‹ Alice ou les mystères S. Ed. BulwerLyttonChapitre 100 sur 105 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Moa noble lord, vos dignea amis ont besoin de vous,

(Shakespeare. — Macbeth.) Il est à la besogne : les portes sont ouvertes.

(Le M£me.)

En quittant la maison de lady Doltimore, Lumley se fit conduire à son hôtel. Son secrétaire lui avait apporté d’autres lettres dont il n’avait pas encore pris connaissance. Mais il avait vu, par les suscriptions, qu’elles étaient de la plus haute importance. Pourtant, même dans la solitude de sa chambre, il se passa quelque temps avant qu’il pût distraire ses pensées de la destruction de ses projets de fortune, de la perte non-seulement des biens d’Eveline, mais aussi de la part qui lui en revenait (car le capital tout entier avait été placé entre les mains de Douce), de l’annihilation complète de ses grands desseins, du triomphe qu’il avait assuré à Maltravers ! Il grinçait des dents, dans sa rage impuissante, il gémissait tout haut, il arpentait sa chambre à pas rapides et inégaux. A la fin il s'arrêta en grommelant :

€ Allons 1 l’araignée continue son travail lors même qu’elle a épuisé les sucs qui pouvaient lui permettre d’ourdir de ' nouvelles trames; elle se place en embuscade, pour s’emparer de force des trames d’autrui. Brave insecte, tu es mon modèle! Tant que je respirerai, le monde et toutes ses vicissitudes, la fortune et toute sa malveillance, ne prévaudront pas contre mol! Quel homme a jamais échoué, avant de commencer par se renoncer lui-même comme un poltron, avant d’avoir vendu son âme à ce démon de' l’enfer, le désespoir! Je n’ai perdu après tout qu’une femme et une fortune ; j’avais vaillamment combattu pour les obtenir; c’est tou-

jours une consolation. Maintenant occupons-nous de ce qui me reste encore ! »

La première lettre que Lumley ouvrit, était de lord Saxingham. Elle le remplit de consternation., La question en délibération avait été formellement, mais soudainement décidée, dans le cabinet ministériel, contre Vargrave et ses manœuvres. Quelques expressions inconsidérées échappées à lord Saxingham avaient été immédiatement relevées par le premier ministre, et sa démission, plutôt insinuée que déclarée, avait été péremptoirement acceptée. Les adhérents de lord Saxingham et de lord Vargrave , dans le gouvernement , avaient été renvoyés sans exception ; et, au moment où lord Saxingham écrivait , le premier ministre était auprès du roi.

< Malédiction sur leur maladresse!... les imbéciles !... les idiots!... s’écria Lumley en écrasant la lettre dans sa main. Aussitôt que je les quitte, ils vont se casser la tète contre les çmrs. Malédiction sur eux!... Malédiction sur moi!... Malédiction sur l’homme qui veut lisser des cordes avec du sable! Il ne me reste rien... que l’exil ou le suicide! Ah! Qu’est-ce que ceci ? >

Ses regards étaient tombés sur l’écriture bien connue du premier ministre. Il déchira l’enveloppe, impatient de con-, naître toute l’étendue de son malheur. A mesure qu’il lisait, ses yeux étincelaient. La lettre était pleine de courtoisie, de flatteries, de séductions. Le ministre était un homme profondément versé dans les moyens d’étendre, aussi bien que d’épurer un parti. Saxingham et ses amis étaient des imbéciles, des incapables, presque tous des hommes qui avaient fait leur temps. Mais lord Vargrave, dans la force de l’âge ; Vargrave versatile, accompli, vigoureux, amer, peu scrupuleux ; Vargrave était d’une tout autre trempe , Vargrave était à craindre; et par conséquent il fallait le conserver, si c’était possible. Sa puissance de nuire se trouvait indubitablement accrue par le bruit universellement répandu à Londres qu’il était sur le point d'épouser une personne fort riche. Le ministre connaissait son homme. Dans des termes de regret affecté, il parlait de la perte que le gouvernement allait éprouver en se privant des services de lord Saxin- ’ gham, etc. etc ; Il se réjouissait de ce que l’absence de lord •Vargrave l’eût empêché de se trouver prématurément mêlé, par de faux scrupules d'honneur, à des scissions que son jugement devait condamner. Il traitait la question en dis-

