ABRUTISSEMENT
A la dénomination de maladies mentales ou de folie, Scipion Pinel propose de substituer celle de maladies cérébrales ou plus simplement de cérébrie. Comme il ne peut être d'effet sans cause, il admet que toute affection cérébrale reconnaît à son origine une lésion organique. « Pour nous, toute maladie nerveuse ne peut être que le résultat d'une modification matérielle dans le tissu nerveux lui-même ; tout symptôme nerveux dépend d'une lésion passagère ou durable, d'un changement organique superficiel ou profond dans la structure des nerfs ou des centres nerveux, et, quand l'état morbide dure quelque temps, il y a toujours une altération appréciable par nos sens, par le microscope ou par l'analyse chimique, depuis l'état de surexcitation, d'irritation, d'inflammation dans la pulpe nerveuse, jusqu'à sa déformation entière et incurable » (i). Cette théorie somatique lui fut inspirée, déclare-t-il, non seulement par sa propre expérience, mais par l'enseignement paternel. Il admet que <( le cerveau, comme tous les autres organes, s'irrite, s'enflamme, se désorganise ; comme eux, il est malade partiellement ou en totalité ; l'action de penser, de sentir, de mouvoir, la fonction cérébrale, en un mot, est troublée, exaltée, anéantie en totalité ou en partie, suivant la marche, l'étendue, le siège des altérations du cerveau, suivant aussi la prédisposition individuelle » (2). Les principales lésions de la cérébrie, sont : i° la rougeur et l'injection du cerveau qui indiquent une irritation et un état aigu ; 2° l'induration, signe d'affaiblissement intellectuel. L'induration succédant à l'irritation, la maladie tend à la chronicité. La cérébrie peut donc prendre successivement les apparences de la manie et de la mélancolie, et même passer à la démence. « Certains malades sont tristes, apathiques, pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois ; tout à coup ils deviennent turbulents, d'une loquacité extrême... Les
(1) Traité de pathologie cérébrale, ou des Maladies du cerveau, par Scipion Pinel. Paris, 1844, p. 12.
intervalles de raison apparente peuvent même leur permettre de reprendre pendant quelque temps leurs occupations habituelles ; puis le délire chronique recommence à la plus légère occasion » (i). Et Scipion Pinel déclare « qu'il n'est plus permis de regarder ce qu'on appelle manie, mélancolie, démence, comme trois affections différentes, mais comme trois périodes de la même maladie, périodes qui cependant embrassent toujours un espace de temps considérable » (2). N'est-ce pas là la psychose périodique, la folie maniaque dépressive ? La physiologie de l'homme aliéné, d'où nous extrayons les lignes précédentes, parut en i833 ; mais personne n'a songé à citer le nom de Scipion Pinel. Jean-Pierre Falret, à qui l'on fait généralement remonter les premiers travaux sur cette question, nous dit dans son Traité des maladies mentales : « La transformation de la manie en mélancolie, et réciproquement, a été signalée dans tous les temps, comme un fait accidentel ; mais on n'a pas assez remarqué, ou du moins on n'a pas dit d'une manière expresse, qu'il existe une certaine catégorie d'aliénés chez lesquels cette succession de la manie et de la mélancolie se manifeste avec continuité et d'une manière presque régulière » (3). En effet, Falret avait trouvé bien peu de chose dans les œuvres de ses maîtres, Philippe Pinel s'étant borné à signaler les affinités de la manie périodique avec la mélancolie et l'hypocondrie, et Esquirol faisant simplement remarquer que la lypémanie et la manie pouvaient se compliquer. Mais il n'était sans doute pas au courant des travaux de Scipion Pinel, pourtant son contemporain, et qui avait soutenu sa thèse inaugurale le même jour que lui.
Voyons maintenant les caractères anatomiques de l'irritation et de l'induration du cerveau, tels que les décrit Scipion Pinel : (( a) Altérations de la substance grise. — Dans cette substance,
(1) Même ouvrage, p. 223.
(2) Physiologie de l'homme aliéné, p. 113.
(3) Des maladies mentales et des Asiles d'aliénés. Paris, 1864, p. 331.
l'afflux du sang nécessaire à produire une irritation capable de causer le délire, détermine une décomposition particulière en vertu de laquelle on peut y distinguer trois couches :
« i° La première de ces couches, en procédanl de dedans en dehors, contiguë à la substance blanche, conserve sa teinte grisâtre, à peu près naturelle.
« 2° La seconde, plus épaisse, d'un rouge vif ou violet, semble uniquement formée de vaisseaux sanguins fortement engorgés ; c'est dans cette couche que je place le siège de tous les phénomènes d'exaltation intellectuelle, lorsqu'elle est très rouge ; sa consistance varie suivant l'état plus ou moins avancé de la maladie ; dans le début, elle est plus ferme, et vers la lin elle devient plus molle.
(( 3° La troisième couche, beaucoup plus mince, est pâle, blanchâtre, et ressemble à une exsudation album ineuse ; elle s'enlève facilement, en la grattant avec le dos du scalpel, et laisse apercevoir sous elle la seconde couche, ordinairement très rouge.
