‹ Alice ou les mystères S. Ed. BulwerLyttonChapitre 83 sur 105 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Angoisse, qui augmente do force à chaque moment, et qui Unira par m’englontir.

(Lillo. — La evriosUi funeste.)

Maltravers trouva Eveline seule. Elle se tourna vers lui, et le salua comme d’habitude par un aimable sourire; mais ce sourire s’évanouit aussitôt qu’elle aperçut la physiouo-

mie altérée et bouleversée de son fiancé. Des gouttes de sueur froide perlaient sur son front pâle et rigide, ses lèvres frémissaient comme sous l’angoisse d’une torture physique; les muscles de son visage s’étaient détendus, et il y avait, dans la fixité et l’éclat fébrile de son regard, quelque chose de sauvage qui épouvanta Eveline.

c Vous êtes malade, Ernestl... cher Ernest, vous êtes malade 1 votre regard me glace !

— Non, Eveline, dit Maltravers en recouvrant son empire sur lui-même, par un de ces efforts dont sont seuls capables les hommes qui ont souffert sans chercher de sympathie, — non, je vais mieux à présent ; j’ai été malade, très-malade, mais je vais mieux I

— Malade !... et je ne l’ai pas su! >

En disant ces mots, elle essaya de lui prendre les mains. Maltravers recula.

€ C’est du feul... cela brûle 1... arrière!... s’écria-t-il avec emportement. O mon Dieul épargnez-moi, épargnezmoil >

Eveline était maintenant sérieusement effrayée; elle le regardait avec la plus tendre compassion, Etait-ce un de ces accès accablants d’hypocondrie auxquels on disait tout bas qu’il était sujet? Tout singulier que cela puisse paraître, malgré sa frayeur, il lui était plus cher dans ce moment de sombre mélancolie que dans toute la splendeur de sa majestueuse intelligence, ou avec tout le charme de ses tendres discours.

< Que vous est-il arrivé? dit-elle en se rapprochant de lui ; avez-vous vu lord Vargrave?je sais qu’il est arrivé, car il m’a envoyé son domestique pour m’en prévenir. Vous aurait-il dit quelque chose qui vous ait contrarié? ou bien (ajouta-t-elle timidement et en balbutiant) la pauvre Eveline vous aurait-elle offensé? Parlez-moi, de grâce parlez-moi l »

Maltravers se tourna vers elle; son visage était maintenant calme et serein; à part sa pâleur extrême et presque surnaturelle, on n’apercevait plus aucune trace de l’enfer qui le consumait intérieurement.

« Pardonnez-moi, dit-il avec douceur: je ne sais ce matin ce que je dis ou ce que je fais. Ne vous en préoccupe®; pas; ne vous préoccupez pas de moi; cela se passera lorsque j’entendrai votre voix.

€ Vous chanterai-je les paroles dont je vous parlais hier au soir? Voyez, elles sont là toutes prêtes. Je les sais par

cœur, mais j’ai pensé que vous aimeriez à les lire; elles ont tant de simplicité et de sentiment vrai ! >

Mallravers lui prit la romance des mains, et pencha la tête sur le papier ; d’abord les lettres lui parurent troubles et indistinctes, car il avait un brouillard devant les yeux; mais à la fin quelque fibre de sa mémoire fut ébranlée; il se souvint de ces vers : il les avait composés pour Alice dans les premiers jours de leurs délicieuses amours. C’étaient des anneaux de la chaîne d'or par laquelle il avait cherché à lier le génie du savoir au génie de l’amour.

« Et de qui votre mère a-t-elle appris ces paroles? dit-il d’une voix faible, en posant avec calme les vers qu’il tenait à ia main.

— Je n'en sais rien; un de ses amis les composa, il y a bien des années, et les lui donna. Il fallait que cet ami lui fût bien cher, à en juger par l’effet qu elles produisent encore sur elle.

— Pensez-vous, dit Maltravers d’une voix sourde, pensezvous que ce fût votre père?

