‹ Ali le RenardChapitre 24 sur 48 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

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«Vous savez, Messieurs, que jeudi dernier, le général en chef avait donné l'ordre à mille hommes d'infanterie de la division I^ascar d'aller bivouaquer a l'entrée de la plaine de la Metidja. Le lendemain, lui-même partit à cinq heures du matin de la Kasaba avec tout son état-major et celui du général Polybe. Le général Calahitte les accompagnait avec quelques pièces d'artillerie. Deux compagnies

de chasseurs à cheval, commandées par d'Aubagne, formaient arrière-garde. La marche était ouverte par une vingtaine de cavaliers maures magnifiquement costumes et commandés par le nouvel aga des Arabes. Pour une visite faite à un vassal, encore tout brûlant de la gratitude de sa nouvelle investiture et de la foi de son nouveau serment , une escorte de quinze cents hommes et de plusieurs pièces de canon sentait une défiance quelque peu injurieuse. Pour une reconnaissance militaire poussée dans un pays inconnu , où rôdaient encore les débris d'une armée fanatique et des populations suspectes, ne prendre qu'une armée de quinze cents hommes était une hardiesse voisine de la témérité.

(( Blida se trouvant, ainsi que Medeah, sur le méridien de Sidy-Ferruch , il semblerait que la route dût s'embrancher à la voie romaine qui traverse Elbiar pour attaquer droit la Metidja. Au lieu de cela , on n'arrive à cette plaine qu'après avoir suivi quelque temps la route de Constantine. Nous sortîmes donc par le faubourg de Babazoun , et

remontâmes ensuite péniblement parmi les mamelons qui font suite au château de l'Empereur et au consulat de Suède.

« Un peu avant d'atteindre le plateau, nous fumes frappés d'un spectacle nouveau pour nos yeux. Nous avions vu des Bédouins éparpillés dans la plaine, des Turcs en ligne de bataille, les habitans d'Alger circulant dans leurs rues sales et obscures. Ces élémens ne peuvent donner une idée exacte d'une caravane pacifique arrêtée en plein midi dans une campagne riche et pittoresque. Une caravane de ce genre faisait halte auprès de deux belles fontaines entretenues par la dotation de quelques pieux musulmans. Elles sortent de deux jolis kiosques surmontés de coupoles, et le long des ruisseaux qu'elles forment en s'écoulant, de beaux mûriers, des figuiers et des peupliers blancs entremêlent leur épais feuillage. L'ombre et la fraîcheur eutretiennent dans le voisinage une pelouse grasse, que les dromadaires , les chevaux et les onagres de la caravane broutaient avidement. Des femmes voilées remplissaient d eau les outres de peau

de bouc; d'autres circulaient, portant sur leur tête , à la manière antique, des amphores d'argile pleines d'huile, des vases de bois ou de cuivre contenant les mets qu'elles venaient de préparer. Quelques Arabes faisaient leurs ablutions; d'autres, agenouillés sur de petites nattes de feuilles de palmier ou sur des tapis, et la face tournée à l'orient, faisaient la prière de neuf heures avec une foi à laquelle notre arrivée ne donnait aucune distraction. Des conteurs qui avaient interrompu, pour cette pieuse cérémonie, le récit des amours de Mejnown et Léila ou du combat iïAntar contre le hatrik Batermouth ^ rappelèrent bientôt leur auditoire; mais le commandant de la caravane venait de faire frapper les timballes en l'honneur du général, qui l'avait fait complimenter. Ses Bédouins déchargeaient en l'air leurs carabines ; les tambours et la m usique française répondirent à ces amicales démonstrations. L'hospitalité fut offerte : nous nous excusâmes de l'accepter, vu la longueur de la route que nous avions à parcourir; mais nous l'offrimes à notre tour, et Rontidy fit pro-

mettre au chef de la caravane qu'il viendrait lui faire visite a la Kasaba.