« Dans l'état sain, on ne saurait distinguer ces trois couches dans la substance grise ; et si, dans son Aiiatomie, Vicq d'Azyr en décrit deux pour cette substance, il est fort douteux que ses observations aient été faites sur des cerveaux sains.
« Le phénomène le plus remarquable de cette coloration rouge ou violette de la seconde couche, résulte d'une concentration active du sang dans ce tissu vasculaire, où sa présence exalte l'énergie de ces parties, et produit le délire et toutes les explosions de la manie. Quand le délire s'affaisse et devient chronique, cette coloration rouge subit aussi une modification remarquable ; elle devient brunâtre, et la substance est presque ramollie ; je regarde ce moment comme le passage à une résolution favorable, et c'est surtout alors que l'art doit favoriser cette tendance à la guérison, et en profiter habilement ; si on laisse écouler ce temps, l'irritation va passer au type incurable ; la substance grise, altérée, décomposée par le long séjour du
sang, s'affaisse, perd de sa couleur, devient blanchâtre, puis blanche, et finit par subir l'induration générale du cerveau ; l'intelligence suivant à la trace la déformation organique, d'exaltée qu'elle était devient faible, se trouble, s'altère, s'anéantit.
<( b) Altération de la substance blanche du cerveau. — Nous observons ici le même rapport entre la nature des lésions et celle du délire ; seulement la substance blanche étant plus compacte que la substance grise, l'injection sanguine a plus de peine à y pénétrer, et produit des phénomènes d'irritation moins appréciables que dans l'autre substance ; cependant voici à quels signes on peut les reconnaître : la couleur blanche est remplacée par une couleur livide, il y a commencement de ramollissement brunâtre, ou quelquefois jaune, et l'on observe des taches noires, des ecchymoses plus moins étendues ; un des effets les plus constants de l'irritation dans la substance blanche, est d'y détruire la disposition des fibres cérébrales, assez apparente dans l'état sain.
<( Si ce premier degré de maladie ne s'arrête pas, arrive une véritable inflammation de la substance blanche qui se ramollit entièrement, devient verdâtre et diflluente, et dont la suite est une prompte mort, avec tous les symptômes apoplectiques. » Dans ce cas, « si l'irritation rétrograde et se dissipe, le délire se calme et l'intelligence reparaît saine ; quand au contraire l'irritation dégénère en incurabilité, la substance blanche subit la même induration que la substance grise, mais à un degré bien plus prononcé. »
Scipion Pinel conclut ainsi : « L'irritation de la pulpe cérébrale, telle que nous venons de la décrire, est l'affection spéciale produisant : i° le délire furieux lorsqu'elle est violente, qu'il y a rougeur et injection morbides de cette pulpe ; — 2° les monomanies, lorsqu'il n'y a qu'une partie de l'organe affecté ; — 3° le délire chronique, la démence, l'imbécillité, lorsque l'irritation est dégénérée en une déformation incurable, que je
nomme induration du cerveau, déformation notable, surtout chez les idiots » (i).
Les troubles de l'intelligence étant ainsi considérés comme conséquence et symptômes de l'irritation et de l'induration cérébrales, Scipion Pinel divise la cérébrie en :
1° Aiguë : Irritation violente du cerveau, ...| Manie furieuse.
a -,, . , .. , i Démence, imbécillité, idio-
2° Chronique : Induration du cerveau <
1 ( tisme.
no n .. ,, T .. ,. ,, ,. , S Monomanie suicide, manie
3 "Partielle : Irritation d une partie du cerveau .... ,
( sans délire, mélancolie.
4° Sympathique : Réaction des viscères sur| le cerveau
Hypochondrie, hystérie.
Scipion Pinel, qui n'était pas ennemi du néologisme, déclarait impropre le mot hypocondrie et proposait de lui substituer celui de biophobie. « C'est, écrivait-il en i833, dans l'appareil nerveux du bas-ventre qu'il faut reconnaître le siège primitif du mal ; et le trouble des idées et des autres fonctions ne paraît que secondaire » (2). Plus tard il modifia son opinion. L'hypocondrie, dit-il, est (( une névrose cérébrale d'abord et trisplanchnique ensuite ; elle doit consister dans une altération irritative fort légère d'abord, mais qui peut monter à un degré d'irritation fort intense, surtout dans les paroxysmes et les accès violents ; nous ne pouvons pas concevoir comment la pulpe cérébrale ou le tissu ganglionnaire ne s'irriteraient pas, ne deviendraient pas le siège des malaises légers tout aussi bien que les autres appareils organiques et ne détermineraient pas, dans leur état morbide, les maladies conformes aux fonctions qu'ils sont destinés à remplir » (3). Quant à l'hystérie, il continua à en placer le siège primitif dans les nerfs et plexus nerveux de l'appareil génital « point de départ des réactions qui vont ensuite mettre
(1) Physiologie de l'homme aliène', p. 112.
(2) Même ouvrage, p. 133.
