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— Quelle amère dérision 1 s’écria Vargrave ; c’était là la folle promesse d’une jeune fille ; une impulsion qui dépend du premier caprice. Pouvez-vous supposer que lorsqu’elle se lancera dans toutes les dépenses naturelles à son âge et nécessaires à sa position, elle ne trouvera pas mille moyens de dépenser son argent, auxquels elle ne songe pas en ce moment? mille vanités, mille bagatelles, qui elTaceront bientôt de sa mémoire mes titres si chétifs et si vides à sa munificence ? Pouvez-vous supposer que si elle en épouse un autre, son mari consentira à cette romanesque fantaisie d’enfant? Et quand tout cela serait probable, s’il était possible que les jeunes filles ne fussent pas dépensières, et que les maris n’eussent pas le sens commun, pensez-vous qu’il m’appartiendrait, à moi. Lord Vargrave, de dépendre d’une charité faite à contre-cœur ? Jouer le rôle d'un cousin pauvre, d’un capitaine retraité! Dieu sait que j’ai aussi peu de fausse fierté que qui ce soit, mais pourtant c’est là une humiliation à laquelle je ne saurais m'abaisser. D’ailleurs, Caroline, je ne suis pas un avare, un Harpagon ; je ne souhaite pas la richesse pour la richesse, mais pour les avantages qui en découlent : le respect, les honneurs, la position. Tput cela, je l’obtiendrai comme mari de la riche héritière. L' obtiendrais-je si je dépendais d’elle pour vivre? Non I Depuis six ans tous les desseins que j’ai formés, toutes les lois que je me suis fuites dans ma conduite n'ont eu en vue qu’un seul objet assuré et défini ; et cet objet, je ne le laisserai pas maintenant, à la dernière heure, échapper de mes mains. Il suffit. Vous passerez par Brook Green en revenant de Comwall; vous emmenerez Eveline avec vous à Paris; quant au reste, laissez-moi faire. Ne craignez de ma part ni folie, ni violence, quels que soient mes desseins; je travaille toujours dans les ténèbres. Et puis, je ne désespère pas encore de me faire aimer d’Eveline, de m’en faire accepter volontairement. Je suis naturellement porté à espérer; j’envisage toujours les choses sous leur aspect le plus riant. Faites comme moi. >
Ici leur conférence 'fut interrompue par Lord Doltimore qui entra nonchalamment, le chapeau tout de côté.
a Ah! Vargrave, comment vous portez-vous? Vqus n’oublierez pas ces lettres de recommandation, n’est-ce pas? Oïl donc allez-vous, Caroline?
— Je vais seulement dans ma chambre mettre mon chapeau; la voiture sera en bas d'ici à quelques minutes. »
Et Caroline s’échappa.
M Vous allez en Cornwall demain, Dollimore!
— Oui; c'est assommant! mais lady Elisabeth veut absolument nous voir, et après tout je ne suis pas ennemi d’une semaine de bonne chasse. D'ailleurs la vieille dame a quelque chose à laisser après elle, et Caroline n'a pas eu de dot; ce n’est pas que j'y tienne, mais enfin le mariage coûte cher.
— A propos, vous aurez besoin des cinq mille livres sterling ’ que vous m’avez prêtées?
— Mais... aussitôt que cela ne vous gênera pas. ■
— Cela suffit ; je vais m’en occuper. Doltimore, je désire vivement que le début de lady Doltimore à Paris soit brillant; tout dépend de la société dans laquelle on se trouve lancé dès l’abord. Quant à mOi je ne me soucie pas de ce qui est fashionable, et je ne m’en suis jamais soucié; mais si j’étais marié, et que je n’eusse rien à faire, comme vous, ce serait différent.
— Oh! vous nous serez bien utile quand nous reviendrons à Londres. En attendant, vous savez que vous avez ma procuration à la chambre des Lords. Il y aura, sans doute, des débats fort orageux pendant les premières semaines qui suivront la réouverture.
— C’est probable. Il y a une chose sur laquelle vous pouvez compter, mon cher Doltimoro; c’est que, lorsque je ferai partie du ministère, un certain lord de mes amis obtiendra le litre de comte. Adieu.
— Adieu, mon cher Vargrave, adieu. Et dites donc... dites donc; ne vous préoccupez pas de celte bagatelle en question, ne me payez que dans quelques mois d’ici, si vous voulez; cela m’est égal.
— Merci; je vais examiner mes comptes, et j’userai, s’il
est nécessaire, de votre obligeance, sans faire de façons. Allons, nous nous reverrons sans doute à Paris. Ah 1 j’oubliais. Il paraît que vous avez renoué votre intimité avec Legard. C’est assurément un fort bon garçon, et je lui ai donné celte place pour vous obliger; pourtant, comme vous êtes marié, maintenant mais peut-être vais-je vous of-
fenser?.
— Point du tout. Qu’y a-t-il contre Legard?
— Pas la moindre des choses; seulement il est un peu