« Le terrain continuait a s'élever; nous franchîmes un petit affluent du Harrasch dont les bords étaient tout couverts de plantations de figuiers, et qui pour cette raison s'appelle Ouadalkermous * C'est une des limites septentrionales de laMetidja. Je voudrais, messieurs, pouvoir vous retracer l'étonnement et le plaisir qu'éprouvèrent nos camarades en apercevant cet admirable plateau entièrement tapissé d'herbe haute et parsemé de bouquets d'arbres, fertile comme une prairie, et immense comme une steppe , s'étendant à droite et à gauche par-delà les limites du beylik d'Alger, et devant soi paraissant également infini, car l'Atlas , qui le borne au sud , est azuré et vaporeux comme un nuage. La vue des arsenaux d'Alger, les deux mille canons de sa marine, nous avaient donné un juste orgueil de la conquête militaire; maintenant on apercevait l'importance et la richesse de la colonie.

« Des tribus kobaïl et bédouines vinrent confirmer cette riante perspective en se rangeant

sur notre passage pour prêter serment à leur nouveau suzerain . Plus loin , a deux lieues de Blida , les principaux habitans de cette ville s'avancèrent , leur kaïd en tête ; ils venaient , comme leurs frères, nous jurer obéissance et fidélité : ils écoutèrent avec beaucoup d'attention les paroles bienveillantes que je leur traduisis de la part du général en chef, et prêtèrent serment avec gravité , en gens qui sentent les obligations qu'il impose et sont résolus à les tenir.

« Le terrain commençait à s'accidenter : nous longions des maisons de campagne, des jardins enclos de haies vives de nopals et d'agaves, des aqueducs, des canaux d'irrigation, tout ce qui signale les approches d'une ville. Enfin Blida nous apparut avec ses minarets aériens , ses coupoles arrondies et ses toits couverts de tuiles, comme un gracieux bouquet de fleurs blanches et rouges entremêlées de branches de palmier et de citronnier. Deux collines de l'Atlas, entre lesquelles Blida est assise , forment comme le sein sur lequel serait posé le bouquet.

DE BLIDA. , ^Gq

« Les habitans du pays, fiers de leurs belles eaux et de leur riche végétation , disent emphatiquement que Blida est une miniature de Damas. Damas! la cite la plus grande et la plus opulente du Levant! Damas toute couverte des plus beaux édifices qu'ait élevés la foi musulmane ! A la vérité, Blida est, comme Damas, situé entre la plaine et la montagne : même abondance d'eaux, même luxe d'arbres et de jardins, et même avantage d'une terre fraîche sous un ciel pur et sous un soleil ardent; et lorsque a six heures du soir je vis ce ciel d'azur, cet Atlas chevelu, tout ce fracas d'arbres embaumés, d'eaux jaillissantes chaudement avivé de lumière et d'ombre par les rayons du soleil couchant, j'excusai un peu le présomptueux rapprochement.

(( En entrant dans la ville nous fûmes attristés par la vue de beaucoup de ruines. Un tremblement de terre renversa, il y a cinq ans, une partie de ses maisons et de ses mosquées; on voit pai^tout l'eau s'échapper parmi les décombres des aqueducs et des réservoirs. IjCS habitans nous recurent avec de vives dé-

monstrations de joie; nous fûmes entourés en un instant de marchands et de paysans qui venaient nous vendre les fruits du pays , des raisins précoces , des dattes ^ des oranges de la dernière récolte , des citrons fraîchement cueillis. Lekaïdvint en personne offrir au général et à sa suite, de grandes coupes pleines de sorbet et de limonade. Par ses soins, Fétatmajor avait été installé dans une grande plantation d'orangers qui fait face à la porte de la ville. Infanterie, cavalerie et artillerie établirent leurs bivouacs dans les maisons de campagne voisines.

(( Le lendemain , de grand matin , le général alla au pied de l'Atlas reconnaître les sources qui arrosent Blida. Les habitans ont bien raison d'en être fiers, le bey de Titery n'avait pas menti en les vantant : elles forment, en tombant des rochers, des cascades charmantes sur lesquelles se penchent mille arbustes chargés d'une mousse séculaire et mille festons de liane. Elles fournissent une eau si abondante, qu'à quelques pas elles mettent en mouvement plusieurs moulins à

blë, à foulon, et quelques autres usines d'une grossière industrie. La rivière qu'elles forment en se réunissant va grossir le cours du Ma-Safran .