(3) Traité de pathologie cérébrale, p. 303.
on jeu la çoittractilité des nerfs et centres céphalo-rachidiens » (i).
La cérébrie est donc l'irritation du cerveau. A l'inflammation de cet organe, Scipion Pinel donne le nom de cérébrite. La paralysie générale est une cérébrite qu'il appelle cérébrite paralytique ; elle se montre sous six formes bien distinctes : « La première forme n'a pas encore été décrite ; c'est celle où la paralysie générale se présente avec tous les symptômes d'une phlegmasie des plus intenses, marchant rapidement en quelques jours ou en quelques semaines, vers une solution funeste, laissant, dans la périphérie ou dans les centres de l'encéphale, les traces inflammatoires les plus évidentes, et contre laquelle échouent constamment toutes les ressources de l'art... La seconde forme a été signalée par M. Parchappe ; c'est l'état chronique de la forme précédente, la plus ordinaire aussi, mais non pas la seule comme il le prétend ; ayant une invasion lente, quelquefois insensible, une durée qui se prolonge souvent au-delà de six mois et d'une année, désorganisant, par un travail chronique, la substance corticale et surtout sa couche moyenne, dans laquelle elle produit des altérations constantes, mais dont on retrouve également des traces très souvent, dans les corps striés et dans la substance blanche qui enveloppe les ventricules latéraux ; véritable phlegmasie de la masse cérébrale, qui seule peut, suivant nous, être encore entravée dans sa marche. La troisième forme de la paralysie générale est une des plus curieuses qu'on puisse observer ; c'est celle qui étant marquée par un ensemble de symptômes aigus, ayant l'apparence d'une phlegmasie, est cependant le résultat d'une hypertrophie, d'une turgescence aiguë de toute la substance blanche qui se trouve dans l'intérieur de chaque hémisphère ; dans cette forme, la substance corticale périphérique est parfaitement saine, niais tout l'hémisphère est ballonné, les circonvolutions sont aplaties contre la boîte osseuse... La quatrième
(l) Même ouvrage, p. 421.
forme de la paralysie générale est l'opposée de la forme précédente : c'est celle qui nous montre l'atrophie successive des circonvolutions cérébrales, et dans laquelle les hémisphères sont souvent réduits d'un tiers de leur volume, et laissent, entre eux et la boîle osseuse, un intervalle d'un pouce et plus encore ; celle atrophie cérébrale, celle résorption de substance, sur le mécanisme de laquelle on a si peu de lumières, est encore un des faits les plus intéressants de la pathologie de l'encéphale ; elle se lie souvent a la contracture des membres, offre une marche et un aspect tout particulier, et se complique aussi souvent d'hémorrhagie méningienne ou d'épanchements séreux... Dans la cinquième forme, la paralysie générale affecte une marche qui semble peu en rapport avec sa gravité constante ; elle4 est intermittente... Enfin, dans la sixième forme, la paralysie générale guérit entièrement, soit par les effets du traitement, ce qu'on ne pourrait trop affirmer, soit par l'heureuse constitution des malades ; nous en avons vu qui, étant réduits au dernier degré du marasme, affectés d'escarres grangreneuses larges et profondes au sacrum, étant sur le point de succomber, ont fini, néanmoins par se rétablir, et même par rentrer dans la société » (i).
Dans la stupeur ou démence aiguë, les troubles de l'intelligence, de la sensibilité et de la motilité seraient produits par une infiltration, un œdème particulier des circonvolutions cérébrales ; Scipion Pinel qualifie cet état morbide d'asphyxie de l'intelligence.
Les altérations du cerveau se traduisent par des troubles fonctionnels. Ces lésions peuvent affecter : i° l'intelligence ; 2° les penchants et les instincts ; 3° les sens et la sensibilité ; 4° la substance volontaire ou cérébrale. Les lésions de l'intelligence portent sur la perception, la mémoire, la volonté. A l'état d'exaltation elles produisent la manie furieuse, la monomanie d'idées, les hallucinations, l'extase ; à l'état d'affaiblis-
(l) Même ouvrage, p. 347.
sèment, la manie chronique, la stupeur ; à l'état d'abolition, l'idiotisme, l'imbécillité. Les lésions des penchants et des instincts sont caractérisées par le changement de certains instincts ou des passions affectives, par exemple amour de soi, instinct de la vie. Le premier degré est l'hypocondrie, puis on trouve le suicide, l'homicide, la manie sans délire, certaines perversions de penchants, la monomanie d'incendie, de vol ; on peut aussi y ranger certaines bizarreries de caractère, de goûts, d'inclinations. Les lésions des sens et de la sensibilité se manifestent par des exaltations partielles ou générales de la sensibilité. Les lésions de la motilité volontaire ou cérébrale produisent : i° à l'état d'exaltation, la surexcitation musculaire maniaque, le tétanos, les convulsions, la chorée, les mouvements de certains muscles ; 2° à l'état d'affaiblissement, la paralysie générale, l'hémiplégie, la paraplégie, le tremblement sénile ; 3° à l'état d'intermittence et de périodicité les phénomènes de l'épilepsie et de l'hystérie.
