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FEZZAN

On donne le nom de Fezzan ou Fassan à une vaste oasis comprise entre le 25° et 30° latitude boréale , entourée au nord par une ceinture de sable, à l’est par le grand désert libyque, et à l’ouest et au sud par le désert de Sahara. Rennell reconnaît dans le Fezzan le pays des Garamantes d’Hérodote ( Gamphasan tes de Pomponius Mêla). Les Romains l’appelaient Phazania , les Arabes du moyen âge Zuila; Marmol le nomme Fizen. Léon l’Africain l’appelle Fezzen , et en fait la description suivante :

« Fezzen est une contrée bien ample , en laquelle sont situés de gros châteaux et villages, tous habités par un peuple fort opulent, tant en possessions comme en deniers, pour ce qu’ils sont aux confins d’Agadey et du désert de Libye, qui confine avec l’Égypte, et est distante cette marche du grand Caire environ soixante journées, sans qu’on puisse trouver d’autrçs habitations par le désert qu’Augela. Cette contrée de Fezzen est gouvernée et régie par un seigneur qui est comme primat du peuple, lequel distribue tout le revenu du pays au profit public , après avoir satisfait aux Arabes de quelque somme de deniers , de quoi on leur est redevable. Il n’y a en ce pays autre chair que de chameau, qui est en grande requête et fort chère (1). »

C’est par le Fezzan que passe la grande voie de communication du nord-est de l’Afrique avec le Soudan , et particulièrement avec Tombouctou. On devine donc facilement l’importance commerciale que ce pays pourra un jour acquérir.

État physique , climat, constitution géologique. — Le Fezzan présente , d’après Hornemann, une forme arrondie. La plupart des géographes lui donnent une étendue de trois cents milles du nord au sud, et de deux cents milles de l’est à l’ouest. Il est comme une île entourée de chaînes de montagnes sauvages et impénétrables, qui ne sont interrompues qu’à l’ouest, où l’oasis paraît confiner immédiatement au désert. Le Fezzan est une vaste plaine basse, couverte partout d’un sable léger, qui autrefois, dit-on,

(1) Description de l’Afrique , p. 3 16.

ÉTATS TRIPOLITAINS

encombrait un torrent profond et rapide près de Tessowa , à l’est. A l’ouest , du côté de Sahara , le sol est aride et désert. Au sud , il est généralement sec et couvert d’un sel alcalin fixe (sesquicarbonate du soude) , auquel les indigènes donnent le nom de trôna. On y trouve des puits nombreux , et quelques sources vives qui ne tarissent jamais. Il ne pleut jamais ou très-rarement dans le Fezzan, et l’on ne rencontre dans tout le pays aucune rivière qu’un Européen pourrait appeler considérable.

Le chérif Imhammed vante cependant le petit fleuve qui coule à Mourzouk , ainsi que le territoire bien arrosé des environs, où l’on trouve toujours des puits de trois à quatre mètres de profondeur. Il y en a, dit-il , plusieurs dans chaquejardin, qui servent à l’irrigation et produisent une végétation abondante.

Le nombre des lieux habités est , selon lui, de cent; Hornemann dit qu’on y compte cent une villes et villages.

Le climat a un effet funeste sur les étrangers non habitués aux différences considérables qui existent entre la température du jour et celle de la nuit.

Ritchie succomba à l’action de ce climat; et Lyon , Oudney, Clapperton demeurèrent longtemps malades à Mourzouk , capitale du Fezzan. Ces voyageurs nous apprennent qu’il est rare de rencontrer même parmi les indigènes un visage qui annonce la santé. Lyon observa, le 14 janvier, pendant la nuit une température de — 2° 30' : les outres étaient congelées , et il y avait de la glace d’un demi-pouce d’épaisseur; pendant le jour, au contraire, la température s’élevait quelquefois jusqu’à 30° et au-dessus.

Un sable très-fin , soulevé par les vents , cause des ophthalmies et des affections pulmonaires très-graves.

Suivant le capitaine Lyon (1) , un sable jaune rougeâtre (silice ferrugineuse) couvre la plus grande partie du pays.

