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FLOBE DE TRIPOLI ET DES PAYS ENVIRONNANTS

La végétation de la côte africaine ne diffère pas essentiellement de celle des côtes d’Asie et d’Europe que baigne la mer Méditerranée. En jetant un coup d’œil sur la végétation qui caractérise toute la région méditerranéenne, on comprend la nécessité de ne pas subordonner

(1) Hérodote, IV, i85.

(a) Desfontaines , Flora atlantica, tom. I, préface.

(3) Ritter, Géogr. d’Afrique, t. III, p. 3a 1.

ÉTATS TRIPOLITAINS. 75

les hores aux divisions géographiques et politigues des pays. Les flores spéciales du midi de l’Espagne, de la Provence, de Nice, de Gênes, de la Sicile, de la Grèce, des côtes de l’AsieMineure et de la Syrie, forment avec celles des côtes du Maroc, de l’Algérie, de Tunis et de Tripoli , les éléments de la grande flore de la région méditerranéenne. Ces éléments sont encore fort incomplets , surtout en ce qui concerne les États tripolitains. Nous n’avons guère ici à consulter que le Specimen floræ Libycæ, mémoire que le professeur Viviani a publié sur les plantes recueillies par Délia Cella (1). Poiret ( Voyage en Barbarie), et Desfontaines ( Flora Atlantica ) n’ont décrit que les espèces végétales des territoires de Tunis et d’Alger.

Poiret, en débarquant sur la côte de Barbarie (près de la Calle), fut frappé de l’aspect lugubre du pays. « Les forêts, dit-il , presque toutes composées de chênes-lièges, n’offrent de loin qu’une teinte sombre et noire (2) : l’yeuse, le lentisque (3), le filaria, l’arbousier,

(1) V oyez dans Y Appendice l’énumération des espèces indiquées par Viviani.

(2) Poiret ( F oyage en Barbarie, etc.; Paris, 1789, 2 vol. in-8° ) cite le Quercus ilex (chêne-yeuse), le Q. suber (chêne-liège) , le Q. coccifera ( chêne-kermès ) et le Q. robur (chêne-rouvre). A ces espèces Desfontaines ajoute ( Flora Atlantica, vol. II, p. 348) : Quercus pseudo-suber, dont l’écorce est moins fongueuse et les feuilles moins larges que celles du Q. suber; Q. pseudo-coccifera , à feuilles très-courtement pétiolées ; Q. ballota ( chêne à glands doux). Ce dernier chêne a déjà été mentionné par Pline (Hist. Nat., lib. X.VI, cap. 5). Il se rapproche le plus du Q. ilex; mais son fruit est beaucoup plus gros, allongé, et d’une saveur sucrée. Les Arabes le mangent cru, bouilli dans l’eau ou cuit sous la cendre.

(3) Le Pistachia lentiscus, L., répand au soleil couchant une très-forte odeur de térébenthine; ses baies , arrondies, monospermes, rouges d’abord, puis brunâtres à leur maturité, donnent une huile grasse qui sert à des usages, domestiques. — Le Pistachia atlantica , cité par Desfontaiues , est un arbre élevé, qui se plaît dans des terrains sablonneux, et porte des baies acidulés, bleuâtres à leur maturité; l’écorce du tronc et des branches laisse suinter un suc résineux, jaune, qui se durcit à l’air et ressemble au mastic des Orientaux. Les Arabes l’appellent heule , et le recueillent

quoique d’un vert plus clair , ne rendent pas les coteaux où ils croissent beaucoup plus riants. C’est pourtant dans les États tripolitains que se trouvaient les fameux jardins des Hespérides.

La plupart des auteurs anciens s’accor dent à placer dans la Cyrénaïque le fameux jardins des Hespérides. Voici comment Hérodote s’exprime sur la fertilité du sol dans cette région : « Il me semble que la Libye ne peut , pour la bonté du sol , se comparer ni à l’Asie ni à l’Europe, à l’exception seulement du Cinyps, contrée dont le nom est le même que celui du fleuve qui le traverse. Elle ne le cède à aucun autre pays du monde pour l’abondance des céréales (A/iavirpoî xapTTo'v), et le reste de la Libye n’offre rien de semblable. Le terrain y est noir (p.eXc<77a(oç), bien arrosé, et ne souffre jamais ni de la sécheresse ni de l’excès de pluie, car il pleut dans cette partie de la Libye. Le produit des récoltes y est dans le même rapport que dans la Babylonie. Les Évespérides habitent aussi un sol fertile ; et dans les meilleures récoltes il rapporte cent pour un, tandis que dans le Cinyps il donne trois cents pour un.

« La Cyrénaïque , pays le plus élevé de la Libye qu’occupent les nomades, a trois zones dignes de remarque, déterminées par les saisons. Dans la première, qui comprend le littoral, la moisson et la vendange se font de bonne heure. Quand elles y sont terminées , les fruits commencent à mûrir dans la zone intermédiaire , qui s’élève à partir de la côte et que l’on appelle les collines (PcuvoO?) ; lorsque la récolte y est faite , les productions de la partie supérieure de la colline , et la plus haute de tout le pays, touchent à la maturité; de telle sorte que quand les fruits donnés par les deux premières récoltes ont été consommés, ceux de la dernière région viennent les suppléer. Les Cyrénéens ont ainsi huit mois d’automne (1). »

Il ne manque à cette description, pour être complète, que l’indication des distances ; mais Strabon et Pline y ont suppléé, en rapportant que le sol, dans l’es-

en automne et en hiver. Ils le mâchent pour donner à l’haleine une odeur agréable.

(1) Hérodote, IV, 198 et 199.

