‹ Aliénistes et philanthropes; les Pinel et les TukeChapitre 29 sur 35 · COUR DES PAIRS · texte numérisé non relu

COUR DES PAIRS

« Nous, Etienne-Denys Baron Pasquier, Pair de France, Président de la Cour des Pairs, vu le rapport à nous fait en date de ce jour par MM. Ollivier d'Angers et Denis, docteurs en médecine, sur l'état de santé du sieur Marrast (Armand), détenu dans la maison d'arrêt de Sainte- Pélagie, ordonnons que par le premier huissier de la Cour à ce requis, le dit sieur Marrast sera transféré de la maison d'arrêt de Sainte-Pélagie dans la maison de santé de M. Pinel, neveu, rue de Chaillot, N° 76, lequel se chargera de le représenter à toute réquisition, pour y rester à notre disposition en état de mandat de dépôt et sauf à nous, sur le nouveau rapport qui nous sera piochainement fait sur l'état de santé du sieur Marrast, à prendre telle autre mesure qu'il appartiendra.

« Fait à Paris, en notre Cabinet, le quinze août mil huit cent trentequatre. »

Signé : Pasquier.

Pour copie conforme :

Pajou.

MESMER (Frédéric- Antoine). — Né le 23 mai 1733. On n'est pas exactement fixé sur le lieu exact de sa naissance, que ses différents biographes placent à Mersbourg-en-Souabe, à Itzmang, à Weil près de Stein, et même à Vienne. Son premier ouvrage, paru en 1766, avait pour titre : De planetarum influxu. S 'étant établi à Vienne, il entra en relations avec le père Hell. inventeur de plaques aimantées. Mesmer, les ayant appliq nées sur la poitrine et les jambes d'une malade, obtint une guérison qu'il attribua au fluide magnétique, tandis que, pour le père Hell, la vertu de ces plaques consistait dans leur forme spéciale. Il en résulta de vives discussions ; elles se terminèrent au profit du père Hell qui jouissait à Vienne de beaucoup de crédit. Mesmer voyagea, et en 1778 il arrivait à Paris. Iî y devint bientôt célèbre. Il désirait appuyer ses doctrines de la haute autorité de l'Académie des sciences et de la Société royale de médecine, mais ces compagnies exigeaient un contrôle préalable, auquel Mesmer ne voulait pas se soumettre. Ses propositions furent présentées

à la Faculté de médecine par Deslon et rejetées sans discussion le 18 septembre 1780. Il se fît alors chaudement recommander au ministre d'Etat, le baron de Breteuil ; une convention fut signée, aux termes de laquelle devaient être nommés cinq commissaires, dont deux seulement pris parmi les membres des sociétés de médecine ; en cas de rapport favorable, le gouvernement proclamerait publiquement l'utilité de l'œuvre de Mesmer et s'engagerait à propager sa doctrine, lui accordant en outre un local pour ses expéiiences. et 20,000 francs de rente viagère. Quelques jours après il était informé que le gouvernement, suffisamment renseigné, le dispensait de l'examen des commissaires, lui accordait de suite la pension promise et. au lieu de local, lui allouait 10.000 francs de rentes. Il refusa, ne trouvant pas les offres suffisantes, et se rendit à Spa avec quelques-uns de ses malades. Avant de partir il écrivait à la reine : « Aux yeux de votre Majesté, quatre ou cinq cent mille livres de plus ou de moins employées à propos ne sont rien ; le bonheur des peuples est tout. Ma découverte doit être accueillie, et moi récompensé avec une munificence digne du monarque auquel je m'attacherai. » Pendant son absence. Deslon s 'étant proclamé capable d'opérer des cures par le magnétisme animal. Mesmer cria à la trahison, et quelques amis résolurent d'ouvrir une souscription en sa faveur. Il accepta. Cent élèves devaient verser chacun 2.400 livres pour pouvoir suivre un cours de magnétisme. Le nombre fut dépassé et la somme atteignit 34o,ooo livres. Mesmer donna l'enseignement demandé ; mais le cours terminé, les élèves se considérant comme aptes à pratiquer à leur tour, formèrent une société dite Société de l'harmonie, dans le but d'instituer un cours public et de propager la doctrine. Mesmer protesta à nouveau et accusa ses élèves de mauvaise foi. Il quitta la France, parcourut l'Angleterre et retourna ensuite en Allemagne, où il mourut le 5 mars i8i5.

MOXTFORT (Simon IT) (comte de). — Né vers n65. Entraîné par la parole de Foulques de Netiilly, il prit la croix, avec Thibaut V, comte de Champagne, pour combattre les infidèles. Revenu de Palestine, il alla guerroyer contre les Albigeois ; les Croisés le choisirent comme» leur chef. En conduisant les bandes du Nord à l'assaut des riches provinces du Midi, il montra les qualités d'un grand capitaine, mais fut impitoyable pour les vaincus et dévasta les pays de Languedoc par le fer et par le feu Les états de Raymond VI furent la récompense de ses exploits. Le a5 juin 121N, il tombait sous les murs de Toulouse, frappé à la tête d'une pierre lancée par un mangonneau et percé de cinq flèches.

Simon de Montfort avait épousé, en 1190, Alix de Montmorency, dont

il cul sept enfants. Son fils aîné Amaury, succéda, comme connétable, à Mathieu de Montmorency. Son quatrième fils, Simon, passé au service du roi d'Angleterre Henri III, devint comte de Leiccster, sénéchal de Gascogne, et épousa Eléonore, comtesse douairière de Pembroke, sœur de ce monarque.

MONTMORENCY (Henri F*) (duc de). — Né à Chantilly en i :.','.. Second fils du connétable Anne de Montmorency, il porta le nom de Damville jusqu'en 1079, époque où mourut son frère aîné François, maréchal el duc de Montmorency. Il reçut lui-même en i566 le bâton de maréchal, et Henri IV lui remit en i5g3 l'épéc de connétable. Mort à Agde le i01* avril 161/i.