Au sud des montagnes de Soudàh, depuis le 29° jusqu’au 24° latitude nord, on ne trouve d’autres roches qu’un grès rouge deformation tertiaire, avec quel-

(i) Captain G. F. Lyon , Narrative of the Travelsiu northern Africa, in the jears 1818, iget 20, etc. ; London, in-4°, 1821. Traduction française; Paris, in-8°, 1822. (Gide ).

ques couches de gypse , de sel gemme et de marne, qui, en s’adossant de deux côtés, au nord et au sud, au* basaltes des monts Soudah , constituent toute la variété géologique de ces plaines africaines. La base du grès rouge se compose de couche de calcaire coquillier.

Le capitaine Lyon ne rencontra que trpis sources dans tout le vaste espace qu’il parcourut (I); mais en beaucoup d’endroits il trouva de l’eau dans des terrains argilo-salins à une profondeur de trois à sept mètres. « Le Fezzan, dit le capitaine Lyon, ne se distingue nullement du désert sous le rapport du sol : dans le sens propre, il fait même partie du Saharah. Près de Mourzouk, le terrain est argileux et blanc, et, quoique mélangé de sable, il offre ici une certaine fertilité; mais l’irrigation est tellement pénible , que dans tout le royaume on ne trouve pas un jardin qui ait plus d’un acre d’étendue , et pas un gazon de la longueur d’une table. En aucun endroit, depuis les montagnes au sud de Tripoli jusqu’à Mourzouk et Tegerry , l’herbe ne croît spontanément , excepté entre les fissures des roches, et sur les bords de quelques ouadeys. »

Agriculture, productions naturelles, végétaux, du Fezzan.

Les riches seuls possèdent des terres, et la valeur des biens-fonds s’estime d’après le nombre des puits et des palmiers, qui fournissent la principale nourriture des habitants. Les jardins ainsi que les terres sont cultivés à la pioche par les esclaves. A la mort d’un proprié-

(1) Lyon , accompagné du consul anglais Ritchie, voyagea, au mois de mars 1819, de Tripoli à Mourzouk; il se proposait de pénétrer de là dans le Soudan. Mais les fièvres dont ils furent tous deux atteints pendant leur séjour à Mourzouk, et la mort prématurée de Ritchie , décidèrent le capitaine Lyon à renoncer à ses projets de découverte dans l’intérieur de l’Afrique. Cependant il fit de nombreuses excursions dans le Fezzan ; et la relation de ses voyages a jeté un grand jour sur la géographie de ce pays. C’est principalement dans la direction du nord au sud qu’il l’a exploré. L’étendue du Fezzan , de l’est à l’ouest , lui est moins connue qu’à Hornemann.

L’UNIVERS

taire, ses biens appartiennent au plus proche parent : s’il meurt sans héritiers ou s’il est condamné à mort, ses propriétés sont saisies au profit du sultan. Tout Fezzanien peut acheter et vendre : aucune réserve ni substitution ne l’empêche de disposer des biens qu’il a reçus de ses ancêtres. Les jardins se cultivent avec une espèce de bêche : on les divise en carrés d’environ un mètre. Ils sont traversés par de petits canaux d’irrigation. On emloie beaucoup de fumier : le sol salonneux des anciens jardins ressemble beaucoup à la terre végétale. Les travaux pénibles qu’exige la culture de ces jardins obligent les propriétaires de demeurer sur les lieux, s’ils veulent en tirer quelque profit.