L’UNIVERS

pace de cent stades du rivage , est couvert d’arbres , et que dans une étendue de cent stades plus au sud il ne produit que des moissons (1).

Si l’on compare ces récits avec l’état actuel de la Cyrénaïque, on les trouve de la plus grande exactitude. Les forêts qui couvrent toute la partie septentrionale des montagnes de Barcah ne s’étendent pas au delà de quatre lieues des bords de la mer, ce qui correspond parfaitement aux cent stades indiqués. Quant à l’espace assigné à la partie du sol couverte de céréales, mais dépourvue d’arbres, il se prolonge aujourd’hui au moins à six cents stades de distance au delà du sommet des montagnes , c’est-à-dire à vingt-cinq lieues environ vers le sud.

Telle est l’étendue du plateau Cyrénéen.

En quittant la région maritime où étaient situées les cinq villes principales désignées sous le nom collectif de Pentapole, et en s’avançant dans l’intérieur des terres, à traversée plateau Cyrénéen, on marche sur une immense plaine sans cesse ondulée de vallons peu profonds.

Cette plaine, partout susceptible de culture, et en grande partie cultivée, est couverte, çà et là, d’arbrisseaux, sans offrir des forets. Pendant l’hiver ou la saison des pluies elle est toute verdoyante et arrosée par de nombreux ruisseaux; les Arabes du désert viennent y établir leurs joyeux campements. En été, le tableau change; un soleil brûlant dessèche la tige des arbrisseaux et les dépouille de leur feuillage; les belles prairies ne sont plus que des terres pelées et grisâtres. Le silence succède alors au tumulte des camps nomades, et l’Europeen peut parcourir en sécurité ces vastes solitudes. Des tours isolées, massives, de forme pyramidale , construites en briques , attestent l’existence des campements de ces Libyens dont parle Diodore de Sicile.

« Tous ces Libyens , dit-il , mènent une vie sauvage, couchent en plein air, et n’ont que des instincts de brutes. Ils sont sauvages dans leur manière de vivre et dans leurs vêtements : ils ne s’habillent que de peaux de chèvre. Leurs chefs ne possèdent pas de villes, mais ils ont quelques tours assises au bord de l’eau , dans lesquelles ils conservent le

restant de leurs vivres. Ils font annuellement prêter à leurs sujets serment de fidélité. Ils soignent comme leurs compagnons d’armes ceux qui leur sont soumis; mais ils condamnent à mortceux qui ne reconnaissent pas leur domination, et les poursuivent comme leurs ennemis. Leurs armes sontappropriées àleur pays et à leurs habitudes ; en effet , légers de corps et habitant une contrée en général plate , ils vont aux combats avec trois lances et quelques pierres dans des sacs de cuirs. Ils ne portent ni épée, ni casque , ni aucune autre arme. Ils ne songent qu’à surpasser l’ennemi en légèreté, dans la poursuite ou dans la retraite. Aussi sont-ils fort habiles à la course , à lancer des pierres, et fortifient par l’exercice leurs dispositions naturelles. Ils n’observent aucune justice, ni aucune foi à l’égard des étrangers (1). »

Ces campements stationnaires des anciens Libyens étaient en nombre égal à celui des sources qu’on voit dans la partie méridionale du plateau Cyrénéen.

C’est sans doute à ces mêmes campements , et non à des villes ou villages, que se rapportent les lieux désignés, dans les tables de Ptolémée, par les noms de Maranthis , Andan , Aehabis , Echinas, Philaus , Arimanthos.

Revenons à la Cyrénaïque, et essayons de déterminer l’endroit que devait occuper le jardin des Hespérides. Poètes et historiens, tous ont vanté la beauté et la fertilité de cette région. Pindare l’appelle la Frugifère, le jardin de Jupiter, le jardin de Vénus. Nous venons de citer le témoignage d’Hérodote. Selon Théophraste, les terres de la Cyrénaïque étaient légères, et vivifiées par un air pur et sec; l’olivier et le cyprès, ajoutet-il , y parvenaient à une rare beauté (2).

« Le territoire limitrophe de la Cyrénaïque, dit Diodore, est excellent et produit quantité de fruits ; car il est nonseulement fertile en blé, mais il produit aussi des vignes, des oliviers et toutes sortes de fruits sauvages. Il est arrosé par des rivières qui sont d’une grande utilité pour les habitants (3). »

(1) Diodore de Sicile , t. I , p. 228 ( de ma traduction ).

(2) Théophr., VI, 27 ; IV, 3.

(3) Diod., t. I, p. 228 (de ma traduction).

(1) Strab., XVII, 3 ; Plin., V, 5.

ETATS TRIPOLITAINS. 77

Amen rapporte aussi que cette contrée était abondamment arrosée , couverte < e très-belles prairies et qu’elle produisait toutes sortes de fruits (1).

Mais quelle était la partie la plus belle de cette contrée ?

Strabon plaçait le jardin des Hespérides aux environs de la grande Syrte.

« Ceux qui habitent , dit-il, le fond de la Syrte, ne mettent que quatre jours pour sè rendre au jardin des Hespérides , en suivant la direction du levant d’hiver; encore marchent-ils fort lentement (2). »

Une opinion , généralement accréditée, plaçait ce jardin près de Bérénice , par la raison que cette ville, appelée d’abord Hesperis, aurait donné son nom au jardin des Hespérides. L’aspect et les productions du lieu sont tout à fait contraires à cette opinion. Bérénice, actuellement Ben-Ghazi, située à l’extrémité occidentale de la Pentapole, se trouve séparée, par une plaine d’environ six lieues, de la région boisée, c’est-à-dire des terrasses au-dessus desquelles s’étend le plateau Cyrénéen. Une plage nue, aride, sablonneuse, généralement rocailleuse , mais plate , et parsemée seulement çà et là de palmiers, de caroubiers et de figuiers sauvages , tels sont le lieu même et les environs de l’ancienne Bérénice (3).