cussion avec l'adresse la plus délicate; 11 reconnaissait que l’opposition précédente de lord Vargrave était raisonnable ; mais il déclarait que cette mesure était devenue depuis, sinon prudente, du moins inévitable. Il ne disait rien au sujet de la justice de la mesure qu’il se proposait d’adopter, mais il parlait beaucoup de son urgence. Il concluait en offrant à Vargrave, dans les termes les plus bienveillants et les plus flatteurs, le poste même , dans le cabinet, que lord Saxingham avait laissé vacant, en s’excusant de l’insuffisance de cette place relativement au mérite de lord Vargrave, et accompagnait cette offre d’une promesse définie et distincte de refuser à tout autre que lui la splendide viceroyauté de l’Inde , qui se trouverait vacante l’année suivante, par suite du rappel du gouverneur-général actuel.

Malgré son défaut de principes, peut-être ne sera-ce pas juger Vargrave avec trop d’indulgence que de dire que, s’il avait réussi à obtenir la main et la fortune d’Eveline, il aurait reculé devant la bassesse qu’il méditait en ce moment. S’emparer froidement de la place que lui, lui seul, avait fait perdre à son premier protecteur, et à son plus proche parent , trahir son parti, et profiter de cette trahison, se perdre éternellement dans l’opinion de ses anciens amis, passer dans l’histoire pour un apostat mercenaire, tout cela lui aurait répugné s’il avait vu à l’horizon un seul coin de terre sur lequel il pût poser honnêtement le pied. Mais les eaux de l’abîme se refermaient au-dessus de sa tête; il se serait accroché à.un fétu ; avec quel empressement devait-il donc consentir à se laisser recueillir par un vaisseau ennemi I Toute objection, tout scrupule s’évanouirent sur-le-champ. Et < l’or barbarique d’Ormuz et de l’Inde > scintilla devant les yeux avides de l’aventurier ruiné. Il n’y avait pas un jour à perdre. Quel bonheur qu’une proposition écrite, qu’il était impossible de rétracter, lui eût été faite avant quelarupture de ses projets de mariage fût connue ! Trop heureux de quitter Paris, il - partirait dès le lendemain, et conclurait en personne la négociation. Vargrave jeta les yeux sur la pendule : il était à peine onze heures. Que de résolutions s’opèrent en quelques moments I En une heure de temps il avait perdu une femme et une splendide fortune, il avait changé les opinions politiques de toute son existence, il était entré . au ministère, et il calculait déjà ce qu’un gouverneur-général de rinde pouvait mettre de côté dans l’espace de cinq années. Mais il n’était que onze heures ; il avait remis la <

visite de M. Howard jusqu’à minuit, il désirait beaucoup le, voir, et apprendre tout ce qu’on disait à Londres au sujet des événements récents ! Il agita vivement la sonnette. Le domestique se fit attendre un peu avant de répondre à cet appel.

La promptitude et l’exactitude étaient des vertus que lord Vargrave exigeait péremptoirement chez un domestique ; et comme il payait fort bien ces qualités (moins en gages qu’en tours de bâton), il était généralement sûr de les obtenir.

< Oïl diable étiez-vous donc ? Voilà la troisième fois que je sonne I Vous devriez être dans l’antichambre !

— Je vous demande mille pardons, mylord; mais j’aidais le valet de M. Maltravers à retrouver une clef qu’il avait laissée tomber dans la cour.

— M. Maltravers ! Est-ce qu’il loge dans cet hôtel?

— Oui, mylord. Son appartement est juste au-dessus du vôtre.

— Ah !.... M. Howard a-t-il pris un logement ici ?

— Non, mylord. Il a fait dire qu’il était allé chez sa tante, lady Jane.

— Ah ! lady Jane. Elle demeure à Paris ? Tiens, c’est vrai : rue de la Chaussée d’Antin. Vous connaissez la maison ? Allez-y sur-le-champ ; allez vouâ-même ; ne vous fiez pas à un messager; et priez M. Howard de revenir avec vous. J’ai besoin de le voir tout de suite.