€ Mon père I Elle ne me parle jamais de mon père. On m’a appris de bonne heure à éviter toute allusion à sa mémoire. Mon pèrel.. c’est probable... oui! c’était peut-être mon père ; quelle autre personne aurait-elle aimée avec tant de tendresse? >

Il y eut un long silence; ce fut Eveline qui le rompit.

« J’ai reçu des nouvelles de ma mère aujourd’hui, Ernest; sa lettre me fait peur, je ne sais pourquoi!

— Ah!., et comment?...

— Elle est écrite à la hâte, avec incohérence, presque avec égarement. Ma mère me dit qu’elle a appris quelque chose qui la trouble et l’accable; elle me prie de m’informer si parmi les personnes que je connais il ne se trouverait pas quelqu’un qui ait rencontré sur le continent un individu du nom de Butler ou qui en ait entendu parler. Vous tressaillez! auriez-vous connu quelqu’un de ce nom?

■ —Moi!... l’aviezvous jamais entendu prononcer à votre mère avant ce jour?

— Jamais ! Et pourtant,., je me rappelle qu’une fois...

— Quoi ?

— Je lisais dans un journal le compte-rendu de la mort subite d’un certain M. Butler; l’agitation de ma mère fit sur moi une impression profonde et étrange ; elle perdit connaissance, et semblait être en proie à une espèce de délire

quand elle revint à elle. Elle n’eut pas de tranquillité que je n’eusse achevé de lui lire l’article, et lorsque j’en vins aux détails d’âge, etc., (il était vieux, je croisj, elle joignit les mains et fondit en larmes ; mais il me sembla que c’étaient des larmes de joie. C’est un nom si ordinaire!... qui donc avez-vous connu qui s’appelât ainsi ?

— Il importe peu ! Est-ce là la lettre de votre mère? est-ce son écriture?

— Oui, > dit Eveline, et elle remit à Maltravers la lettre de lady Vargrave. Il la parcourut des yeux ; il avait déjà vu une ou deux fois l'écriture de lady Vargrave, et il n’avait reconnu aucune ressemblance entre cette écriture et les premiers échantillons du savoir-faire d'Alice, dont il avait suivi les progrès bien des années auparavant. Mais maintenant les circonstances les plus puériles étaient devenues des preuves aussi irrécusables que les témoignages de l’Écriture Sainte. Il croyait retrouver Alice à chaque ligne de ce griffonnage, écrit à la hâte, et quand ses yeux s’arrêtèrent sur ces mots : c Votre mère affectionnée, Alice ! > tout son sang se glaça dans ses veines.

( C’est étrange 1 dit-il en s’efforçant de retrouver son sang-froid ; fort étrange que je n'aie> jamais songé à vous demander son nom : Alice ! Elle s’appelle Alice?

— Oui; c’est un joli nom, n’est-pas? et puis il est si bien eh harmonie avec la simplicité de son caractère. Ah ! combien vous l’aimeriez ! >

En disant ces mots Eveline se tourna vers Maltravers avec enthousiasme, et elle fut encore une fois épouvantée de son aspect; car sa physionomie était redevenue pâle, défaite, contractée.

« Oh ! si vous m’aimez, s’écria-t-elle, envoyez chercher un médecin sur-le-champ. Et pourtant ! Etes-vous réellement malade, Ernest, ou bien me cachez-vous quelque chagrin?

— Je suis malade, Eveline, dit Maltravers en se levant; et ses genoux fléchissaient sous lui. Je ne suis pas en état de jouir de votre société; je vais rentrer chez moi.

— Et vous enverrez chercher un médecin immédiatement ?

■ — Oui, oui ; il m’attend déjà.

— Le ciel en soit loué! et vous m’écrirez un mot, rien qu’un mot, pour me rassurer? je serai si tourmentée!

— Je vous écrirai.

— Ce soir?

— Oui !