Quelques savants ont traité le jardin des Hespérides de fable. D’autres l’ont considéré comme synonyme d’oasis.

D’après cette dernière opinion , il y aurait eu plusieurs jardins des Hespérides sur la côte septentrionale de l’Afrique depuis la Cyrénaïque jusqu’à la Tingitane.

, Mais le témoignage de Scylax , confirmé par celui de plusieurs voyageurs modernes, semble mettre hors de toute contestation l’existence et la position précise du jardin des Hespérides.

Voici le passage de Scylax : « Le golfe formé par le promontoire de Phycus est inabordable. C’est près de là que se trouve le jardin des Hespérides. C’est un lieu de dix-huit orgyes, ceint de toutes parts de précipices si escarpés ,

(i) Arrien , de Expedit. Alex. 28.

(a) Strab. lib. XVII.

(3) Pacho, Voyage dans la Marmarique et la Cyrénaïque , p. 172.

qu’ils ne sont accessibles d’aucun côté. Il a deux stades d’étendue en tout sens, sa longueur étant égale à sa largeur.

Ce jardin est rempli d’arbres serres les uns contre les autres, et dont les branches s’entrelacent. Ce sont des lotus , des pommiers de toutes espèces, des grenadiers, poiriers, arbousiers, mûriers, myrtes, lauriers, lierres, oliviers domestiques et sauvages, amandiers et noyers (1). »

Ainsi , c’est près du golfe formé par le promontoire de Phycus (aujourd’hui Ras-Sem ) qu’il faut placer le jardin des Hespérides. A l’exception des noyers et des pommiers , on y retrouve encore, au rapport du voyageur Pacho, tous les arbres nommés par Scylax (2). Ce voyageur voit dans ce lieu inabordable ceint de précipices rocailleux , l’allégorie du dragon gardant le jardin des Hespérides. A quelque distance de Phycus sont les ruines de Beneghdem, l’ancienne Balacris , située sur la route qui conduisait à Ptolémaïs ,à quinze milles de Cyrène, selon Ptolémée (3). Non loin de là était le port où abordèrent probablement les Argonautes , lorsque du cap Malé ils furent poussés en Libye par le vent du nord.

Le témoignage de Délia Cella s’accorde avec celui dePacho, par conséquent

(1) Scylax, Peripl., edit. Gronov. p. 110.

(2) Pacho , Voyage dans la Marmarique et la Cyrénaïque, p. 172.

(3) Le nom de Balacris rappelle celui de Balis, ville de Libye, qui était située, selon Etienne de Byzance, près de Cyrène, et ainsi nommé à cause du dieu assyrien ou phénicien Baal. On sait d’ailleurs que les Phéniciens bâtirent plusieurs villes sur cette partie du littoral. — Les ruines de Beneghdem sont éparses en partie au fond d’un vallon , et en partie sur des rochers abruptes. Là , comme ailleurs, on trouve de nombreuses excavations dans le roc ; mais leur aspect est tel qu’on ne saurait affirmer si elles servaient d’habitations ou de tombeaux. Le site où ces ruines se trouvent est un des plus âpres et des plus sauvages de la contrée de Barcah : de toutes parts on voit des vallées sinueuses et des gorges étroites. Vers le nord , la montagne s’incline graduellement jusqu'aux bords de la mer; vers le sud apparaissent plusieurs élévations sur les crêtes desquelles sont des restes d’anciens postes fortifiés.

L’UNIVERS

avec la description que les auteurs anciens nous ont laissée de cette contrée fertile (1). I due alberi, dit Délia Cella, ricordati da Teo/rasto , corne di rara bellezza nella Ciretiaica, l’ulivo e il cipresso , lussureggiano tuttora in questa contrada, di unavegetazione , che mai mi occorse di vedère altrove più bella. C’est dans la plaine intermédiaire entre la partie élevée de la Cyrénaïque et le bord de la mer qu’il place le jardin des Hespérides (2). Toute cette étendue de côte , à partir de l’ouest du cap Ras-Sem (Phycus), est presque inaccessible, à cause des innombrables rochers qui la bordent. Derrière ces rochers se trouvent les belles prairies d’Ericab.

Les pommes d’or gardées , d’après le mythe, par les dragons du jardin des Hespérides, étaient-elles des citrons ou des oranges ? Cette question a peu d’importance. Il suffit de savoir qu’aujourd’hui, comme autrefois, on trouve des citronniers et des orangers sur toute la côte de l’Afrique, depuis la Cyrénaïque jusqu’aux colonnes d’Hercule.

Le thyon (86&v) (3), appelé citrus par les Latins, n’est pas le citnis des botanistes modernes. C’était un arbre de la famille des conifères ; peutêtre une espèce de juniperus ou de thuya. Son bois , à cause de son incorruptibilité et de son parfum, servait à différents usages : le tronc était employé à la construction des temples (4) ;

(1) La giacitura di questo piano intermedio alla parte elevata délia Cirenaica , e a quella ove questi monti deelinano dolcemente -verso il mare negli orti Esperidi , mette sott’ occhio il quadro , che délia sua fertilité ci avevano trasmessi gli antichi. ( Viaggio da Tripoli di barberia aile frontière occidentali dell' Egilto, p. 119. )

(2) Délia Cella, p. 77 et 78.

(3) Cenom vientde 0uco, je brûle del'encens.