— Oui, mylord. >

Le domestique partit. Lumley était dans une disposition d’esprit où la solitude est intolérable. Il était surexcité; et une certaine humiliation naturelle, causée par la ligne de conduite qu’il s’était décidé à suivre, lui faisait souhaiter d’échapper à ses pensées. Ainsi donc Maltravers se trouvait sous le même toit que lui ! Il lui avait promis une entrevue pour le lendemain ; mais le lendemain il désirait être sur la , route de Londres. Pourquoi ne pas le voir le soir même? Mais Maltravers nourrissait-il par hasard quelques projets hostiles? Impossible 1 Quels que fussent ses griefs, ils étaient d’une nature trçp secrète et trop délicate pour admettre des témoins, des pistolets, des paragraphes de journaux. Vargrave pouvait se croire assuré qu’il ne serait retenu par aucun rendez-vous au bois de Boulogne ; mais il était nécessaire à son honneur (!) qu’il ne parût pas éviter l’homme qu’il avait trompé et offensé. Il irait le trouver sur-le-champ;

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une nouvelle excitation donnerait une nouvelle direction à ses pensées. Pour exécuter ces résolutions, lord Vargrave quitta sa chambre, et il était sur le point de fermer la porte d’entrée, lorsqu’il se ressouvint que son domestique ne rencontrerait peut-être pas Howard, que le secrétaire arrive-' rait probablement avant J’heure fixée ; il valait mieux laisser la porte ouverte. Il s’arrêta donc, et il écrivit sur une feuille de papier. < Clier Howard, envoyez-moi chercher aussitôt que vous arriverez : je serai chez M. Maltravers, au second. » Avec des pains à cacheter, Vargrave colla son affiche sur la porte, qu’il laissa entre-bâillée, de façon que la lampe placée sur le carré éclairât en plein le papier.

Ce fut la voix de Vargrave, dans la petite antichambre extérieure demandant au domestique si M. Maltravers était chez lui, qui fit tressaillir Cesarini, et lui coupa la parole au moment où il allait répondre à Ernest. Chacun d’eux reconnut cette voix claire et aiguë; chacun d’eux regarda l’autre.

« Je ne veux pas le voir, dit Maltravers, en s’élançant vivement vers la porte. Vous n’êtes pas en état de...

— De le rencontrer? non 1 dit Cesarini avec une expression furtive et sinistre qu’aurait comprise un homme accoutumé à voir des aliénés, mais que Mallravers ne remarqua même pas. Je mé retirerai dans votre chambre à coucher; mes yeux sont appesantis ; je dormirai volontiers.

En disant ces mots, il ouvrit la porte intérieure, et il l’avait à peine refermée lorsque Vargrave entra.

t Votre domestique m'a dit que vous étiez occupé ; mais j’ai pensé que vous pourriez bien recevoir un ancien ami. ».

Et Vargrave s’assit tranquillement.

Maltravers tira le verrou de la porte qui les séparait de Cesarini, et ces deux hommes, dont le caractère et la vie formaient un si éclatant contraste, se trouvèrent seuls.

« Vous désiriez avoir avec moi une entrevue, une explication, dit Lumley; je ne recule ni devant l’uiie, ni devant l’autre. Permettez-moi d’aller au-devant de vos questions et de vos plaintes. Je vous ai trompé de sang-froid, et avec connaissance de cause, c’est très-vrai ; tous les stratagèmes sont permis en amour comme en guerre. Le butin en valait la peine! Je croyais que ma carrière en dépendait ; je ne pus résister à la tentation. Je savais bien qu’avant longtemps vous apprendriez qu’Eveline n’était point votre fille; que votre premier entretien avec lady Vargrave me trahirait; mais cela valait bien la peine de tenter un coup de main. Vous

Digiiizea , ' '^;le

avez déconcerté mes desseins, et vous m’avez vaincu ; ainsi soit-il, je vous en félicite. Vous ôtes assez riche, et la perte de la fortune d’Eveline ne vous contrariera pas comme elle m’aurait contrarié.

