DE TABLE. ^S
*— « Appelez-vous la France le peuple français? demanda de'daigneusenient le commandant du quartier-général , émigré qui avait les préjugés anglais sur les grenouilles. Sachez, sir James, que jamais un gentilhomme français n'a goûté à ces hideuses femelles des crapauds. »
Le chirurgien rit aux éclats; un sourire sillonna la figure attristée de Verdanson, que mon lecteur connaît déjà pour un amateur d'histoire naturelle.
(( Et, sans doute, reprit Macaulay , à Alger aussi , ces insectes ne sont mangés que par le peuple.
— « Pardon, dit l'Auxerrois, le mézouar, à qui je viens de faire part de votre supposition, m'assure que ce mets paraît sur les tables des plus grands seigneurs.
— « En ce cas, c'est un mets comme il faut)), et sir James avala le djirda quï\ tenait au bout de sa fourchette.
(( Eh! vieux fiston, enfant de pierreuse, baptisé avec de l'eau de morue, rends-nous le plat ». , cria au gendarme le jeune marquis
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de Finarsouil, gentilhomme qui mettait à copier les habitudes de la halle autant de zèle que les parvenus en mettent à singer celles de la cour. Il plongea dans la friture des mains plus sales que celles de Pantinois.
« Poltron et niais qui n'en mange pas! » cria Duclos avec emphase.
Les aides-de~camp, les volontaires et officiers d'ordonnance l'imitèrent par crânerie, et les sauterelles, malgré la répugnance qu'elles avaient inspirée d'abord , et qu'elles devaient inspirer à plus forte raison après avoir été touchées par les mains du marquis et du gendarme, furent dévorées jusqu'à la dernière.
Après le dessert, dont la pièce principale fut le adjin-thamar , ou dattes bouillies et pétries avec les noyaux, on servit du café presque aussi épais que du chocolat, mais d^un parfum délicieux. Le mézouar l'avait fait préparer par un cahouety (cafetier) voisin de la Kasaba , et qui à cette occasion avait tenu sa boutique ouverte jusqu'à sept heures, c'està-dire trois heures au-delà de l'habitude des marchands algériens. Le adjin-thamai^ avait