temps, ces populations ont été en désordre; de tout temps, chacun y a agi pour son compte, ne reconnaissant que la loi du plus fort; de tout temps, chacun a pillé, maraudé, volé son prochain, s’il est Arabe; s’il est Kabyle, il a essayé de se fendre le crâne à coups de bâton avec son voisin. Ceux qui croient que les indigènes, longtemps à l’avance, mûrissent une révolte de ce genre et se mettent tous d’accord pour nous combattre, se trompent souvent. Beaucoup, quand le vent de la révolte souffle, s’en vont insouciants du lendemain, sans aucun espoir et sans aucun désir de lutte,
1 Les pages qui suivent sont extraites d’un remarquable travail de M. le colonel Philehert sur l’occupation militaire de l’Algérie {Journal des Sciences militaires, février ^1874).
mais avec la volonté bien arrêtée de laper sur son prochain, qui souvent est son pins proche parent, et délai prendre tout ce qu’il pourra.
« Ils en faisaient tout autant envers El Hadj Abd el Kader, malgré la sévérité, poussée aux dernières limites, avec laquelle il essaya de les corriger, sévérité dont nous n’avons pas idée, et qui dépasse tout ce que notre imagination peut rêver.
(( C’est un mal incurable que nous n’extirperons jamais complètement; il faut le souffrir, puisque nous ne pouvons rempêcher; mais il faut ])rendre nos précautions pour en souffrir le moins possible, pour que ces révoltes n’amènent pas des perturbations considérables, et pour pouvoir y remettre l’ordre avec peu de monde.
« Pour combattre ces révoltes, il faut distinguer entre elles, car, suivant les lieux et les populations, elles présentent de bien grandes différences.
« Il nous faut considérer la manière d’agir de chacune de ces populations lorsqu’elles se révoltent, pour rechercher les moyens propres à avoir raison de chacune d’elles. Mais d’abord il faut éliminer de la question une des grandes difficultés : nous voulons parler de ces villages que notre colonisation a malheureusement dispersés sur tout le territoire de l’Algérie. Je dis malheureusement, au point de vue militaire, bien entendu, car pour nous militaires, ils sont, en cas de révolte, la vraie pierre d’achoppement. Il faut alors courir partout, être partout à la fois sur la défensive; il faut alors subordonner nos opérations militaires à la nécessité de défendre chaque champ, chaque maison, et naturellement il y a grande dispersion de forces; la défense devient insufllsaute el craque toujours sur quelque point. Trop souvent nous avons ce triste spectacle de fermes brûlées, pillées, do colons assassinés; ce sont pour les indigènes des succès si faciles!
« L’armée, que l’on occupe forcément à ces questions de détail, doit augmenter de nombre au prorata de ces établissements, et malheureusement c’est l’Algérie entière. Ce n’est pas là une mission militaire, mais une mission de police et de colonisation.
« Au lieu de disperser notre colonisation à tous les vents, au lieu de la lancer par petits paquets à tous les coins de l’Algérie, nous devons la grouper, la réuuir en centres ayant une certaine importance.
« L’Algérie tout entière doit appartetiir, comme champ d’exploitation, à nos commercants, à nos industriels, qui ont le devoir et le droit d’en tirer tout le ])arti possible; mais, quant à l’agriculture et à la colonisation proprement dite, elles sont en pays ennemi ; et comme toujours, en face de son ennemi, il faut se grouper, se réunir pour lui résister, pourn’avoir i)lus à craindre le vol, le pillage, el les idées de désordre innées
chez les indigènes, et se réunir aussi afin de sc soutenir par son travail commun, parce que, dans les centres, au milieu de populations plus serrées, la main-d’œuvre est plus nombreuse et moins chère ; parce que, dans les centres, le commerce aide l’agriculture.
« Les révoltes des populations kabyles ou sédentaires n’ont pas une importance majeure, parce qu’elles se localisent, et que, par conséquent, on peut les atteindre à jour et ii heure fixes. La plus sérieuse même, celle de la Grande Kabylie, est facile à réprimer ; la supériorité de nos armes nous donne un avantage tel dans cette guerre, qu’aujourd'hui '1500 hommes suffisent pour traverser les montagnes dans tous les sens; à une condition, cependant, c’est ([u’ils trouvent, sur tous les points d’appui, des réserves de munitions et des vivres.
« La possession du pays, certaine, sûre, facile, sans grande dépense et avec peu d’hommes, est là. En Kabylie, des postes aux points culminants, aux nœuds de route; il n’y a aucune utilité à ce qu’ils soient grands, coûteux à construire; il les faut simplement solides, bien armés, faciles à défendre et pourvus de magasins; il les faut reliés par des chemins praticables. Avec quelques postes ainsi établis et permettant, par conséquent, à des colonnes de -1500 combattants de circuler sans traîner à leur suite des milliers de mulets, nous pouvons être sûrs qu’aucune révolte ne durera longtemps.
« Il faut aussi des roules, et les tribus, dont on a à se filaindre, au lieu d’amendes insignifiantes qui ruinent une population déjà trop pauvre, doivent faire des routes ou réunir les matériaux nécessaires pour la construction des postes.
« Les populations nomades sont celles dont les révoltes sont les plus fréquentes, et aussi, quoique généralement on croie le contraire, celles dont les révoltes sont les plus ruineuses et les plus dilTiciles à dompter. C’est chez elles que l’habitude est invétérée et que nous avons le moins de moyens de la faire perdre. Nous pouvons bien atteindre les gens dans leurs biens, à preuve les nombreuses razzias qui ont eu lieu lors de chaque révolte; mais, en vérité, ces gens-là ont pour leurs troupeaux une terrible indifférence, et ils les reconstituent avec une rapidité dont nous n’avons pas d’idée. En 1854-, les Oulad Oum el Akhoua, grands nomades du Sud, se révoltèrent; ils furent razziés à blanc par le commandant Pein et par le commandant du Barail. A[irès cette razzia, ils s’enfuirent à Tougourt et ne vinrent se soumettre que dans le courant de l’année 1855. Ils revinrent ne possédant rien; trois ou quatre mois après, ils étaient plus riches qu’au moment de leur départ ; la statistique constatait 48,000 moulons (ils n’en avaient que 45,000 au départ) et
4 800 chameaux. Les voisins les avaient largement indemnisés des pertes que l’infidèle leur avait fait subir.
« Si le Kabyle a la tête dure comme du fer, aime la bataille, le nomade, lui, comme rétourneau, aime à se mettre en fugue. 11 y a pour lui une jouissance ineffable à se disperser dans le Sahara et a vivre à sa guise, c’est-à-dire à voler et à marauder. En 4808, nous avons vu les Oulad Nayl, enrichis par notre domination, regorgeant de bestiaux, d’argent, et de grains par la culture des terrains jadis incultes et rendus fertiles par des barrages que nous leur avions construits et dont ils appréciaient toute l’importance, nous les avons vus abandonner tous ces biens pour une fugue de quelques jours à peine, avec la conviction, au moment du départ, qu’il leur faudrait, à bref délai, être razziés, faire soumission, et payer l’amende.