Si l'on considère les désordres intellectuels dans leurs rapports avec la conscience, troublée par les altérations du cerveau, on peut séparer les aliénations en deux classes : i° celle où la conscience est détruite (idiotisme, imbécillité, stupidité, bêtise) ; i° celle où la conscience n'est que pervertie ; dans ce cas il peut y avoir désaccord : a) entre la conscience et les sensations, d'où erreurs de perception, illusions, hallucinations cérébrales ou viscérales ; 6) entre la conscience et la mémoire (les malades gardent la sensation, la conscience, mais la mémoire et la volonté font défaut ; c) entre la conscience et le jugement (manquent le jugement et la volonté) ; d) entre la conscience et la volonté (il y a sensation juste, conscience, mémoire, jugement, mais pas de volonté). « De ce défaut de liaison résultent les erreurs et les fausses perceptions des monomanes, les efforts impuissants de la démence, les extravagances des maniaques, enfin tous les désordres légers ou profonds de la pensée et des actions » (i).
(1) L'homme aliéné, p. 228.
Les diverses questions concernant le régime moral et sanitaire des aliénés ont toujours vivement préoccupé Scipion Pincl. « M. Esquirol, remarque-t-il, a dit qu'un hôpital d'aliénés était déjà en lui-même un instrument de guérison. Nous ajouterons que, sans les distributions et sans les constructions convenables, le traitement de la folie est impossible ; telle est la première idée du plan que nous proposons. Nous avons médité sur tous les établissements connus, sur ceux que nous avons visités, les améliorations dont nous sommes témoins, et de ces comparaisons nous nous sommes élevés aux plans généraux de l'établissement qui nous a paru présenter les dispositions les meilleures, jointes à la plus grande facilité d'exécution » (i).
L'établissement, destiné aux deux sexes, ne contiendra pas plus de trois cents malades. Il sera situé, de préférence, dans les environs d'une ville, sur une légère élévation, avec une vue agréable « qui soutient l'espérance du malade et donne un air de liberté à sa réclusion » (2). Les bâtiments, exposés au levant, comprendront deux divisions, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Chaque division se compose de : i° l'infirmerie ; 20 la section des convalescents ; 3° la section des malades paisibles en traitement ; l\° la section des incurables paisibles et des imbéciles ; 5° le quartier des agités et des épileptiques ; 6° le quartier des furieux, avec cellules séparées. Entre les deux divisions se trouvent les services généraux, comprenant la chapelle, le bâtiment de l'administration, la salle de réunion, la cuisine, la pharmacie, les bains, la buanderie, la ferme et le manège. Les malades, à leur arrivée, sont conduits à la réception, où ils restent jusqu'à ce que le médecin ait décidé, après mûr examen, vers quelle section ils doivent être dirigés. Les furieux sont envoyés de suite au quartier spécial. L'infirmerie est séparée en deux salles, de six lits chacune ;
(1) Traité complet du régime similaire des aliénés. Paris, IS;}C> Préface, p. \.
(2) Même ouvrage, p. 2.
l'une d'elles reçoit les aigus et les chroniques ; l'autre est destinée aux malades dits gâteux. Le bâtiment des convalescents se compose de deux dortoirs à quatorze lits chacun, d'une salle de réunion et de travail, et d'une salle à manger. Le bâtiment pour les malades paisibles en traitement sera construit sur le même modèle. La surveillance doit y être active et continue ; tout malade qui deviendrait agité sera momentanément isolé. Dans le quartier des incurables tranquilles et des imbéciles, la surveillance est surtout importante au point de vue de la propreté. Dans le bâtiment destiné aux incurables agités et aux épileptiques, ces deux classes de malades doivent être rigoureusement séparées, le contact ne pouvant être que dangereux. Des cellules séparées recevront ceux que l'on jugera utile d'isoler.
Dans la section des malades furieux, pas de dortoirs, mais douze cellules séparées. Un pavillon isolé recevra ceux qui crient jour et nuit, les criminels, les vicieux ; formé de quatre cellules adossées, dont les occupants ne peuvent communiquer entre eux et n'ont de vue que sur le jardin. Cinq petits pavillons, composés chacun de deux cellules, correspondant à la division à laquelle ils sont spécialement affectés, reçoivent les malades dont l'isolement est jugé momentanément nécessaire.
Des galeries, mettant les malades à l'abri des intempéries des saisons, font communiquer les bâtiments, et facilitent le service et la surveillance.
Les murs seront, autant que possible, masqués par de la verdure.
