AVANT-PROPOS
convaincre les plus ardents contradicteurs. La Retraite ouvrit ses portes le n mai 1796.
Lorsque Philippe Pinel vint se fixer à Paris, dans les derniers jours de l'année 1778, il était âgé de 33 ans. Ne cherchant d'abord, dans une clientèle restreinte, que le strict nécessaire pour subvenir à ses besoins matériels, il consacra ses loisirs au travail. Le hasard l'ayant conduit dans une maison de santé privée, destinée aux aliénés, il étudia leurs maladies, s'enquit de leurs besoins et s'intéressa à leur sort. Une visite à Bicêtre, en 1789, lui révéla des abus qu'il ignorait. Il résolut de les supprimer, mais les moyens d'action lui faisaient défaut ; la Révolution les lui donna. Le 25 août 1793, il était nommé médecin des infirmeries de Bicêtre. Entré en fonctions le 11 septembre, il dut commencer son œuvre en des jours troublés, où tout réformateur devenait suspect. On le soupçonna, non sans raison, de cacher des proscrits parmi ses malades, et sans l'appui d'amis fidèles, il eut payé cher sa philanthropie. Sa correspondance privée demeura secrète, par bonheur pour lui, car les lettres où il stigmatise les massacres de septembre, déplore l'élection de Marat à la Convention nationale, et déclare connaître désormais « toute la valeur de tant de pygmées qui font un si grand bruit », lui auraient certainement valu une prompte comparution devant le Tribunal révolutionnaire. C'était pourtant un sincère démocrate, un adversaire résolu de l'ancien régime, et il avait salué avec enthousiasme la disparition des privilèges de caste. « A qui, dit un des plus grands écrivains de l'Allemagne, le cœur n'a-t-il pas frémi, lorsque parut à l'horizon l'aube de la liberté, la messagère des temps nouveaux. » Mais Pinel, au contraire de tant d'autres, demeura fidèle à ses principes et conséquent avec lui-même. Le crime lui semblait aussi blâmable, aussi odieux sous la République que sous la Monarchie.
William Tuke fut assez heureux pour accomplir sa réforme en des jours paisibles. En cas d'insuccès, il n'eût éprouvé que