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PRISE D’ALGER PAR L’ARMÉE FRANÇAISE

Le gouvernement de Charles X, dont l’impopularité allait tous les jours en augmentant, intimidé par le résultat malheureux des expéditions précédentes , ne s’engagea qu’avec beaucoup de répugnance dans la guerre contre Alger.

Cependant, dès le commencement de 1830, de grands préparatifs furent faits dans les arsenaux de terre et de mer. Une flotte considérable eut ordre de se réunir dans le port de Toulon pour transporter l’armée en Afrique , avec ses chevaux et son matériel. Le général Bourmont, alors ministre de la guerre, fut nommé au commandement de l’armée, et l’amiral Duperré à celui de la flotte.

La marine et l’armée déployèrent tant d’activité , que dans moins de trois mois tous les préparatifs furent terminés : une armée de 37,000 hommes fut rassemblée autour de Toulon ; et une flotte de 60 navires de guerre ,

6 bateaux à vapeur et 200 bâtiments de transport, réunis dans le port de cette ville, se trouva prête à embarquer les troupes.

Les équipages de cette flotte se montaient à 27,000 hommes; et quand l’armée fut à bord , elle portait 64,000 hommes , 4,000 chevaux , l’artillerie de siège et l’artillerie de campagne,

et les vivres nécessaires à toute cette multitude pour trois mois.

L’embarquement commença le 11 mai, et fut terminé le 17; il se fit avec autant d’ordre que de célérité; et le 25, le vent du sud-est s’étant élevé vers midi, l’amiral fit le signal d’appareiller, à la grande satisfaction des soldats et des matelots , qui s’ennuyaient de leur longue inaction.

Le 30, à 11 heures du matin, les navires les plus avancés signalèrent la terre. Le vent était frais, et la flotte marchait fort bien, lorsque tout-à-coup l’amiral donna l’ordre de virer de bord et de faire route au nord. Les batiments du blocus étaient venus lui annoncer que la côte était inabordable, et que deux des leurs avaient malheureusement péri au cap Bingut. L’amiral ramena l’armée dans la baie de Palma ( île Mayorque ) , où il resta 8 jours dans l’inaction la plus complète. Enfin , le 10 juin , il se décida à reprendre le chemin d’Alger.

Le 12, à 5 heures du matin, on découvrit Alger; et le 13 juin, jour de la Fête-Dieu , à 9 heures du matin, toute la flotte, en ordre de bataille, défilait devant cette ville, hors de la portée du canon, pour aller mouiller dans la baie de Sydi-Éfroudj , ou devait s’effectuer le débarquement.

Les batteries qui défendaient cette baie avaient été désarmées, et leurs canons portés sur deux monticules situés à une certaine distance dans les terres , où l’ennemi était occupé à se retrancher.

La flotte mouilla sans qu’une amorce fût brûlée; mais peu après, l’amiral ayant donné ordre à un bateau à vapeur de tirer sur les batteries algériennes, celles-ci répondirent coup pour coup, et continuèrent à tirer jusqu’au soir, sans nous faire de mal.

Aussitôt que l’obscurité commença à paraître, on fit les préparatifs du débarquement. Des vivres, des munitions et des objets de campement furent distribués aux troupes. Les chaloupes et tous les bateaux plats que l’on avait apportés sur les vaisseaux furent mis à la mer, et à 3 heures

du matin la première division de l’armée, commandée par le général Berthezène, avec une batterie d artdlerie, sous l’escorte de 3 bateaux à vapeur, abordait la côte sans que l’ennemi s en aperçût. Les troupes débarquées prirent position sur les collines sablonneuses de la presqu’île de Sydi-Efroudj , de manière a couvrir le débarquement, qui s’opéra dans le plus grand ordre et avec toute la célérité possible.

Dès les premiers rayons de l’aurore , on découvrit les ennemis, réunis en assez grand nombre autour de leurs batteries. Une corvette et deux bricks avaient reçu ordre de s’embosser devant celle <le gauche , à l’est du cap , pour lui riposter. Aussitôt que le soleil parut , l’ennemi commença une canonnade , à laquelle notre artillerie de terre et celle des trois navires répondirent sans beaucoup de succès.

Les boulets des Algériens commençant à faire du dégât dans nos rangs, le général en chef fit attaquer leurs batteries par les brigades Achard et Poret de Morvan, qui les enlevèrent avec une grande intrépidité.