(4) Délia Cella suppose que le thuyon de Théophraste est le Juniperus Phœnicea, dont les fruits , à l’état de maturité, sont des baies rouges de la grosseur d’un pois; feuilles ternées , imbriquées , obtuses. Le Juniperus oxycedrus s’en distingue par ses feuilles ternées , écartées , piquantes et par ses baies roussâtres, de la grosseur d’une noisette. — Desfontaines ( Flora Atlantica) ne cite qu’une seule espèce de thuya : Th: articulata.

avec la racine on faisait des tables consacrées aux fêtes de Bacchus. C’est ce qui avait valu' aux Bacchantes le nom de Thyades. Enfin, Homère place le thyon au nombre des bois odorants dontCircé parfumait sa grotte. Il croissait, suivant Théophraste, dans la Cyrénaïque, là où l’on trouve aujourd’hui le genévrier de Phénicie ( Juniperus Phœnicea, L. )

Si l’on parcourt au printemps ces forêts de thyon , qui du sommet des montagnes de Cyrène s’étendent jusqu’aux vallées maritimes , on rencontre fréquemment à leur pied une petite liliacée, fort célèbre; c’est le safran ( Crocus sativus , Linn.) (1). La plupart des auteurs anciens s’accordent à vanter la beauté du safran de la Cyrénaïque. Non-seulemeut on le mêlait à la préparation des mets , des médicaments et des teintures ; mais on s’en servait aussi comme parfum ; on en retirait même une essence très-estimée chez les Grecs et les Romains (2). Le safran, ainsi que le séné ( Cassia senna, Linn. ) sont encore aujourd’hui une branche des revenus du pacha de Tripoli.

Toutefois cette essence ne valait pas celle que l’on faisait avec les roses de la Cyrénaïque (3). L’essence de roses de la Cyrénaïque était, tout à la fois vantée comme parfum et comme un médicament, propre à guérir les blessures et à empêcher la putréfaction des cadavres (4).

Ces belles roses libyques , quoique de nulle valeur aux yeux des Arabes, font encore aujourd’hui l’ornement des fraîches vallées de Benghazi. « J’en ai rencontré fréquemment, dit Pacho, deux espèces à corolle blanche, qui m’ont paru s’accorder par leurs caractères à celles connues des botanistes sous les noms de Rosa sylvestris et R. spinosis-

(1) Pline, XXI, 6. Comparez Pacho, Voyage dans la Marmarique et la Cyrénaïque , p. 256.

(2) Thrige, Hist. Cyren., p. 252, 253.

(3) Desfontaines ( Flora Atlantica ) n’a trouvé que trois espèces de roses , sur la côte de la Barbarie : Rosa moschata, R. maialis , R. microphylla.

(4) Athen. Deipnosoph ., XV, 29,

ETATS TRIPOLITALNS.

sima, n osant toutefois affirmer que celles-ci, croissant spontanément parmi les autres plantes, soient les mêmes qui, transplantées autrefois dans les jardins, fournissaient l’essence dont je viens de parler (1). »

Pline et Théophraste, en parlant de la Cyrénaïque, font mention de quelques autres plantes, assez célèbres dans l’antiquité ; telles sont le spkagnos ou bryon et le misy. Ce sont des cryptogames dont la détermination spécifique est bien difficile. Le bryon était une mousse odorante, fixée aux arbres. Pacho affirme que, malgré le grand nombre de cryptogames qui couvrent les forêts de la Cyrénaïque, il n’en est aucune dont l’odeur offre un caractère remarquable.

Quant au misy , c’était, selon Pline, une truffe d’un goût et d’un parfum exquis. Il est certain que l’on rencontre encore aujourd’hui dans les parties sablonneuses du littoral de la Libye une espèce de truffe de couleur blanche (2).

- Au nombre des plantes qui ornaient les belles collines maritimes de Cyrène, et que Scylax a oubliées dans son énumération, il faut ajouter le figuier, le cornouiller et le lentisque. Ainsi, dans le Rudens de Plaute (act. III, sc. 4) il est dit qu’un valet ne se nourrissait à Cyrène que de figues; et Pline nous apprend que les cornouilles et les fruits du lentisque servaient, dans la Cyrénaïque, à la préparation de certains aliments (3). foutes ces plantes, auxquelles il faut ajouter le caroubier ( Ceratonia siliqua , L.) croissent encore aujourd’hui naturellement dans cette région (4).

Quant aux pommiers. et aux noyers, etrangers au sol africain , ils furent apportés en Libye par les Grecs. — Les pommes, les poires, les prunes et en general tous les fruits drupacés qu’on trouve en Afrique, ne valent pas ceux de

W facho, Voyage dans la Cyrénaïque, etc.,

(2) Ibid., p. 257.

(3) Pline, Hist. nat., XV.

(4) Le figuier (Ficus carica ) y présente de nombreuses variétés. Le pistachier lentisque (Pistac/ua lentiscus) est, d’après Desfontaines, un des arbres les plus fréquents sur la côte de Barbarie.

l’Europe. Mais les olives y fournissent de l’excellente huile.

Les plantes qu’on trouve répandues aux environs de la grande Syrte sont, la p! upart, de chétive apparence, hérissées d’épines, et rabougries ; elles sont desséchées par le soleil, et conviennent parfaitement à ces terres sablonneuses. Les labiées, les légumineuses, les liliacées, les corymbifères et les ombellifères y sont en majorité (1).

Suivant Délia Cella, on rencontre aux environs du cap deMésurata ( Cephalus) une plante à racine fibreuse , garnie de tubercules qui servent de nourriture aux Bédouins. Ces tubercules ressemblent à ceux dusouchet ( Cyperusesculentus , L.) Les feuilles sont rugueuses, blanchâtres, découpées ; l’absence des organes de fructification n’avait pas permis au savant voyageur d’en déterminer le genre ni l’espèce (2).

