LES ALIENES DANS L ARMEE
j)ortion des fous est particulièrement importante dans les bataillons d'Afrique, les pénitenciers militaires, les régiments étrangers et les compagnies de discipline. Dans ces dernières, on compte 28 cas de folie sur 10.000 sujets. Et, fait qui ressort avec une parfaite netteté de toutes les recherches déjà nombreuses des médecins militaires et des aliénistes, c'est que le plus fort contingent d'aliénés dans Tarmée est fourni, non par les conscrits ou les appelés, mais par les engagés volontaires. Il a été dit et répété au congrès de Nantes que 90 p. 100 de ces engagés volontaires viennent à l'armée , soit alléchés par l'appât d'une prime, soit poussés par leurs familles très désireuses de se débarrasser d'eux pendant quelque temps...
Des exemples nombreux et topiques ont été rapportésàcetégardparplusieurscongressistes, les D'^Jude, Régis, Chavigny. L'un, a raconté l'histoire d'un jeune aliéné pressé par son père de s'engager. Condamné pour désertion, il a été arrêté au moment où, armé d'un revolver, il essayait d'entrer chez son père par escalade. On l'a réformé et interné définitivement dans un asile spécial.
Un autre médecin militaire a cité l'observation d'un dégénéré héréditaire, fou moral, engagé volontaire, qui a
Fig. .57. — Aliéné déserteur d'un pénitencier militaire dont le dos est tatoué d'images représentant l'affaire Dreyfus. (Collection du D"' A. Marie, in Traité inlern.)
été condamné, pour voies de fait sur un supérieur, à la peine capitale. Gracié, on a été obligé de le séquestrer pour manie aiguC'.
Un confrère de Bordeaux a cité le cas d'un désé(|uilibré avec impulsions homicides, également engagé volontaire, qui. à la suite d'une tentative de meurtre, a été envoyé aux compagnies de discipline, sans aucun examen mental préalable. A peine arrivé parmi les « joyeux », il a été poussé par son « cafard» à étrangler un sergent. Condamné à mort, toujours sans la moindre expertise mentale, il a été exécuté.
L'armée, qui est chez nous un grand organisme de défense nationale, ne doit se composer que d'éléments sains, physiquement et intellectuellement. La présence d'aliénés en nombre important dans une armée en campagne est une calamité dont la guerre russof-japonaise a démontré toute la gravité. Pour éviter une pareille catastrophe, il importe, comme je l'ai dit et répété à Nantes, de prendre tontes les pri' cautions en temps de paix.
Le conseil de revision doit être armé du j)Ouvoir de rejeter toutes les non-valeurs mentales, après une expertise compétente et minutieuse.
La vérification de l'état cérébral des engagés volontaires s'impose avec le plus d'urgence, puisque l'expérience démontre que la plupart des tarés psychiques pénètrent dans l'armée par la voie des engagements. Les candidats seront soumis à un examen mental qui aura poui- but de rechercher chez eux tous les signes, physiques et intellectuels, de la dégénérescence. Ils ne seront admis que s'ils sont reconnus sains de corps et d'esprit.
De môme, tout homme en prévention de conseil de discipline ou de conseil de guerre devra, désormais, être