C'est en i585 que le roi de Navarre, désireux de s'aboucher avec Henri de Montmorency, lui donna rendez-vous à Saint-Paul-Cap-de-Joux. « Et dès lors jusqu'à cette heure, dit Brantôme, se sont si bien tous entretenus et lie/, qu'ils ne se sont jamais quiet ez, et toujours marié leurs fonctions rnesme ensemble. Aussi pour tels bons debvoirs d'assistances, d'amitiés et de causes, et pour la suffisance grande qu'il a cogneu en luy, l'a faict son connestable, et au lieu de père, l'appelait son compère, à la mode du roi Henri II à l'endroit de son père ; qui est un grand honneur pour cette maison de Montmorency, qu'en vingt-six ou vingt-sept ans consécutivement le père et le fils ayent été honorés de cette grande charge. »

MOREAU (Jacques-Joseph). — Jacques- Joseph Moreau, plus connu sous le nom de Moreau de Tours, naquit le 3 juin i8o£ à Montrésor, département d'Indre-et-Loire. Après avoir fait ses classes aux collèges de Chinon et de Tours, il commença, dans cette dernière ville, ses études médicales qu'il vint ensuite terminer à Paris Interne de la maison royale de Charenton en 1826, docteur en i83o, il était nommé au concours, en i84o, médecin de l'hospice de Bîcêtre. En 1860 il passait à la Salpètrière. Après la mort d'Esquirol, il dirigea, d'abord de concert avec Baillarger et Mitivié, la maison de santé d'Ivry, dont il devint l'un des propriétaires. Mort le 20 juin 1884.

J'ai eu l'honneur d'être le dernier interne de Moreau de Tours. Ami de mon grand-père et de mon père, il m'avait accueilli avec bienveillance et se plaisait à m "appeler un enfant de la balle. Au début de l'année [884, bien que légèrement courbé par l'âge, il avait conservé la vivacité d'esprit et l'ardeur de la jeunesse. Il venait encore assez régulièrement à la Salpètrière, mais ne faisait plus que, de temps à autre, une courte apparition parmi ses malades. Le plus souvent il se contentait de signer

le cahier de visite, s'asseyait auprès du feu, et tout en se chauffant les mains, évoquait les souvenirs d'autrefois. Il disait sa jeunesse et les aventures de toutes sortes d'un long voyage en Orient. Certaines de ces aventures ne sont guère racontables. Je préfère citer une anecdote se rapportant à une époque moins lointaine de son existence, celle où il dirigeait la maison de santé d'Ivry. Le parc était alors, affirmait Moreau de Tours, rempli de lapins de garenne, devenus presque apprivoisés, et qui semblaient éprouver un plaisir particulier à contempler la voie du chemin de fer d'Orléans ; ils se tenaient immobiles et rangés en ligne au passage des trains. Deux étrangers se présentent un jour à la maison de santé et demandent le médecin. L'un d'eux, prenant la parole, s'excuse d'avance de la question qu'il va poser, question qui, au premier abord, peut paraître bizarre. Mais un pari existe entre eux et le résidtat dépend de la réponse qui leur sera faite. « Nous prenons souvent, conclut-il, le train qui longe votre propriété, et nous venons vous demander si vos lapins sont vivants ou empaillés. » Le perdant devait offrir un dîner à son adversaire. Moreau de Tours fut invité.

Il aimait aussi à parler d'Esquirol, de sa proverbiale bonté et des réunions intimes qui, chaque dimanche, assemblaient les élèves «à la table du maître. Il ne manquait jamais d'ajouter : « On déjeunait fort bien (liez M. Esquirol. »

MOREL (Benedict- Augustin) . — Né le 22 novembre 1809, à Vienne en Autriche, de parents français. Placé à Luxembourg dans un établissement dirigé par un prêtre, l'abbé Dupont, il suivit plus tard son maître à Saint-Dié. Ayant perdu son père et se trouvant sans ressources, il resta à la charge de l'abbé Dupont qui, après l'avoir gardé dix ans, le plaça dans un séminaire. Il trouva le moyen de se faire renvoyer pour avoir suscité, en faveur des idées libérales, une sorte d'émeute parmi ses camarades. Il vint à Paris, fit d'abord du journalisme, entra comme précepteur dans une famille où il resta quatre ans. et commença ensuite ses études médicales. C'est alors qu'il se lia avec Claude Bernard, arrivé de Lyon dans un état de gêne voisin de la misère. Ils habitèrent ensemble, et, à un moment donné, se trouvèrent réduits à n'avoir qu'un costume pour deux ; l'un le portait tandis que l'autre restait couché. Morel passa sa thèse le C août i83g ; le ik décembre de la même année, Claude Bernard était reçu interne des hôpitaux de Paris, et entrait, le ier janvier suivant, dans le service de Jean-Pierre Falret à la Salpêtrière. Il présenta More! à son chef. En i848, Archambault ayant donné sa démission, Morel le remplaça à l'asile de Maréville. De cette époque commencent ses travaux

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su r le goitre et le crétinisme, précurseurs de ceux sur la dégénérescence. Eu 1807 il quittait Nancy pour Rouen, où il devenait directeur de l'asile Saint-Yon. Dès lors il ne songe plus qu'à la dégénérescence, passe sa vie à circuler de côté et d'autre pour étudier les types et vérifier les lois qu'il a formulées. Faisant ainsi des observations sur chacun en particulier, il lui arriva de suivre certaines familles pendant des années. Dans l'une d'elles, qui comptait neuf enfants, le dernier présentait des stigmates de dégénérescence, tandis qu'on ne pouvait constater la moindre lare chez les autres, pas plus que chez les parents. Morel restai! perplexe cl flairait un mystère ; il résolut d'en avoir le cœur net. Aptes une longue et minutieuse enquête, où il fit preuve d'un flair de policier, il découvrit que la mère avait commis une faute et que l'enfant était le fruit de ses relations avec un alcoolique.

Dans une autre aventure, Morel fut moins favorisé. Il avait parfois, au cours de ses promenades à travers la ville de Rouen, rencontré un jeune garçon offrant le type le plus accompli du dégénéré. Dans un dîner, où se trouvaient plusieurs personnes qu'il ne connaissait pas, il parla de dégénérescence ; se laissant entraîner par son sujet, et sans faire attention aux signes du maître et de la maîtresse de la maison, il prit comme exemple le jeune homme en question, signala les tares que devaient indubitablement présenter les parents, et s'étonna qu'on osât offrir aux regards du public un aussi abominable idiot. Le père et la mère étaient parmi les invités, et tous, sauf Morel, savaient de qui il s'agissait. On peut se douter de sa confusion.

