DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE
A l'est, l’Algérie confine la Tunisie; l’ouest, au Maroc.
Bien que la Tunisie soit placée sous le protectorat français et que nous en occupions militairement le territoire, la limite politique entre la Régence et l’Algérie n’en conserve pas moins une certaine importance, puisqu’elle sépare des populations soumises à un régime administratif très différent; c’est en outre une ligne douanière sur laquelle nous sommes obligés d’exercer une surveillance attentive.
Cette frontière part d’un point de la côte h Test du cap Rosa; elle est tracée directement au sud, coupant la Medjerda en amont de Ghardimaou, Toued Mellègue en aval du bordj d’el Meridj, passant à quelques kilomètres h Test de Tebessa, et se continuant d’une manière assez indécise en laissant à la Tunisie Nefta ; à l’Algérie, Négrine et les oasis du S ouf.
L’Algérie* est séparée du Maroc par une ligne sinueuse qui, partant de Tembouchui’e de Toued Adjeroud, se
i- Pas plus pour l’Algérie que pour les autres régions précédemment étudiées jusqu’ici, notre but n’est de donner nue nomenclature géographique méthodique et complète. Notre intention est seulement de dessiner une esquisse d’ensemble et de faire ressortir ensuite les caractéristiques principales du pays.
dirige au sud et coupe le chott Gharbi. Cette frontière a été déterminée jusqu’au 32» de latitude par le traité du 18 mars 1845. L’article 4 du traité porte qu’ « au delà il est inutile d' établir une limite puisque la terre ne se laboure pas ». On a énuméré seulement les tribus nomades qui relèveraient de chaque gouvernement; il en résulte que pour châtier les tribus insurgées, les colonnes françaises doivent s’engager très loin vers l’ouest en entrant en contact avec les tribus marocaines, ce qui ne laisse pas d’offrir de graves inconvénients, comme on le verra plus loin.
A l’époque où le traité a été signé, on connaissait imparfaitement les conditions politiques et géographiques de cette région, et l’on a laissé au Maroc la ville d’Oudjda dont le caïd (Amel) exerce une certaine autorité sur les tribus nomades qui passent tantôt sur un territoire, tantôt sur l’autre.
L’Algérie, dans le sens de la profondeur, peut se diviser, avons-nous dit, en trois zones parallèles h la côte et présentant des caractères très distincts. Ce sont les régions du Tell, des Hauts-Plateaux, et du Sahara.
Au premier abord, il pourrait sembler logique, dans une description de l’Algérie, de considérer successivement les trois zones naturelles ; mais cette division aurait pour inconvénient de disjoindre les régions entre lesquelles s’établissent les relations ordinaires des populations algériennes.
En effet, le mouvement périodique des nomades du Sahara est une sorte de balancement annuel du sud au nord et du nord au sud, et, lorsque nos troupes ont ù châtier leurs insurrections, c’est également dans une direction générale du nord au sud qu’elles doivent
opérer; au contraire, les relations commerciales et les mouvements militaires de l’ouest à l’est sont relativement fort rares.
Dès que l’on s’est occupé d’organiser la conquête, on a partagé l’Algérie en trois provinces dans le sens perpendiculaire à la côte, et l’on n’a fait que consacrer ainsi une division naturelle existant à toutes les époques. Les tribus ont fort peu de raj3porls de province à province. Elles se traitent en étrangers, sinon en ennemis. Pour les Larbaâ de la province d’Alger, par exemple, les Trafi de la province d’Oran sont les gens de l’ouest, les ennemis ordinaires, et l’on peut assez facilement opposer les uns aux autres. Ces provinces sont devenues aujourd’hui des départements administratifs et sont restées des commandements militaires de division. Chaque province a ses régiments spéciaux ; l’esprit de particularisme ancien s’est conservé dans une certaine mesure, de sorte que les limites conventionnelles tracées sur les cartes ont acquis autant de valeur qu’une barrière réelle marquée par quelque accident géographique. Il est donc normal de conserver cette division, au moins jusqu’à la grande chaîne saharienne, et nous étudierons sommairement chacune de ces régions en leur conservant l’ancienne dénomination de province.
Le cours supérieur du Chelif, orienté du nord au sud, en s’écartant peu de la direction du méridien de Paris, sépare l’Algérie en deux parties à peu près égales et très différentes de configuration ;
A l’ouest, les vallées fertiles et les massifs montagneux du Tell oranais, les bassins des chotts Gharbi et Ghergui, le massif du Djebel-Amour, les oasis des Ksour et le territoire de la grande tribu des Oulad Sidi Cheikh,
l’oued Guii* et les autres vall(^es qui ouvrent les routes du Gourara et du Touat.
A l’est, la grande et la petite Kabylie et le Tell de Constantine, les plateaux des Zahrès, du Hodna, et des Sbakh, le massif si caractérisé de l’Aurès, le bassin du grand chott Melghir, et les vallées si intéressantes de Toued Righ, de Toued Mia, et de Toued Igharghar.
On constate, en outre, de Touest à Test, de grandes différences dans la nature des populations.
Tandis qu’au Maroc les tribus sont toujours armées pour la lutte, qu’elles offrent une résistance jusqu’à présent impénétrable à l’influence européenne, les populations de l’est sont beaucoup moins farouches. L’esprit guerrier va s’affaiblissant de l’ouest à l’est; quelques marches militaires ont suffi pour soumettre la Tunisie, tandis qu’on n’a eu raison de l’Algérie qu’après de longues années de combats.