‹ AlgérieChapitre 10 sur 140 · ORAN · texte numérisé non relu

ORAN

On peut aller d’Alger à Oran par terre, en traversant la plaine de la Métidja, quelques petites chaînes de montagnes et ensuite de vastes plaines qui s’étendent jusqu’à l’empire de Maroc ; le trajet est de 80 à 90 lieues. On rencontre sur la route beaucoup de tribus nomades, qui cultivent le riz et les céréales ; peu de maisons , habitées par les chefs de tribus ; point de villages ni de villes, mais les ruines de plusieurs cités romaines, dont l’étendue annonce qu’elles étaient très-considérables. On traverse plusieurs fleuves, et entre autres, le superbe Chélif, dont les eaux vivifient les vallées et les plaines qu’il arrose.

Les Français ne peuvent point aller d’Alger à Oran par terre , et la communication entre les garnisons de ces deux villes se fait par la mer. Jusqu’à Mostoganem, ville située près de l’embouchure du Chélif, la côte est bordée par des collines, et ensuite par des montagnes assez élevées, sur lesquelles

L’UNIVERS

on remarque des villages et quelques petites villes. Au pied de la haute montagne de Chénouah, à 20 lieues d’Alger, est la petite ville de Cherchel, très-mien construite , entourée de vergers et d’une campagne fertile. De Mostoganem au cap Ferrât , le terrain est plat ; ensuite recommencent les montagnes , qui s’étendent fort loin à l’ouest d’Oran.

Cette ville , située dans le fond d’une baie, à 35° 44' de latitude nord, et 3° 2' de longitude ouest , occupe deux petits plateaux allongés, séparés par un ravin très-profond, ou coule une rivière qui fait tourner plusieurs moulins, donne de l’eau à la ville et arrose ses jardins. Oran a été long-temps occupée par les Espagnols , qui l’ont entourée d’une enceinte , et y ont bâti des forts magnifiques , encore en très-bon état.

La partie occidentale renferme un grand nombre de ruines de maisons et d’édifices espagnols , couvents, églises, palais, etc , qui furent détruits en 1790 par un violent tremblement de terre. Au milieu de ces ruines, les Maures et les Arabes avaient élevé quelques maisons; mais la ville mauresque est située sur la rive droite de la rivière. La portion qui regarde la mer est occupée par la Nouvelle-Kasba, fort magnifique, de construction espanole, et dans lequel le bey avait étali sa résidence. Les maisons d’Oran sont à peu près les mêmes que celles de Bélida ; la cour intérieure est ordinairement couverte d’une belle treille, qui donne de l’ombrage et des raisins délicieux. ÇVoy. planche 8.)

Oran était habitée par des Maures , des Arabes , des Turcs , des Juifs et quelques Nègres. D’après l’étendue de la ville, on peut évaluer la population, avant l’entrée des Français, a cinq ou six mille âmes; mais à notre arrivée, tous les habitants prirent la fuite, à l’exception des Juifs et de quelques familles maures. Il existait deux grands villages au sud et à l’est d’Oran , construits en maçonnerie et habités par des Arabes ; mais on a été obligé de les détruire pour la défense de la ville , que les habitants de ces mêmes villa¬

ges, aidés par ceux de la campagne, attaquaient continuellement.

La plaine qui se trouve au sud d’Oran , légèrement accidentée , est inhabitée , couverte de broussailles et peu propre à la culture. Les tribus qui venaient s’y établir dans le printemps, sont maintenant retirées au pied de l’Atlas, à huit lieues de la ville.

Il n’y a point de porté Oran; la baie au fond de laquelle cette ville est située est trop peu profonde pour que même les bâtiments de commerce puissent y mouiller ; de plus , elle est ouverte à presque tous les vents.

Mers-el-Kébir. Mais il existe une superbe rade à une demi -lieue au N.

d’O. de cette ville, assez profonde pour recevoir des bâtiments de guerre et où une flotte de cent vaisseaux peut braver les plus fortes temêtes. Cette rade , appelée Mers-el-Kéir (le grand port), est défendue par plusieurs forts construits en pierres de taille , dont le plus considérable , situé sur un cap à l’extrémité nord, renferme des logements et des magasins pour une garnison de 1600 hommes.

Après le fort de Mers-el-Kébir jusqu’à une grande distance à l’O., la côte est bordée de falaises très-escarpées, audessus desquelles le terrain est inculte.

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