Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les Tuke
Le XVIIIe siècle touchait à sa fin, lorsque deux hommes entreprirent d'améliorer le sort des aliénés. S'ignorant mutuellement et différents de race, de religion, d'éducation, de caractère, ils ressentaient au même degré la pitié qu'inspire la souffrance. L'un était un paisible négociant de la cité d'York, un quaker dont l'aïeul, sommé de renoncer à sa foi, avait supporté sans faiblir l'emprisonnement et la perte de ses biens. L'autre, enfant du pays d'Albigeois, avait grandi parmi les souvenirs des guerres religieuses et des proscriptions qui ensanglantèrent cette malheureuse contrée. Tous deux, fils d'une race persécutée, consacrèrent une partie de leur existence au soulagement de leurs semblables. Arrivés l'un et l'autre à un âge avancé, ils purent, avant de s'éteindre, entourés de l'estime et du respect de leurs concitoyens, jouir de l'œuvre accomplie et mesurer le chemin parcouru. Beaucoup, à la vérité, restait encore à faire, mais on sait combien il est difficile de déraciner les abus et d'abolir les usages séculaires. Les vrais réformateurs n'en demeurent pas moins, dans la mémoire des peuples, ceux qui, aux heures difficiles, ont semé la bonne graine, laissant à d'autres la joie de recueillir la moisson.
C'est en 1792, à l'âge de 60 ans, que William Tuke résolut de fonder un établissement où les aliénés seraient traités, non comme des parias, mais comme des êtres humains, dignes d'inspirer le respect et la pitié. Malgré les oppositions que lui suscitaient l'indifférence, la routine et le parti-pris, il sut mener à bien son projet, car il avait une âme d'apôtre et le don de