« Il était assez singulier que le bey de Titery ne se trouvât pas à Blida pour recevoir un hôte auquel il avait adressé de si pressantes invitations; le kaïd auquel il avait délégué cet honneur ne pouvait s'expliquer son absence; il s'attendait à chaque instant à le voir arriver. 11 arriva en effet, mais non pour confirmer par l'hospitalité les sermens d'obéissance qu'il avait prêtés , non pour sceller en présence de ses sujets le pacte de vasselage et d'alliance qu'il avait contracté à la Rasaba accompagné de son seul fils. Il venait commencer son parjure par un guet-apens, ou plutôt son ambition jetait enfin le masque dont elle avait dû d'abord se couvrir. Quelques Turcs dévoués avaient formé à Medeah une espèce de divan qui l'avait proclamé dey d'Alger; il espérait prendre possession de la capitale, en faisant prisonniers le générai et son état-major, et en faisant ensuite capituler

l'armëe française au moyen de ces précieux otages. Ses Kobail, embusques autour du camp français, vinrent à coups de fusil proclamer leur nouveau pacha et dénoncer la trêve.

« Il était onze heures; M. de Kerambal, fatigué de la course du matin , comptait passer tranquillement dans sa maison de campagne le temps de la forte chaleur. Cette soudaine alerte , et les tristes informations que le kaïd vint enfin lui porter, le décidèrent surle-champ à ordonner les préparatifs du retour vers Alger. Son premier aide-de-camp, qui était sorti pour observer la position des ennemis, fut rapporté, quelques momens après, mortellement blessé. La fusillade se rapprochait : alors des ordres plus pressans furent donnés pour la retraite ; elle commença à midi.

« Quand les habitans nous virent défiler le long de leurs remparts de terre, ils furent consternés en pensant au sort qui les menaçait; ils s'étaient compromis en nous faisant bon accueil, et maintenant nous les abandonnions à la vengeance des soldats du perfide

bey de Titery. La position pénible de ces bons et honnêtes alliés nous attristait, mais nous n'étions pas en mesure de leur porter / secours; à peine étions-nous en force suffisante pour nous défendre nous-mêmes. Toutes les haies , tous les ravins à la sortie de la ville étaient garnis d'ennemis. Chaque jardin , chaque maison de campagne, était converti en une petite redoute, dont au passage il nous fallait essuyer le feu. Notre infanterie ripostait vivement ; et toutes les fois que la chose était possible , elle chargeait à la baïonnette pour déloger les Kobaïl.

(( Arrivés dans la Metidja, la lutte devint un peu moins désavantageuse. Un ennemi dix fois plus nombreux que nous nous pressait en flanc , en queue , en tête ; mais nos artilleurs pouvaient faire jouer leurs pièces de campagne, et la cavalerie commençait à charger. IjCS lances des chasseurs firent des prodiges, et comme si le souvenir de la Pologne devait toujours se mêler aux faits glorieux de cette arme nationale, un des lanciers qui ensanglanta le plus souvent sa ban- II. 18

derole, portait le nom de ce prince polonais que sa bravoure et sa fidélité ont rendu si cher aux Français. La compagnie qui n'était armée que de sabres rivalisa de zèle avec sa sœur : elle était excitée par la présence et l'exemple de tous les officiers d'état-major. Dans cette conjoncture pressante , où la stratégie n'était plus rien, parce que le nombre et l'énergie individuelle était tout, chacun ^exécutait noblement ; tout ce qui montait un cheval chargeait avec les chasseurs; et les plumes de coq de l'officier d'état-major ou de l'officier d'ordonnance , et les plumes noires et blanches des officiers-généraux. Le vicomte pourfendait un Bédouin, le marquis enfilait unRabilé, le prince désarçonnait un Turc, comme dans une autre croisade leurs nobles aïeux avaient combattu les Soliman, les Saladin et les Malek-Adel. Le général Polybe lui-même était descendu des hauteurs spéculatives pour devenir homme d'action; mais ses distractions ne l'abandonnent jamais complètement : il fit à lui tout seul une charge contre deux Bédouins; il les poursuivit si loin qu'il

s'approcha d'un parti qui fondit à son tour sur lui et manqua de l'envelopper. Le général en chef, à la tête de quelques officiers d'ordonnance, vint le dégager.