« La plupart des plantes, ajoute Lyon , que l’on cultive dans le midi de l’Europe, réussiraient certainementdans le Fezzan, en leur donnant des soins convenables. Il serait facile d’y introduire l’usage de la bêche, du rateau, de la houe , de la charrue et du van. Les Fezzaniens ne sauraient d’abord comment s’en servir, mais ils l’apprendraient bientôt, et en feraient grand cas(l). »

On ne voit dans le Fezzan aucune espèce de bois de charpente, ni de végétal propre à faire des planches. Le palmier et les arbres fruitiers , le blé et les légumes ne sont cultivés que dans le voisinage des bourgs ou des villes. Les plantations de palmier ne s’entretiennent qu’avec les plus grands efforts :

l’irrigation se fait au moyen de machines tirées par des ânes (2). Outre le sorgho (: gafouly masr) , on cultive trois espèces de dourrah, du froment, de l’orge, des haricots, des raisins , des abricots, des pêches et quelques chétives pommes. On y trouve de bonnes figues, d’excellents melons d’eau et du corna, petit fruit rond de la grosseur d’une noix. L’arbre qui le porte atteint jusqu’à

(1) Voyage de Lyon, p. 242.

(2) Suivant Lyon, le palmier du Fezzan ( Phoenix dactyllfera , L. ) est très-poreux , sec , se casse aisément, et ne dure pas. — Ces différences, purement accidentelles , tiennent sans doute à l’aridité du sol et à la sécheresse du climat.

dix mètres de hauteur; c’est, suivant Ritchie, le Lotus des anciens ( Ziziphus lotus , Linn. )

Voici à quoi se borne la liste des végétaux cultivés du Fezzan , tels qu’ils sont indiqués dans le voyage du capitaine Lyon :

Gafouli masr, sorgho.

Gafouli abiad, petit millet.

Goussoub , petit grain brun, rond; le dourrha d’Égypte.

Goussoub tamzavi et Goummah albavi, deux autres espèces du même grain.

Goummah, froment.

Chair, orge.

Taridi, autre espèce d’orge , de couleur rouge.

Bichena, petit grain ressemblant au millet.

Loubia , petite fève.

Gilcjillan, petit pois.

Latïla, petite vesce noire.

Kervia , carvi.

( On mange aussi la graine de coloquinte et celle de soleil. )

Navet, de forme allongée, petit et rare.

Carotte, petite et rare.

Radis , bon et piquant.

Melochia et Birti Gallis, plantes que l’on mange en salade.

Bamia, petite gousse qu’on mange dans la soupe.

Sénevé , cresson ; bon , mais rare.

Oignons , bons et abondants.

Ail, rare, mais de bonne qualité.

Piment, très-bon et en abondance.

Tomates , rares , mais bonnes.

Potiron , gros , jaune, et de bonne qualité.

Gerou , fruit qui ressemble au melon.

Raisi ns; on en trouve près des puits et dans tous les jardins.

Grenades, fort belles, mais en petite quantité.

Abricots , rares et mauvais.

Pêches ; ne mûrissent jamais.

Pommes , rares, cotonneuses et sans goût.

Melons d’eau, bons, mais en petite quantité.

Figues, petites , mais bonnes.

Corna , petit fruit rond, ressemblant à la pomme pour la forme et l’odeur, et de la grosseur d’une noix. Il a trois noyaux ; il est très-bon quand il est frais ; il croît sur un arbre qui a quelquefois trente pieds de haut.

Les semailles de dourrha et d’orge se font au mois d’octobre et de novembre. Les moissons aux mois de mars et d’avril. Dans l’intervalle qui s’écoule entre les semailles et la récolte, ir faut arroser deux fois par semaine. Les ré-

ÉTATS TRIPOLITAINS 87

coites de dattes les plus importantes pour îe Fezzan ont lieu , la première au mois de septembre , lorsque le fruit est encore tendre; la seconde, au mois d’octobre, lorsqu’il est sec et blanchi. Le gouddoub ou sonjsafa est un espèce de trèfle qui se sème par petites planches , en janvier et février, et qu’on peut couper tous les quinze jours jusqu’en novembre. Alors il ne pousse plus , et on en donne les racines aux bestiaux. Cette nourriture engraisse en peu de temps les chevaux et les chameaux. Toutes les espèces de goussoub et de gafouly se sèment au milieu de l’été; la récolte se fait en automne ; quelquefois on les donne en vert aux chevaux , alors la tige a le goût de la canne à sucre. On arrache la plante avec les racines. La paille sert de fourrage pendant l’hiver; elle est d’un prix exorbitant. La tige du gafouli s’élève quelquefois à sept et à huit pieds.