Le service médical se compose d'un médecin en chef, d'un médecin adjoint, de deux internes en médecine et en chirurgie, de quatre externes, d'un pharmacien en chef et deux internes en pharmacie. C'est le médecin en chef qui doit être l'âme de l'établissement. « L'administration, qui règle et qui gouverne le matériel, se renferme dans une action silencieuse, mais vigilante, et se garde de jamais s'interposer publique-
ment entre les décisions du médecin ; elle se plaît, au contraire, à l'entourer d'égards et d'une autorité qui semble indéiinie ; la division du pouvoir, dans une maison de fous comme partout ailleurs, produit L'insubordination et le désordre. Là surtout il ne faut donc qu'un chef réel, le médecin » (i). Il doit vivre au milieu des malades, pour être plus à même de les observer. L'homme capable de bien s'acquitter de ces délicates fonctions « est philosophe dans toute l'étendue du terme ; il connaît le monde et il le fréquente peu ; il connaît les infirmités humaines et il en fait les vrais éléments de la science de l'homme ; il ne suit aucun système, il les juge ; également en garde contre les écarts de l'imagination, et le stupide entêtement de l'ignorance, il a le génie de sa vocation » (2). Type idéal et malaisé à rencontrer. Philippe Pincl, d'un esprit plus pratique que son fils, s'était borné à poser les règles suivantes, concernant les rapports des administrateurs et des médecins. « Quels que soient les principes de l'administration générale d'un hospice, quelques modifications qu'ils reçoivent du temps, des lieux et des formes du gouvernement, le médecin, par la nature de ses études, l'étendue de ses lumières, et l'intérêt puissant qui le lie au succès du traitement, doit être instruit et devenir le juge naturel de tout ce qui se passe dans un hospice d'aliénés » (3). Il avait eu à exercer cette autorité en arrivant à la Salpêtrière où il trouvait un personnel incapable, inhumain et indiscipliné. « On poussa d'abord les hauts cris, on réclama contre l'innovation et l'injustice, et il est facile d'imaginer la résistance et les sourdes menées de plus de quarante filles de service, dépouillées de leurs prétendus droits de traiter les aliénées avec une extrême dureté, et réduites désormais à une obéissance passive » (4). H aimait confier le service à des convalescentes ou à des anciennes malades, jugeant que
(!) Même ouvrage, p. 41.
(2) Même ouvrage, p. 43.
(3) Traité médico-philosophi ]ue sur l'aliénation mentate, 1809. p. 225.
(4) Même ouvrage, p. 226.
leur expérience personnelle les rendrait compatissantes et douces. Cette coutume existait encore à la Salpêtrière à l'époque où Scipion Pinel publiait son Traite du régime sanitaire des aliénés, et il se plaisait à reconnaître que de telles infirmières s'acquittaient de leurs devoirs avec zèle et dévouement ; mais on ne pouvait en garder que fort peu, presque toutes désirant (( rentrer chez elles ou dans leur famille, dès qu'elles sont en état de recouvrer leur liberté. Dans l'impossibilité de mieux faire, on est donc obligé de choisir au dehors, dans la classe inférieure, les personnes les plus douces et les plus actives, d'augmenter leur salaire, de stimuler leur émulation par des récompenses, et d'assurer à celles qui ont vieilli dans leurs devoirs une retraite proportionnée à leurs services. Mais aussi l'on doit renvoyer sans pitié celles qui ne peuvent convenir... Leurs qualités indispensables sont la jeunesse, la douceur, la sobriété, et la force nécessaire » (i). Et il propose l'établissement d'écoles spéciales pour former des infirmiers et infirmières, institutions qui, en Angleterre, fonctionnaient déjà avec succès.
Scipion Pinel est d'avis que le premier point du traitement de l'aliénation mentale doit être le changement de milieu. Le malade sera transporté hors de chez lui, et séparé des siens. Aux effets salutaires de l'isolement viendront ensuite s'ajouter les autres moyens de traitement moral. « Ce traitement ne consiste pas dans une formule générale qu'on peut indistinctement appliquer à tous les cas ; il varie à l'infini comme le caractère de la folie qu'il doit combattre, et dépend surtout de la bonne organisation de l'établissement » (2). Ordre invariable, régularité dans l'emploi du temps, encouragements, conseils affectueux, surveillance attentive et incessante, tout doit contribuer à agir sur l'esprit du malade. Certains doivent être séparés des autres avec soin ; ce sont k i° les aliénés qui, incapables de tra-
(1) Traité complet du régime sanitaire des aliénés, p. il). (■2) Même ouvrage, p. 127.
LES FILS DE l'INEL. 247
vailler, sont dans une activité toujours malfaisante, et se plaisent à provoquer des sujets sans cesse renaissants de querelies et de discordes ; 2° les monomanes religieux, qui cherchent à faire des prosélytes, et excitent en secret les malades à la désobéissance, en leur faisant croire qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ;... 3° les aliénés qui, presque raisonnables, ont une propension irrésistible à dérober tout ce qui leur tombe sous la main, et frappent les malades, donnent lieu à des rixes violentes, et s'introduisent dans les loges pour assouvir leurs infâmes penchants ; l\° ces individus violents qui, sans être aliénés, se livrent dans le monde aux emportements les plus furieux pour de légers motifs, et une fois renfermés dans les hospices, se servent de tout l'ascendant de leur raison pour accuser ceux qui leur prodiguent leurs soins, et par de continuelles dénonciations sèment la défiance et le trouble dans toutes les parties du service ; 5° enfin les monomanes furieux et portés à l'homicide » (i). Mais ces malades ne doivent pas être abandonnés à eux-mêmes ou maltraités ; on s'efforcera de les améliorer, de leur parler avec douceur, de les encourager, de leur éviter une réclusion continue, les aliénés devant, en principe « jouir de la liberté la plus grande, compatible toutefois avec leur sûreté personnelle et celle des autres » (2). Par contre, les malades seront tenus de se conformer aux règlements de la maison, et toute infraction devra être réprimée avec douceur mais fermeté. « Dans les asiles publics consacrés aux fous, comme dans le monde politique, la seule, la véritable liberté, ne résulte que de l'obéissance générale aux règles établies » (3).