« En réalité, il n’y a pas de tribu qui puisse rester longtemps dans cet état, il faut toujours qu’elle nous revienne. Le Tell est le père nourricier, et, dans le Sahara, quand le printemps est fini, il n’y a pas de moyens d’existence. On y va un instant, mais il faut en revenir. Inutile donc de lancer nos colonnes lourdement chargées à travers cet immense pays. Toute tribu qui a commis un méfait doit être châtiée, c’est certain; il n’y a pas de population avec laquelle il soit plus indispensable que toute faute ait sa punition, mais il n’est pas nécessaire de faire des centaines de lieues à la suite du coupable. Il faut simplement l’attendre au retour. Il reviendra, soyez-en sûr, et promptement, chercher sa punition. Il suffira alors de lui dire : « Nos marchés vous sont fermés, vous n’achèterez rien avant d’avoir fait amende honorable. »
Les lourdes colonnes, encombrées de convois, sont, pour la plupart du temps, incapables d’atteindre un ennemi aussi mobile ; puis, on ne sait comment abreuver une si gronde quantité d'hommes et d’animaux; il arrive forcément qu’au bout de quelque temps, elles sont échelonnées le long des chemins pour garder les magasins, et l’on arrive à n’avoir que quelques cavaliers quand on aborde l’ennemi. « Laissons ce funeste système et revenons au bon vieux temps, où le commandant du Barail, le commandant Pein, de glorieuse mémoire, et autres, soumettaient le Sahara, le parcouraient, et y faisaient la loi avec 2S0 à 300 ba'ionnettes. S’ils l’ont fait, nous pouvons le faire, d’autant plus qu’ils n’avaient pas le chassepot, qui mulli[)lic notre force ou moins par 4 0. Mais cela est même inutile. Pour dominer ce [tays, il suffit de punir les délinquants, et c’est de Teniet, Boghar, Tiarel, de tous ces postes de seconde ligne où finit le Tell et où commence le nomade, que l’on doit punir. C’est là que de petites colonnes mobiles doivent être toujours prêles dans la
main d’officiers capables et munis de pouvoirs suffisants pour agir.
« Une objection sera faite, sans aucun doute, car le système que nous indiquons, s’il suffit aux nécessités du commandement en tant que domination, ne suffit pas aux besoins de l’administration telle qu’elle a été comprise depuis quelques années. C’est un grave tort que nous avons eu de vouloir administrer en détail ces populations; nous y sommes impuissants et nous le serons toujours. Pour courir après ces vains essais d’administration, nous ne les avons plus commandées, nous nous sommes noyés dans de vains détails. Nous nous sommes enquis de leurs droits individuels, de leur justice, de leurs mariages, de leur état civil, de leurs impôts; nous avons voulu compter leurs enfants, perfectionner leurs moyens de culture, améliorer leurs troupeaux ; leur faire adopter des cultures inconnues, des écoles nouvelles; tout l’ensemble de nos lois et de nos mœurs, jusqu’aux procès-verbaux pour délits de chasse f Et pour tout cela, au milieu de populations de 50 à 60,000 âmes changeant de place tous les jours, un, deux, trois officiers, dont généralement deux au début do leur carrière. Et encore ces malheureux officiers doivent faire toutes sortes de statistiques et entretenir avec le chef-lieu de la province une correspondance sous laquelle succomberait le préfet le mieux organisé. Ils finissent, eux aussi, parue plus sortir de leurs bureaux; assis devant une table, ils font des chiffres et des écritures, et finissent, dans l'impossibilité de savoir tout ce qu’on leur demande, par se créer un petit monde factice qui répond plus ou moins à la réalité, et quand la révolte arrive, ils ne sont pas è hauteur des difficultés.
« Tout est fanx dans ce système, il nous faut de suite le rejeter bien loin. Abandonnons tous ces soins fastidieux et inutiles, tous ces semblants d’administration. Que tous ces nomades s’administrent, se rendent la justice, se marient, etc., etc., comme ils l’entendent; nous n’avons que deux choses à leur dire :
« 4° Vous ê(es nos tributaires, vous nous payerez l’impôt; sa répartition, juste ou non, ne nous regarde pas; vous le payerez de telle quantité, à telle époque ;
« 2® Vous respecterez nos nationaux et leurs propriétés.
« A ces deux conditions, nous vous assurons la hbre circulation sur nos marchés, le droit de vous approvisionner chez nous (et par nationaux, j’entends non seulement les Européens, mais encore les indigènes que nous avons dénommés sédentaires ou Kabyles, et que, progressivement, il faut soumettre, autant que cela sera possible, à toute notre administration).
« Si vous ne payez pas l’impôt, si vous ne respectez pas nos natio-
naux, nous vous fermerons nos marchés ; et si la faute est grave, nous nous réservons le droit, et nous avons les moyens, de vous punir militairement.
« Dans ces conditions, noos aurons vite la soumission des nomades, lis se débattront peut-être un peu ; mais, si le système est appliqué avec quelque persistance, ce sera vite fini.
« Quant aux postes de l’extrême Sud, puisqu’ils existent, il faut les conserver; mais il faut que ces postes soient seulement des positions en arrière des campements d’été, des gardiens vigilants, quand les Sahariens viennent dans le Tell.
« L’extrême Sud est peu à craindre. Le Souf, Tougourt, le Mzab, Ngoussa, Ouargla, ne sont une grosse affaire que parce que l'éloignement accroît leur importance. Toujours une colonne de 400 à 500 baïonnettes suffira pour y conduire quelques pièces de canon qui en auront facilement raison.
« Dans les ksour la révolte est locale; elle ne s’étend pas, et nous pouvons toujours au juste calculer l’eflbrt nécessaire pour la réduire.
« En tout cas, ce n’est pas une bien grosse affaire que de casser leurs baraques à coups de canon, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire de le faire souvent. L’idée de faire, de loin en loin, un exemple de ce genre ne doit pas nous effrayer. Zaatcha a laissé dans nos esprits des idées exagérées de la difiiculté que présente une opération de ce genre; mais il vaut encore mieux, à tous les points de vue, avoir tous les dix ans un Zaatcha à briser à coups de canon, que de courir, comme nous le faisons, après ces espèces de sauterelles du Sahara. »>
Au système croccupatioii dont nous venons d’exposer les idées principales, on peut objecter que, si les tribus nomades du Sud, qui reconnaissent notre autorité, se trouvent incapables de résister à des tribus plus puissantes qui se seront insurgées, elles réclameront notre protection , ou se déclareront obligées de faire cause commune avec nos ennemis, sous peine de se voir razziées et détruites. C’est donc le Sud tout entier qui pourrait un jour se soustraire à notre domination, si nous ne conservions pas les moyens et si nous n’avions plus la volonté de lancer quelquefois des pointes hardies au cœur même du pays révolté.
Ce qui fait notre force en Algérie, c’est la désunion des tribus, leur manque d’entente, l’inaptitude des Arabes à concerter un mouvement d’ensemble; de sorte que les insurrections sont rarement simultanées. Nous avons pu, jusqu’ici, non seulement les réprimer, mais encore opposer les indigènes les uns aux autres, et c’est fort heureux, car il ne faut pas perdre de vue que la guerre dans le sud de l’Algérie, et même sur les Hauts- Plateaux, n’est pas possible sans le concours de l’élément indigène. Il faut non seulement des conducteurs arabes pour les énormes convois de chameaux qui suivent les colonnes, mais il faut surtout des goums pour les éclairer et même pour atteindre l’ennemi. Les troupes françaises no sont, en réalité, qu’une réserve destinée à les soutenir, et, la plupart du temps, impuissante à joindre l’adversaire, h moins que celui-ci, confiant dans une très grande supériorité numérique, ne vienne lui-même offrir le combat.
« A eux seuls, les quelques centaines de cavaliers des Harar, Yacoub, Larbaà, etc., ont infligé aux dissidents plus de pertes que nos colonnes réunies.