Le camp ennemi qui était devant nous s’augmentait chaque jour par de nouvelles bandes que nous voyions arriver à tout instant , et qui successivement venaient tirailler avec nos avant-postes. Les Maures et les Turcs réunis avaient élevé une forte batterie en avant de leur camp. Les Français, de leur côté, se retranchaient aussi.

Pendant la nuit du 18 au 19, les ennemis, Turcs, Maures, Arabes et Berbères, s’approchèrent très-près de l’armée française , formée en ordre de bataille en avant de la presqu’île , dans laquelle on avait déjà débarqué une grande partie de l’artillerie , des munitions, des bagages et des vivres.

Aussitôt que le jour parut , les ennemis se jeterent sur les postes avances en poussant des hurlements affreux , en culbutèrent plusieurs, et parvinrent jusqu’à la ligne de bataille, ou une action très - vive s’engagea : notre gauche plia un moment; mais setant reformée , elle revint à la charge et reprit ses premières positions. On

L’UNIVERS

se battit alors avec acharnement sur toute la ligne ; les trois bâtiments qui avaient conservé leur position à la gauche, et des bateaux a vapeur sur la droite , contribuaient puissamment, par un feu bien dirigé, a arrêter l’ennemi. Enfin le général Bourmont donna l’ordre de marcher en avant au pas de charge. L’ennemi fut culbuté, et nos soldats entrèrent pêle-mêle avec lui dans son camp, qu’il abandonna en toute hâte , laissant entre nos mains les vivres, les munitions qu’il avait accumulées, et un grand nombre de chameaux.

La perte de la bataille de Staouéli terrifia les Algériens. Une grande partie des Berbères et des Arabes se débanda, et l’armée algérienne se trouva réduite à 10 ou 12,000 hommes. Ceux-ci , revenus de leur terreur , prirent position sur le versant d’une grande vallée, que nous étions obligés de traverser pour arriver devant Alger et le château de l’Empereur.

L’incertitude du général Bourmont nous fit rester quatre jours devant cette position , exposés au feu de l’artillerie ennemie, qui nous tuait beaucoup de monde ; enfin , dans la nuit du cinquième , il se décida à ordonner une attaque générale. L’ennemi , surpris , n’eut pas le temps de songer à se défendre ; il abandonna toute son artillerie , et se retira en désordre sous le canon du fort de l’Empereur.

La tranchée fut ouverte devant ce fort , dont la chute devait évidemment entraîner celle de la ville. Les troupes de toutes armes travaillèrent pendant cinq 'ours à creuser les tranchées et à élever es batteries, avec un courage héroïque, sous le feu de 50 pièces de canon et de plusieurs mortiers qui leur faisaient beaucoup de mal. Pendant ce temps, les Français ne tirèrent pas un seul coup de canon ; mais le cinquième jour, nos batteries , qui formaient un demicercle devant le fort, furent démasquées . et à 10 heures du matin elles l’avaient tellement réduit en ruine , que l’ennemi, ne pouvant plus s’y maintenir , l’évacua en y laissant trois nègres qui, pour le faire sauter, mirent

le feu à la poudrière , dont l’explosion les anéantit.

Cette explosion ne fit aucun mal à l’armée française, qui se porta en avant peu de tempsaprès , et se fortifia sur les ruines du château , dont quelques-unes des pièces, restées debout, furent tournées contre Alger, qu’on se mit aussitôt en devoir d’attaquer. Mais des députés , envoyés par le dey et par la municipalité , étaient venus offrir de rendre la place à certaines conditions.

Le général, qui craignait que le dey ne se fît sauter avec tous ses trésors , consentit à donner une capitulation; et le lendemain, à midi, l’armée française prit tranquillement possession des forts et de la ville d’Alger, de ce repaire de pirates qui avait causé tant de maux à l’Europe depuis trois cents ans.

La prise d’Alger mit en notre pouvoir 1500 pièces de canon, et des munitions pour toute cette formidable artillerie, capables de la faire jouer pendant trois ans , un trésor de 50 millions , une grande quantité de marchandises de toute espèce , et une escadre dont les plus forts bâtiments étaient quatre frégates , depuis trois ans condamnées à l’inaction par le blocus de notre marine.

La victoire de l’armée française, en détruisant la piraterie de fond'en comble , ferma une des plaies les plus honteuses qui aient jamais affligé l’humanité, et vengea l’Europe de tous les maux qu’Alger lui faisait éprouver depuis si long-temps (*).

