VIK DK HACK TUKE
et scs joies, une compagne aussi douce, aussi simple, aussi affable que lui. Lorsqu'on a le malheur de perdre un être qui vous est cher, s'il peut \ avoir quelque adoucissement à pareil chagrin, c'est de constater l'unanimité des regrets, la spontanéité des sympathies. Haek Tuke avait beaucoup d'amis, mais pas d'adversaires et pas d'envieux. La première fois que l'on se Irouvail en sa présence, on se sentait attiré vers lui, et plus on le fréquentait, plus on l'aimait. De tels hommes sont rares, et leur mémoire ne saurait trop être honorée.
Œuvre de Hack Tuke.
Issu d'une famille de philanthropes ayant consacré au soulagement de leurs semblables tous les instants de loisir d'une existence occupée, Hack Tuke nous offre, au point de vue intellectuel et moral, un exemple remarquable de bonne et saine hérédité. Sa santé physique délicate qui, pendant des années, l'éloigna de toute occupation active, ne fut pas sans exercer une heureuse influence sur l'orientation de sa vie. En effet, s'il eût été doué du robuste tempérament de ses ancêtres, il aurait, comme eux, passé ses jours dans la maison familiale, et ses soins se seraient partagés entre le négoce, les œuvres de bienfaisance et les malades de la Retraite. Ayant, au contraire, donné à l'étude les longues périodes de repos auxquelles se trouva condamnée sa jeunesse, il put, dès qu'il lui fut loisible de reprendre une existence normale, envisager les problèmes de l'aliénation mentale, non seulement en philanthrope, mais encore en psychologue et en médecin.
N'admettant pas qu'une définition quelconque puisse donner une idée exacte de ces affections, il conseille à ceux qui désireraient les connaître, de lire des descriptions bien faites, et surtout d'observer attentivement les malades. Cependant, appelé à traiter la question dans le Dictionnaire de médecine psychologique, il ne pouvait se dispenser de proposer une définition. « La folie, dit-il, est une maladie du cerveau, idiopathique ou sympathique, qui affecte l'intégrité de l'esprit et détermine des troubles intellectuels ou émotifs » (i).
Etablir une classification vraiment bonne ne lui semble pas possible. Il reconnaît que peu de sujets ont davantage exercé
(1) A dictionary of psyckological medicine. London, 1892. Vol. I, p. 330.
OEUVRE DE HACK TUKE. 3('m
l'esprit humain ; mais ces tentatives nombreuses n'ont abouti qu'à un médiocre résultat (i). Dans la première édition de son manuel de médecine psychologique (2), il envisageait deux méthodes, l'une philosophique, l'autre symptomatique, d'où les classifications suivantes :
Troubles de l'esprit affectant.
Classe I. L'Intelligence. Formes de Folie :
Ordre 1. Développement incomplet j Tn'k^jijt ;
1 Démence.
Ordre 2. Invasion de la maladie postérieu- Monomanie intellectuelle
rement au développement 1 n-i • "/^m •
1 p j Delusions (3), Illusions.
f Hallucinations.
Classe II. Les Sentiments moraux.
Ordre 1. Développement incomplet S ll!?1^!?,0™16, ,
1 F ' ( Imbécillité morale.
Folie morale.
Mélancolie :
1 religieuse.
2 hypochondriaque Ordre 2. Invasion de la maladie après le dé-J 3 nostalgique.
vploppcment \ Exaltation concernant :
1 la religion.
2 l'orgueil.
3 la vanité.
4 l'ambition.
Classe III. Les Penchants.
Ordre t. Généraux j Manie (en général troubles
( de toutes les facultés).
Manie homicide.
Manie suicide.
Ordre 2. Partiels (Kleptomanie.
brotomame.
Pyromanie.
Dypsomanie.
(1) Ilidem, p. 229.
(2) A manual of psychologieal medicine. Witli D* Bucknill. London, 1858, 4' édit., 1879.
(3) La délusion a été souvent confondue par les traducteurs avec l'illusion. La délusion est une fausse conception, tandis que l'illusion est une fausse perception.
L'autre classification se fondait sur l'aspect clinique
Idiotie.
p., ( primitive.
Démence.. ..j ^econdaire
à caractère mélancolique.
Folie délusionnelle ...A à caractère exalté.
à caractère destructif.
Mélancolie avec délusion.
Manie avec extravagance générale de conduite.
Folie émotive [ Manie avec disposition à l'homicide.
Manie avec disposition au suicide.
Manie avec disposition au vol, etc.
Manie i aiguë'
Mame ( chronique.
ces diverses formes pouvant s'unir à la paralysie générale et à l'épilepsie.
En se basant sur les causes héréditaires et constitutionnelles, il pense que l'on pourrait distinguer :
i° L'aliénation ou l'insuffisance mentale résultant d'une maladie primitive ou d'un défaut de développement des centres encéphaliques. Folie traumatique, paralysie générale, troubles consécutifs à l'hémorrhagie cérébrale, aux tumeurs, etc., folie épileptique d'origine centrale, folie sénile.
2° L'aliénation mentale causée, soit directement, soit indirectement par des désordres ou des modifications de l'appareil de la génération. Folies résultant de la puberté, de la masturbation, des affections utérines, de la grossesse, de la parturition, de la lactation, du retour d'âge.
3° Aliénation mentale d'origine toxique. Folie alcoolique, pellagreuse, etc.
4° Troubles mentaux sous l'influence de certaines maladies : fièvres, rhumatisme, goutte, tuberculose, syphilis, etc.
Il propose encore de diviser les troubles mentaux en deux classes : psychoses sensorielles et psychoses motrices. La première comprendrait toutes les formes où dominent les désordres du sentiment et de l'émotion, ainsi que ceux des pouvoirs de perception sensorielle et didéation ; dans la seconde seraient rangés tous les troubles des facultés intellectuelles supérieures ainsi que de la motilité.
Aucune de ees classifications, du reste, ne le satisfait, et il se rangerait assez volontiers à La proposition du comité de statistique de l'Association médico-psychologique de Grande Bretagne et d'Irlande qui, pour faciliter la tâche des superintendants des asiles, a établi le tableau suivant :
i. Insuffisance mentale congénitale ou acquise, a) avec épilepsie ; b) sans épilepsie.