A l’ouest du cap de Mésurata on trouve un territoire très-fertile , le Zaffran. Il y a de belles prairies émaillées de renoncules (3) , et arrosées de sources d’eau douce. Aux environs croissent plusieurs espèces d’armoise, dont une (Artemisia arborescens ) est entièrement recouverte d’un duvet blanc , lanugineux (4). Ces plantes, desséchées, sont employées comme combustibles.

Aux environs de Labiar on trouve le verdoyant Juniperus Phœnicea (le thuya de Pline). Les oliviers y abondent; toute la contrée pourrait s’enrichir si elle faisait le commerce de l’huile d’olive, par la voie de Benghasi. Les oliviers y croissent en société des

(1) Délia Cella, Viaggio , etc., p. 47.

(2) Ibid., p. 5o . Le foglie sono irsute,

biancaslre , e frastagliate ; ma la mancanza delle sue parti di fruttificazione ne lasciera probabilmente incerta la cognizione.

(3) La Flora At/antica ( 1. 1 , p. 435) donne le Ranunculus flammula , le R. bullatus , le R. Jicaria, 1 eR. macrophyllus, le R. trilobus, le R. flabellatus, le R. monspeliacus, le R. spicatus, le R. bulbosus , le R. paludosus, le R. arvensis , le R. muricatus, le R. millefoliatus,

\e. R.parviflorus, le R. hederacens, le R. aqua ti/is et le R. peucedanoides.

(4) Les autres espèces d ’Artemisia citées dans la Flora Allantica (t. II, p. 263), sont : A. odoratissima, A. pontica, A . absinthium,

A. vulgaris, A. dracuncu/us.

L’UNIVERS

figuiers, des caroubiers, des pistachiers et des poiriers sauvages. Des bosquets d eNerium oleander , L., embellissent les ruines delà Cyrénaïque; les Bédouins lui donnent le nom de Safsaf.

Le territoire de Derna est une plaine très-fertile , au fond d’une baie abritée à l’ouest par le cap de Ben-Andrea. C’est là qu’on trouve des bananiers {Musa paradisiaca, L.). On n’en trouve pas ailleurs sur ces rivages.

Deux plantes , célèbres dans l’antiquité, croissent sur le territoire de Tripoli ; nous voulons parler du silphium et du lotus , dont le fruit avait fait oublier aux compagnons d’Ulysse le retourdans leur patrie.

Les anciens attribuaient au silphium les propriétés les plus merveilleuses. C’était une espèce de panacée propre à guérir toutes sortes de maladies , à désinfecter les eaux corrompues et l’air malsain. Pline lui reconnut, entre autres, celles d’endormir les moutons et de faire éternuer les chèvres (1). On vendait le suc de cette plante au poids de l’or. Le silphium fut l’un des principaux objets du commerce des Cyrénéens ; il passa en proverbe comme symbole des richesses. Une simple tige fut estimée comme un présent qui n’était point indigne des souverains et des dieux. César, au commencement de la guerre civile , retira d’une tige de silphium enfermé dans le trésor public de Rome la somme de quinze cents marcs d’argent. Les Cyrénéens consacrèrent cette plante à leurs souverains les plus vertueux. Ainsi, sur plusieurs médailles de Cyrène , on voit d’un côté la tête du roi Battus ou de Jupiter Arnrnon, et de l’autre la figure du silphium. Le suc de cette plante s’obtenait par l’incision de la tige et de la racine ; le premier s’appelait thysias et le second caulias. Quelques auteurs ont donné à l’un et à l’autre indistinctement le nom de larmes de la Cyrénaïque.

Le suc de la racine était préféré à celui de la tige, parce qu’il se conservait plus longtemps. Pour empêcher qu’il ne se corrompît, on y mêlait- de la farine. Une loi fixait le temps et la manière de faire l’incision et la quantité de suc que

(t) Pline, Hist. Nat., XII, a3.

l’on devait en tirer pour ne pas faire périr la plante.

Quelle espèce de plante était le silphium ?

Suivant Théophraste , sa racine était épaisse , charnue, vivace; sa tige , de la même forme que celle du fenouil ; ses feuilles ressemblaient à celles du selinum; ses graines étaient larges, ailées, et à peu près comme celles de la phyllis. Cette plante croissait principalement aux environs du jardin des Hespérides (1).

D’après Pline , la racine du silphium avait une écorce noire et plus d’une coudée de longueur; à l’endroit où elle sortait hors de terre était une grosse tubérosité, qui incisée produisait un suc laiteux. Ses graines étaient plates ; ses feuilles tombaient tous les ans , dès que soufflait le vent du midi (2).

Scylaxet Hérodote placentle silphium dans la région littorale de la Pentapole libyque, depuis l’île Platée jusqu’à l’entrée de la grande Syrte (3). Catulle le place près de Cyrène (4). Cependant plusieurs auteurs, tel qu’Arrien et Pline, paraissent' reléguer le silphium sur la lisière des terres fertiles; les autres, comme Strabon et Ptolémée, dans les parties centrales du désert du sud de la Cyrénaïque. On a essayé de concilier ces opinions contradictoires, en adoptant pour la Cyrénaïque toute l’étendue que lui ont donnée quelques savants , c’est-à-dire en y comprenant la région ammonienne. Partant ensuite de ce principe, ils ont cru approcher de la vérité en supposant que le silphium croissait dans toute cette vaste contrée , et que par cette raison on l’avait placé indifféremment au nord et au sud ; de là ils ont justifié l’épithète de Cyrénaïque silphifère, de Libye silphifère, que l’on trouve fréquemment chez les écrivains de l’antiquité. Malheureusement cette explication ne peut point se concilier avec la nature du sol, qui n’est pas le même dans la Libye septentrionale et méridionale.

