CONSTITUTION PHYSIQUE
Alger, la plus puissante des régences barbaresques élevées sur les débris de l’empire des Maures, possédait toute la portion septentrionale du continent africain comprise entre la chaîne du grand Atlas , le 6e degré de longitude orientale et le 4e degré de longitude occidentale , comptée du méridien de Paris, ou une étendue de pays de 200 lieues de long sur 70 à 80 de large.
Ce pays est traversé dans le sens de sa longueur, c’est-à-dire de l’est à l’ouest , par deux chaînes de montagnes très-élevées , le grand et le petit Atlas , dont l’une borde le vaste désert du Sahara , et l’autre longe la côte , dont elle ne s’éloigne jamais à plus de huit lieues. Celle-ci pousse même plusieurs rameaux qui viennent tomber dans la mer, en formant des caps que le navigateur découvre d’une grande distance et qui guident sa course.
Entre les diverses ramifications de ces deux chaînes se trouvent comprises de grandes vallées et des plaines étendues , arrosées par des fleuves ,
(*) Extrait par lui de ses deux ouvrages sur la régence d’Alger: Relation de la guerre d’Afrique, 2 vol.; i83i. Voyage dans la régence d’Alger, 3 vol. et atlas; i833.
lre Livraison. (Alger.)
des rivières et des ruisseaux auxquels est due toute leur fertilité.
Les plaines les plus remarquables sont celles : de Constantine, à vingt lieues dans l’intérieur des terres ; celle de la Métidja , comprise entre le littoral d’Alger et le petit Atlas ; une troisième qui commence un peu à l’ouest de la Métidja et qui s’étend jusqu’à Mostaganem; enfin la grande plaine d’Oran à Telmecen, renfermée entre le petit Atlas et la côte.
Les fleuves principaux sont : le Chétif, auquel les géographes donnent cent lieues de cours, qui prend sa source sur le versant nord au grand Atlas et va se jeter à la mer, près de Mostaganem ; le Oued-Jer, qui traverse la Métidja dans sa partie occidentale ; l’Isser, qui limite cette plaine à Test ; la rivière de Bougie , composée de la réunion de deux autres , TAdouse et TAdjebby; la rivière de Constantine , dans le lit de laquelle on rétend avoir trouvé tout récemment es diamants; enfin, la Seibouse, qui a son embouchure tout près de Bone.
Ces fleuves ne sauraient se comparer, pour le volume des eaux, à ceux de l’Europe : j’ai passé, en hiver, pendant la fonte des neiges et après plusieurs jours de pluie, le Ouea-Jer sur
L’UNIVERS
les cailloux de son lit. Ces fleuves et beaucoup de rivières moins considérables conservent de l’eau pendant toute l’année; mais les ruisseaux et les petites rivières sont souvent à sec dans l’été, surtout ceux situés à une certaine distance des montagnes.
Les plaines renferment des lacs , des étangs et des marais , dont les exhalaisons malfaisantes nuisent pendant l’été à la salubrité du pays. Les marais de la Métidja rendent certaines portions de cette plaine tout-à-fait inhabitables. Dans sa partie occidentale , il existe un lac peu considérable qui ne tarit jamais. Près d’Oran , on voit deux lacs dont le plus éloigné de cette ville est beaucoup plus considérable que l’autre ; mais tous les deux se dessèchent entièrement en été.
Toute la portion du petit Atlas que nous avons parcourue est formée d’un calcaire argileux , alternant avec des marnes , et la forme des montagnes annonce que ces roches s’étendent fort loin à l’est et à l’ouest.
Au pied sud de cette chaîne, nous avons trouvé une masse de collines, composée d’argile et de grès, qui paraît remplir tout l’espace compris entre les deux Atlas. Des collines de même nature régnent le long de la côte, jusqu’à une grande distance à l’est et à l’ouest d’Alger; elles se retrouvent aux environs d’Oran et sur le littoral, jusqu’à plus de six lieues à l’ouest de cette ville.
Le sol des plaines et le fond de la plupart des vallées sont formés par un terrain d’alluvions , composé de couches d’argile, souvent tres-épaisses , et de cailloux roulés. Çà et la on rencontre quelques parties sableuses, principalement sur le bord de la mer, le long des plages , où les sables s’élèvent souvent en dunes.