DIVISION
Division naturelle en deux régions. — Division politique en trois provinces. —
Subdivisions des trois provinces.
L’Algérie présente dans sa distribution intérieure une loi entièrement conforme à celle qui fixe la délimitation de son territoire : elle a des divisions naturelles du sud au nord et des divisions politiques de l’est à l’ouest.
Entre le rivage de la Méditerranée et la ligne d’oasis qui la limitent, l’une au nord et l’autre au sud, règne une ligne intermédiaire, tracée de l’est à l’ouest, et qui, comme elles, traverse l’Algérie d’une frontière à l’autre.
Cette ligne la partage en deux zones connues sous les deux noms de Tell et de Sahara.
Le Tell est la zone qui borde la Méditerranée ;
Le Sahara est celle qui borde le désert; mais les deux zones se distinguent et se définissent surtout par la différence de leurs produits : le Tell est la région des céréales ; le Sahara est la région des palmiers.
La ligne qui délimite le Sahara et le Tell n’a rien d’apparent, rien qui la signale aux regards du voyageur, lorqu’il ignore la série des points que la tradition locale reconnaît pour lui appartenir.
Quelques-uns de ces points portent le nom de Foum-es-Sahara (la bouche du Sahara). Telle est la gorge étroite et profonde à l’issue de laquelle est situé le village d’El-Gantra , sur la route de Constantine à Biskra.
En général la ligne de séparation du Tell et du Sahara suit le pied des versants méridionaux d’une double chaîne , dirigée au sud-est dans la partie orientale et à l’est-nord-est dans la partie occidentale de nos possessions.
La distance du Sahara à la mer est
variable; c’est sous le méridien de Bône qu’elle est la plus grande. A la hauteur de cette ville le Sahara ne commence qu’à deux cent quatre-vingt-dix kilomètres du littoral. Constantine, quoique située dans l’intérieur des terrés , se trouve encore éloignée de cent quatrevingts kilomètres de la limite du Tell. Alger n’en est qu’à cent dix kilomètres, et Oran à quatre-vingt-dix. Ainsi le Sahara est trois fois plus rapproché de la côte sous le méridien d’Oran que sous celui de Bône.
La délimitation reconnue et consacrée par la population indigène assigne au Tell cent trente-sept mille neuf cents kilomètres carrés et au Sahara deux cent cinquante-trois mille kilomètres carrés de superficie.
La définition seule des deux zones suffit pour faire pressentir l’influence capitale que cette division naturelle doit exercer sur l’existence et la destinée de l’Algérie. Les populations sahariennes n’ayant pas de blé, ou n’en obtenant que des quantités insignifiantes , se trouvent dans la nécessité d’en acheter aux tribus du Tell. Cette obligation les amène chaque année dans la zone du littoral, et les rend inévitablement tributaires du pouvoir qui l’occupe.
Division politique.
L’ensemble des deux zônes naturelles qui composent l’Algérie est coupé transversalement par des lignes qui en déterminent la division politique.
Elles partagent l’étendue de nos possessions entrois provinces que l’usage a fait désigner par les noms de leurs chefslieux. Chaque province comprend à la fois une portion du Tell et une portion du Sahara.
Bien que la division en provinces ait surtout un caractère politique, elle se rattache cependant à la division naturelle par un lien de dépendance que nous devons faire connaître.
Chaque année au printemps les tribus de Sahara viennent s’établir, avec tout le mobilier de la vie nomade, vers les limites méridionales du Tell.
Elles y demeurent pendant tout l’été, vendant leur récolte de dattes et achetant leur provision de blé.
Les lieux de séjour sont presque inva¬
riables; chaque année la même époque retrouve les mêmes tribus campées aux mêmes lieux.
Les transactions nombreuses qui s’accomplissent durant cette période de l’année, et qui intéressent toute la population de l’Algérie, se concentrent sur certains points, qui réunissent alors dans un mouvement de fusion commerciale les deux zones extrêmes de nos possessions.
Dans ce mouvement d’échange , chacun des marchés consacrés à ces transactions appelle à lui un certain nombre de tribus du Tell et du Sahara.
Il se forme ainsi divers faisceaux d’intérêts, dont les fils partant les uns du nord, les autres du sud, viennent converger et se réunir en certains points fixes.
L’ordre administratif aussi bien que l’intérêt politique font un devoir de respecter dans la formation des provinces l’existence et l’intégrité de ces faisceaux. On voit comment une division politique tracée dans le Tell détermine une division correspondante dans le Sahara.
L’étendue relative du Tell et du Sahara varie sensiblement dans les trois provinces. Dans la province d’Alger la surface du Tell n’est que le tiers de celle du Sahara; elle en est la moitié dans la province d’Oran; elle est presque les deux tiers dans la province de Constantine.
Ainsi, au point de vue de l’agriculture et de la colonisation la province d’Alger est la moins bien partagée des trois; la province d’Oran occupe la seconde place, et la province de Constantine la première. C’est là que l’étendue relative du Tell, ou des terres de labour, est la plus considérable.
Si l’on compare l’étendue absolue du Tell dans les trois provinces , c’est encore celle de Constantine qui l’emporte sur les deux autres. En effet dans les provinces réunies d’Alger et d’Oran, le Tell, ou région des terres de labour, occupe un espace de soixante-quatre mille cinq cents kilomètres carrés. Dans celle de Constantine seule il couvre une étendue de soixante-treize mille quatre cents kilomètres carrés.
lia province de Constantine ouvre donc à elle seule un champ plus large à la colonisation agricole que les deux autres ensemble.
L’UNIVERS
La division de l’Algérie en provinces ne correspond en aucune façon à la division administrative et politique de la France. Il n’y a aucune comparaison à établir pour l’étendue entre une province algérienne et un département français.
La plus petite province, qui est celle d’Oran , contient cent deux mille kilomètres carrés de superficie; le plus grand département, qui est celui de la Gironde, en contient dix mille huit cent vingtcinq. La plus petite province d’Algérie est donc dix fois plus vaste que le plus vaste des départements français.
Au taux superficiel de nos divisions métropolitaines, l’Algérie, qui occupe en surface les quatre cinquièmes de la France, devrait contenir soixante-huit départements.
Au-dessous du partage en provinces il n’existe aucune division régulière et normale; la population indigène a ses circonscriptions aussi inégales d’étendue que dissemblables de forme; l’administration française a aussi ses circonscriptions, non moins inégales non moins dissemblables , et en outre beaucoup plus incertaines dans leur délimitation.
Nous ne nous arrêterons point à cette division, oeuvre encore informe, sans homogénéité, sans fixité, et surtout sans unité, organisation éphémère, provisoire, variable, que chaque jour modifie sans la compléter.
Nous dirons seulement que les provinces comprennent trois sortes de territoires : des territoires civils , mixtes et arabes; qu’elles se subdivisent soit en arrondissements, cercles et communes, soit en califats, agaliks, caïdats et chéikats; qu’elles reconnaissent en outre des directions et des sous-directions des affaires civiles correspondant aux préfectures et aux sous-prefectures françaises, des commissariats civils, des directions et des bureaux arabes, des divisions et des subdivisions militaires.
Il faut espérer que la division territoriale de l’Algérie sortira quelque jour de ce chaos, pour rentrer dans un cadre régulier, normal, analogue à celui dont la métropole lui offre le modèle.