‹ AlgérieChapitre 4 sur 140 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

Quoique la température soit plus élevée dans la régence d’Alger que sur aucun point de la côte méridionale de l’Europe , le climat est encore assez tempéré ; la hauteur moyenne du thermomètre est de 18° centigrades; dans

les plus grandes chaleurs de l’été, il ne dépasse pas 34°, excepté quand le vent du sua règne , où il monte jusqu’à 38°; alors la chaleur est insupportable et on a de la peine à respirer. En hiver , le froid n’est jamais rigoureux dans les plaines et sur les collines situées au sud du petit Atlas. Je n’ai vu qu’une seule fois le thermomètre descendre à 1° au-dessous de 0°, un jour que la plaine de la Métidja était couverte de gélée blanche. Pendant tout le temps que je suis resté en Afrique, il n’y a jamais eu de glace dans les environs d’Alger , ni d’Oran ; mais nous avons vu l’Atlas couvert plusieurs fois de neige, et nos soldats, pendant qu’ils occupaient Médéya, ont pu marcher sur la glace qui s’était formée dans plusieurs mares, aux environs de cette ville.

L’hiver, ou la saison des pluies, commence vers le milieu de novembre et dure jusqu’aux premiers jours de janvier, non sans qu’il y ait encore de temps en temps quelques beaux jours. Avant le 15 de ce mois, la verdure , qui n’a disparu que vers le milieu de décembre , renaît , les arbres et les buissons se couvrent de feuilles et de fleurs qui embaument l’air. La chaleur du soleil , qui commence à se faire sentir , est assez douce pour que l’on puisse se promener en plein midi ; en un mot , la fin de janvier est aussi belle que le mois de mai aux environs de Paris. Cependant de fortes pluies , accompagnées d’orages , viennent encore quelquefois inonder la terre et forcer l’Arabe et le Berbère à rentrer dans leur cabane ; mais au mois de juin , le soleil a repris toute sa force , les pluies ont cessé , les herbes commencent à se faner , les moissons mûrissent et la vigne se charge de raisins.

Dans les premiers jours de juillet, les abricots jaunissent et les raisins commencent à mûrir; les orangers sauvages , qui ont conservé pendant tout l’hiver des fleurs et des fruits, sont alors chargés d’une grande quantité de petites oranges vertes qui seront mûres avant la fin d’octobre.

Au mois d’août, la chaleur atteint

ALGER

son maximum. Les herbes brûlées ont disparu presque partout; les endroits marécageux exhalent alors des odeurs méphitiques très-pernicieuses pour les habitants des contrées voisines. C’est dans ce mois que les fièvres endémiques sont le plus dangereuses , et que les soldats français en sont le plus attaqués. Dès les premiers jours de septembre, la chaleur devient supportable.

Les journées d’octobre sont extrêmement agréables, quoique assez souvent le thermomètre monte jusqu’à 24°.

Le beau temps dure ordinairement jusqu’à la mi-novembre; mais alors les vents du nord et du nord-ouest se font sentir , et l’hiver commence. Ces deux vents sont les plus fréquents de tous ceux qui régnent sur la côte de Barbarie ; ils amènent avec eux les orages , les pluies et rafraîchissent l’air. C’est pendant l’hiver qu’ils sont le plus communs et le plus redoutables ; ils occasionnent souvent des tempêtes violentes qui brisent les navires dans le port d’Alger, et jettent à la côte ceux qui n’ont pas eu le temps de gagner la pleine mer. Dans ces moments de tourmente , les Berbères et les Arabes vont en grand nombre sur le bord de la mer attendre que quelque bâtiment vienne se briser contre les écueils, our le piller et massacrer impitoyalement tous ceux qui le montent.

Le vent du sud, que les Arabes nomment semoum, et les Algériens betsh, est extrêmement redoutable ; ses terribles effets dans le désert ont été décrits par plusieurs voyageurs qui les ont éprouvés : les Arabes s’enveloppent la tete dans leurs bernous , disent-ils , et se couchent le visage contre terre , en respirant le plus rarement qu’il leur est possible ; les chameaux , imitant leurs maîtres , se mettent à genoux , comme pour se faire charger , et étendent le cou en cherchant à enfoncer leur nez dans le sable. Sur le littoral d’Alger , le semoum est annoncé par une chaleur étouffante et des brumes rousses qui couvrent toute la chaîne de l’Atlas ; le thermomètre monte subitement de 8° à 10°. Les Maures s’enferment chez eux , les Arabes aban¬

donnent leurs tentes pour se réfugier dans les buissons et sous les arbres , où règne plus de fraîcheur que sous ces tissus de poil de chameau ; chaque coup de vent est une bouffée de chaleur assez semblable à celles qui sortent d’un four allumé. La respiration devient extrêmement difficile , on éprouve des maux de tête et des lassitudes dans tous les membres; enfin, au bout de quelques heures, on est comme anéanti. Dans le désert , le semoum tue souvent un grand nombre d’hommes et d’animaux.

Les orages sont plus rares sur la côte septentrionale de l’Afrique que dans nos contrées; mais ils éclatent avec une violence extraordinaire : des éclairs éblouissants sillonnent l’atmosphère dans tous les sens , la foudre gronde avec un fracas épouvantable , des torrents de pluie inondent la terre , ravagent les champs, noient les animaux; quelques heures après, l’ardeur du soleil a entièrement enlevé l’humidité , et il ne reste d’autres traces de la catastrophe que les couches de sables et de graviers transportées sur le sol des plaines, et dans le fond des vallées , des arbres renversés, des cadavres d’animaux, etc.

Dans la presqu’île de Sydi-Efroudj , le 16 juin 1830 , deux jours après "le débarquement de l’armée française, vers les 9 heures du matin , il s’éleva un vent du nord-ouest d’une violence extrême, le ciel s’obscurcit subitement, plusieurs coups de tonnerre se firent entendre, et l’eau tomba par torrents jusqu’à midi. Nos soldats, qui n’avaient point d’abri, furent inonaés; la pluie était si forte , qu’on ne pouvait distinuer un homme à cinquante pas de istance. La démoralisation commençait à s’emparer des troupes , les cris de : Voici l*orage de Charles-Ouint (*) s’étaient déjà l'ait entendre plusieurs fois, lorsque, sur le midi, le soleil parut, dissipa les nuages en quelques instants , et sécha la terre ainsi que nos habits en moins de deux heures.

(*)- Un orage terrible détruisit en partie l’armée et la flotte de cet empereur, qui assiégeait Alger ; nous en parlerons plus bas.

L’UNIVERS

L’air est extrêmement sain sur toute la côte de Barbarie: les villes, fort mal bâties, sont entourées de cimetières et de tas d’immondices qui répandent une odeur suffocante pendant l’été ; dans aucune il ne règne de maladies endémiques. L’atmosphère est pure, les brouillards sont rares, et la légère brume qui se montre presue toujours avec le lever du soleil , isparaî't peu de temps après.

Malgré sa température elevée pendant la plus grande partie de l’année, l’air est toujours extrêmement humide ; pour avoir une paire de bottes sèches, nous étions obligés de l’exposer au soleil pendant près d’une heure; tous les instruments en fer se rouillent rapidement, nos soldats avaient beaucoup de peine à tenir leurs armes propres ; les couteaux se rouillaient jusque dans la poche du pantalon.

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