— Maintenant partez; je ne vous retiens plus. >

Il s’achemina lentement vers la porte ; mais lorsqu’il arriva, il se retourna, et rencontrant les regards pleins d’anxiété d’Eveline, il lui tendit les bras. Vaincue par une crainte étrange et par son affectueuse sympathie, elle fondit en larmes ; et dans ce moment de surprise, la timidité et la réserve qui jusque-là avaient caractérisé son pur et doux attachement pour lui, disparurent; elle se jeta sur son sein, et elle éclata en sanglots. Maltravers leva les mains, les posa avec solennité sur la tête de la jeune fille, et ses lèvres s’agitèrent comme s’il priait. Il s’arrêta, il la pressa contre son cœur ; mais il évita ce baiser d’adieu que jusque-là il avait recherché avec tant d’amour. Cette étreinte fut un transport d’angoisse, et non de bonheur; et pourtant Eveline était loin de s’imaginer que Maltravers voulait que ce fût la dernière 1

Maltravers rentra dans la chambre où il avait laissé lord Vargrave, qui y attendait son retour.

Il alla droit à Lumley et lui tendit la main.

« Vous m’avez épargné un crime affreux, un éternel remords : je vous remercie ! >

Tout froid et endurci que fût son cœur, Lumley se sentit attendri. Le mouvement de Maltravers l’avait pris à l’improviste.

< Ç’a été un devoir bien pénible à remplir, Ernest, dit-il en serrant la. main qu’il tenait; d’autant plus pénible venant de moi, de votre rival !

« Continuez... continuez, je vous en prie!... expliquez-moi tout ceci. Et pourtant qu’y a-t-il à expliquer? Qu’ai-je besoin de savoir ?... Eveline est ma fille 1... L’enfant d’Alice 1 Au nom du ciel donnez-moi quelque espérance 1... dites-moi qu’il n’en est pas ainsi !... dites-moi qu’Eveline est la fille d’Alice, mais qu’elle n’est pas la mienne I Un père! un père!.,, et l’on dit que c’est un nom sacré 1... C’est un nom horrible I

— Calmez-vous, mon cher ami ; rappelez-vous à quoi vous avez échappé ! Vous vous remettrez de cette secousse ; le temps, les voyages...

— Paix, paix, vous dis-je I Maintenant vous voyez que je suis calme! quand Alice m’a quitté, elle n’avait pas d’enfant. J’ignorais qu’elle portât dans son sein le gage de notre funeste et coupable amour. Véritablement, les péchés de ma jeunesse se sont élevés en témoignage contre moi; et la malédiction est revenue prendre possession de mon cœur !

— Je ne puis vous expliquer tous les détails.

— Mais pourquoi ne m’avoir pas parlé de tout ceci ? Pourquoi ne m’avoir pas averti? Pourquoi ne m’avoir pas dit, lorsque mon cœur aurait pu se contenter d’un lien si doux : — c Tu as une fille, tu n’es pas seul au monde! » Pourquoi m’avoir caché la connaissance de ce bienfait jusqu’à ce qu’il se soit changé en poison? Serpent que vous ôtes ! vous avez attendu jusqu'à cette heure pour vous repaître des angoisses qu’un mot de vous, il y a un an, que dis-je? il y a un mois, un mois à peine, aurait pu nous épargner, à elle et à moi ! »

En disant ces mots. Maltravers s’approcha de Vargrave, l’attitude menaçante, les yeux étincelants de colère, les poings serrés, les veines de son front gonflées comme des cordes. Lumley, tout brave qu’il fût, recula.

« Je n’ai connu ce secret que peu de jours avant de venir ici, dit-il d'une voix tremblante, et je suis accouru, sur-lechamp, pour vous le révéler. Voulez-vous m’écouter? Je savais que mon oncle avait épousé une femme d’un rang fort inférieur au sien ; mais il était réservé et circonspect, et je n’en savais pas davantage, si ce n’est que , d’un premier mari, cette dame avait une fille : Eveline. Une suite de circonstances accidentelles m’a soudain dévoilé le reste, t

Ici Vargrave répéta assez fidèlement ce que lui avaient dit le brqsseur de C*'* et M. Onslow ; mais quand il en vint à la confirmation tacite que ses soupçons avaient reçue de mistress Leslie, il exagéra beaucoup, et il défigura considérablement ce qui s’était passé.

c Jugez alors, dit Lumley en terminant son récit, du sentiment d’horreur que j’éprouvai en apprenantque vous aviez déclaré votre amour à Eveline, et que cet amour était réciproque. Malade comme je l’étais, je me hâtai d’accourir; vous savez le reste. Cette explication vous satisfait-elle?