Jules Falret, qui avait été intimement lié avec Morel, se plaisait à raconter leurs joyeuses aventures et, en particulier, un voyage en Angleterre, en compagnie du baron Mundy. C'était en 1864. Mundy était aussi original que Moiel. Tous deux s'amusaient à tourmenter leur ami Jules Falret qui était, comme le savent tous ceux qui l'ont connu, le meilleur, le plus facile et le plus débonnaire des hommes. Entre autres plaisanteries, quand après une journée fatigante il commençait à s'endormir, les gais compères circulaient autour de son lit, en chemise et chantant à tue-tête des airs de Lucie de Lammermoor. Mais un jour Morel et Mundy eurent une vive discussion, à laquelle, suivant sa coutume, Jules Falret ne prit aucune part. Mundy déclara qu'il en avait assez de leur société et qu'il se séparait d'eux. Il partit. Comme, peu d'instants après, les deux amis quittaient l'hôtel, ils virent un homme s'attacher à leurs pas. Morel, moins patient, l'engagea à les laisser tranquilles. L'homme déclara qu'il était un guide, et que le baron Mundy avait requis ses services pour les accompagner partout où ils iraient et ne les quitter sous

'l94 LES PINEL ET LES TUKE.

aucun prétexte. Ils durent se laisser escorter. Mais ils étaient invites à un lunch chez Harrington Tuke. et ils espéraient que le guide imposé allait enfin les laisser lihres. Il n'en fut rien. Leur compagnon ne les lâcha pas d'une semelle, et il entra avec eux dans le salon, déclarant qu'il remplissait ses fonctions et obéissait aux ordres du baron Mundy. Jules Falret et Morel, très confus, durent expliquer à Harrington Tuke le rôle de ce personnage qui s'introduisait chez lui sans être ni invité, ni même connu. Le lendemain Mundy réapparaissait et libérait ses amis de la présence de l'homme qui depuis vingt-quatre heures, les accompagnait comme leur ombre. Le voyage s'acheva joyeusement. Morel est mort le 3o mars 1872. Il avait dû s'aliter en rentrant du Havre, où il était allé faire une conférence sur Jeanne d'Arc.

MORGAGNI (Jean-Baptiste). — Né à Forli, dans la Romagne, le 25 février 1682. Docteur en médecine et en philosophie en 1701, il devenait, en 1710, professeur d'anatomie à l'Université de Padoue. Morgagni, d't. Pinel « a joint aux avantages d'une érudition choisie et d'un jugement exquis les connaissances les plus profondes de l'anatomie pathologique. Egalement propre aux travaux de l'amphithéâtre et à une rédaction soignée et correcte des faits observés, il a eu l'art de rapprocher, avec une sagacité rare, plusieurs cas particuliers analogues, et d'en faire ressortir des vérités générales. Son excellent livre de Causis et Sedibus morborwn per Anatomen investigatis, sera toujours recherché et médité tant que le bon goût et !a saine raison présideront à l'exercice de la médecine, quelques progrès qu'on ait faits depuis cette époque dans l'anatomie pathologique. » Morgagni mourut le 5 décembre 1771.

MURRAY (Lindley). — Né en 1745, près de Lancaster en Pensylvanie. Destiné par son père au commerce, il préféra la littérature et le droit. En 1784 il quittait l'Amérique pour venir s'établir dans le Yorkshire. Lindley Murray est surtout connu comme grammairien, mais il s'occupa activement d'oeuvres philanthropiques, et contribua à la fondation de la Retraite d'York. Mort le 16 février 182G.

Oratoriens ou Pères de l'Oratoire. — Congrégation religieuse fondée à Rome en i55o par Philippe de Neri. En 1611 Pierre de Bérulle établit en France l'Oratoire de Jésus, confirmé en i6i3 par Paul Y.

PARISET (Etienne). — Né le 5 août 1770 à Grands, en Champagne. Médecin de Bicêtre de i8i4 à 1826, il passa à la Saîpêtrière où il resta

jusqu'en i84o. Envoyé en 1819 el [821 en Espagne pour y étudier la fièvre jaune, et en 1828 en Egypte pour rechercher la véritable origine de la peste. Membre de L'Académie de médecine dès sa fondation, il en devint secrétaire perpétuel le 3 décembre 1822. Parmi les académiciens dont il prononça l'éloge, on peut citer Corvisart, Berthollet, Pinel, Vauquelin, Guvier, Dupuytren, Scarpa, Desgenettes, Laënnec, Marc, Esquirol, Larrey. Ces éloges brillent plus par la grandiloquence que par l'exactitude des détails. C'est ainsi qu'il fait naître Pinel le m avril 174a à Saint-Paul, au lieu du 20 avril à Saint-André-d'Alayrac. Il se complaît également à rapporter une anecdote qui renferme peut-être une part de vérité, mais en tout cas beaucoup d'exagération, et nous semble aujourd'hui parfaitement ridicule. « Un jour, dit-il, Pinel et Savary se délassaient dune longue course en prenant un léger repas. En s 'entretenant de ces rares génies qui ont immortalisé la Grèce et l'ont faite la bienfaitrice des nations, ils s'arrêtèrent sur les talents et les malheurs de Sapho. — Quel style ! s'écriaient les deux amis ; quelle poésie divine ! Quels traits de flamme ! Quelle passion vive et profonde ! et quel prix elle en a reçu ! Le mépris, le dédain, l'indifférence ! Blesser un cœur si épris ! et avec tant de cruauté ; la sacrifier à une rivale ! l'abreuver d'outrages ! la navrer de douleur ! la pousser vers le rocher fatal ! — Les deux amis n'achevaient pas ; ils sanglotaient ! ils étaient éperdus ; ils étendaient leurs mains pour arracher la victime aux fureurs de la mer. Les pleureurs d'Homère, que fait parler Camion tel dans un de ses proverbes. n'expriment pas une pitié si déchirante. » Et Pariset ajoute, ému luimême par son récit : « Une âme si simple et si expansive pouvait-elle se fermer à la justice ? Pouvait-elle se nourrir du fiel de l'intérêt, de la médisance et de l'envie ? » Il est inutile d'insister sur l'invraisemblance des propos prêtés à Pinel ; simple et pondéré, il ne connaissait ni la sensiblerie ni la phraséologie, toutes deux si chères à son panégyriste.

Brierre de Boismont avait étudié les maladies mentales, à la Salpêtrière, dans le service de Pariset. C'était, dit-il, en parlant de son maître, a un de ces esprits fins et charmants, pleins d'aperçus ingénieux, mais qui ne peuvent s'astreindre au joug rigoureux de l'observation. »

Pariset est mort le 3 juillet 18^7.

