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L.UCAN

(3) Ecce voratores serpentum , plebe vocati , Corpore nudato , sua dant spectacula Psylli :

8e Livraison. (Tunis.)

Ces mêmes historiens racontent que les Carthaginois regardaient la chair des chiens comme le meilleur des mets, et que les gastronomes raffinés aimaient passionnément à voir leurs tables chargées de cette nourriture recherchée; maintenant il se trouve encore dans les dépendances de la Régence de Tunis une peuplade qui semble avoir hérité des goûts canivores (4) des anciens maîtres de Carthage, et s’être transmis ce caprice d’une gastronomie bizarre, de génération en génération jusqu’à nos jours :

il est, en effet , certain que les habitants de l’île de Djerby, située à l’extrémité orientale de la Régence, dans le voisinage des côtes de Tripoli , sont également de nos jours canivores , et manifestent généralement pour la viande de l’espèce canine un goût non moins passionné que celui des anciens gourmets puniques.

On voit à Tunis beaucoup de femmes publiques, qui parcourent les places et les rues les moins fréquentées de la ville : elles sont voilées comme toutes les autres femmes; mais on les reconnaît facilement à leur démarche dévergondée, et à la hardiesse impudente avec laquelle elles découvrent, soit leur visage , soit quelque autre nudité, devant les hommes dont elles tentent l’attaque.

Les Maures et les Turks, c’est-à-dire tous les Musulmans en général, peuvent les fréquenter impunément ; mais malheur à l’Européen ou au Juif qui serait trouvé avec une femme maure quelconque, quand même elle ferait profession publique de la prostitution: il existe une loi d’après laquelle un Chrétien qui serait trouvé avec elle devra avoir la tête tranchée, le Juif sera brûlé vif, et la femme elle-même noyée impitoyablement dans le lac.

Impavide hic artus cingit furialibus hydris, Undique mille gyros slringentibus, anguineisque Tôt circum arrectis collis, quoi Echidna, palude Lernceo, herculece fuit ausa opponere clavœ : Ille veneniferos lacerat sub dentibus angues, Atque cruentato vivos ingurgitai ori.

Omnibus ipse feris , cunctisque ferocior hydris : Pascitur his etenim, veluti foret esca venenum, Çuod fugiant etiam tigrides Libyæ atque leones.

Auson.

(4) Qu’on me permette d’inventer cette expression, qui me dispense d’employer la périphrase , mangeurs de chiens.

L’UNIVERS

Il n’y a pas un demi-siècle qu’un capitaine ragusais fut engagé à aller voir une courtisane maure : des espions .

qui l’avaient suivi , ou même qui l’avaient peut-être provoqué, les saisirent ensemble en flagrant délit, et les conduisirent l’un et l’autre par devant le Bey ; ce Prince, ayant constaté le fait, ordonna leur exécution selon toute la rigueur des lois.

Il est vrai que depuis cet arrêt rigoureux plusieurs autres Européens, ayant été surpris en conversation criminelle par des Maures, ont heureusement trouyé la possibilité d’assoupir leur affaire par le moyen de l’argent; mais cependant je crois devoir convenir que le conseil le plus raisonnable et le plus sûr qu’on puisse donner à ceux qui sont obligés d’habiter parmi les Musulmans , et surtout en Barbarie, est d’y amener une femme européenne avec eux, ou de se vouer courageusement pendant leur séjour au plus sage célibat.

La facilité que les Maures ont de rompre leurs mariages , pour les causes les plus légères, a sans doute contribué à introduire parmi eux l’usage de lier les parties dès le plus bas âge sans leur consentement. Si les liens conjugaux avaient chez eux la même indissolubilité que chez nous, ils apporteraient peutêtre à cet engagement une attention plus sérieuse; mais comme la liberté des maris n’est aucunement restreinte, et comme le mariage des Musulmans n’est, pour ainsi dire , qu’une espèce de concubinage , ils ne cherchent point les considérations morales qui pourraient influer sur leur choix : une femme quelle qu’elle soit est toujours une femme pour eux ; si elle déplaît on la renvoie ou on lui associe des compagnes plus agréables.

Lorsque les pères et les mères ont réciproquement disposé de leurs enfants, les deux familles s’assemblent, et les conventions matrimoniales sont arrêtées , en présence des Mollahs, et les deux fiancés continuent de vivre séparés jusqu’à l’époque où leur âge permet la consommation du mariage. Alors les deux familles se rassemblent de nouveau ; le marié, après avoir fait une courte prière, et présenté aux gens de la noce le sorbet avec des parfums , va trouver l’épousée,

qui l’attend dans son appartement ; c’est là qu’elle se dévoile et se montre à lui pour la première fois : le mari seul la déshabille et détache les bijoux dont elle était parée : pendant tous ces préliminaires la nouvelle épouse garde le plus Strict silence, et ne le rompt que quand son mari lui a offert quelque présent comme preuve de la satisfaction qu’il éprouve de leur union.

