‹ Alice ou les mystères S. Ed. BulwerLyttonChapitre 104 sur 105 · X) 000 francs · texte numérisé non relu

X) 000 francs

L’argent destiné à l’acquisition de Lisle Court, que M. Douce avait été si impatient de tenir entre ses griffes, n’aurait pas suffi pour empêcher la banqueroute ; mais il n’en fallait pas tant pour lui procurer les moyens de vivre fort à son aise. Douce était bien inférieur en esprit, en finesse, en stratagèmes à Vargrave ; et pourtant Douce l’avait trompé comme un enfant. Ce petit malin de philosophe français avait bien, raison : « On peut être plus fin qu’un autre, mais pas plus fin que tous les autres. »

Maltravers retrouva Legard à Douvres, et lui annonça la ruine de la fortune d’Eveline ; et son affection pour Legard s’accrut, lorsqu’il vit que, loin d’ébranler son amour, cette perte importante semblait plutôt ranimer ses espérances. Ils se séparèrent, et Legard partit pour Paris.

Mais, pendant tout ce temps, n’allez pas croire que Maltravers oubliât Alice. Il n’était pas depuis douze heures à Londres, qu’il lui avait confié sans détour, dans une longue lettre, toutes ses pensées, toutes ses espérances, toute l’expression de sa reconnaissance profonde et pleine d’admiration. Il la conjura de nouveau, solennellement, d’accepter sa main, et de confirmer à l’autel le récit qu’il avait fait à Eveline. Il lui dit avec sincérité que le saisissement que lui avait d’abord causé le mensonge de Vargrave, que son énergique résolution d’effacer toute trace d’un amour alors associé à l’horreur d’un crime; puis, que la découverte qu’il avait faite si peu de temps après de la constance et de l’amour d’Alice, que tout cela avait détrôné l’image d’Eveline de la place que jusque-là elle avait occupée dans ses pensées et ses désirs. Il lui dit, avec vérité, qu’il était maintenant convaincu qu’Eveline serait bientôt consolée de l’avoir perdu, par un autre, avec qui elle serait plus heureuse qu’elle ne l’eût été avec lui. 11 déclara solennellement que, si Alice devait continuer à le repousser, que, si même elle devait disparaître du monde, ses prétentions à la main d’Eveline ne pourraient jamais se renouveler, et que la mémoire d’Alice posséderait à jamais la place de tout autre amour.

La réponse d’Alice arriva; elle lui perça le cœur. Elle était si humble; si reconnaissante, si tendre toujours ! A son insu l’amour colorait chaque mot de sa lettre ; mais c’était l’amour blessé, humilié, froissé, étouffé : c’était l’amour puisant sa fierté dans sa pureté et sa profondeur mêmes. Alice refusait son offre.

Plusieurs mois s’écoulèrent ; Maltravers comptait sur le

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temps pourmodifiercelte résolution. Le pasteurétaitretourné à Brook Green, et ses lettres entretenaient les espérances d’Ernest et rassuraient ses craintes. A mesure qu’il avait davantage le temps de la réflexion, les teintes colorées et éblouissantes dont l’image d’Eveline s'était parée à ses yeux, s’elTaçaient de plus en plus, et chaque jour une auréolé plus brillante environnait son premier amour. A mesure qu’il méditait l’histoire passée d’Alice, et la singulière beauté de son fidèle attachement, il se sentait de plus en plus saisi d’étonnement et d’admiration, de plus en plus empressé de s’unir à celle envers qui la nature avait été si prodigue des dons qui font de la femme l’ange et l’étoile de la vie.

Le temps s écoulait ; les nouvelles que Maltravsrs recevait de Paris confirmaient toutes ses prévisions ; les assiduités de Legard avaient remplacé les siennes auprès d’Eveline. Ce fut alors qu’il commença à se demander si la fortune d’Eveline et de son futur mari était assez considérable pour assurer honorablement leur avenir. La fortune est quelque chose de si indéterminé selon les besoins qu’on lui donne à satisfaire I

En dépit de toutes ses bonnes qualités, Legard était naturellement négligent et dépensier ; et Evelino avait trop peu d’expérience, et peut-être trop de douceur, pour corriger ces tendances. Maltravers apprit que la fortune de Legard exigeait de l’économie, et il craignait que, malgré sa réforme Legard n’eût pas assez de fermeté et d’abnégation pour s’y contraindre. Après réflexion, il résolut d’ajouter secrètement aux débris de la fortune d’Eveline une somme qui, placée sur la tête de la jeune femme et réversible à ses enfants parerait à tous les dangers de l’imprévoyance de son mari et préviendrait ces embarras financiers, les plus grands perturbateurs de la paix domestique. Il put accomplir cet ^te de générosité, à l’insu de l’un et de l’autre, en leur faisant croire que cette somme provenait des débris de la fortune d Eveüne, et des profits de la vente des maisons de G**', qui nécessairement n’avaient pas été compromises dans la banqueroute de Douce. Puis, si jamais il épousait Alice, le douaire de sa femme, qui lui était assuré sur la propriété appartenant à la villa de Fulham, reviendrait à Eveline Maltravers ne pourrait jamais accepter ce qu’ Alice tenait d un autre. Pauvre Alice ! Non ! il ne pouvait accepter cette fortune modeste que tu avais regardée souvent avec tant de

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complaisance, comme devant lui appartenir un jour ou l’autre.

Lord Doltimore voyage en Orient ; lady Doltimore, moins aventureusej a fixé sa demeure à Rome. Elle a maigri, et s’est lan'cée dans les antiquités et le rouge. Elle est d'une gaité remarquable : il n’est pas rare que l’opium produise cet effet.

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