PATIN (Guy). — Né le 3o avril 1601 à Houdan-en-Bray, diocèse de Béarnais. Professeur a la Faculté de médecine de Paris et au Collège royal où il succéda à Riolan. Guy Patin est surtout célèbre par ses lettres et par l'apreté avec laquelle il soutint les privilèges de la Faculté dont il fut successivement censeur et doyen. Il mena avec ardeur le combat

contre les chirurgiens. « Si on leur permettait, disait-il, des robes et des bonnets pour leur prétendue doctrine en chirurgie, il faudrait en accorder autant aux apothicaires pour leur doctrine en pharmacie, et ceux-ci n 'auraient-ils pas bonne grâce quand il faudrait donner des lavements ou faire l'onguent rosat et diapalme, d'être ainsi équipés. Enfin Saint- Luc a été plus fort que Saint-Gôme. M. Talon a fait merveille pour obtenir de la Cour que ces gens fussent rangés à leur devoir. » Il haïssait aussi cordialement les partisans de l'antimoine, qu'il dénommait la secte meurtrière, le gazetier Théophraste Renaudot, le cardinal Mazarin et les Jésuites. Grand partisan de la saignée, il la célébrait dans ses leçons magistrales, et y recourait largement pour lui-même et pour les siens. Dans une lettre du 26 décembre 1GG2 il raconte que sa femme, ayant eu une fièvre intense, avec point de côté et crachements sanguinolents, a été soumise à des émissions sanguines copieuses et répétées jusqu'à cessation des phénomènes morbides. « Maintenant nous la purgeotons avec casse et séné, et elle est. Dieu merci, hors de danger, débet illa Gallum /Eseulapio, pour être réchappée d'un tel mal, duquel cent autres seraient mortes ; vive la bonne méthode de Galien, et le beau vers de Joachim du Bellay :

O bonne, ô sainte, ô divine saignée. »

Et il ajoute : « Je voudrais bien qu'elle fût guérie, et qu'elle fût moins colère à l'avenir. »

Guy Patin mourut le 3o août 1672.

PAUL (Sir George Onesiphors). — Philanthrope, né en 1774, mort en 1820. S'occupa de la réforme des prisons et des asiles.

Pension ecclésiastique. — Voici la copie du titre d'inscription de Jean Guillemaud, oncle maternel de Casimir Pinel :

trésor PENSIONS DITES ECCLÉSIASTIQUES

public Certificat d'Inscription

N° 449 Volume 1er Somme : 800 fr.

Je soussigné, directeur de la Dette publique, certifie que Guillemaud (Jean), né le 10 juillet 1768, est inscrit au Registre des Pensions pour une somme annuelle et intégrale de huit cents francs, ayant été compris, pour ladite somme, en qualité d'ex-Yicaire dans l'état dressé par l'Admi-

nistration centrale du Département de la Seine, et visé par le Ministre des Finances, sous le N° 452.

A Paris, le l'an de la République française une et indivisible.

Le Directeuj- de la Dette Publique : Signé : Harmam).

Je soussigné, reconnais avoir en ma possession le Certificat d'inscription au Grand Livre des Pensions dites Ecclésiastiques, dont copie est ci-dessus.

A Paris, le io prairial, l'an VIII de la République française.

PERFECT (William). — Né à Oxford en i74o.

(( Le nombre des espèces de l'aliénation mentale est limité, remarque Philippe Pinel, mais ses variétés peuvent se multiplier d'une manière indéfinie. Il a donc été naturel de chercher à donner une idée claire de plusieurs de ces variétés, en publiant une longue suite d'observations détaillées et recueillies dans un établissement quelconque d'aliénés ; c'est ce qu'a fait, en Angleterre le docteur Perfect. Il a exposé les causes et la marche de plusieurs cas de mélancolie alliée quelquefois avec un penchant irrésistible au suicide ; il a de même caractérisé par des exemples particuliers l'hypocondrie pléthorique, une manie que l'orgueil a rendue incurable, celle qui est compliquée de préludes d'apoplexie, celle qui vient à la suite des couches ou lors de la cessation de la menstruation, la manie par des excès de fanatisme, celle qui peut provenir de la répercussion d'un exanthème, la manie qui est une suite de l'habitude de l'ivresse, celle qui est héréditaire. Cet ouvrage curieux contient 108 observations, et mérite d'être distingué de beaucoup d'autres, autant par le ton de modération et de candeur qui y règne, que par la vivacité et la simplicité des moyens que l'auteur a mis en usage, et qu'un succès obtenu dans un très grand nombre de cas semble avoir justifiés. Ce sont là sans doute des matériaux propres à être mis en œuvre en les rapprochant d'un grand nombre d'autres. »

PERRAULT (Claude). — Fils d'un avocat au Parlement et frère de l'auteur des Contes, Claude Perrault naquit à Paris en i6i3. L'auteur de la colonnade du Louvre ne fut pas. malgré les dires de Boileau, un médecin sans valeur ; ses essais de physique et son Traité de la mécanique des animaux eussent suffi à perpétuer son nom. Il mourut le 9 octobre 1688. « On peut dire, remarque Fontenelle, qu'il serait très difficile de trouver un homme qui eut rassemblé plus de différents ta-

lents. Mais ce qu'il y avait en lui de plus estimable, c'est qu'il ne tirait aucune vanité de ce qui en aurait donné beaucoup à d'autres. Tout grand physicien qu'il était, il n'était nullement entêté de la physique, et il ne regardait ses propres systèmes que comme des piobabilités qui étaient, à la vérité, le sujet le plus raisonnable sur lequel l'esprit humain pût s'exercer, mais qui ne méritaient pas une créance entière. On peut s'imaginer combien cela le préservait de l'air dogmatique si insupportable dans presque tous les savants, et combien sa conversation en était plus aisée et plus agréable. Quand on a bien du mérite, c'en est le comble que d'être fait comme les autres. »

PETIT (Marie- Antoine). — Né en 1760. Docteur régent de l'ancienne Faculté de Paris. Médecin de l 'Hôtel-Dieu. Mort le 7 avril i84o.

PHILIPPON (Charles). — Né à Lyon en septembre 1800. D'abord dessinateur et lithographe, devient ensuite journaliste, fonde La Caricature en août i83o. Le Charivari en novembre t832. L'un des créateurs du Journal pour rire en iSfig et du Journal amusant en 1857. Nombreux procès, amendes et mois de prison sous la Monarchie de juillet. Refuse, en i848, la place de directeur des Beaux- Arts. Mort à Paris le 25 janvier 1862.

Philippon se trouvait dans la maison de santé de Casimir Pinel en juin i832 ; des agents s'étant présentés avec ordre de le reconduire à Sainte-Pélagie, il réussit à s'évader. Détenu à nouveau, il obtint d'être encore transféré à la maison de Chaillot.