« Sans eux, la guerre est à peu près impossible dans le Sud, car eux seuls sont aussi mobiles que nos adversaires, et par suite capables de les atteindre. »
On doit se préoccuper, par conséquent, du maintien en bon état de la cavalerie indigène des goums et du maghzen, c’est-à-dire des cavaliers des tribus qui doivent marcher à notre réquisition. Or, à mesure que la sécuiité augmente, les tribus nomades ont moins de chevaux, parce que leur entretien est dispendieux ; à celte cause générale et permanente, il faut ajouter certaines causes particulières, notamment des sécheresses prolongées qui ont momentanément privé
les nomades de pâturages sur les plateaux^, alors qu’il ne leur était plus permis de venir camper dans le Tell. Aussi, la production du cheval arabe devenant insuffisante, l’administration française a dû s’en préoccuper et récemment organiser des haras.
C’est avec la même attention que l’on doit veiller au maintien des troupeaux de chameaux, sans lesquels il est impossible de faire mouvoir les colonnes.
En 1881, pendant l’expédition du Sud Oranais, comme nous l’avons dit précédemment, les rigueurs du froid et l’excès de fatigue imposée aux animaux réquisitionnés dans les tribus, ont ruiné presque complètement les troupeaux de nombre d’entre elles, et il faudra longtemps pour qu’elles les reconstituent
Les opérations militaires dans le Sud dépendent d’une
1 Le chameau n’est pas un animal infatigable, tel qu’on le suppose assez généralement. Il est vrai qu’il est admirablement adapté à la vie du désert, qu’il fait sa nourriture ordinaire des broussailles ligneuses que ne sauraient broyer les chevaux, qu’il peut rester quelques jours sans boire et même sons manger ; mais on ne saurait abuser de lui. Après un mois de travail, il faut le laisser deux mois au pâturage pour qu’il répare ses forces. Il faut connaître les ]>lantes qu’il affectionne, celles qui lui sont nuisibles. La piqûre de certains insectes est mortelle pour lui. Il faut des précautions particulières pour soigner ses maladies et pour le charger. Il faut par conséquent un personnel indigène spécial pour conduire les convois; on doit compter deux chameliers pour charger six ou huit chameaux, au plus. La charge qu’il porte est proportionnelle à son âge; celle d’un chameau adulte ne peut guère dépasser 4 00 à 420 kilogrammes. L'arrimage de caisses et de tonnelets présente des ditTicullés particulières, et il arrive fréquemment que les bêtes se brisent les côles en les henrtant les unes contre les autres. La journée de marche normale n’est jias supérieure à celle des chevaux, c’est-à-dire qu’elle varie entre 30 et SO kilomètres.
Le chameau de selle, ou méhari, marche au trot et peut fournir des courses exceptionnelles de 70 à 4 00 kilomètres; mais il appartient à un«
manière très étroite de la bonne organisation de ces convois, véritable train auxiliaire. L'effectif des animaux porteurs doit toujours être considérable, par suite de l'obligation où Ton est d'emporter des approvisionnements d’eau. Le chiffre du convoi varie naturellement suivant la distance où l'on doit opérer des puits et des postes de ravitaillement, et selon la durée présumée de l’expédition; mais on compte d'ordinaire un millier de chameaux pour une colonne mixte de 1500 hommes, c'est-à-dire 800 fantassins, 200 cavaliers, les services auxiliaires, et les goums indigènes.
Pour ne pas être à la merci des réquisitions plus ou moins incertaines dans les tribus, on a constitué à Laghouat un équipage permanent de 700 chameaux environ, appartenant à la commune indigène; et l’on a projeté d'imiter cette organisation à Mecheria dans le Sud Oranais, à Biskra dans le sud de Gonstantine.
Dans l’extrême Sud, au Mzab et à Ouargla, on organise des Maghzen montés à meharaL
La coopération de l’élément indigène est donc indispensable, d’un côté pour exploiter les terres de culture du Tell, de l'autre pour maintenir sous notre autorité les nomades du Sud, et, par conséquent, pour
race spéciale. Le méhari diftère autant du chameau ordinaire que le cheval de sang du cheval commun.
Le chameau est en outre un animal timide, facile à effrayer, et dont le dressage est délicat. Il refuse souvent de marcher jjcndant les tourmentes de sable si fréquentes dans le Sud. A l’époque du rut, il devient dangereux, c’est pourquoi on le castre d’ordinaire.
1 Pendant la campagne d'Égyple, Bonaparte avait organisé des régiments de dromadaires à 900 hommes, ayant 7o0 dromadaires, 230 chevaux et pouvant emporter des vivres pour 30 jours.
garantir la sécurité de notre colonisation. Il faut également se servir du concours des chefs indigènes pour commander et pour administrer les tribus. Nous substituer à eux sous prétexte de redresser certains abus qu’ils peuvent commettre, c’est assumer une tâche extrêmement complexe et à laquelle ne saurait suffire le personnel des bureaux arabes.
Au lieu d’imposer notre formalisme administratif étroit aux tribus, trop éloignées des centres européens pour qu’il soit possible de les pénétrer de notre influence et de les désagréger, on a pensé, pendant longtemps, qu’il était préférable de les faire gouverner par leurs propres chefs.
Dans un pays de tradition comme le leur, il pouvait être habile de respecter les privilèges traditionnels des grandes familles et des chefs religieux. En les honorant, en augmentant même leur pouvoir et leurs richesses, on était assuré de les avoir pour auxiliaires. C’est le conseil que donnait Bonaparte dans ses instructions sur l’administration de l’Égypte. Gé,tte politique, que l’on tend à modifier aujourd’hui, a été longtemps suivie avec succès, et les hommes qui connaissent le mieux l’Algérie la préconisent toujours. L’expérience du passé montre, en effet, que, depuis de longues années, certaines familles nous sont toujours restées fidèles, et qu’elles ont versé généreusement leur sang pour nous toutes les fois que nous avons fait appel à leur dévouement.
Si quelques-unes ont fait défection, comme les Oulad Sidi Cheikh en 1864, les Mokhrani en 1871, on pourrait en retrouver la cause première dans certaines erreurs de commandement ou d’administration, et surtout dans
des froissements d’amour-propre causés h des chefs orgueilleux et susceptibles.
On doit se rendre compte également qu’au delà des postes que nous pouvons militairement occuper d’une manière permanente, il y aura toujours une zone dans laquelle vivront des populations que nous ne pouvons commander directement et qui cependant doivent subir notre influence; il nous importe de les surveiller et même de les utiliser contre les ennemis plus éloignés. Le meilleur moyen serait sans doute de nous attacher leurs chefs par certains liens de vassalité et de nous assurer de leur fidélité par des dignités^ des égards flatteurs, des avantages matériels. Ces aghas ou ces bach-aghas, comme les comtes o\x\qs marquis du moyen âge, commanderaient nos marches militaires du Sud, au delà de nos postes des montagnes sahariennes, vers le Gourara, vers le Touat, vers le pays des Touareg, et si leur autorité prenait un Jour des allures inquiétantes, on saurait du moins où frapper pour la briser L
' Napoléon parlant, dans ses Mémoires de Sainte-Hélène, des moyens de contenir les Arabes des frontières de l’Égypte, s’exprime ainsi : « Lorsque l’Égypte a été gouvernée avec fermeté et justice, les Arabes ont été soumis; chaque tribu a été obligée de répondre de son désert et
de la partie de frontière qui lui était confiée Ces tribus, comme de
petits vassaux, ont garanti la tranquillité du pays au lieu de la troubler »
Organisation, défensive de l’A.Igérie.
L’Algérie n’a pas de frontière dans le sens strict du mot.