« L'aga et les Maures de sa suite firent preuve de bravoure et de dévouement à notre cause; ils chargèrent vigoureusement avec nos chasseurs, mais quelques uns furent victimes de leur zèle. Dans le désordre de la mêlée, nos soldats ne purent pas toujours distinguer les amis des ennemis quand leur costume était identique; et le manteau blanc de plus d'un Maure fut pris pour le burnous ou la chlamjde bédouine, par les cavaliers ou par les fantassins qu'ils étaient venus secourir. La confusion de langage ajoutait encore à celle des costumes. Ce fut ainsi que nous eûmes à regretter la perte du khodja ou secrétaire de l'aga.

« Ces engagemens continuels avaient rendu notre marche très lente, et le soleil était couché quand nous atteignîmes la partie tout-àfait rase de la Metidja. Fidèles à leurs habitudes, les Arabes suspendirent leurs attaques

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pendant la nu|t : il est vrai que les dernières salutations du général Galahitte les avaient rendus circonspects; la mitraille et les obusiers avaient fait d'effroyables ravages dans leurs rangs, aussitôt qu'ils n'avaient plus été couverts par les haies, par les ravins et les plis du terrain. Nous arrivâmes à minuit à la rivière des Figuiers , et nous fîmes une halte de trois heures.

« Un peu de repos sur le sable nous remit des fatigues de la journée ; mais l'appel qui fut fait au réveil porta la consternation dans nos cœurs; tant de soldats , tant d'officiers y manquaient ! Leurs cadavres , semés sur la route, étaient en ce moment insultés par les barbares, mis. en lambeaux par les bétes fauves. Je m'approchai des fourgons où l'on avait déposé les blessés, pour voir s'il n'y avait pas quelque soldat de mon pays, quelque officier de ma connaissance. Un de ceux que j'aperçus les premiersétait le commandant d'Aubagne, qui avait si vaillamment combattu à la tête des chasseurs à cheval; lui qui, la veille, au moment de la halte, m'assurait

n'avoir qu'une légère égratignure à l'épaule, elqui, le bras en écliarpe, donnait activement ses ordres, allant, venant, aussi vif et aussi gai que lorsque nous le voyions en ville dans le meilleur ëtat de santë. Il était étendu sans force, la figure décomposée, les facultés intellectuelles opprimées par la fièvre. Il ne me reconnut pas. Un chirurgien qui venait de le panser me dit qu'il avait reçu plusieurs coups de lance au haut de la poitrine et du bras, et que c'en était fait de sa vie si quelqu'un eût pénétré dans l'articulation de l'épaule. Pauvre jeune homme!

« Le corps d'infanterie qui avait éclairé notre marche progressive fut laissé aux fontaines pour couvrir notre retraite. Nous sommes rentrés à Alger ce matin : le général s'est enfermé chez lui pour aviser aux mesures que ce contre- temps nécessitera bientôt ; son chef d'état-major, pour en envelopper la confession dans les euphémismes d'un bulletin ; et moi , messieurs , souffrez que je vous quitte pour retourner à l'hôpital savoir des nouvelles du malheureux commandant, w

Verdanson ne dit pas un mot de Duclos et de GarganofF dans son récit de l'expédition de Blida; c'est qu'ils n'en avaient pas fait partie. Duclos , levé de très bonne heure , était venu frapper à la porte du prince, qui l'avait long-temps fait attendre avant de le recevoir : c'était sa coutume. Lorsque Kirkpr lui avait enfin ouvert, le prince, la tête enveloppée d'un foulard, et respirant des sels, se plaignait d'une violente migraine. L'aidede-camp alla, par son ordre, annoncer au général en chef qu'obligé de garder le lit, il se trouvait dans l'impossibilité de l'accompagner dans sa promenade,* qu'il en avait un regret infini, d'après ce qu'il avait entendu dire de la beauté du pays.