(1) Théophrast., Hist. Plant., TI, 3.

(2) Pline, XIX, 3.

(3) Hérodote, IV, 169; Scylax, édit. Oxronov. p. 108.

(4) Ode à Lesbie, V, 4.

ÉTATS TRIP0LITA1NS

Depuis les sommités qui dominent l’ancienne Chersonèsecyrénaïquejusqu’à la côte orientale delaSyrte, on trouve fréquemment dans la partie septentrionale de cette région , et dans un espace qui s’étend tout au plus , vers le sud , à huit ou dix lieues du rivage , une grande ombellifère nommée par les Arabes derias, et dont voici les caractères : racine fusiforme, charnue, très-longue, de couleur brune à sa surface ; la tige, striée, atteint deux ou trois pieds de hauteur, et s’élève sur un collet épais , d’où jaillit, si on le casse, un suc laiteux abondant. Les feuilles radicales sont nombreuses , luisantes, surdécomposées ; les graines , terminant en petit paquet chaque ombellule, sont ovales, comprimées , entourées d’une membrane transparente et colorées d’un vernis argenté. La fleur se développe en été; elle est jaune, échancrée et trèsouverte.

Cette description s’applique également au genre Ferula et au Laserpitium. Serait-ce le Ferula assa fœtida ? Suivant Sprengel, c’est le Ferula tingitana. Pacho pense que le silphium est une espèce de laserpitium, et il propose de lui donner le nom de Laserpitium derias (1).

Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à la simple inspection des médailles de Cyrène , sur lesquelles se trouve figuré le silphium , on y reconnaît au premier coup d’œil uneombellifère. Les feuilles engainantes , découpées et opposées; l’inflorescence axillaire, en ombelle, etc. , indiquent évidemmentlafamillede la plante décrite par Théophraste.

Délia Cella rapporte le silphium au genre Thapsia (2); et Viviani ( Plantæ Libycæ specimen ) fui donne le nom de Thapsia silphium.

Le silphium des anciens croît-il encore aujourd’hui dans la Cyrénaïque?

Du temps de Plaute, on faisait encore d’abondantes récoltes de silphium (3). Il commença à devenir rare à l’époque de Strabon. Au siècle de Pline il avait été

(1) Pacho , Relation d'un Voyage dans la Marmarique, etc. ; Paris, 1837, in-4°, p. 25o.

(2) Viaggio da Tripoli di Barberia, etc. ; Napoli, i83o, in-i8», p. io3.

(3) Plaut., Rudens, act. III, sc. 2, vers i5 et 16.

détruit par des troupeaux, et on ne connaissait plus qu’un laser, provenant de la Perse et de l’Arménie, très-inférieur à celui de la Cyrénaïque. Sous Néron on n’en trouva plus qu’un seul pied , qui fut envoyé à ce prince comme une grande rareté (1). Strabon attribue la cause de la rareté du silphium, de son temps , à une invasion de barbares qui avaient cherché à le détruire par l’extirpation même des racines; Solin, en répétant ce fait, ajoute que les Cyréuéens avaient contribué à détruire le silphium, pour se délivrer des impôts énormes dont il était l’objet.

Mais aucune puissance humaine ne saurait faire disparaître une espèce de plante quelconque. Un fragment de racine, une graine échappée au hasard, peuvent en assurer la propagation. Il n’est donc pas impossible que le Laserpitium derias de Pacho, ou le Thapsia silphium de Viviani, qu’on rencontre encore aujourd’hui dans la régence de Tripoli, ne soit le silphium des anciens. Seulement, dans ce cas il faut beaucoup rabattre des propriétés merveilleuses de cette plante. La plupart des voyageurs ont reconnu la propriété d’être nuisible aux bestiaux, et particulièrement aux chameaux. Ainsi, Délia Cella avait remarqué que les bestiaux de l’armée du bey s’empoisonnaient en mangeant uneombellifère ( Thapsia silphium, Viv.) qui croît sur les montagnes de la Cirénaïque, et qu’une si grande mortalité éclata parmi eux que l’armée fut menacée de les perdre tous. Cependant, grâce aux prudents conseils de son habile médecin, le bey put en conserver une partie, en changeant de lieu de pâturage. Il paraît que cette plante agit comme un violent drastique, surtout quand elle est desséchée : quelques brins de derias , mêlés par hasard à la paille que l’on donne aux bestiaux, suffisent, diton , pour tuer le chameau le plus robuste né sous un autre ciel que celui de Barcah. Mais c’est à peu près la seule propriété que le Laserpitium derias partage avecl esilphium des anciens (2).

(1) Pline, Hist. Nat., XVIII, 3.

(2) Il importe de ne pas confondre le silhium des anciens avec le silphium, L., des otanistes modernes : ce dernier appartient

6e Livraison. (États tripolitàins. )

l/UNIVERS.

Les tiges de oette plante , jetées sur des tisons ardents , servent aujourd’hui de nourriture à quelques pâtres désœuvrés ; c’était aussi l’usage qu’en faisaient les Asbytes avant l’arrivée des Grecs en Libye (1).