En eifet, nous avons dit combien était défectueux et incertain le tracé des limites du côté du Maroc. Vers la Tunisie, il n’y a plus de frontière à observer au point de vue militaire. Vers le sud, il n’y a et il ne peut y avoir aucune limite, car le désert ne constitue pas une frontière naturelle, par cette seule raison que le désert absolu n’existe pas.
Les tribus errantes, qui le parcourent, échappent, par leur mobilité même, à toute délimitation précise. Comme les Russes au centre de l’Asie, les Français, en Algérie, n’ont donc, au sud, d’autres limites que celles que peuvent leur donner l’initiative et l’esprit d’aventure des officiers qui commandent les postes extrêmes.
Mais il y a une distinction à établir entre les régions du sud-ouest et du sud-est.
Si l’on considère l’ensemble d’une carte de l’Algérie, on remarque une grande différence dans la configuration des montagnes et des Hauts-Plateaux, à l’ouest et à l’est du méridien d’Alger.
A l’ouest, la distinction entre la zone tellienne, les plateaux, la chaîne saharienne, et le Sahara, est très caractérisée. Le Tell, c’est le corps de place. Les poternes de ses remparts du sud sont tenues par el Aricha, Daïa, Saïda, Frenda, Tiaret, Teniet, Boghar.
En avant, s’étend un vaste glacis, large de 200 à 300 kilomètres j ce sont les Hauts-Plateaux. Au delà du
glacis, se dresse un puissant parapet dont les escarpes dominent les plaines sahariennes, et, à moins d’une trentaine de lieues, commencent les areg.
A l’est du méridien d’Alger, les Hauts-Plateaux se rétrécissent peu à peu. Ils se creusent dans le Hodna et se transforment en une grande cuvette d’un climat saharien, où mûrissent les dattes, mais où l’abondance des eaux permet aussi la culture des céréales. Dans la province de Constantine, les plateaux se relèvent; mais, comme on l’a vu, ils sont relativement peu étendus, et n’ont pas les caractères des grandes steppes de l’ouest. Ils sont même abordables pour la colonisation. Un chemin de fer, construit dans un but économique, les a de bonne heure traversés. Enfin, le rempart du sud, d’abord moins netlement tracé, s’épaissit ensuite dans l’Aurès en une masse très confuse. Les liaisons entre le Tell et le Sahara s’établissent donc dans d’autres conditions que dans le Sud Oranais, tandis que les richesses des grandes oasis de l’oued Righ et d’Ouargla nous ont entraînés ci de fort grandes distances. Leur occupation, utile sans doute, si l’on veut commander les nomades et pénétrer progressivement vers le Touat et le Soudan, n’intéresse pas la sécurité de la colonisation algérienne, comme l’occupation des ksour du sud-ouest.
Dans la Province d’Oran, par suite du voisinage du Maroc et de l’esprit plus ardent des nomades, la pacification du Sud est encore incomplètement assurée; les précautions militaires doivent être plus précises. L’état de guerre est, en quelque sorte, permanent, ou du moins la tranquillité n’est qu’intermittente, et les sortes de
trêves, pendant lesquelles se reconstituent les tribus que l’insurreclion a ruinées ont une durée incertaine.
Dans le Tell, la frontière du Maroc est surveillée par les postes de Nemours, Lalla Marghnia, Sebdou, el Aricha.
On tient les Hauts-Plateaux par Mccheria, qui est un grand biscuit-ville permanent, c’est-à-dire une place de ravilaillement, avec magasins et ambulances; elle a pour avancée, à l’ouest, Aïn ben Khelil.
On commande les passages de la chaîne saharienne par Aïn Sefra, qui est également une place-magasin, et a pour avancées Aïn Sfissifa à Touest, où a été placé un poste permanent, et Moghar au sud, où se trouve seulement un détachement de cavalerie indigène.
Les communications à travers ces montagnes ont été améliorées de manière à pouvoir porter rapidement les troupes sur leur versant saharien, dans la direction de Figuig.
Géryville est, comme Aïn Sefra, une place d’appui et de ravilaillement, mais plus forte et plus complètement installée. Afloii, centre administratif du Djebel-Amour, n’est qu’un simple bordj. Ses communications avec Tiaret sont gardées par un poste intermédiaire à Oussekr; mais ni Géryville, ni Aflou, n’ont d’avancées permanentes au delà des montagnes du sud. On n’est averti des agitations des nomades que par l’intermédiaire des caïds de Brézina, d’el Maïa, de Tadjerouna, dont la vigilance ou le zèle peuvent être en défaut.
On a cependant placé à Aïn Mahdi, près de la zaouïa deTedJini, un poste permanent qui relève de Laghouat, et qui a pour mission principale de surveiller le marabout.
Dans la Province d’Alger, la sécurité du Sud est beaucoup plus grande que dans la province d’Oran ;
mais 011 trouve dans le Tell des régions montagneuses, dont les populations kabyles doivent être constamment surveillées : le Dahra, l’Ouarsenis et la Kabylie.
On tient le Dahra par Tenès, Gherchel, Orléansville, et Miliana.
On tient TOuarsenis par Orléansville, Tiaret, Teniet, et Boghar.
On tient la Kabylie par Fort-iNational, au centre; par Dellys, Bougie, Aumale, sur la périphérie.
Sur les Hauts-Plateaux, un poste à Chellala combine sa surveillance avec celui d’Oussekr, de la province d’Oran.
Les montagnes des Ou lad Nayl sont gardées par Djelfa et Bou Saâda. Ce dernier poste observe également le Hodna.
Dans le Sud, Laghouat est le point d’appui des colonnes mobiles qui ont à opérer dans le Djebel-Amour ou vers le Mzab. C’est une très forte place, tête des routes de Gardaïa et d’Ouargla.
A Gardaïa est un bordj très solide, avec une garnison normale de tirailleurs. L’autorité du commandant supérieur s’étend sur Ouargla, où se trouve un poste de troupes indigènes, et sur Goléa, où l’on a construit une maison de commandement pour un caïd. Le poste du Mzab établit ainsi une liaison indispensable entre Laghouat et l’oasis d’Ouargla, qui relève de la division d’Alger. On ne pouvait, en effet, tolérer que les seuls points de la route, où l’on trouvât de Peau et quelques ressources, fussent aux mains d’une population, qui, prétendant rester indépendante au milieu de l’Algérie conquise, aurait paru tenir en échec l’influence française, et qui se supposait même le droit de fermer les portes de ses villes pour nous en interdire l’accès.
Goléa et Ouargla sont les points extrêmes sur lesquels s’exerce, d’une manière permanente, l’influence française. Étant donnée l’importance considérable des oasis d’Ouargla, on a jugé utile d’y mettre un poste permanent pour pouvoir commander les grands nomades qui en possèdent les palmiers. L’occupation du Mzab a été la conséquence nécessaire de celle d’Ouargla.
Dans la Province de Constantine, les conditions de l’occupation militaire sont encore plus faciles. La zone tellienne n’est pas séparée de la chaîne saharienne par de grands espaces sans ressources ; un chemin de fer, terminé jusqu’à Batna, en construction jusqu’à Biskra, et projeté jusqu’à Tougourt, assure les mouvements rapides des colonnes; les populations sont d’ailleurs plus paisibles.
On tient la petite Kabylie par Djidjelli et Sétif.
Sur les Plateaux, Constantine, Sétif, Batna, Tebessa, A’in Beida, sont plus que des postes militaires, ce sont déjà des centres administratifs et européens de certaine importance.
On tient l’Aurès par Batna, Khenchela, et Biskra.