Dès que l’armée française se fut emparée d’Alger, elle se concentra autour de cette ville; le camp de Sydi Éfroudj fut levé , et tout ce qu’on y avait débarqué, vivres et munitions, fut transporté par mer dans les arsenaux et les magasins d’Alger. Les troupes qui occupaient les environs de cette

(*) Parmi les personnages les plus remarquables qui furent les esclaves des Algériens, nous citerons seulement notre célèbre comique Régnard , qui nous a laissé l'histoire de si captivité, et dans les temps modernes le secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, notre illustre astronome Arago.

ALGER

▼ille, élevèrent des redoutes sur les positions les plus importantes , et ces redoutes furent armées avec des canons pris à l’ennemi ; le fort de l’Empereur fut réparé , on y mit une garnison, et on arma de nouveau le front qui donne sur la campagne.

On avait d’autant mieux fait de rendre toutes ces dispositions que le ey de Titçry, qui avait été nommé Aga après la perte de la bataille de Staouéli , en remplacement de celui qui commandait à cette bataille, et que le dey avait destitué pour l’avoir perdue, restait encore à la tête d’un assez grand nombre de troupes , avec lesquelles il inquiétait continuellement nos avant-postes , et menaçait de venir reprendre Alger.

Nous étions maîtres de cette ville depuis plus d’un mois, quelques-uns des généraux étaient déjà retournés en France , on s’occupait d’embarquer le trésor et beaucoup de marchandises et d’objets précieux trouvés dans la Kasba , lorsque tout-à-coup le bruit des événements de juillet se répandit dans l’armée. On douta un instant de faits si extraordinaires , qui n’étaient annoncés que par des lettres particulières; mais des nouvelles officielles étant arrivées , l’armée prit les couleurs et le drapeau national , sans témoigner de répugnance ni d’empressement ; le plus grand ordre continua à régner, et aucune sédition n’éclata parmi les troupes. Peu de temps après avoir arboré le drapeau tricolore , l’armée apprit le départ de son général en chef, qui devait être remplacé par le général Clauzel, dont on vantait beaucoup les talents militaires.

Le général arriva en Afrique le 2 septembre , et prit immédiatement le commandement f des troupes. M. de Bourmont adressa ses adieux à l’armée et s’embarqua pour l’Espagne le lendemain sur un brick autrichien.

Les premiers soins du général Clauzel furent de travailler à rétablir la discipline, qui s’était un peu relâchée, et à faire cesser les dégâts que les soldats commettaient dans la campagne, où ils coupaient les arbres , brûlaient

les haies et démolissaient les maisons.

Le bey de Titéry continuait toujours ses courses, et ses éclaireurs rôdaient continuellement autour de nos camps pour massacrer les hommes qui s’écartaient. Des reconnaissances assez fortes avaient déjà été poussées dans différentes directions pour essayer de le surprendre ; mais on n’avait jamais pu y parvenir. Il s’écartait rarement des montagnes , et y rentrait aussitôt qu’il se savait menacé.

Le général Clauzel comprit qu’il ne serait jamais tranquille tant que ce prince aurait les armes à la main; il pensa dès lors à aller l’attaquer jusque dans l’intérieur de ses montagnes.

Le 17 novembre 1830, un corps d’armée de 8,000 hommes , avec deux batteries d’artillerie, commandé par le général Clauzel, partit d’Alger pour se porter sur Médéya. On traversa toute la plaine de la Mitidja, et on arriva jusque devant Bélida sans rencontrer d’obstacle. Là, quelques centaines d’Arabes et de Berberes , qui avaient pris position de l’autre côté d’un ravin profond, voulurent couvrir la ville et s’opposer à la marche de l’armée; mais a peine furent-ils attaqués par nos voltigeurs , qu’ils prirent la fuite, et se retirèrent dans les vergers , où ils se défendirent en tiraillant jusqu’à la nuit. Bélida fut emporté sans coup férir ; les habitants se sauvèrent dans la montagne , et nos soldats pillèrent la ville pendant la nuit.

Le lendemain matin on envoya quelques compagnies sur les premiers contre-forts de l’Atlas , pour en chasser l’ennemi, qui nous inquiétait et empêchait nos soldats d’aller puiser de l’eau à une fontaine qui se trouve au

Eied de ces montagnes. Le 20 , à six eures du matin, le corps d’arniée continua sa route, après avoir laissé deux bataillons à la garde de Bélida.

Le 21 , dès la pointe du jour, toute l’armée se mit en marche pour franchir la première chaîne de F Atlas , par un chemin étroit, très-difficile. A moitié chemin d’un col fort escarpé, elle fut attaquée par un assez grand nombre d’Arabes, de Berbères et de

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