A tout asile doit être annexé une ferme permettant aux malades de se livrer au travail manuel. Scipion Pinel suit sur ce point, comme sur tant d'autres, les principes posés par son père, qui avait réclamé, sans pouvoir l'obtenir, l'adjonction à
(1) Même ouvrage, p. 141.
(2) Même ourrage, p. 142.
(3) Ibidem.
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l'hospice de Ricêtre d'un terrain de travail. Ferrus, faisant siens les désirs de son maître, réussit, après de nombreuses démarches, à employer à la ferme Sainte-Anne un certain nombre de convalescents de Bicêtre. Scipion Pinel propose d'astreindre à la loi du travail manuel, non seulement les convalescents, mais les agités, les incurables, et même les idiots. « Il est par trop révoltant, dit-il, de voir encore partout ces derniers malades abandonnés à une inaction stupide ; il est temps enfin qu'on apprenne à s'en servir, et à profiter même de leur disposition innée à une imitation servile et routinière, pour les faire participer plus aisément à un bien-être dont ils n'ont peut-être pas la conscience, mais qui honore l'humanité » (i).
La lingerie, le blanchissage, la couture occuperont plus spécialement les femmes.
Parmi les moyens thérapeutiques, Scipion Pinel indique en première ligne les bains tempérés qui « ont l'avantage de relâcher la peau, de faciliter la transpiration, de rendre la circulation plus uniforme, de prévenir l'impulsion trop forte du sang vers la tête, et de procurer un sommeil tranquille » (2). Il conseille d'y joindre, lorsqu'on le juge utile, une aspersion d'eau froide sur la tête, mais seulement à la fin du bain « lorsque la circulation du sang a été favorisée vers la surface du corps, et qu'on peut, par le refroidissement, en diminuer l'énergie vers la tête » (3). Le médecin doit être présent. Mais ce mode de traitement ne sera mis en usage que pendant les périodes d'excitation ; au contraire les bains tempérés sont salutaires à toutes les époques de la maladie.
Scipion Pinel était résolument opposé à la saignée, car il avait souvent entendu son père narrer les anciennes pratiques de l'Hôtel-Dieu de Paris. « Alors les aliénés étaient reçus et traités dans cet hôpital, et ce n'était que lorsqu'ils en avaient subi toutes les épreuves que, suivant le cas, on les envoyait,
(1) Même ouvrage, p. 74.
(2) Même ouvrage, p. 97.
(3) Même ouvrage, p. 97.
comme à peu près sans ressources, à la Salpêtrière ou à Bieêtre. Bosquillon, médecin de L'Hôtel-Dieu, était un partisan fanatique de la saignée ; tout son traitement consistait dans les émissions sanguines, tellement copieuses et répétées, qu'on ne les cessait que lorsque le malade était exsangue. Cette méthode était devenue chez lui une idée tellement fixe et dominante, que les mauvais succès, loin de l'éclairer, ne faisaient que le précipiter davantage dans sa funeste pratique, dont, suivant lui, tout le tort appartenait toujours aux malades et aux infirmiers. Or, à cette époque, Pinel observait que les aliénées qu'il recevait à l'Hôlel-Dieu après un tel traitement devenaient et mouraient toutes incurables, et qu'au contraire celles qui, par hasard, étaient adressées directement à la Salpêtrière, offraient des chances presque constantes de guérison. Dès lors il devint très réservé sur l'emploi de la saignée » (i). Scipion Pinel suivit en tous points, à cet égard, les principes posés par son père, et il ne recourut jamais chez les aliénés, à moins d'indications formelles, aux émissions sanguines.
Le premier devoir d'un médecin légiste, pour Seipion Pinel, est de bien posséder les caractères distinctifs des maladies mentales. Quand il s'agit d'un idiot, d'un imbécile ou d'un dément, l'expert peut, sans crainte d'erreur, déclarer le malade incurable. Chez le monomane, au contraire, l'intelligence paraît saine au premier abord « seulement il y a une trop forte tension du cerveau sur un seul sujet, fausseté de jugement sur une seule ou sur quelques idées, ou perversion unique des sentiments affectueux et de quelques sens ; de là les monomanes proprement dits, les suicides, les homicides, les hallucinés » (2). Les monomanes poussés par un irrésistible besoin de se détruire, ne sont pas, suivant Scipion Pinel, aussi nombreux qu'on le pense généralement, car il faut bien distinguer tous les suicides qui reconnaissent pour cause chez les aliénés
(1) Traité complet du régime sanitaire des aliénés, p. 95.