(c Etes -vous réellement malade? » lui demanda Duclos quand il se trouva seul avec lui.

Le prince le regarda d'un air étonné et presque blessé de son doute. L'imperturbable aplomb de l'inspecteur des télégraphes ramena la sérénité sur la figure du malade.

« Si je le suis! dit -il en appuyant sur son front la main de Duclos; voyez, je brûle; if

j'ai des étourdissemens effroyables; je suis tourmenté de nausées; si je nie levais debout, je craiVidrais de tomber sans connaissance. Le général en chef nous a fait veiller si tard, et nous a donné de si mauvais punch ! C'est cela, j'en suis sur, qui m'a dérangé. D'ailleurs je recommence à souffrir depuis quelques jours de douleurs au foie, que j'ai long -temps éprouvées pendant mon séjour en Asie.

— (( Voulez -vous que j'aille chercher un médecin? dit Duclos d'un ton railleur.

— (( Vous m'obligeriez,

— « J'y vais, dit-il. Nous le consulterons tous les deux à la fois. Je commence à croire à la réalité de votre mal, car je sens qu'il est contagieux; moi aussi j'éprouve tout à coup une horrible migraine. »

11 se dirigea vers la porte. Garganoff sauta du lit , et courut après lui avec une solidité de jambes inespérée.

(( Ne soyez donc pas si pressé » , lui dit-il en riant et reprenant l'air enjoué de la meilleure santé,

Duclos était dans une singulière position.

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11 était blessé devoir le prince user de dissimulation à son égard , après ce qu'il croyait avoir déjà fait pour lui. S'il ne pouvait être traité sur un pied d'égalité parfaite, il né voulait pas au moins du rôle d'un esclave humble et soumis : il fallait à sa fatuité l'aisance de l'affranchi. Mais à présent qu'on le traitait selon ses goûts , ses idées se rembrunissaient à la pensée des malheurs qui, d'un instant à l'autre, pouvaient fondre sur l'armée française. Le prétexte que GarganofF avait pris pour ne p?s aller à Blida annonçait clairement que les hostilités allaient recommencer, et un peu de remords poignait l'âme de Duclos, qui avait contribué de tout son pouvoir à la nomination du bey de Titery, et à la visite qu'on allait lui faire à Blida. Qui sait d'ailleurs si les Français qui restaient à Alger seraient à l'abri de tout péril? En tout tas, il avait été joué par le prince , au moins en ce qui touchait les pots-de-vin du bey, et il lui en fît des reproches assez durs.

« Vous auriez dû me dire la vérité tout entière, et alors peut-être je me serais abs-

teiiu.... au moins j'aurais exigé d'avance la remise des chevaux et du sabre.

— « Eh ! mon cher, il y a des sabres et des chevaux en Russie , et la libéralité de notre tzar est sans bornes.

— « La Russie ! monsieur , la Russie ! Ni vous ni moi ne sommes surs d'y aller.

— « Est-ce une menace? » demanda le prince en souriant d'un air de défi.

Du clos pensa aux armes terribles qu'il avait fournies au diplomate 5 il changea la signification de sa phrase en la commentant.

« Une fois l'insurrection flagrante, les amis peuvent être sacrifiés comme les ennemis î l'habit européen serait la livrée des proscrits.

— « Eh! mon cher, nous avons dans nos malles des habits turcs; on vous en prêtera; et des paroles turques dans nos bouches. Au port il y a des bricks grecs plus fins voiliers que ceux de la France, et les capitaines sont nos amis. »

L'aide-de-camp, qui rentra en ce moment, acheva de calmer la colère momentanée et les inquiétudes de l'inspecteur des télégraphes.

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