Lemaire, consul de Tripoli, cité par Paul Lucas , rapporte que les campagnes de Derne sont couvertes d’une plante que les Arabes nomment Cejie ou Zarra. C’est, selon lui, le silphium des anciens. « Cette plante, dit-il, fait un petit buisson; les feuilles en sont épaisses et veloutées, couleur de sang; elle est toujours verte, et fleurit en toute saison. La fleur en est jaune, et jette plusieurs bouquets les uns dans les autres en forme d’artichaut (2). »

Mais cette description ne s’applique à aucune des ombellifères qu’on puisse rapporter au silphium.

Les mangeurs de Lotos , ou lotophages , dont parle Homère vivaient dans les cavernes formées par les rochers qui entourent la petite Syrte (3). La nature du fruit qui fit oublier aux compagnons d’Ulysse le retour à Ithaque a été l’objet de nombreuses recherches.

Le nom de Lotus a été appliqué à plusieurs plantes différentes. Le Lotus consacré aux anciennes divinités de l’Égypte appartient au genre Nymphæa {N. lotus, Linn., à corolle rose, et N. cærulea à corolle bleue ) , de même que le lotus comestible , dont les fruits s’appelaient fèves d'Égypte, est une espèce de Nelumbium (N. speciosum ), qui croît dans le Nil aussi bien que dans le Gange. Les genres Lotus et Meliloius de Linné sont des légumineuses de la tribu des papilionacées. Enfin , le micocoulier de Provence ( Celtis australis , Linn.), ainsi que plusieurs espèces de Trigonella, Coronilla diospyros , Linn., avaient également reçu le nom de Lotos.

D’après l’opinion le plus accréditée, le Ziziphus lotus, Encycl. ( Rliamnus lotus, Linn.), est l’arbrisseau dont les fruits (jujubes) étaient mangés par les Lo-

à la famille des composées , et ressemble au senecon.

(r) Pline, XIX, 3.

(2) Paul Lucas, Voyages, elc., t. II, p. x 12.

(3) Hom., Odyss., IX.

tophages. Clusius et J. Bauhin avaient déjà soupçonné que le vrai Lotus des anciens était un jujubier; Sbaw partagea cette opinion. Linné l’admit aussi, én appelant cette plante Rhamnus lotus- Poiret et Desfontaines vinrent enfin lever tous les doutes à cet égard. Le premier trouva le Ziziphus lotus le long des côtes de Tunis et de Tripoli , particulièrement dans la petite Syrte et dans l’île de Djerbi. Desfontaines l’observa dans les mêmes contrées, et en donne la description suivante : C’est un arbrisseau très-rameux, d’environ trois ou quatre pieds de haut, qui, lorsqu’il a perdu ses feuilles , ne présente plus qu’un buisson composé de rameaux blancs, nombreux, fléchis en zig zag , très-épineux , d’un aspect tout à fait sauvage. Ses feuilles sont dures, petites, ovales, obtuses, légèrement dentées , à trois nervures; les pétioles très-courts; les fleurs petites, d’un blanc pâle, ramassées par paquets, axillaires le long des rameaux. Les fruits sont globuleux , roussâtres à leur maturité, offrant, sous une chair pulpeuse d’une saveur agréable , un noyau globuleux , à deux loges. Ses fleurs paraissent au mois de mai; ses fruits sont mûrs dans les mois d’août ou de septembre.

Cette description s’accorde assez bien avec celle qu’en donne Polybe. « Le Lotos des Lotophages, dit cet historien, est un arbrisseau rude et armé d’épines. Ses feuilles sont petites , vertes et semblables à celles du Rhamnus ; ses fruits encore tendres ressemblent aux baies du myrte lorsqu’ils sont mûrs; ils se teignent d’une couleur rousse ; ils égalent alors en grosseur les olives rondes, et renferment un noyau osseux dans leur intérieur. »

Hérodote décrit le Lotos de la manière suivante ; « Le fruit du Lotos est de la grosseur d’une baie de lentisquef^s- 6o<; oa ov tüç axivcu), et d’une saveur analogue à celle des dattes. Les Lotophages préparent du vin avec ce fruit (1). »

Polybe donne aussi des renseignements sur la manière dont on préparait le Lotos. « Lorsque le fruit est mûr, dit-il , les Lotophages le cueillent , l’écrasent et le renferment dans des vases ;

(1) Hérodote, IV , 177.

ÉTATS TRIPOLITAINS

iis ne font aucun choix des fruits qu’ils destinent à la nourriture des esclaves; mais ils choisissent ceux qui sont de meilleure qualité pour les hommes libres. On les mange ainsi préparés ; leur saveur approche de celle des figues ou des dattes. On en fait aussi une sorte de vin en les mêlant avec de l’eau. Cette liqueur est très-bonne, mais elle ne se conserve pas au delà de dix jours. »

Desfontaines remarque à cette occasion que les habitants des bords de la petite Syrte et du voisinage du désert recueillent encore aujourd’hui les fruits du Ziziphus lotus : « Ils les vendent , dit-il , dans les marchés , les mangent comme autrefois , et en nourrissent même leurs troupeaux; ils en font aussi une boisson , en les broyant et les mêlant avec de l’eau. Enfin , la tradition que ces fruits servaient anciennement de nourriture aux hommes s’est conservée parmi ces peuples : c’est encore ce même Lotos dont parle Homère , et qui avait un goût si délicieux qu’il faisait perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie (1). »

Les fruits du Lotos étaient sans doute une ressource précieuse pour des peuples qui habitaient un pays peu cultivé ; mais il ne peut appartenir qu’à l’imagination des poètes d’attribuer à ces fruits , très-inférieurs à beaucoup d’autres , tels qu’aux dattes , une saveur si agréable que les étrangers ne voulaient plus quitter une terre aussi fortunée.

Pour terminer cette discussion , j’ajouterai que le fruit du caroubier fieratonia siliqua), si commun dans cette contrée, pourrait bien avoir été le véritable Lotus des Lotophages, quoi qu’en disent Polybe et ses commentateurs.