Les filles n’ont ordinairement en mariage que quelques bijoux et quelques habillements, qui ne figurent pas au contrat. A l’égard des autres stipulations, si le mari renvoie sa femme sans pouvoir alléguer contre elle quelque faute grave, il perd tout ce qui est énoncé dans le contrat ; mais si la femme quitte son mari, quel qu’en soit le motif, elle n’a plus rien à prétendre de tout ce qu’il lui avait donné.

Si au moment de la séparation il existe des enfants, les garçons restent avec leur mère jusqu’à l’âge de sept ans; à cet âge le mari a droit de les reprendre.

A la mort des hommes et des femmes de toute condition , les Nègres et les Négresses de la maison , ainsi que les parentes et les amies, se meurtrissent et se déchirent avec leurs ongles le visage et la poitrine, en poussant de grands cris; la veuve s’habille de noir, et se ceint d’une double corde le corps et la tête ; puis tout échevelée elle entre dans la chambre où le corps est déposé : alors ses amies et ses parentes qui y sont réunies redoublent leurs hurlements, accompagnés de battement de tambours.

Ce tintamarre n’est interrompu par intervalle que pour entendre l’éloge répété des bonnes qualités du mort, oraison funèbre dont chaque reprise a pour accompagnement obligé de nouveaux cris et de nouveaux déchirements : cet office funéraire dure trois jours entiers, pendant lesquels les amis, les parents et les Mollahs ne cessent de faire des prières autour du cercueil’ découvert ; puis on bouche soigneusement avec du coton toutes les ouvertures du corps, et on le lave avec du camphre et d’autres aromates. Le linceul des riches et des pauvres doit être également de toile neuve, et la famille la plus indigente croirait manquer à la mémoire du mort si elle ne se conformait à cette formalité.

TUNIS. ns

Je n'entrerai dans aucun autre détail sur le culte et la religion des Maures de la Régence; ces détails sont généralement connus , puisqu’ils sont les mêmes que ceux des autres nations musulmanes , et surabondamment déjà décrits par tous les voyageurs; je me borne donc, avant définir ce chapitre, à présenter ici une observation qui m’est particulière, et qui par son caractère hygiénique m’a semblé digne d’attention.

De tous les usages établis parmi les Maures de la Régence, et qui leur sont communs avec les Musulmans des autres contrées, celui que je blâmerai le plus, comme médecin, est celui qu’ils suivent relativement à la circoncision de leurs enfants mâles.

Cette pratique religieuse des Juifs, instituée parmi eux , depuis tant de siècles, par les lois mosaïques, a été, comme l’on sait, adoptée également par les sectateurs de l’islamisme; mais, tandis que les Juifs ont conservé la méthode salutaire de circoncire leurs enfants mâles dès le huitième jour de leur naissance, les Maures ne jugent à propos de pratiquer cette opération douloureuse, et qui souvent n’est pas sans danger, qu’après la septième année. Ils ont grand soin de cacher à l’enfant les détails de cette opération, et au moment où on la pratique on tâche de distraire l’attention du petit patient, par un grand fracas d’exclamations pieuses, de prières bruyantes, de tintamare musical dontonl’entoure et dont on l’étourdit : plusieurs jours avant la cérémonie il y a grandes fêtes dans la famille, si elle jouit de quelque aisance; mais dès que l’opération est terminée la tristesse règne dans la maison, à cause delà souffrance qu’éprouve l’enfant, et on s’efforce de le consoler en lui répétant qu’il est bien heureux qu’on lui ait enlevé un morceau de chair qui le déshonorait, et l’empêchait d’être reconnu pour vrai Musulman. Le zèle religieux est tellement fort chez les sectateurs de l’islamisme, que l’enfantendure ses souffrances, non-seulement avec patience, mais presque avec gaieté, pour la plus grande gloire de sa religion et de son Prophète.

Je ne puis certes disconvenir que la guerre estun fléau pour l’humanité, j’approuve le philosophe philanthrope qui la ïegarde comme un acte impie entre des

peuples que devrait unir une fraternité universelle; mais après avoir vu les moeurs et la dégradation des peuples barbaresques, n’est-on pas amené à penser qu’une guerre importée dans ces contrées par les Européens serait un insigne bienfait pour elles, puisqu’une armée civilisée pourrait frayer à ces populations , par son exemple et les lumières qu’elle répandrait, le chemin de la renaissance à la raison et à l’amélioration morale, dissiperait progressivement les préjugés et les vices les plus choquants, qui s’y sont enracinés depuis tant de siècles , et les rapprocherait ainsi peu à peu de la classe des nations civilisées.

Nous en avons vu un exemple frappant dans la révolution qu’a opérée en Egypte la mémorable expédition des Français ; cette conquête et cette occupation, de quatre ans seulement, ont produit sur l’esprit des peuples qui habitent cette contrée de l’Orient un effet trèsremarquable : elles leur ont fait naître le désir de secouer le joug des préjugés; et si jamais les Français viennent arborer leurs drapeaux sur la côte barbaresque, ils y trouveront peut-être un nombre de partisans plus considérable qu’ils n’en ont rencontré en Égypte (1).

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