On surveille le Hodna par un poste placé à Barika.
Au nord-est, Souk-Arrhas commande les montagnes confuses de la Medjerda.
An sud-est, Tebessa est le point d’appui des colonnes qui ont à opérer dans les monts des Nemencha, et la base de ravitaillement de Gafsa et des postes du Sud Tunisien.
Dans l’extrême Sud, on a une petite garnison à Tougourt pour commander dans l’oued Bigh. On a aussi placé un poste à Debila dans le Souf, et Ton y a même maintenu pendant un certain temps une colonne mobile.
Cette occupation, qui est particulièrement pénible pour les troupes, et fort onéreuse par suite de la difficulté des transports, avait pour but, au moment de l’expédition dans le sud de la Tunisie, d’empêcher les tribus insoumises de tourner le Djerid par le sud pour entrer sur notre territoire. Debila est relié à Tebessa par Negrine, où se trouve un poste optique.
Des troupes, dont l’effectif est augmenté en temps de troubles, sont disséminées dans les postes que nous venons d’énumérer. En outre, la plupart des villes et des centres importants du Tell servent de garnisons aux régiments du 19® corps d’armée, que Ton maintient à proximité de la côte, c’est-à-dire à portée des ports où ils auraient à s’embarquer au moment d’une mobilisation générale. Si l’on n’avait en vue que le maintien de la tranquillité en Algérie, il y aurait au contraire intérêt à rapprocher les troupes de la lisière nord des Plateaux, d’où leur action s’étendrait à la fois sur le Sud et sur les régions montagneuses du Tell.
En temps d’insurrection, les postes fixes sont tout à fait insuffisants pour tenir les tribus dans l’obéissance; c’est pourquoi on organise, en outre, des colonnes mobiles destinées à être rapidement portées sur les points où la tranquillité est troublée. Les routes, les voies ferrées qui faciliteront leurs mouvements, la création de nombreux centres de ravitaillement pour qu’elles puissent se passer des convois qui alourdissent, rendront plus efficace leur action, et permettront de diminuer d’autant leur effectif.
Le système de fortification des places de l’Algérie consiste, d’une manière générale, en une redoute formant réduit, où se trouvent les logements de la gar-
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nisoii, les ambulances, et les magasins, et en une enenceinte, simple mur de 3 à 5 mètres de haut, percé de meurtrières et tracé en crémaillère, de manière à ce qu’on puisse en flanquer toutes les parties.
Entre la redoute et l’enceinte, se trouvent le camp des colonnes mobiles et, selon les localités, les maisons de la population européenne et indigène.
Dans la plupart des centres où l’on ne maintient pas de garnison fixe, un bordj, c’est-à-dire une maison carrée avec mur crénelé, cour intérieure, puits, écuries, etc., sert de logement à l’administrateur, et peut, en temps d’insurrection, servir de refuge à 1a population. Les stations des chemins de fer, les fermes isolées des caïds, les caravansérails, les maisons de commandement, sont souvent construits de la môme manière.
Ces défenses, qui seraient fort insuffisantes contre des troupes européennes, sont parfaitement à l’abri des attaques des Arabes, qui n’ont pas de canons, et il suffit d’une surveillance régulière pour se garder du danger d’une escalade, d’ailleurs très difficile pour les indigènes, qui ne savent pas se munir des engins convenables. Un détachement, si faible qu’il soit, pourvu cependant que son effectif soit proportionné au développement de l’enceinte à garder, peut tenir indéfiniment dans un bordj, s’il a des vivres, de l’eau, et des cartouches.
Pendant l’insurrection de '1871, les bordjs ont partout rébislé, bien que les Kabyles aient essayé de les attaquer par la mine; on peut donc en conclure qu’il vaut mieux avoir un assez grand nombre de postes de petites dimensions, bordjs ou grands blokhaus, offrant des points d’appui nombreux aux troupes mobiles, plutôt
que quelques places plus vastes, mais dont la garde même immobilise trop de monde.
La frontière maritime de l’Algérie n’esf pas organisée en vue d’une attaque par mer; des batteries protègent toutefois d’une manière suffisante les ports et les mouillages près des côtes. Nous les avons énumérés; mais si l’on pouvait avoir quelque inquiétude en cas de guerre européenne, c’est à la flotte qu’il faudrait remettre le soin de garantir le littoral très étendu de l’Algérie el de la Tunisie.
Tél6g;rapliîe optique. — En attendant que des lignes télégraphiques ordinaires aient pu être posées jusqu’aux postes extrêmes du Sud, et, pour y suppléer en temps d’insurrection, on a créé un réseau de postes de télégraphie optique qui rendent de précieux services.
Le centre des communications optiques du Sud Oranais est au Kheider, d’où l’on est en relation avec el Aricha et Ras el Ma par une station intermédiaire sur le djebel Beguira;
avec Géryville ^station du djelbel bon Berga); avec Mecheria (station du djebel Antar).
De Mecheria, on communique avec Aïn ben Khelil; avec Aïn Sefra (station du djebel Aïssa).
Du djebel Aïssa, on peut communiquer éventuellement avec Aïn Sfisifa et Tiout, et l’on pourrait également communiquer avec Figuig par une station intermédiaire placée au djebel Zaghi au sud cl’ Aïn Sefra, dans le massif du djebel Mekter.
De Géryville, on est en relation avec Aflou (djebel Okba), et d’Aflou éventuellement avec Tiaret, par une communication directe.
Dans le sud d’Alger, on n’a pas jusqu’à présent de postes optiques. Gardaïa est relié à Laghouat par la télégraphie électrique.
Dans le sud de Gonstantine, Biskra est en relation avec Tougourt par des postes intermédiaires au signal de Chegga et à el Berd.
Tebessa est relié à Debila (Souf) par des postes au djebel Doukan, au djebel Ong, et à Negrine (djebel Mahadjer). La distance de Debila à Negrine est de 135 kilomètres environ. C’est la portée la plus grande jusqu’ici obtenue.
Negrine communique avec Biskra par un poste à Badès, et éventuellement avec Tozer sur le chott Djerid.
Le djebel Ong est en relation avec Gafsa, et Gafsa avec Gabès. Éventuellement, il peut communiquer avec Khenchela.
Une ligne télégraphique ordinaire relie d’ailleurs Tebessa avec Gafsa.
CONFRERIES RELIGIEUSES.
L’idée de nationalité et les notions de patrie font défaut dans la société musulmane; comme nous Tavons dit, l’Arabe, en particulier, ne conçoit pas nettement une collectivité d’intérêts supérieure h la tribu, dans certains cas et momentanément, à une confédération de tribus. C’est ce qui explique pourquoi la conquête française, comme les conquêtes antérieures, a été relativement si facile. Abd el Kader a échoué lorsqu’il a voulu constituer le royaume arabe, dont nous lui avions en quelque sorte donné l’idée ; ainsi échoueront sans doute toujours, fort heureusement pour nous, les tentatives qui pourront être faites dans l’avenir pour réunir dans une même pensée de révolte les populations de l’Algérie.
Le seul lien qui solidarise les tribus, c’est le lien reli- 'gieux, mais là encore se manifeste pourtant l’esprit de division qui semble être une des caractéristiques de la race. Le Coran est bien le livre commun de tous les musulmans; mais il a eu ses commentateurs, qui ont plus ou moins altéré la pureté et la tolérance de la doctrine; il s’est formé non seulement des sectes, mais encore de nombreuses petites sociétés religieuses. Tout comme le christianisme, l’islamisme a ses saints.