2e division PRÉFECTURE DE POLICE

3e BUREAU

Paris, le t5 octobre i832.

(( M. le docteur Pinel. tenant une maison de santé, rue de Chaillot, N° 76, recevra du porteur du présent, et placera dans ladite maison, le ci-après nommé venant de Sainte-Pélagie : Philippon. Charles, condamné à l'emprisonnement et sous le coup de plusieurs préventions, pour y recevoir les soins que réclame sa position.

(( Le S. Philippon, dont la translation dans une maison de santé a été consentie par le Ministre de l'Intérieur, devra être tenu en état de détention et il est enjoint à M. le docteur Pinel de ne le laisser sortir de son établissement sous quelque prétexte que ce soit.

u En recevant le S. Philippon dans la maison. M. le docteur Pinel

devient responsable de sa personne et il devra faire dans les a£ heures devant le Commissaire de police de Ghaillot une déclaration portant qu'il accepte cette responsabilité sous les peines portées par la loi. »

PIERRE. — Moine des Vaux-de-Cernay, de l'ordre de Giteaux. Guy, abbé des Vaux-de-Cernay, était l'un des douze désignés pour mener la croisade entre les Albigeois. Pierre le suivit eu Languedoc, ri fut chargé d'écrire l'histoire de cette guerre.

PILATRE DE ROZIER (Jean-François). — « Quant aux ballons, écrivait le 27 novembre 1784 Pinel à son ami Desfontaines, on n'a pas encore rempli le projet de passer le détroit de Calais ; mais, ces derniers jours, on vient d'en construire un aux Tuileries et de le faire partir à Calais pour profiter du premier vent favorable qui pourra le transporter- sur les côtes d'Angleterre. C'est M. Pilatre de Rozier qui doit le monter, et qui va recevoir des compliments des Anglais ou une épitaphe de ses compatriotes. »

Pilatre de Rozier était né à Metz le 3o mars 1756. Venu tout jeune à Paris pour y chercher fortune, il dut, pour subsister, entrer comme employé chez un pharmacien ; en plus de la chimie, qu'il avait déjà pratiquée, il se livra avec ardeur à l'étude des mathématiques, de l'histoire naturelle et de la physique. Nommé professeur de chimie à Reims, il n'y fit qu'un court séjour, revint «à Paris et. grâce à des amis influents, obtint la charge d'intendant des cabinets d'histoire naturelle et de physique du comte de Provence. Tl conçut l'idée du Musée, établissement possédant un vaste laboratoire propre à faciliter les recherches de physique et de chimie. Le Musée, inauguré en 1781 sous les auspices de Monsieur, eut pour président Court de Gébelin. La découverte des frères Montgolfier intéressa vivement Pilatre de Rozier, et il se consacra dès lors aux problèmes de l'aérostation. Sa première ascension eut lieu le 21 octobre 1783. Le i5 juin 1780, comme il partait pour tenter la traversée du Pas-de-Calais, le ballon s'enflamma, et l'intrépide aéronaute n'eut, comme l'avait prédit Pinel, au lieu des compliments des Anglais, qu' <( une épitaphe de ses compatriotes. »

PITCAIRNE (Archibald). Né à Edimbourg le 2;") décembre 1602,

Pitcairne fréquenta les écoles de médecine d'Edimbourg et de Paris. Savant médecin et profond mathématicien, il mourut le 20 octobre 1713.

L'année précédente, écrivant à l'anatomiste Du Yerney pour lui recommander un de sos amis d'Ecosse, il annonçait l'envoi prochain de

oOO LKS PINEL KT LES TUKF).

dissertations où il résoudrait ce problème : Une maladie étant donnée, trouver le remède. Philippe Pinel jugeait qu'un problème, posé dans ces termes, indiquait plus de présomption que de sagesse. « Quelle est la science, remarque-t-il, dans laquelle on puisse parvenir à la solution d'une question aussi générale ? » Pour lui, il faut d'abord observer attentivement les symptômes et s'efforcer de se rendre compte des lésions organiques, en un mot connaître le malade avant de le traiter.

POMME (Pierre). — Né à Arles en 1735. Sous le nom d'affections vaporeuses il comprenait l'hystérie, l'hypocondrie et la mélancolie. Pour combattre ce qu'il appelait irritabilité et racornissement des nerfs, il soumettait ses malades aux lavements froids et aux bains prolongés, ne leur accordant comme aliments que des boissons d'eau de poulet ou de veau, d'orge, et des soupes au lait. Il avait une haute idée de sa personnalité. Son Traité des affections vaporeuses des deux sexes, dont la sixième édition parut en l'an VII, est dédié à l'humanité. « Humanité, s'écrie-t-il, nom sacré, je ne t'ai jamais prononcé sans attendrissement. Tu fus toujours l'objet de mes sollicitudes. Plus je t'ai vue exposée aux fureurs de l'ignorance, de la routine et de la cupidité, plus j'ai redoublé mes efforts pour te soustraire à cette tyrannie. Mais aujourd'hui que je me glorifie d'avoir terrassé tes ennemis et les miens, je viens te faire hommage du fruit de mes peines et du succès que je te dois. » Et sous la gravure qui le représente majestueux, en perruque et en jabot, se trouvent les vers suivants :

A votre bienfaiteur souriez, vaporeux ;

Ses écrits, ses conseils sont pour vous des oracles :

Moribonds, espérez ; pâlissez, envieux ;

Ses cures, ses succès sont autant de miracles.

Dans l'avant-propos, après s'être félicité de la disparition de ses ennemis Lassone, Vicq d'Azyr, Mmc Dubarry, il ajoute modestement : « Grâces vous soient rendues, divine providence ! En me faisant survivre à tous ces personnages en crédit, vous aviez prévu que je serais encore utile à ma patrie, et que je la servirais dans l'hiver de mes ans, comme autrefois dans ma jeunesse. » Pomme mourut en 1812.

