‹ AlgérieChapitre 17 sur 140 · L’UNIVERS.— ALGER · texte numérisé non relu

L’UNIVERS.— ALGER

Turcs réunis, qui se retirèrent, en tiraillant , de position en position jusqu’au col de Ténia , vers lequel se dirigeait la route. Ce col était défendu par plus de 2,000 hommes ; il présentait un passage étroit dans un escarpement très-rapide (voy. pl. 6): l’ennemi avait placé deux petites pièces de canon de chaque côté de ce passage , et ses troupes , répandues à droite et à gauche, paraissaient vouloir se défendre, courageusement.

Le général en chef clonna l’ordre à deux régiments de gravir les montagnes qui dominaient notre gauche, et de suivre la crête pour tourner la position de l’ennemi, pendant que le reste de l’armée continuerait a s’avancer par le chemin étroit dans lequel elle marchait. Le général Achard, qui se trouvait à l’avant-garde avec un bataillon du 37e, étant arrivé au pied du col, ne put se voir si près de l’ennemi sans l’attaquer; il fît poser les sacs à ses soldats , et marcha à la baïonnette pour enlever la position, sans attendre que les troupes qui la tournaient eussent exécuté leur mouvement. Cette attaque eut un succès complet; mais on laissa échapper l’ennemi, qui se retira sur Médéya.

Le lendemain matin on marcha contre cette ville, dont on espérait se rendre maître dans la journée. Les défilés qui restaient à traverser pour arriver au pied de l’Atlas étaient mal gardés ; mais lorsqu’en les quittant nous débouchâmes sur un plateau, l’ennemi voulut nous disputer le passage ; quelles coups de canon suffirent pour isperser ces hordes barbares , qui s’enfuirent en jetant de grand cris.

L’armée arriva à Médéya au soleil couchant. Les habitants, ayant forcé le dey vaincu à se retirer avec le peu de troupes qui lui restait, vinrent en foule au devant des Français, en demandant qu’on respectât leurs personnes et leurs propriétés.

Le lendemain le bev de Titéry, n’ayant plus assez de forces pour se détendre contre les Berbères , et craignant de tomber entre leurs mains , vint se rendre avec toute sa famille et environ 200 janissaires qui lui restaient. Les soldats se reposèrent quatre jours à Médéya ; et le 26, après avoir laissé une garnison dans cette ville , l’armée reprit la route d’Alger.

On revint jusqu’à Bélida sans tirer un seul coup de fusil; mais en arrivant devant cette ville, où nous avions laissé deux bataillons à notre passage, nous la trouvâmes attaquée par Benzamum, chef berbère, qui était revenu sur nos derrières avec 6,000 hommes. Les Berbères se débandèrent aussitôt qu’ils virent l’armée française se former en bataille. La veille', ils avaient pénétré dans la ville, où l’on s’était battu dans les rues avec acharnement ; mais enfin les Français avaient eu le dessus. Le lendemain l’armée abandonna Bélida , qui avait été entièrement saccagée, et, traînant à sa suite les malheureux restes de sa population , revint à Alger le 29 novembre , treize jours après en être partie.

La France conservera-t-elle Alger et son fertile territoire? pourra-t-elle le coloniser? Cette question est encore indécise. Les Romains, à force de temps et de persévérance, ont su former de grandes et florissantes colonies sur la côte septentrionale de l’Afrique ; il est à désirer que les Français puissent en faire autant; l’intérêt de l’humanité et celui de la civilisation le demandent ; mais ils auront de grands obstacles à vaincre , dont les principaux sont les moeurs sauvages et barbares des habitants, leur fanatisme religieux que le caractère français n’a pas su respecter , enfin la retraite assurée que leur offrent les montagnes, d’où ils pourront toujours partir pour fondre sur les établissements européens et les ravager.

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