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A diverses époques et dans divers lieux, certains hommes ont acquis un grand renom de sagesse, de science, et de piété.
On les a considérés comme les élus de Dieu, désignés par lui pour diriger les autres hommes, intermédiaires de ses faveurs, ayant le privilège de ses bénédictions. Les chrétiens ont une croyance analogue qui pourrait bien être un héritage sémitique.
On les honore, on vénère leurs tombeaux, on les prie d’intercéder pour obtenir des grâces; mais on croit en outre que leur descendance hérite de la bénédiction céleste, delà baraka^ et c’est ainsi que certaines familles jouissent d’une influence religieuse considérable qui leur donne une grande autorité. Ce sont les familles de marabouts.
Les marabouts sont fort nombreux en Algérie. Quelques-uns, dont les ancêtres ont acquis une grande réputation de sainteté, ont groupé autour d’eux un chiffre considérable de fidèles ou serviteurs religieux. Ceux-ci se mettent sous la protection spirituelle du saint, observent certaines pratiques particulières, portent quelquefois un chapelet qui est un signe de reconnaissance, obéissent avec dévouement aux chefs qui sont les héritiers de la baraka.
Ces associations ne sont point des sectes, bien que chacune ait son rituel spécial; elles ne sont ni enne- ‘ mies, ni divisées au point de vue du dogme, bien qu’elles se jalousent mutuellement.
Les adeptes, ou khouan, reçoivent un chapelet et une formule de prière (ourd); ils payent une redevance sous forme d’aumône, ou ziara, aux mokaddem qui , chaque année, parcourent les tribus. Ces redevances accroissent les richesses de la confrérie, mais elles sont
aussi généreusement employées en bonnes oeuvres. On peut être affilié à plusieurs ordres.
Le centre religieux de ces confréries est la zaouïa.
« La zaouïa^ est à la fois une chapelle qui sert de lieu de sépulture à la famille qui a fondé l’établissement, et où tous ses serviteurs religieux viennent en pèlerinage; c’est un lieu de prière, souvent une école, un centre littéraire. C’était aussi un lieu d’asile, et c’est toujours une maison hospitalière, où les voyageurs, les pèlerins, les malades, les infirmes, et les incurables trouvent un gîte, des secours, des vêtements, de la nourriture; C’est aussi un bureau d’esprit public, où s’échangent les nouvelles, où l’on écrit l’histoire des temps présents; enfin, une bibliothèque qui s’accroît tous les jours par les travaux des hommes qui y sont attachés et où l’on conserve la tradition écrite des faits passés. » Mais c’est surtout un foyer de propagande religieuse dont le rayonnement s’étend au loin.
Un chef avec le tilre de cheikh, quand il appartient à la famille propriétaire de la zaouïa, avec le titre de mokaddem (gardien) ou à' oukil (fondé de pouvoirs), quand il est étranger à cette famille, dirige l’établissement. De nombreux serviteurs {jdioddarri) sont attachés h chaque zaouïa, soit pour cultiver les terres qui en dépendent, soit pour assister le nombreux personnel d’écoliers, de marabouts, d’infirmes, et de voyageurs fréquentant l’établissement.
Une zaouïa est quelquefois un village de vingt à trente maisons, comme celle de Moulaï Taïeb, chez les Trara; quelquefois un bourg considérable composé
1 De Neveu, Les Khouan,
crune centaine de maisons, cabanes ou tentes, comme la zaouïa de Sidi Mahi ed Din sur l’oued el Hammam; d’autres fois une réunion plus ou moins considérable de tentes, comme la zaouïa de Sidi Mohamed ben Aïssa, chez les Flitla. Toujours, il y a dans la zaouïa un lieu d’assemblée, de réunion ou de prière, une mosquée.
Les zaoLiïas avaient autrefois de nombreux biens {hahbou)y provenant de donations, dont les revenus leur étaient acquis, mais qu’elles ne pouvaient vendre, véritables biens de mainmorte. L’administration française a procédé en Algérie, comme on l’a fait en France en 1790. Elle s’est approprié ces biens, mais à charge de pourvoir aux dépenses des zaouïas et du culte, engagement qui n’a pas été partout respecté. Cette mesure a été considérée comme la pire des spoliations, et le mécontement qu’elle a provoqué en Algérie est comparable h celui que les mesures de même nature ont provoqué en France dans la société religieuse
1 II existe une certaine analogie entre l’organisation des confréries musulmanes et celle des ordres religieux du christianisme. Dominicains, Franciscains, Jésuites, Bénédictins, etc., sont certainement des catholiques orthodoxes, mais ils suivent cependant une règle religieuse spéciale à leur ordre et leur orthodoxie commune n’exclut pas une certaine rivalité dans leurs intérêts temporels et dans leurs propagandes religieuses. Chacun de ces ordres groupe scs institutions en provinces sous l'autorité d’un provincial et reconnaît l'autorité supérieure d'un général. 11 en est à peu près de même des confréries musulmanes.
Des zaouïas de différentes sectes se trouvent jiarfois rapprochées absolument comme des maisons de jésuites ou de dominicains dans nos villes; mais il arrive aussi que tel ordre est prépondérant dans une région. Les Tcdjâna dominent en Tunisie et dans la province de Constantine; les khouan de Woulaï Taïeb au Maroc et dans la province d’Oran; les Senousiâ en Tripolitaine. Il en est de même dans nos sociétés chrétiennes où, par exemple, les franciscains sont plus nombreux eu Autriche, les lazaristes en France, etc.
On comprend qne les dispositions personnelles des chefs religieux intéressent au plus haut point la sécurité de TAlgérie. L'expérience prouve que toutes les révoltes sont fomentées par des prédications religieuses, et si certains marabouts sont animés de sentiments hostiles, des tribus entières, ordinairement fort paisibles, ne donnant aucune inquiétude, heureuses et bien administrées, peuvent faire inopinément de'fection pour suivre le marabout dont elles sont les serviteurs religieux. L’influence favorable d’un marabout peut, au contraire, utilement s'exercer pour maintenir dans le devoir des fractions prêtes à s’insurger. Cette impressionnabilité des tribus est particulièrement vive chez les nomades du Sud, que l’influence française pénètre peu et qui ont de grandes facilités pour s'échapper et mettre hors d’atteinte leurs richesses, c’est-à-dire leurs tentes et leurs troupeaux.
Les Arabes ne pouvant se passer de marabouts^ on ne saurait tenter de les supprimer pour supprimer leur influence; il est donc utile au contraire de les ménager, de les tenir dans la main, d’opposer les uns aux autres, et de grandir ceux-ci pour diminuer l'importance de ceux-là. Cette question d’équilibre religieux est fort délicate; elle réclame un grand tact et une attention suivie.
Les ordres religieux sont nombreux dans le monde musulman, et la plupart ont des adeptes en Algérie. Parmi les plus impoitants, nous citerons les suivants: Ordre de Sidi Moulai Taieb,
— de Sidi Ahmed Tedjini,
— de Sidi Abd el Kader el Djilani,
— de Sidi Mohammed ben Abd er Rahman
bon Koubrin,
Ordre de Sidi Mohammed ben Aïssa,
— de Sidi Youcef el Hamsali,
— de Sidi Mohammed ben Bouzian,
— des Derkaouâ,
— des Oulad Sidi Cheikh,
— de Sidi es Senousi.
Les ordres de Moulai Taïeb, de Tedjini, et d’Abd er Rahman sont les plus répandus en Algérie. .Leurs chefs vivent en bons termes avec l’autorité française. Ils peuvent être des auxiliaires précieux contre la propagande des mokaddems de l’ordre de Senousi, celui-ci radicalement hostile, fort dangereux, et qui se donne pour mission l’expulsion des Français et le rétablissement de l’imamat arabe.