PORTAL (Antoine). — Né à («aillac le 5 janvier 1742. Après avoir fait sa médecine à Montpellier, il vint à Paris, pour y chercher fortune, à l'âge de 2/1 ans. « Il racontait lui-même dans ses cours, dit Jolly, et avec une admirable franchise, les moyens qu'il avait mis en usage pour se faire connaître comme praticien. Il envoyait à 2 ou 3 heures du matin

APPENDICE. .lOl

son domestique avec une voilure dans une des rues les plus fréquentées du faubourg Saint-Germain et de la Chaussée-d'Antin. Conformément à la leçon qu'il avait reçue de son maître, l'intelligent domestique s'arrêtait et frappait aux portes de tous les hôtels, réveillait les portiers el disait à chacun d'eux : — Avertissez tout de suite M. Portai (pie je viens le chercher avec une voiture pour se rendre chez le prince \... qui se meurt. — Je ne connais pas M. Portai, disait le portier. — Comment, vous ne connaissez pas le plus habile médecin de Paris qui demeure dans cette rue ? — Non. — Cependant on m'a dit qu'il était près d'un malade dans cet hôtel. — Il n'y a pas de malade ici. — Pardon, c'est que je me suis trompé de numéro. — Et le lendemain tous les portiers de se raconter le réveil de la nuit. L'un disait : — 11 faut que ce soit un médecin bien savant, car le domestique venait de loin. — Je le crois bien, disait un autre, c'est le médecin des princes. Et c'est ainsi que ces propos allaient des portiers aux femmes de chambre, et de celles-ci à leurs maîtresses, qui, dans l'occasion, demandaient le médecin des princes. » Le charlatanisme réussit à Portai, car il devint professeur de médecine au Collège de France, professeur d'anatomie au Jardin du roi, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine, premier médecin du roi, et mourut, chargé d'ans et d'honneurs, le 23 juillet i832.

PUSSIN ( Joan-Baptiste) . — Les registres de Bicêtre portent la mention suivante : « Le 5 juin 1771, Jean-Baptiste Pussin, garçon tanneur, âgé de 2Ô ans, de Lons-le-Saulnier, en Franche-Comté, diocèse de Besançon, entré comme infirme atteint des humeurs froides, venant de l'Hôtel- Dieu. » Dès qu'il se sentit amélioré, Pussin demanda à être occupé à l'intérieur de l'hospice, et, en 1785, il devenait surveillant de l'emploi de Saint-Prix où se trouvaient les loges et les aliénés agités. C'était, dit Pinel, « un des hommes les plus recommandables par des qualités rares. » Le 3o floréal an X (19 mai 1802) Pussin quittait Bicêtre pour passer à la Salpêtrière, son concours étant réclamé par Pinel, qui n'avait jamais cessé d'entretenir avec lui des rapports affectueux.

Vivant au milieu des malades, les visitant à toute heure de jour et de nuit, il avait trouvé, dans sa femme, une collaboratrice active, intelligente et dévouée. « Mme Pussin, dit Pinel, m'a paru réunir des qualités rares. Je l'ai vue avec étonnement, à Bicêtre, approcher des maniaques les plus furieux, les calmer par ses propos consolants, et leur faire accepter une nourriture qu'ils refusaient avec dureté de toute antre main. Un aliéné, réduit à un danger extrême par une abstinence opiniâtre, s'emporte un jour contre elle, et, en repoussant les aliments qu'elle lui

sert, lui prodigue les termes les plus outrageants. Cette femme habile se met un moment à l'unisson de ses propos délirants ; elle saute et danse devant l'aliéné, réplique par quelques saillies, parvient à le faire sourire, et, profitant de ce moment favorable pour le faire manger, elle lui conserve ainsi la vie. Combien de fois ne l'ai- je point vue arrêter, par une heureuse supercherie, des rixes dont les suites auraient pu être funestes ! Trois aliénés, qui se croyaient autant de souverains, et qui prenaient chacun le titre de Louis XVI. se disputent un jour les droits à la royauté, et les font valoir avec des formes un peu trop énergiques. La surveillante s'approche de l'un deux, et le tirant un peu à l'écart : — Pourquoi, lui dit-elle, entrez-vous en dispute avec ces gens-là. qui sont visiblement fous ? Ne sait-on pas que vous seul devez être reconnu pour Louis XVI ? -— Ce dernier, flatté de cet hommage, se retire aussitôt en regardant les autres avec une hauteur dédaigneuse. Le même artifice réussit avec un second ; et c'est ainsi que dans un instant il ne resta plus aucune trace de dispute. Une circonstance bien plus orageuse me fît connaître un jour, dans toute son étendue, cette heureuse fécondité de moyens dans l'art de maîtriser les aliénés. Un jeune homme, calme depuis plusieurs mois, et libre dans l'intérieur de l'hospice, est tout à coup saisi de son accès ; il se glisse dans la cuisine, s'empare d'un couperet propre à hacher les herbes, et ne fait qu 'entrer dans une plus grande fureur par les efforts du cuisinier et des gens de service pour le désarmer. Il saute sur la table pour se mettre en défense, et menace de couper la tête au premier qui osera s'avancer. La surveillante, sans s'effrayer, prend une tournure adroite ; elle improuve hautement l'attaque dirigée contre l'aliéné. — Pourquoi empêcher, dit-elle, cet homme fort et robuste de travailler avec moi. — Elle lui parle avec douceur, l'engage à s'approcher d'elle avec l'instrument qu'il a saisi, elle lui montre la manière dont il doit s'en servir pour hacher les herbes, elle feint de se féliciter d'avoir un aide pareil. L'aliéné, trompé par cette innocente ruse, ne s'occupe que de son travail, et à un signal donné il est investi par les gens de service», qui l'enlèvent sans danger, et l'emportent dans sa loge pendant que l'instrument reste entre les mains de la surveillante. On pourrait défier l'homme le plus habile et le plus versé dans la connaissance des maniaques, de saisir avec plus de finesse et de promptitude le parti le plus sûr à prendre dans une conjoncture alarmante. »

Pinel attendait l'arrivée de Pussin et de sa femme à la Salpêtrière pour l'exécution d'un plan qu'il avait mûrement médité ; il s'agissait de réformer le personnel. « Toute l'autorité, dit-il. avait été dévolue aux filles de service, par la faiblesse et l'incapacité de la directrice. Une

APPENDICE. iiO'.i

entière réforme devenail donc nécessaire vers l'an io°, à l'époque d'un nouvel ordre de choses ; mais celle réforme, pour être solide, devait être faite avec une sage réserve. On poussa d'abord les hauts cris, ou réclama contre l'innovation et I "injustice, et il est facile d'imaginer la résistance et les sourdes menées de pi us de quarante filles de service, dépouillées de leurs prétendus droits de traiter- les aliénées avec une extrême dureté, et réduites désormais à une obéissance passive. Elles s'agitaient en divers sens, m 'adressaient des plaintes et des réclamations ; mais renfermé dans les fonctions de ma place, et plein de confiance dans la droiture et l'habileté du chef de la police intérieure (M. Pussin), je lui laissai le libre exercice du pouvoir qu'il avait à déployer, et toutes les difficultés furent surmontées. » Dès lors la plus stricte discipline régna dans le personnel, et les filles de service durent simplement exécuter les ordres du surveillant, agissant sous l'inspiration du médecin. Tandis que sa femme dirigeait la préparation des aliments, Pussin présidait a leur partage et à leur distribution. Pinel, certain désormais du bien-être et de la surveillance des malades de l'hospice, put, sans arrière-pensée, se consacrer à l'amélioration de leur état mental.