— Lord Vargrave, tmiter aussi légèrement le 'noir mensonge que vous avez conçu et les horribles tourments que vous m’avez infligés, ce n’est qu’un méprisable subterfuge.

Votre vue m’est devenue pénible; elle remue à ce point dans mon âme des passions que je voudrais étouffer, que plus tôt notre entrevue se terminera,, mieux cela vaudra. J’ai à vous accuser d’un autre crime, qui n’est peut-être pas plus lâche que celui que vous avouez si tranquillement, mais dont les conséquences furent plus funestes : vous me comprenez?

— Point du tout.

■ — Né me poussez pas à bout! ne mentez pasi dit Maltravers, toujours d’une voix calme, quoique ses passions, naturellement violentes, ébranlassent tout son être. C’est à vos artifices que je dois l’exil de tant d’années que j’aurais pu mieux employer; c’est à vos artifices c^ue Cesarini doit le naufrage de sa raison, et que Florence Lascelles doit sa tombe prématurée I Ah! vous voilà pâle maintenant! votre langue reste paralysée! Pensez-vous que ces crimes puissent échapper toujours à leur récompense? Pensez-vous qu’il n’y ait point de justice dans les foudres de Dieu?

— Monsieur, s’écria Vargrave en se levant brusquement, je ne sais ce que vous soupçonnez. Je me sbucie peu de ce que vous croyez ! Mais je suis responsable de mes actes vis- * à-vis des hommes, et je suis tout prêt à en rendre compte.

Vous m’avez menacé en présence de ma pupille; vous avez ' •

parlé de lâcheté et de danger. Quelles que soient les fautes qu’on me reproche, l’absence de courage n’est pas du nombre. Mettez vos menaces à exécution : je suis prêt à les braver ! ^ ^ •

— Il y a un an, il yia peut-être un mois, répondit Maltravers, j’aurais pris la Justice entre mes mains mortelles; même ce soir s’il eût été nécessaire de hasarder la vie de ' l’un de nous pour arracher Eveline à vos persécutions, j’aurais tout risqué pour elle! Mais tout cela est passé; vous n’avez rien à craindre de moi. Les preuves de votre premier crime, et de ses terribles résultats, suffiraient seules pour

me détourner de la solennelle responsabilité de la vengeance humadne! Grand Dieu! quelle main oserait envoyer un cri-

rniiOBl si endurci, et si souillé de noirs forfaits, sans expia- , tion, sans repentir, sans préparation, devant le tribunal de la justice divine ! Allez, malheureux 1 que la vie vous soit loiigbemps conservée ! Réveillez-vous ! Sortez de votre aveuglemei^ dans ce monde, avant que vos pieds aient franchi le seuil irrévocable d’une autre vie I — Je ne suis pas venu ici pour entendre des homélies, ou pour prêter l’oreille au jargon des bigots, dit Vargrave, s’effofçanl en vain d’affecter une attitude arrogante que son aspect coupable et humilié démentait terriblement. Ce n’est pas moi, c’est un monde pervers qu’il en faut accuser si, pouf réussir, la nécessité m’a poussé à des actes qu’une stricte .moralité ne peut justifier peut-être, mais dont je ne pouvais prévoir les effets, moi qui ne suis pas prophète. J’ai fait comme tant d’autres, qui ont à lutter contre la fortune afin de devenir riches et puissants; l’ambition est souvent obligée de se servir d’assez sales échelles.

. ■— Ohl écoutez les avertissements pendant qu’il en est temps ' encore ! dit Maltravers avec conviction, touché invo- . lontairement, et en* dépit de l’horreur que lui inspirait le criminèl, par l’espèce de regret que semblait indiquer cette' .tentative de justification : ne vous abritez pas derrière ces miséi’àbles sophismes; jetez un regard sur votre carrière passée; voyez à quelle élévation vous auriez atteint, avec les dons rares et l’énergie que vous possédez, avec cette pénétration subtile et ce courage indomptable, si votre ambition avait choisi le droit chemin au lieu des sentiers tortueux. Arrêtez-vous I selon les lois de la nature, bien des années vous seront peut-être encore accordées pour revenir sur vos pas, pour expier envers des milliers d’hommes les maux que vous ayez infligés à quelques-uns d’entre eux. Je ne sais pourquoi je vous parle ainsi : mais un sentiment plus divin que l’indignation m’y pousse; quelque chose me dit que vous êtes déjà sur le bord de l’abîme ! »