Ordre de f§»îdi l^Ioulaï Taïeb. — Il a été fondé au Maroc, il y a trois siècles, par un des membres de la famille impériale.
Son chef, El Hadj Abd es Selam, a sa résidence ordinaire h Tanger. Son frère habite Ouezzan, où se trouve la zaouïa mère. 11 s’est toujours montré assez sympathique aux Français, qui l’ont reçu d’ailleurs avec de grands honneurs dans un voyage qu’il a fait, il y a quelques années, à Oran et h Alger, et qui permettent h ses mokaddems de venir percevoir les ziaras dans les tribus algériennes, où il a de nombreux adhérents.
En 1883, cette protection a reçu un caractère en quelque sorte officiel.
Il a épousé une dame anglaise. Il est regardé comme le premier personnage du Maroc après l’empereur. Lorsqu’un nouveau souverain monte sur le trône, il n’est assuré de sa paisible possession que lorsqu’il a été
salué par le chef de l’ordre et qu’il en a reçu publiquement le serment de fidélité.
Par suite d’un pacte ancien, la famille de Moulai Taïeb ne doit pas monter sur le trône ; sa devise est : « Personne de nous n’aura l’empire, mais personne ne l’aura sans nous. »
Son influence est très grande dans le Tafilalet, dans l’Adrar, dans le Haut-Sénégal. Il existe une zaouia importante à Tamentit, dans le Touat.
On reconnaît son chapelet à un anneau de cuivre.
de Sîdî Alimed Xedjînî. — La zaouia centrale et le tombeau du marabout ancêtre se trouvent, comme nous l’avons dit, à Ain Madhi, oasis située au pied méridional du Djebel-Amour, à 50 kilomètres à l’ouest de Laghouat.
Cet ordre a été autrefois très puissant, et son influence religieuse, bien que diminuée, a encore une grande importance dans toute l’Afrique du Nord. La plupart des Tunisiens et la famille du bey sont ses serviteurs religieux. Ahmadou, le roi de Ségou, sur le Niger, porte le chapelet de l’ordre et entretient des relations avec Aïn Madhi Les Toucouleurs des rives du Sénégal y sont affiliés, ainsi qu’une partie des Touareg.
Il s’est fondé k Temacin, dans l’oued Righ, une zaouia de l’ordre, devenue aussi puissante que la zaouia d’Ain Madhi et qui tend à s’en rendre indépendante ; elle est gérée par un des membres de la famille, mais elle porte néanmoins grand ombrage k Ain Madhi.
1 II existe des zaouïas de Tordre à Ticliit dans le Taganet, à Chinguit dans TAdrar (Sabatier, La question du, Sud-Ouest, Alger, 4 881).
En 4883, Sidi Ahmed était en correspondance avec Ahmadou, auquel il avait écrit au sujet du massacre de la mission Flatters.
Cet ordre a été en luttes armées avec les Turcs; « non seulement il leur avait résisté, mais il était venu leur livrer bataille sous les murs de Mascara. Les Tedjâna furent défaits, et la tête de Si Ahmed Tedjini, apportée aux pieds du bey Hassan, fut payée 500 pièces d’or^ ». Plus tard, Abd el Kader n’ayant pu les attacher à sa cause, vint attaquer le ksar d’Aïn Madhi. Il dut en faire un siège, devenu mémorable, et qui dura neuf mois; le ksar ne fut pris que par trahison.
L’ordre professe actuellement que. Dieu ayant donne l’Algérie aux Français, il est permis de vivre avec eux et qu’il ne faut pas les combattre. Les bonnes dispositions du chef de l’ordre se sont manifestées en plusieurs circonstances. M. Duveyrier, lors de son voyage dans le Sahara, en avait reçu, des mains du marabout, le chapelet comme sauvegarde. Plus récemment, lors de l’expédition du colonel Flatters, un mokaddem accompagnait la mission pour la protéger. On sait que cette assistance fut malheurement inefficace contre les Touareg, qui obéissaient, sans doute, à l’impulsion des Senousià. Le mokaddem fut également massacré.
Le chef de l’ordre est (1884) Sidi Ahmed, homme d’une quarantaine d’années.
L’autorité française, se méfiant de son attitude, l’avait fait venir en France en 1871. 11 y épousa morganatiquement une femme française qui l’a suivi en Algérie. Cette alliance, des habitudes d’intempérance, des dissensions de famille, l’ont malheureusement déconsidéré vis-è-vis des Arabes. Son prestige personnel est fort diminué, mais l’attachement des Arabes à leurs traditions est assez puissant pour conserver encoie à
s Gourgeot, Situation politique de V Algérie, en 4 882,
Tordre, dont il est le chef, une influence considérable qu’il est de notre intérêt de ne pas laisser amoindrir. C’est un auxiliaire utile contre les Senousià, qui ne peuvent prospérer et grandir en Tunisie et dans le sud de l’Algérie, qu’à la condition de désagréger les Tedjâna et d’y recruter des adhérents.
Il est assez difficile de savoir quelles sont exactement les dispositions des marabouts Tedjâna à l’égard des Oulad Sidi Cheikh; des relations ont existé entre eux, et il est toujours à craindre qu’un rapprochement dangereux n’ait lieu, dans le cas où les Tedjâna seraient froissés dans leurs rapporls avec les Français.
Le chapelet de Tordre porte comme marque distinctive un grain de corail ou un coquillage.
Ordre de Sidi Abd el Kader el Ojilani. —
Abd el Kader el Djilani ou el Ghilani vivait au VI® siècle de Thégire.
« Le centre de cet ordre est à Bagdad; nul n’a plus d’adhérents, soit dans le Sahara, soit dans le monde musulman tout entier. Tous les princes musulmans s’honorent d’en être membres L » Il y a lieu de croire que ses khouan sont des agents très actifs de la propagande islamique, et qu’ils reçoivent, le cas échéant, le mot d’ordre de Constantinople môme.
Bon Amama y était affdié, dit-on, ainsi que Taleb ben Gazi, une des personnalités les plus marquantes du Sahara occidental.
Ses sectateurs sont nombreux au Touat, au Gourara, dans Toued Messaoura, dans toute l’Algérie, où ses koubbas sont innombrables.
* Sabalier, La question du Sud-Ouest.
C’est un nègre cTune zaouïa de cet ordre qui désigna, dit-on, Abd el Kader, deuxième fils de Mahi ed Din, comme sultan de TOuest en 1828.
Ordre lie Sîclî 31oli£i,iiinied t>eii Al>cl er RsLlim£i,n. — Le fondateur de l’ordre, originaire d’Alger, est mort dans le Jurjura, au commencement du siècle. Il avait longtemps étudié au Caire. On l’appelle aussi Bou Kouhrin, c’est-à-dire des deux tombes, parce que, suivant la légende, son corps s’est dédoublé et qu’il repose à la fois au Hamma près d’Alger et danssa koubba chez les Béni Ismaïl.
Ses sectateurs sont fort nombreux dans toute l’Algérie, particulièrement en Kabylie et dans la province de Conslantine. L’ordre a joui autrefois d’une grande importance politique ; l’émir Abd el Kader s’y était affilié.
Ordre de Sîdî MolisEnimed ben Aïssn.