Délia Cella s’appuie sur un passage d’Hérodote (IV, 176 et 177), confirmé par Strabon (III, 65, 6), pour soutenir que les Lotophages n’habitaient pas le pays de la petite Syrte , mais la Cyrénaïque, à l’est de Ciniphium (2).

Il est probable que le Ziziphus lotus est aujourd’hui moins abondant dans

(1) Desf., Acad. Par., 178S.

(2) La nave di Ulisse , sorpresa , a vele spiegate , dal vento di tramontana al capo Malea , non dovea punto essere spinta aile Sirte minore , ma bensi a Lotofagi délia Cirenaica,

ces contrées qu’autrefois, et qu’il a été en grande partie remplacé par le palmier. On distingue principalement deux espèces très-différentes de palmiers : le latanier nain ( Chamærops humilis, L. ) et le dattier proprement dit ( Phœnix daetylifera, L. ). A ces deux espèces on pourra ajouter une troisième, le Cucifera Thebaica,T)e\\\. Le premier est partout commun sur toute la côte de la Barbarie, ainsi que dans la Sicile, dans l’Italie et l’Espagne méridionale. Son fruit est inférieur aux dattes. C’est une baie presque ronde ; la pulpe qui environne le noyau est légèrement succulente, mielleuse, un peu sèche , mêlée à beaucoup de filaments. Ce palmier a une tige extrêmement courte ; il fleurit au printemps et porte des fruits en automne et dans l’hiver.

Quant au dattier, il se cultive particulièrement dans l’intérieur des terres, vers le désert; cependant on en rencontre aussi de belles plantations sur les côtes, et surtout dans la vaste plaine qui s’étend de Tripoli au cap Tagiura. Cet arbre majestueux , à tronc nu , non ramifié, couronné d’une touffe verte, imprime au paysage un caractère particulier. Ses fruits sont la principale ressource des habitants. Ils sont inférieurs aux dattes de Tunis , qui à leur tour le cèdent à celles du Fezzan. Ces dernières sont les plus estimées, et on les voit très-rarement sur les marchés d’Europe. Une seule grappe de dattes peut à peine tenir dans la peau d’un mouton , dont on se sert ordinairement pour les tenir fraîches et les conserver. Les jeunes pousses du sommet fournissent tous les ans , à l’époque de leur taille, une liqueur agréable , fermentescible, que les indigènes appellent laghibi. Au bout de quelque temps, par suite de la fermentation qu’elle éprouve, cette liqueur devient une espèce de vin fort et enivrant. Ils en boivent

che sono a mezzodi di quel Capo. La due circostauze, aggiunte da Omero d’aver salito queslo littorale, per far acqua, sono due tratli di più , presi dal vero in questa parte marittima delta Cirenaïca. Tanta concordanza avrebbe dovuto fissare prima d’ora questo punto di geografia Omerica. Viaggio da Tripoli, etc., p. ia3.

L’UNIVERS

souvent immodérément, malgré la défense du Koran. L’usage de ce vin est très-ancien; car Hérodote rapporte que Cambyse envoya aux Éthiopiens, par l’intermédiaire des Ichthyophages, quelques mesures de vin de palmier (1).

Les dattiers dont on a coupé les pousses pour en extraire le suc fermentescible ne portent des fruits qu’au bout de trois ans, et ces fruits sont alors d’une qualité supérieure. L’Afrique boréale est la patrie du palmier porte-dattes, Phœnix dactylifera, L. (2). Ce n’est qu’à quelque distance du littoral qu’on trouve le palmier doum ( Cucifera Thebaica, Del. ).

(1) Hérod., III, 20.

(2) Chaque continent a pour ainsi dire ses palmiers. L’Amérique compte plus d’espèces que l’Afrique et l’Asie réunies. Parmi les espèces qui fournissent le vin de palmier, on peut citer : Arenga sacchari- Jera , Lat. ; Sagus Rumphii , W.; Borassus flabelliformis , Cocos nucifera, L. ; Rhaphia 'Vinifera, Lab. ; Mauritia vinifera, Mart. Les jeunes pousses de ces palmiers sont en outre mangées en guise d’épi nards ; la moelle du Sagus Rumphii , dans l’Inde , donne une excellente fécule (sagou ). Les semences non mûres du Cocos nucifera renferment un liquide qui sert de boisson rafraîchissante ; à leur maturité, elles donnent une matière pulpeuse, saine, qu’on mange. Les baies vertes de V Arenga saccharifera sont confites avec du sucre. On exprime des graines de YElœis guineensis et d’autres espèces une huile grasse, qui se distingue des autres huiles par la présence de l’acide palmique. Le suc du Corypha umbraculifera , L., et Talie.rna sylvestris, palmiers de l’Asie, est émétique, et sert en médecine. Les noix de cocos, de grosseur monstrueuse, vendues autrefois très-cher, et que les eaux apportent souvent du rivage de l’Inde jusqu’aux îles Seychelles et plus loin , appartient au Lodoicea Sechellarum. Le Hyphœne coriacea, Pers. ( Cucifera Thebaica, Delisl., doum des Arabes), remarquable par sa division dichotome, fournit le Bdellium d'Égypte , substance gommo-résineuse , jadis employée comme diaphorétique et diurétique. Le Calamus draco, Will. ( Draccena draco ), donne le sang-dragon , remarquable par son principe colorant et la matière astringente qu’il renferme. Des troncs du Ceroxylum andicola , Humb., et du Corypha cerifera découle une cire particulière ( Cera de Palma, Carnauba B ras il ).

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