‹ Ali le RenardChapitre 23 sur 48 · II · texte numérisé non relu

II

ner la question à un juif dans votre propre cause.

— ((Comment! dit Bacri stupeTait, cette pauvre affaire de mes diamans î et qui vous a parle de cela? et qui peut prendre intérêt à ce misérable, pour quelques coups de bâton que je lui ai fait donner?

— « Encore une fois , monsieur Bacri , reprit le président trépignant d'impatience, nous vous remettrons cette peccadille; mais souvenez-vous qu'il y a des moyens d'aider les gens à faire des aveux ; voulez-vous nous réduire à les employer envers vous? Le nom du coupable qui a été se concerter au pont du Harrasch a\iiec les Bédouins?

— (c Vous l'exigez, messieurs; au moins promettez-moi le secret.

— {( Son nom , morbleu ! cria le président, à qui la perte du violon avait subitement donné un zèle acrimonieux.

— « Eh bien, messieurs, c'est l'ancien iman de la mosquée de la Kasaba, Ali- Théaleb. »

Quelqu'un frappa rudement a la porte.

DES MINISTRES. sSq

Bacri se laissa tomber sur sa chaise comme anéanti. 11 craignait d'avoir été entendu par une oreille musulmane. Il se rassura en voyant entrer un uniforme français. C'était l'interprète attaché au conseil qui revenait de Blida, où il avait accompagné le général en chef. On s'empressa de lui demander des nouvelles de l'expédition. « Le général en chef est rentré ce matin à la Kasaba avec tout son état-major et le cadavre de son premier aide-de-camp.

— « M. de Trélan a été tué? dit avec un intérêt triste le commandant de la place.

— « Oui, général; et mon malheureux ami le commandant d'Aubagne a reçu à l'épaule une grave blessure; d'autres officiers ont été blessés plus légèrement.

— « Mais , reprit le général , qu'a donc été cette promenade militaire, qu'on nous peignait comme une partie de plaisir?

— (( Quel doit avoir été le sort des soldats,, puisque autour du général en chef tant de blessures ont été reçues.

— « Puis-je parler avec franchise? de-

manda Tinterprète en arrêtant ses regards sur Bacri.

— « Monsieur Bacri; dit le président, le conseil vous remercie des renseignemens que vous lui avez fournis; vous pouvez vous retirer.

— « Encore une fois , messieurs, dit le juif en partant , je vous supplie de me gai^der le secret sur ce que je vous ai dit.

— « Et vous, dit le président, souvenezvous que tout ce que vous avez entendu ici ne doit jamais sortir de votre bouche. »

Quand la porte fut refermée, Verdanson, interrogé par tous les regards, reprit : « Le bey de Titery est révolté; ses troupes nous ont escortés à coups de fusil jusqu'à une lieue d'Alger. Notre voyage à Blida a été une promenade tranquille; notre retour une retraite, style de bulletin.

— (( Monsieur le commandant de la place, dit Audinos, je crois que dans ces circonstances , la discipline militaire d'Alger réclame toute votre vigilance. Moi, je vais donner toute mon attention à la police municipale.

— « Messieurs, leur dit le président comme ils allaient sortir, vous pouvez renvoyer le Turc qui attend dans la galerie. 11 est impossible de l'entendre aujourd'hui.

— « Je vais lui faire rendre les honneurs dus à son rang, dit Audinos; il sera escorte jusqu'à son domicile par deux gendarmes, qui resteront ensuite en sentinelle à la porte. »

Le consul , le président et le secrétaire du conseil, pleins d'inquiétude et de curiosité, prièrent Verdanson de leur raconter en détail la malheureuse expédition dont il venait de faire partie. L'interprète, se rendant à leurs désirs , leur parla en ces termes :

Page 1