Lçjîti Yargrave changea de couleur, et garda le silence pendant quelques instants; puis relevant la tête, il dit avec un pâle Sburire ;

c Maltravers, vous êtes un faux prophète. En ce moment, mes" sentiers, tout tortueux qu’ils soient, m’ont conduit jusqu’au sommet de mes plus hautes espérances; la droite route m’aurait laissé au pied de la montagne. Vous êtes vousmême un fanal qui met en garde contre la ligne de conduite qqelvous recommandez. Comparons-nous l’un à l’autre. Vous

avez pris la droite route; moi, le sentier tortueux. Vous aviez plus de fortune que moi ; vous m’étiez infiniment supérieur comme génie; vous étiez né pour commander tou-, jours, pour ne ramper jamais; maintenant, chaGun de nous est dans la force de l’âge; quelle est notre position relative? Vous avez une réputation stérile et sans profit; vous n’avez point de rang, point de pouvoir, presque pas d’espérance d’en avoir jamais. Moi... mais vous ne connaissez pas ma nouvelle dignité : moi, j’entre dans le cabinet ministériel de l’Angleterre ; de vastes perspectives de fortune se déroulent à mes regards ; les plus hautes dignités ne sont pas'interdites aux calculs raisonnables de mon ambition! Vous, vous épousez quelque grande rêverie, vous poursuivez quelque but chimérique, qui s’évanouit quand vous voulez le saisir. Moi, je me balance, comme un écureuil, de projet en projet; si l’un me fait défaut, qu’importe? n’en ai-je pas un autre sous la main?.Il y a des hommes qui se seraient à ma 'place coupé la gorge de désespoir, il y a une heure, en perdant le fruit de sept années d’efforts : une belle fiancée, et une riche fortune du même coup ! J’ouvre une lettre, et je trouve 16 succès d’un côté pour me dédommager de l’échec qui pès9 dans l’âutre plateau de la balance. Bah ! bah 1 chacun son métier. Maltravers ! A vous l’honneur, la mélancolie, et je repentir aussi, si bon vous semble ! A moi la vie rapide, haie-, tante, qui ne regarde jamais en arrière, qui ne mesure jamais les échelons de l’avenir. Ne nous envions pw l’un l’autre; si Vous n'étiez Diogène, vous voudriez être Aléxan-^ dre. Adieu, notre entrevue est finie. Voulez-vous oublier, pardonner, et me serrer la main encore une fois? Vous vous retirez , vous froncez le sourcil ! eh bien, peut-être aVëzvous raison. Si nous nous revoyons jamâis...

— Ce sera comme étrangers. ' •

— Point de serments téméraires ! Vous reviendrez peut-

être à la politique; vous aurez peut-être besoin d’une place. Je suis de votre bord maintenant : et., ah! ahd ah!., le pauvre Lumley Ferrers pourrait vous faire nonimer ministre^ des finances. Ces sentiers tortueux, voyez-vous, valent bien le droit chemin pour y voyager à l’aise, gratis et' sans cahots.> , Adieu ! > ‘ .

En entrant dans '“la chambre où Cesarini s'était retiré. Maltravers ne l’y trouva plus. Son domestique lui dit que l’étranger était parti peu de temps après l’arrivée de lord Vargrave. Ernest se reprocha amèrément d’avoir négligé dé

fermer la porte qui conduisait à l'antichambre ; cependant il lui paraissait probable que Cesarini reviendrait le lendemain matin. ,

Le messager qui avait porté sa lettre à Montaigne revint lui dire que ce dernier était à sa maison de campagne, mms qu’on l’attendait à Paris le lendemain de bonne heure. Maltravers espérait le voir avant son départ ; en attendant, il se jeta sur son lit, et, en dépit des préoccupations inquiètes qui .l’accablaient , la fatigue de corps et d’esprit qu’il avait éprouvée ayant épuisé les forces de son corps d’airain, il s’endormit d’un profond sommeil.

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