Son fondateur vivait, il y a trois siècles, à Meknès, dans le Maroc. Cet ordre est peu répandu; ses khouan, les Aïssaoua, sont connus par les pratiques étranges auxquelles ils se livrent. Ils mangent impunément du poison, guérissent les piqûres des bêtes venimeuses, broient du verre dans leur bouche, marchent sur des tisons enflammés , manient le fer chauffé au rouge, etc.
Ordre de Sîdî Alnned ben Youcef. —
L’ordre a été fondé il y a 200 ans. La koubba de son protecteur est à Miliana. Ses partisans sont nombreux dans le Tell, comme dans le Sahara, où ils ne nous ont jamais fait d’opposition.
Il existe une zaouïa importante au Gourara; l’oasisde Tiout en a également une dont l’inflaence s’étend sur les ksour du Sud Oranais. Le chef, qui nous servait fidèlement, en a été assassiné en 1881, au moment de rinsurrection. On peut tirer un utile parti de l’appui de cet ordre contre les Oulad Sidi Cheikh, qui en sont les ennemis.
La tribu des Amour, ainsi que celles des Hamian Djembaâ, et Chefaâ, reconnaissent son autorité religieuse.
Ordre de Sidi 31o]ia.iiiiined Iben lSoiizîa,ii,
surnommé Kendousi, le converti (au pluriel Kenadsa). Sa zaouïa principale est au Maroc, à l’est de Figuig, au ksar de Kenadsa.
Le général Wimpfen Ta visitée en 1870 et a noué des relations amicales avec son chef, qui a, du reste, intérêt à ce que nous facilitions la perception de ses ziaras chez ses nombreux adhérents d’Algérie.
Les opinions sont très partagées sur les dispositions de cet ordre; mais, peu sympathique aux Oulad Sidi Cheikh, il doit, si on sait le manier, nous être de quelque utilité.
Les Douï Menia, les Béni Guil, les Oulad Djerir, les Mahaïa, et les Angad, sont, en grande parlie, ses serviteurs.
Ordre des Oerltaoiia. — L’ordre a été fondé au Maroc, il y a une centaine d’années.
Le chef de l’ordre est le chérif de Madaghra, frère d’un prétendant au trône du Maroc. Sa résidence est à une journée de marche de Tafilalet. Pendant les troubles
de 1881, les tribus du Sahara marocain Tavaient reconnu pour chef et avaient secoué Tautorité de Tempereur du Maroc. C’est ainsi qu’elles prêtèrent momentanément assistance contre nous aux. Oulad Sidi Cheikh et à Bon Amama.
Les Derkaoua sont une sorte d’ordre mendiant; ils comptent de nombreux adeptes dans le Sud Oranais; ils ont pour doctrine de refuser l’obéissance à toute puissance temporelle. Dieu étant le seul maître; aussi, du temps des Turcs, le nom de derkaoua était-il synonyme de révolté. Ils ont été les instigateurs les plus dangereux du fanatisme musulman contre notre occupation.
En 184o, une bande de Derkaoua pénétrant, en mendiants, dans le fort de Sidi bel Abbés, tenta de l’enlever par surprise. On peut, en quelque sorte, les considérer comme les précurseurs ou les initiateurs du senousisme, bien que nombre de leurs khouan paraissent réellement inoffensifs.
Opdi*e de Sidi Clieikii. — Suivant la tradition, Sidi Cheikh était un saint personnage qui est mort au commencement du XVII* siècle.
Il avait acquis une grande réputation de sainteté. Son corps reposait k la zaouia d’el Abiod, qui était devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté et l’un des centres religieux les plus influents du sud de l’Algérie et de l’Algérie tout entière. Pendant l’insurrection de 1881, les restes du marabout furent enlevés par la colonne du colonel Négrier et transportés h Géryville. La koubba fut rasée.
La zaouïa était administrée par une tribu de nègres, descendants d’esclaves affranchis par Sidi Cheikh, dont
le dévouement à la famille est sans bornes, mais dont le fanatisme dépasse celui de leurs maîtres.
Ce sont eux qui parcourent les tribus pour recueillir les ziaras. On peut donc les considérer comme de dangereux agents de propagande
Les tribus payent les ziaras avec plus ou moins de plaisir; elles désirent toutes, plus ou moins, ne pas se trouver à portée des marabouts et de leurs exactions ; mais le respect religieux qu’ils inspirent est tel qu’elles se soumettent k tout ce qu’ils exigent d’elles plutôt que de réclamer la protection de l’autorité française contre leurs abus. Les Trafi, comme les Chambaâ , l’ont maintes fois déclaré eux-mêmes.
1 Les principales tribus soumises à rinüucnce religieuse des Oulad Sidi Cbeikh sont ;
Les Laghouat du Ksol
Les Amour
Les Rezaigat
Les Oulad Moumen
Les Oulad Ziad
Les Akerman
Les Trafi
Les Harar , . ,
Les Angad
Les Hamian
Les Djafra
Les Rezaina
Les Zenagra
Les Reni Guil
Les Mehaïa
Les Douï Mcnia
Les Oulad Djerir
Les Mhaza Gharaba
Les Klienafsa Cberaga
La grande tribu des Cliambaâ
Cercle d’Aflou.
— id.
— id.
— id.
— de Géryvillc.
— id.
— id.
— de Frenda.
. — de Sebdou.
— d’el Aricba.
— de Saïda.
— id.
— de Rogbar.
Au Maroc.
Id.
Jd.
Id.
Au Gourara.
Id.
du Sud algérien.
Bien que marabouts, les chefs des Oulad Sidi Cheikh reconnaissent la suprématie religieuse d’autres marabouts d’une réputation de sainteté supérieure à la leur. C’est ainsi qu’ils sont serviteurs de Tordre de Sidi Abd er Rahman, dont une koubba se trouve à une journée à Touest de Bon Kaïs au Maroc.
Abd er Rahman avait été le patron de Sidi Cheikh, et ses descendants viennent, chaque année, recevoir à el Abiod une ziara traditionnelle d’un tapis , un chameau, et une négresse^.
Sidi Cheikh eut une nombreuse postérité. Son fils aîné : Hadj Bahout, enterré au ksar occidental d’el Abiod, est le premier chef de la branche des Cheraga.
Hadj Abd el Hakem, le frère du précédent, enterré au ksar oriental, est le père de Bahout el Hadj, le premier chef des Gharaba.
Une lutte s’étant engagée entre les descendants d’el Hadj Bahout et de Bahout el Hadj pour le partage des richesses accumulées à cette zaouïa, les habitants du ksar de Test entamèrent les premières hostilités contre ceux du ksar de Touest. Toute la tribu prit les armes et se divisa, dès ce moment, en Cheraga et Gharaba. Ceux-ci, moins nombreux, furent battus et se retirèrent du côté de Figuig. Depuis cette époque, les Cheraga ont toujours eu une supériorité marquée; mais les Gharaba ont également une zaouïa h el Abiod.
Quelques renseignements sur les personnalités marquantes de ces familles peuvent être intéressants.
Les Cheraga ont eu pour chef Sidi Hamza, notre khalifa; on lui avait constiUié un grand commandement qui s’étendait de Géryville à Ouargla ; il est mort du choléra à Alger en 'ISôi ; il a eu sept fils.
A Gourgeot, Zoc, cil.
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|2. Sliman, cbcf do la révolte de 4SG4, tué à Aïouu Lou Beker (afifaire Bcauprêlrc).
khalifa, mort du Mobamnicd, mort de ses blessures en ^1863. choléra a Alger,/
en 'ISG'l , a eu Y't. Abmed, mort du choléra en '18G7. pour fils.
[o. Kaddour ben Hamza, fils d’une négresse, cbe militaire des Cberaga.