— Je vais aller trouver Alice I j’apprendrai tout de sa bouche même... Et pourtant comment oserai-je la revoir? Comment pourrai-je lui dire ; € Je t’ai arraché ta dernière espérance ! j’ai brisé le cœur de ton enfant ? »

— Pardonnez-moi, mais je devrais peut-être vous avouer que, d’après tout ce que m’a dit mistress Leslie, lady Vargrave n’a qu’un désir, qu’une espérance au monde : ne jamais revoir son séducteur. Vous pouvez voir vous-même par sa lettre combien la pensée que vous pourriez découvrir ses traces l’épouvante. Elle a enfin recouvré la paix de f’âme, la tranquillité de la conscience. Elle recule d’effroi à la pensée de rencontrer celui qui lui fut jadis si cher, mais

qui est maintenant associé dans son esprit à des souvenirs coupables et douloureux. Bien plus, rien ne l’a troublée autant que la crainte des révélations, du déshonneur. Si jamais sa fille apprenait sa faute, ce serait pour elle un arrêt de mort. Pourtant, par suite de l’état nerveux de sa santé, et de la vivacité toujours extrême de ses sentiments, qu’elle ne sait point maîtriser, si elle vous revoyait elle ne sauraût rien déguiser, rien cacher. Le voile serait déchiré ; les domestiques mêmes de la maison iraient ébruiter la chose, la curiosité s’en emparerait, et 1a médisance noircirait l’histoire des fautes de sa jeunesse. Non, Maltravers ou du

moins attendez un peu de temps avant de la revoir. Attendez qu’elle soit préparée à cette entrevue ; attendez qu'on ait pris des précautions, que vous soyez vous-même dans un état d'esprit plus calme. »

Tandis que Lumley parlait ainsi. Maltravers fixait sur lui ses yeux perçants, et l’écoutait avec une profonde attention.

c II importe peu, dit-il après un long intervalle de silence, que ce soient là pu non vos véritables raisons pour vouloir différer ou empêcher une entrevue entre Alice et moi. L’affliction qui a fondu sur moi m’éblouit d’un éclat trop vif, trop brûlant pour permettre à mes yeux de voir aucune chance de salut ou d'adoucissement à mon sort. Même si Eveline était fille d’Alice, mais d’un autre mari, elle serait à jamais séparée de moi. La mère et la fille 1 il y a une espèce d’inceste, même dans cette pensée ! Mais un pareil soulagement à ma douleur est interdit à ma raison. Non, pauvre Alice, je ne troublerai pas le repos que tu as enfin trouvé ! Tu n’auras jamais la douleur d’apprendre que notre faute a condamné ton amant à un si noir destin ! ITout est fini 1 Le monde ne me retrouvera plus. Il ne me reste plus que le désert et la tombe I

— Ne parlez pas ainsi, Ernest, dit lord Vargrave d’un ton de condoléance ; encore un peu de temps et vous serez remis de cette secousse. Votre empire sur vos passions, même dans votre jeunesse, m’a toujours inspiré de l’admiration et de l'étonnement ; et maintenant , dans vos années plus mûres et plus calmes, et avec de pareils motifs pour triompher de vous-même, votre victoire viendra plus tôt que vous ne pensez. Puis Eveline est si jeune ; elle vous a connu si peu de temps ; peut-être son amour n’est-il, après' tout, causé que par quelque mouvement mystique, mais in-

nocent, de la nature, et se réjouirait-elle de vous donner le nom de « père » . D’heureuses années vous sont encore réservées.