Dans les Souvenirs historiques du Père Richard, au château de Bicêtre se trouvent les lignes suivantes :

(( Le gouverneur de Saint-Prix, M. Pussin, faisait quelques observations sur chacun de ses fous ; il les soignait lui-même ; il s'aperçut qu'avec du calme, de la tranquillité et de la tisane de chicorée sauvage. il obtenait souvent la guérison des insensés. M. Pinel, auteur d'un ouvrage sur les aliénés, fit l'éloge de M. Pussin qu'il contraignit à quitter son emploi pour apprendre l'art de guérir, de sorte qu'il le fit médecin malgré lui . Ce fut moi-même qui lui remis son diplôme de docteur de la Faculté de médecine de Bruxelles. M. Pinel poussa ensuite M. Pussin, qui, par la nature de sa place, avait déjà amassé quelque chose et qui, par son état de médecin, se fit une belle fortune et se retira ensuite à Lons-le-Saulnier, où il mourut. » Inutile d'insister sur l'invraisemblance de ce récit. Pinel, pour flatter l 'amour-propre de Pussin. lui a-t-il fait don d'un diplôme quelconque, la chose en elle-même n'a rien d'impossible, les hommes, même les plus intelligents, n'étant pas insensibles aux hochets de la vanité, titres, rubans ou parchemins. Mais il se serait bien gardé d'obliger Pussin à quitter son emploi pour apprendre l'art dé guérir. Quand il prit le service de surveillant à la Salpêlrière, Pussin avait 57 ans, et il exerçait encore ses modestes fonctions sept ans plus tard, quand parut la seconde édition du Traité de l'aliénation mentale. Ce n'est pas à cet age que l'on va s'asseoir sur les bancs de l'école, surtout

lorsqu'on manque totalement d'instruction première, car Pussin, avant d'entrer à l'Hôtel-Dieu, n'était qu'un simple garçon tanneur. Pinel, tout en lui reconnaissant « des connaissances multipliées et des vues de détail qui manquent au médecin borné le plus souvent, à moins d'un goût dominant, à des visites passagères », n'hésite pas à le classer parmi les hommes « étrangers aux études de la médecine, et dépourvus des connaissances préliminaires de l'histoire de l'entendement humain. » Le mérite de Pussin n'en est que plus grand, et son nom doit rester à côté de celui de Pinel, qui se plaisait a l'appeler son collaborateur.

PUYSEGUR (Ârinaiid-Marie-Jacques de Chastenet) (marquis dé). —

Né le ier mars 1701, il appartenait à une famille originaire de l'Armagnac et était le petit-fils de Jacques-François de Chastenet, marquis de Puységur, maréchal de France, comte de Chessy, vicomte de Buzancy. Entré en 1768 dans l'arme de l'artillerie, il fit la campagne d'Espagne en 1783, et devint maréchal de camp et commandant de l'école d'artillerie de la Fère. Il quitta le service en 1792. Ayant épousé la fille de Baudard de Sainte-James, il rapporta, quand celui-ci eut fait banqueroute, la dot qu'il en avait reçue et qui s'élevait à douze cent mille francs. S'il consacra une partie de son existence à la pratique du magnétisme animal, il ne fut pas un adepte de la première heure ; d'abord incrédule, et convaincu qu'il avait affaire à un charlatan, il voulut néanmoins se rendre un compte exact de la nouvelle doctrine, et il versa les 100 louis exigés de ceux qui désiraient s'imprégner des préceptes du maître. Le cours achevé, il ne se trouvait guère plus avancé, et demanda à Mesmer un entretien particulier qui ne le satisfit pas davantage. Il se retira alors, ainsi qu'un de ses frères, à sa terre de Buzancy, et pratiqua le magnétisme avec succès ; se sentant épuisé par des séances trop répétées, il lui vint à l'idée de magnétiser un arbre, autour duquel affluèrent les malades des environs. Voici des extraits d'une lettre écrite le t3 juin 1784 par un nommé Glocquet. que la réputation dudit arbre avait attiré à Buzancy : « Représentez-vous la place d'un village. Au milieu est un orme... MM. de Puységur lui ont imprimé une vertu salutaire, active, pénétrante. Ses émanations se distribuent au moyen des cordes dont le corps et les branches sont entourés, qui en appendent dans toute la circonférence, et se prolongent à volonté. On a établi autour de l'arbre mystérieux plusieurs bancs circulaires en pierre, sur lesquels sont assis tous les malados, qui tous enlacent de la corde les parties souffrantes de leur corps. Alors l'opération commence, tout le monde formant la chaîne et se tenant par le pouce. Le fluide magnétique circule dans ces

instants avec plus de liberté ; on en ressent plus ou moins l'impression. Si par hasard quelqu'un rompt la chaîne en quittant la main de son voisin, quelques malades en éprouvent une sensation gênante, et déclarent tout haut que la chaîne est rompue. Vient le moment où, pour se reposer, le maître permet qu'on quitte les mains, en recommandant de les frotter. Mais voici l'acte le plus intéressant. M. de Puységur, que je nommerai dorénavant le maître, choisit entre ses malades plusieurs sujets, que, par attouchement de ses mains et présentation de sa baguette (verge de fer de quinze pouces environ), il fait tomber en crise parfaite. Le complément de cet état est une apparence de sommeil, pendant lequel les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles. On a les yeux fermés ; le sens de l'ouïe est nul ; il se réveille seulement à la voix du maître. Il faut bien se garder de toucher le malade en crise, même la chaise sur laquelle il est assis ; on lui causerait des angoisses, des convulsions que le maître seul peut calmer. Ces malades en crise, qu'on nomme médecins, ont un pouvoir surnaturel, par lequel, en touchant un malade qui leur est présenté, en portant la main même par dessus les vêtements, ils sentent quel est le viscère affecté, la partie souffrante ; ils le déclarent, et indiquent à peu près les remèdes convenables... Mais comment le maître désenchante-t-il ces médecins ? Il lui suffit de les toucher sur les yeux, ou bien il leur dit : Allez embrassez l'arbre. Alors ils se lèvent, toujours endormis, vont droit à l'arbre ; et bientôt après leux yeux s'ouvrent, le sourire est sur leurs lèvres, et une douce joie se manifeste sur leur visage. J'ai interrogé plusieurs de ces médecins, qui m'ont assuré n'avoir aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant les trois ou quatre heures de leur crise. J'ai interrogé un grand nombre de malades ordinaires, non tombés en crise, car tous n'ont pas cette faculté ; et tous m'ont dit éprouver beaucoup de soulagement, depuis qu'ils se sont soumis au simple traitement, soit de l'attouchement du maître, soit de la corde et de la chaîne ; tous m'ont cité un grand nombre de guérisons faites sur des gens de leur connaissance... »