(Lyon.)

Nous avons fort peu de renseignements sur la flore du Fezzan. Nous ne connaissons guère les végétaux de ce pays que par le petit nombre d’échantillons recueillis parRitchieet d’Oudney et déterminés par Rob. Brown (1). Ces herbiers renferment à peine cinquante espèces nouvelles , c’est-à-dire non décrites dans la Flora Allantica de Desfontaines , dans la Flore d’Egypte de Delile , et dans le Floræ Libycæ spécimen de Viviani. Les collections de Ritchie, d’Oudney et de Clapperton ne contiennent que deux cryptogames ,

X A cr o stichum velleum , trouvé dans les monts Tarhona , et le Grammitis ceterach. L’herbier d’Oudney renferme quarante-cinq espèces de graminées, dont trente appartiennent aux poacées et quinze aux panicées. Dans les lages sablonneuses, les panicées sont ien moins nombreuses : elles sont aux poacées dans le rapport de cinq à dix-huit.

A l’occasion des graminées du désert, Oudney remarque qu’il ne vit aucune espèce à racines rampantes, et que

(i) Voyages et découvertes dans le nord et dans les parties centrales de l’ Afrique, par le major Denham, le capitaine Clapperton et le docteur Oudney, trad. de l’anglais par Eyriçs, tom. III, p. 25 1; Paris, 1826.

XArundo phragmites , L. , qu’il cite comme une exception, n’est point, à proprement parler, une plante du désert. L’herbier ne contient point d’échantillon du Cyperus papyrus, L., que le capitaine Clapperton a vu croître sur les bords du Chary , près du lac Tschad , dans le Soudan. Parmi les autres monocotylédonées , il n’y a que deux espèces qui ne paraissent encore avoir été décrites : l’une est voisine du Melanthiumpunctatum ; l’autre est une espèce de colchique, que R. Brown a nommée Colchicum Ritchii : elle se distingue des autres espèces du même genre par deux crêtes ou appendices membraneux, généralement frangeux , situés à la base de chaque segment du périanthe, et un filament intermédiaire. Quelques botanistes ont fait de cette espèce un genre nouveau, sous le nom de hermo • dactylus.

Dans la classe des dicotylédonées , le Gymnocarpus decandra ( famille des caryophyllées) fut constamment observé par le docteur Oudney dans les déserts pierreux, sur la route de Tripoli au Fezzan; de même que le Cornulaca mo nacantha de Delile (famille des chénopodiacées) paraît être très-commun depuis Tripoli jusqu’au Bornou, et fournit une nourriture excellente aux chameaux. — De toutes les plantes dicotylédones , le Samolus Falerandi est probablement la plus répandue; elle se trouve dans toute l’Europe , dans l’Afrique septentrionale et dans le Bornou :

R. Brown l’a observée au cap de Bonne- Espérance et dans la Nouvelle-Galle du sud ; elle est également indigène dans l’Amérique du Nord. La distribution géographique du genre Samolus est trèsremarquable : à l’exception du A. ebracteatus, qu’on rencontre à Cuba , toutes les autres espèces, environ au nombre de sept, appartiennent à l’hémisphère oriental, où le S. Falerandi est trèscommun.

L’herbier d’Oudney contient vingtsix espèces de papilionacées , parmi lesquelles on remarque YAlhagi Maurorum ( agoni ) , plante très - commune dans le Fezzan, et qui procure une excellente nourriture aux chameaux. Les mimosées n’y sont représentées que par trois espèces : X Acacia nilotica , le Mi -

L’UNIYKRS.

mosa habbas et /’ Inga biglobosa , dont les fruits sont attachés à un réceptacle en forme de massue. U Inga biglobosa est un arbre dont les habitants du Fezzan méridional et du Bornou font le plus grand cas ; ils l’appellent doura. Suivant Clapperton , on torréfie les graines comme le café, puis on les écrase avant de les faire fermenter dans l’eau ; lorsqu’il se manifeste un commencement de putréfaction , on les lave et on les réduit en poudre , pour en former des gâteaux assez semblables au chocolat, et fournissant une sauce excellente à toute sorte d’aliment. La matière féculente qui enveloppe les graines sert à la fabrication d’une boisson agréable; on en fait aussi une espèce de confiture.