Maltravers n’écoutait point ces vaines et vides consolations. La tête penchée sur sa poitrine, tout son être affaissé sur lui-même, les joues sillonnées de grosses larmes, qui coulaient inaperçues, il offrait l’image d’un homme brisé, anéanti, désespéré, que le destin ne pourra jamais relever. Celui qui pendant tant d’années s’était retranché dans son orgueil, qui portait gravé sur son front le triomphe sur les passions et le malheur, dont les pas avaient foulé la terre de l’allure royale d'un conquérant, celui-là était, en ce moment, plus humilié, plus accablé, plus soumis que le dernier esclave qui rampe sur le sol ! Celui qui avait regardé avec des yeux pleins d’orgueil les infirmités des autres, qui avait dédaigné de servir ses semblables à cause de leurs folies humaines et de leurs petites faiblesses, lui, lui-même, le pharisien du génie, ne devait qu’à un hasard, qu’à la main de l’homme dont il se défiait et qu’il méprisait, d’échapper à un crime qui fait frémir la. nature, que toute loi sociale et divine stigmatise parce qu’il ne se peut expier, dont les païens eux-mêmes ont fait la plus épouvantable catastrophe qui puisse terrasser la sagesse et l’orgueil des mortels I Encore un pas de plus, et l’Œdipe de la Fable n’eût pas inspiré plus d’horreur que lui!

Des pensées de ce genre, informes, confuses, mais assez fortes pour le courber dans la poussière, traversèrent l’esprit de cet infortuné. 11 avait éprouvé de grandes douleurs, il avait connu peu de joies; des souvenirs douloureux et amers avaient consumé sa jeunesse ; mais l’orgueil lui était resté 1 et il avait osé dire, dans le secret de son cœur : c Je puis défier le sort ! > Maintenant la foudre était tombée, son orgueil était réduit en poudre; l’humiliation était sa compagne ; la honte s’était emparée de son âme terrassée. L’avenir ne lui réservait pas une espérance. 11 ne lui restait plus qu’à mourir !

Lord Vargrave le regardait avec un chagrin réel et une compassion vraie ; car sa nature, quoique fourbe, artificieuse, perfide, n’avait de cruauté que ce qu’il en fallait apporter à l'exécution inexorable de ses desseins. Nulle compassion ne l’aurait détourné d’un but ; mais il était assez homme encore pour être sensible à la pitié, même en faveur de ses victimes. A la fin Maltravers releva la tête, et

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fit doucement signe de la main à lord Vargrave de se retirer.

€ Maintenant tout est expliqué, dit-il d’une voix faible ; notre entrevue est terminée ; j’ai besoin d’être seul; il faut que je rappelle ma raison égarée, que je m’entretienne de sang-froid avec moi-même. 11 faut que je lui écrive à elle, que j’invente, que je mente!, Moi qui croyais que rien ne me ferait jamais, jamais dire un mensonge, même à un ennemi I Et je ne dois pas adoucir le coup que je lui porterai. Je ne dois pas prononcer un seul mot d’amourl... L’amour, c’est l’inceste! 11 faut que je m'efforce d’écraser brutalement dans son germe l’amour que j’ai fait naître! 11 faut qu'elle me haïsse! oh! apprenez-lui à me haïr! Noircissez mon nom, dénaturez mes motifs, qu’elle me croie inconstant, perfide, tout ce que voudrez. Elle m’oubliera d’autant plus vite ; elle supportera d'autant plus facilement le chagrin que le père a attiré sur la tête de son enfant ! Elle n’a point péché, elle! O mon Dieu ! moi seul je fus coupable ! Que mon châtiment soit un sacrifice que tu daignes accepter pour elle ! »

Lord Vargrave essaya encore de le consoler; mais cette fois les paroles lui manquèrent. Bon habileté, lui fit défaut. Maltravers détourna latête avec impatience, etlui montra la porte.

(Je vous reverrai avant de quitter Paris, dit-il : laissez votre adresse en bas. »

Vargrave n’était peut-être pas fâché de mettre fin à une scène aussi pénible; il balbutia quelques paroles incohérentes, et se retira précipitamment. En s’en allant il entendit la porte se refermer à double tour derrière lui. Ernest Maltravers était seul 1 Quelle solitude !

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