(2) Ibidem, p. 172.
des erreurs de jugement ou des terreurs imaginaires. Le besoin réel de se détruire paraît dépendre d'une altération profonde des organes de l'instinct ; il débute, il marche, il se termine comme une maladie aiguë, et revient quelquefois à des intervalles plus ou moins éloignés » (i). Quant à l'homicide, c'est plutôt une « perversion cérébrale. » Chez l'halluciné « le défaut de justesse entre la conscience et les sensations fait toutes les variétés de ses illusions ; elles proviennent des sensations extérieures, ou des sensations intérieures » (2). Chez le maniaque <( il y a délire sur toutes les impressions et sur tous les souvenirs. Ce sont les éléments intellectuels exaltés, mais sans liaison, sans frein, rompus et dans le chaos ; la volonté a disparu » (3). Les folies passagères reconnaissent pour cause « l'ivresse, l'ingestion de certaines substances médicamenteuses, l'explosion d'une passion vive et soudaine, ou même une irritation morbide de la périphérie cérébrale. Dans cet état de trouble et de délire momentanés, l'homme obéit à des impulsions insolites et commet des actions étranges et souvent coupables, sur lesquelles les tribunaux doivent se prononcer » (4). Certaines maladies peuvent également déterminer des égarements passagers pendant lesquels le patient « n'est plus responsable des actes contraires à lui-même ou aux autres » (5). Des effets semblables peuvent être produits par « le sommeil et certains états qui lui sont propres, tels que le somnambulisme, les rêves » (6).
Dans tous ces troubles passagers de la raison, il n'y a ni conscience, ni responsabilité. « L'homme est alors, pendant quelques instants ou quelques heures, complètement étranger à lui-même, c'est-à-dire insensé. Mais il est très important de
(1) Traité complet du régime sanitaire des aliénés, p. 173.
(2) Ibidem, p. 173.
(3) Ibidem, p. 175.
(4) Ibidem, p. 178.
(5) Ibidem, p. 198.
(6) Ibidem, p. 159.
distinguer ce qu'il y a de vrai ou de simulé dans cet état si difficile à discerner devant la loi » (i).
La loi promulguée le 3o juin t838 avait été sérieusement étudiée, et les membres de la Commission, conscients que le mandat de député ne dispense point d'observer et d'apprendre, n'avaient pas craint de faire appel à toutes les lumières, à toutes les compétences. Scipion Pinel fut prié de donner son avis. Les idées qu'il exposa venaient de paraître dans le Traité du régime sanitaire des aliénés.
Un individu donnant des signes d'aliénation mentale, déclaration immédiate devait être faite au commissaire de police, qui envoyait deux médecins constater son état. Sur leur attestation, le malade était transféré dans un établissement public ou privé, et déclaration en était faite au procureur du roi. Les familles désirant traiter leur malade à domicile devaient demander l'autorisation au préfet de police qui ne l'accordait que sur le rapport des médecins. Le malade, par le seul fait de sa réclusion, était frappé d'interdiction, jusqu'au jour de sa mise en liberté. Pendant la durée de la réclusion, le juge de paix devenait curateur des biens du malade.
Deux propositions de Scipion Pinel peuvent sembler étranges. Ainsi il demandait que l'autorisation de fonder une maison destinée à recevoir des aliénés ne fût accordée qu'à des individus non médecins. La législation, disait-il, « défend aux docteurs de vendre des médicaments, et elle leur laisse la faculté de vendre du régime alimentaire qui, dans ce cas, n'est qu'un médicament, et un médicament d'un prix souvent fort élevé. Ensuite, le chef d'un tel établissement nous paraît investi d'une autorité excessive, par cela même qu'il est médecin ; car, quelque chose qu'il fasse, il aura toujours raison devant la justice. Un médecin adroit défie toutes les accusations, dans tout ce qui concerne ses aliénés ; jamais on ne pourra le convaincre d'arbitraire ; c'est en effrayant même la tendresse des
(1) Ibidem, p. 201.
parents qu'il peut les tromper le mieux ; il a donc, dans sa maison, un pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, mais jamais au-dessus de sa conscience » (i). Pour ne pas blesser son maître Esquirol, il ajoutait : « On nous citera un illustre exemple, nous l'acceptons volontiers. Rien ne fait mieux ressortir les contrastes qu'une noble exception ; si un digne maître n'a jamais voulu faire spéculation d'un tel établissement, si même il a sacrifié ses intérêts matériels à son amour pour la science, une telle conduite est la meilleure preuve que nous puissions invoquer ; elle démontre assez que la générosité et la hauteur d'esprit sont incompatibles avec le calcul des opérations mercantiles, et qu'on doit les abandonner à des esprits plus ordinaires. Dans un établissement d'aliénés, le médecin ne doit être directeur que sous le rapport du régime et des soins ; il faut avant tout qu'il y ait un propriétaire, un gérant responsable, avec cautionnement, afin qu'en cas d'abus, d'actes arbitraires et répréhensibles, la justice puisse atteindre aisément le coupable » (2). Proposition aussi peu efficace que bizarre, car rien ne serait plus aisé que de tourner la loi. Certains directeurs de journaux, aux temps héroïques, choisissaient des gérants responsables, dont les fonctions consistaient à prendre à leur compte les duels et les condamnations. De même un médecin taré, et, tout comme autrefois, il en est peut-être encore aujourd'hui, qui désirerait posséder une maison de santé, s'assurerait aisément la collaboration d'un homme de paille. Scipion Pinel fut successivement attaché à plusieurs maisons de santé, mais, toujours à court d argent, il ne pouvait songer à en acquérir aucune. Aussi, malgré son caractère insoucieux et sa nature plutôt bienveillante, ressentait-il parfois quelque amertume en constatant le succès de certains directeurs d'établissements privés. Lui, à qui la fortune semblait sourire à ses débuts, se trouvait, à l'âge mûr, dans une situation voisine de la gêne ; il voyait, au contraire, prospérer la maison fondée par
(1) Traité complet du régime sanitaire des aliénés, p. 312.