Le doura du capitaine Clapperton est robablement 1 Quitta dont parle Mungoark dans son premier voyage. Palissot de Beauvois , dans sa Flore d'Oware, remarque que l 'Inga biglobosa (neltiàu Sénégal), décrit par Jacquin, comme indigène à la Martinique, y aura été probablement introduit par les Nègres.

Une espèce de tamarix , qui ne paraît point différer du T. Gallica , est trèscommun dans le Fezzan, où on l’appelle attil. Suivant le docteur Oudney , c’est le seul arbre susceptible de donner de l’ombrage. Trois espèces de cistes furent trouvées entre Tripoli et Mourzouk.

L’herbier d’Oudney contient six espèces dezygophyllées, savoir : Tribulus terrestris , recueilli dans le Bornou ; Fagonia cretica, entre Tripoli et Beniolid; Fagonia arabica, à Aghedem; Fagonia Oudney et 1 eZigophyllum simplex, dans le Fezzan; enfin le Zygophyllum album, dans toutes les parties du désert.

Ritchie trouva entre Tripoli et Mourzouk une espèce de Réséda, voisine des R. suffruticulosa et undata , Linn. ; R. Brown lui donne le nom de Réséda propinqua; elle est remarquable en ce que les onglets de tous les pétales sont simples, c’est-à-dire qu’ils ne sont ni dilatés ni épaissis , et qu’ils n’ont aucune sorte d’appendice à leur point d’union avec le limbe trilide , avec lequel ils se confondent insensiblement. — Parmi les crucifères , on remarque le Cleome siliquaria , plante assez abondante sur les limites du Fezzan et deTripoli. Toutes les espèces de ce genre sont, suivant

R. Brown, indigènesdel’Afriqueseptentrionale et de l’Asie moyenne , excepté le C. violacea, qui appartient au Portugal .R . Bro'Wn considère Y Hesperis nitens de Yiviani comme appartenant à un genre nouveau , auquel il a donné le nom A' Oudney a, en mémoire du docteur Oudney. Cette plante fut recueillie par ce voyageur dans les nombreuses vallées entre' Tripoli et Mourzouk; les chevaux et les mulets la mangent volontiers (1).

R. Brown propose de faire un sousgenre ( Plagiloba de R. B.) de Y Hesperis ramosissima, recueillie par Ritchie dans le Fezzan : il diffère par son aspect de toutes les autres Hesperis ; il se rapproche sous quelques rapports des Malcomia , et sous d’autres des Mathiola.

Les cotylédons sont très-obliquement incombants. Le Savignya Ægyptiæ, R. Brown, fut recueilli près de Bondjem par le docteur Oudney. Delile découvrit cette plante près de la pyramide de Saqqârah; il la figura et la décrivit sous le nom de Lunaria parvijlora.

LeLunaria Libyca, Viv., en est une espèce voisine, trouvée en 1819 par Ritchie aux environs de Tripoli. Elle fut décrite et figurée en 1824 par Yiviani, d’après les échantillons recueillis en 1817 par le docteur Délia Cella. Sprengel en fait une espèce de Farsetia. Le genre Savignya, R. Brown, très-voisin du Lunaria, , n’a pas été généralement adopté.

Il importe de faire ici observer que les herbiers de Ritchie, d’Oudney et de Clapperton ne se rapportent pas seulement à la flore du Fezzan , mais à celle des environs deTripoli, du désert de Sahara et du Bornou dans le Soudan. Le tiers des échantillons soumis à l’examen de R. Brown appartient au territoire de Tripoli ; cinquante furent recueillis sur la route entre Tripoli et Mourzouk , trente-deux dans le Fezzan, trente-trois

(i) R. Brown donne du genre Oudncya la caractéristique suivante : Calyx clausus , basi bisaccalus. Filamenta distincta,edentula. Stigmata connata, apicibus distinctis. Siliqua sessilis, linearis, rostrala; 'valvh planis , uninerviis , funïculis aduatis , septis aveolarum parietibus supparallelis. Semina ttniseruua. Cotyledones accumbentes. — Ce genre ne diffère des Arabis que par la forme du stigmate et le bec de la silique.

