SCÈNE V
ZUTULBÉ, ALI-BABA.
Ab ! te voilà de retour , ma petite ? j'en suis bien aise; tu arrives à propos pour me rassurer.
ZUTULBÉ.
Que s'est-il donc passé pendant mon absence ? j'ai vu sortir d'ici beaucoup de monde , et je suis accourue , non sans inquiétude.
ALl-BÀBA.
Un maudit Egyptien m'a troublé la cervelle avec ses prédictions. Ne s' est-il pas avisé de médire que je trouverais un trésor ?
ZUTULBÉ.
lis en promettent autant a tout le monde*
Oui y n'est' ce pas ? c'est ce que je pensais quand ta ea entrée. £h ! bien , ma sœur • . •
ZVTULBE.
ITotre sœar. . • a fait une imprudence»
Tu m'effrayes !
Je regrette beaucoup de n'avoir pas iié chez elle «qç
beoreplatât.
Qu'a-t-elle donc fait 7
ZUTCJLBÉ.
Ne pouvant supporter plus long-temps la vue dt| malheureux Cassim^ elle vîçnl de le faire ensevelir.
Je ne vois pas grand mal à cela.
ZUTOLBÉ.
Non^ si elle-même avait rempli ce devoir religieux *, mais elle en à chargé un autre. . .
Et qui donc ?
-ZUTULBÉr
Le tailleur chez lequel Saadî est en apprentissage.
J'en suis fâché j cette confidence peut avoir les suites les
plus funestes.
zutulb£.
Si vous y consentez , notre maître , j'irai le trouver de votre part pour lui faire sentir combien sa discrétion vous est ^lécessaire ?
Oui, va.' On n'aura pas du moins à ae reprocher d'avoir manqué{de précautions.
ZUTULBÊ, revenant.
Morgî^ne m'a dît trë»-haut, quand je suis sortie, qaVUe viendrait souper atec vous. La pauvre femme! sans doute, ce n'est là qu'un prétexte pour vous entretenir de ses malfaeitrs.
19'importe, je veux la recevoir convenablement. Achète <^e qttè tu croiras nécessaire.
SUTVLBÉ.
Il faut que je prenne de l'argent. {Elle va pour monter le perron.) A propos, notre maître , je vais Yous rendre lesequin que vous m'aviez donné ce matin pour payer mes provisions. D'après ce qui s'est passé aujourd'hui, il ne serait pas prudent de faire circuler ces pièces. L'humidité du souterrain les a noircies ; on pourrait les reconnaître^ et concevoir des soupçons.
Ta réflexion est très-juste , mon enfant. Rends-moi ce sequin, j'ai là quelque paras qui te suffiront.
{Elle entre dans la maison.)
S€ENE VI.
SAADI, ALï-BABA.
SAADi entre en riant.
Ah! ah! ah! en promet-il ! en promet-il ce damné Gyptîen! toi, tu seras Visir^ toi Grand Muphti ; loi tu seras Bâcha à quatre queues» . à celle-ci, tu deviendras sultane j à celle-là, tu seras favorite du Calife ; et i tous, de 1 argent, de For, des joyaux comme s'il en pleuvait. Il n'en finit pas, quoi !.. et ils croyent tous cela comme si c'était ua chapitre du Coran. . faiU-il être bête, mon iwicle, pour ajouter fioi à toutes ces balivernes ? il me semble q«e si j'avais le
pouvoir de donner tank de belles choses au^ autres ^ je commencerais par en garder d'abord une jolie petite provision pour moi. Pas vrai , mon oncle ?
C'est du moins la réflexion que l'on devrait faire avant de se prêter à toutes les jongleries de ces charlatans.