(2) Ibidem.
son cousin, auquel avaient été refusés, dès l'enfance, tous les plaisirs de la vie, et qui s'était formé au dur labeur.
Cette proposition n'eut d'ailleurs pas plus de succès que celle dont il nous reste à parler. Se basant sur l'hérédité de la folie, ef désireux d'en arrêter les progrès, il demandait qu'on insérât dans le projet de loi l'article suivant : « Pendant soixante ans à partir des présentes, nul individu ne pourra contracter mariage, s'il est sujet à l'aliénation mentale ou à l'épilepsie ; le mariage sera nul s'il est né de parents dont l'aliénation mentale ou l'épilepsie pourront être constatés » (i). Il faut, remarque Scipion Pinel (( une mesure hardie, rigoureuse peut-être, mais salutaire par sa vigueur même, puisqu'elle excitera au moins fortement l'attention de ceux qui sauront s'y soustraire. Le temps est venu où la population aliénée, qui s'agite au milieu de la population saine, doit être circonscrite, renfermée dans son cercle fatal, et s'y éteindre d'elle-même. Le moyen sévère que nous avons cru devoir proposer atteindra ce but, si pendant plusieurs générations, la loi en sait commander la stricte exécution » (2). L'auteur de cette proposition étant loin d'être un naïf, il semble étrange qu'il ait pu s'illusionner sur le résultat final, car la prohibition du mariage n'a jamais été un obstacle à la procréation. Un procédé autrement efficace serait celui qui jadis a coupé court aux hardiesses du docte Abeilard et assuré au chanoine Fulbert une durable bien que fâcheuse notoriété. Grâce aux progrès constants de la science, le problème a reçu une solution plus élégante, la stérilisation. Le 9 mars 1907, l'Assemblée générale de l'Etat d'Indiana approuvait un projet de loi aux termes duquel tout établissement affecté aux criminels avérés, idiots, imbéciles et satyres devait s'adjoindre deux chirurgiens d'une habileté reconnue ; ceux-ci seraient chargés, d'accord avec le médecin en chef, de rechercher et d'opérer les incurables à qui il semblerait prudent d'interdire la procréa -
(1) Même ouvrage, p. 313.
(2) Même ouvrahe, p. 316.
tion (i). En Angleterre, à une séance de la section du sud-est de l'Association médico-psychologique, tenue à l'asile de Bexley, le 5 octobre 1910, le docteur Faulks entretenait ses collègues de la stérilisation des aliénés, décrivait les plus récents procédés, et estimait que certains malades, ques les médecins hésitent à mettre en liberté, pourraient dés lors être rendus à la vie commune sans danger aucun (2). En France même, cette méthode rencontre quelques partisans. Il est impossible de prévoir ce que l'avenir réserve, les idées se modifiant sur toutes choses avec le temps, et ce qui nous paraît aujourd'hui inadmissible pouvant sembler tout naturel à nos arrière-neveux ; je dirais, en tout cas, que la question n'est pas encore assez mûre pour être tranchée, si j'osais me servir d'une telle expression en pareille matière.
En terminant l'exposé de l'œuvre scientifique de Scipion Pinel, il n'est pas, je pense, sans intérêt, de citer les conseils donnés par lui à ceux qui désirent aborder la pathologie cérébrale. Il lui paraît « de toute nécessité de faire marcher de front l'étude des altérations du système nerveux avec la connaissance précise de sa structure, de son développement dans l'échelle animale, et des résultats des expérimentations physiologiques ; il faut sans cesse, dans cette observation comparative de l'état sain avec l'état morbide, du développement anatomique avec le développement des fonctions, et des expériences avec les symptômes, chercher quelque solution satisfaisante à la plupart des questions encore si obscures et si incertaines, sur les propriétés, comme sur les maladies des différents centres nerveux » (3).
(1) An act to prevent procréation of confirmée! criminals, idiot?, imbéciles and rapists.
(2) The stérilisation of the insane (journal of Mental Science, 1911, n° de janvier,
(3) Traité de pathologie cérébrale, p. 2.