ÉTATS TRIPOLITAINS. 89

de Mourzouk à Kouka, soixante-sept dans le Bornou , et seize dans le Soudan.

Animaux du Fezzan.

Parmi les animaux carnassiers communs au Fezzan on remarque la panthère, l’hyène, le chacal , plusieurs espèces de renards et le chat sauvage. Sur les frontières du territoire de Tripoli et du Fezzan on trouve un animal particulier, que les indigènes appellent kandy. Lyon en tua trois individus, et les envoya au musée britannique. « Je crois , ajouta-t-il , que ce sont les premiers animaux de cette espèce qui arriveront en Europe. » Le kandy ressemble beaucoup au cochon d’Inde; sa couleur est d’un brun cendré , son poil est plus long que celui du rat , et fort soyeux. Il a les yeux grands , noirs et à fleur de tête. L’orifice de ses oreilles, aplaties sur le côté de la tête, est également noir, et n’est pas couvert de poils. Sa queue est très-courte, mais elle est garnie d’une touffe de poils noirs, très-longs. Il a le corps arrondi, couvert de graisse, et s’élargissant vers lesépaules. lise creuse un terrier dans les montagnes. Les Arabes en aiment beaucoup la chair, qui est blanche et grasse, et semblable à celle du lapin (1). Le chameau du Fezzan ( maherry) , très-rapide à la course, est de toutes les bêtes de somme la plus répandue; le cheval, l’âne, le bœuf, le mouton , la chèvre et le chien sont des animaux rares et très - précieux.

Dans une chaîne de montagne, à l’est de Sockna , on trouve, selon Lyon, une immense quantité de buffles, distingués en trois espèces : le ouadan, de la taille d’un âne, ayant de très-longues cornes, le cuir rougeâtre, et de grandes touffes de poils de 18 à 20 pouces de longueur, qui leur tombent des épaules; il a la tête fort grosse, et est très-méchant. Leôogra el oueiche est encore un bufflerouge, ayant de grandes cornes; il est de la taille d’une vache ordinaire, et lent dans tous ses mouvements. Le buffle blanc, un peu moins gros, est un animal aussi léger que timide , et qui se laisse difficilement atteindre. Ces animaux mettent bas en avril ou en mai. — Les oiseaux n’abondent pas dans le Fezzan, à l’excep-

(ij Voyage de Lyon, etc., p. 35.

tion des vautours , des faucons et des corbeaux, qui sont aussi communs dan& le désert que les moineaux dans la ville et les pigeons sauvages dans les bois de palmiers ; les autruches s’avancent quelquefois ici jusqu’au 30e degré latitude nord. Le produit de la chasse de ces animaux fait vivre une grande partie des habitants de l’intérieur du Fezzan. « Tous les Arabes, dit Lyon, sont d’accord sur la manière dont l’autruche couve ses œufs , qu’elle ne laisse pas éclore à la chaleur du soleil, comme on le croit communément. Elle se construit un nid assez grossier, y pond quatorze à dixhuit œufs, et les couve de la même manière que la poule, le mâle prenant de temps en temps la place de la femelle. C’est pendant qu’elles élèvent leurs petits qu’on s’en procure le plus grand nombre; les Arabes tuent les mères tandis qu’elles sont sur leurs nids. A Sockna et aux environs on élève des autruches dans des basses-cours, et l’on récolte leurs plumes trois fois en deux ans. D’après les peaux d’autruches sauvages que j’ai vu exposer en vents , je crois que toutes les belles plumes qu’on voit en Europe viennent de celles qui sont privées , les autres ayant les leurs tellement souillées et brisées , qu’elles n’en ont quelquefois pas une douzaine de bonnes (1). »

Voici la liste que Lyon donne des animaux (vertébrés) du Fezzan :

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