Vers la même époque, Puységur écrivait à un de ses frères : « Je continue de faire usage de l'heureux pouvoir que je tiens de M. Mesmer, et je le bénis tous les jours ; car je suis bien utile, et j'opère bien des effets salutaires sur tous les malades des environs. Ils affluent autour de mon arbre ; il y en avait ce matin plus de cent trente. C'est une procession perpétuelle dans le pays ; j'y passe deux heures tous les matins. Mon arbre est le meilleur baquet possible ; il n'y a pas une feuille qui ne communique la santé ; chacun y éprouve plus ou moins de bons effets. »

Au moment du sacre de Charles X, le marquis de Puységur eut l'idée, pour le moins bizarre, de s'établir sur une place publique de Reims, et d'y coucher sous la tente qui avait servi à son père à Fontenoy. Il prit froid, et mourut le icr août 1825.

REGNAULT (Elias-Georges-Soulange -Olite) Né le 22 avril 1801 à

Londres où son père, médecin français et ancien président de la section de Saint-Eustache, s'était réfugié pour échapper au Tribunal révolutionnaire. Rentré en Fiance avec sa famille en i8i/j, il termina ses études, fît son droit et devint avocat à la Cour d'appel de Paris. Son nom est surtout connu pour ses attaques contre la théorie de la monomanie et la compétence des médecins dans les questions judiciaires relatives aux aliénations mentales. « Un mot nouveau, disait-il, s'est introduit dans le droit criminel. La monomanie a, depuis quelques années, été constamment invoquée dans les Cours d'assises. L'avocat s'est emparé de cette entité médico-légale comme dernier moyen d'une cause désespérée ; le médecin a cru trouver une nouvelle gloire à exploiter ; et le juré n'a rencontré qu'une source d'incertitudes et d'embarras nouveaux dans des fonctions déjà si difficiles » Il affirmait que toutes les fois que la folie n'était pas évidente pour tout le monde, il était impossible à un médecin de se prononcer sur l'existence de cette maladie ; les tribunaux n'avaient donc nul besoin de recourir à l'expérience d'un expert. Les désordres des fonctions organiques seuls se trouvaient de la compétence d'un homme de l'art ; quant au délire a tout homme, même le moins instruit » pouvait le reconnaître immédiatement. Et Elias Regnault concluait : « Pour être au niveau des connaissances actuelles dans cette branche de la science humaine, il suffit du simple bon sens. » Il voulait bien pourtant accorder une certaine valeur à Pinel : « Malgré quelques prétentions ambitieuses, Pinel est le seul à qui, sous ce rapport, la science et l'humanité aient des obligations réelles ; et cependant Pinel. pas plus qu'un autre, n'aurait pu déterminer infailliblement si un accusé était aliéné au moment où il commettait un homicide, lorsqu'on n'a rien pour faire soupçonner l'aliénation que cet homicide lui-même, et l'absence présumée d'intérêt. » Il semble inutile de réfuter de pareils arguments.

RENAUDOT (Théophraste). — Né à Loudun en i584. Etudie la médecine à Paris et se fait recevoir docteur à Montpellier en 160C. Il exerce quelques années à Loudun, revient à Paris en 1612, et est présenté par le Père Joseph au cardinal de Richelieu, qui lui accorde l'office de corn-

missaire général des pauvres, celui de maître général des bureaux d'adresses, et le privilège de fonder la Gazette ; il est également autorisé à établir un Mont-de-piété. Mais il voulut en outre exercer la médecine et employa l'antimoine, remède prohibé par la Faculté. Comme il n'avait pas obtenu ses grades à Paris, il se vit l'objet de poursuites, et le 9 décembre 1643, la Cour du Châtelet lui défendait de pratiquer la médecine dans cette ville, sentence confirmée par un arrêt du Parlement, en date du ier mars i644- Gu\ Patin avait été l'un de ses adversaires les plus acharnés et les plus violents. « Le Gazctier n'est pas mort, écrivait-il le 2 juin i6/|5. Il est vrai qu'il a été longtemps malade et enfermé sans être vu de personne. On dit qu'il a sué la vérole trois fois depuis deux ans, et je sais de bonne part qu'il est fort paillard. Depuis notre arrêt contre lui, il n'a dit mot contre nous. Le pauvre diable a le nez cassé ; ses enfants ne sont pas reçus dans notre Faculté de médecine, et peut-être ne le seront-ils jamais. » Les fils de Renaudot furent pourtant reçus docteurs, l'aîné en 16/47, 1° CRdet l'année suivante, mais ils durent d'abord désavouer la conduite de leur père. Théophraste Renaudot mourut le 25 octobre i653.

RICHERAND (Balthasar-Antlielme). — Né à Belley, dans le Bugey, le !\ février 1779, il vint à Paris à l'âge de 17 ans pour y faire ses études médicales, et passa sa thèse le i5 thermidor an VII (2 août 1799). Chirurgien en chef adjoint de l'hôpital Saint-Louis en 1800, professeur de pathologie externe à l'Ecole de médecine en 1807, il reçut des lettres de noblesse sous la Restauration, devint chirurgien consultant du roi, professeur d'opérations de chirurgie à la Faculté, chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Louis, membre de l'Académie de médecine.

Fanatique de la chirurgie, Richerand s'efforça d'établir sa supériorité suc la médecine ; il déclarait que la réunion des médecins et des chirurgiens, dans une même académie, ne constituait pas une fusion, mais une confusion.

On lui a reproché d'avoir jugé ses contemporains avec trop de partialité. C'est ainsi que Bichat, Desault, Roux, Magendic, furent l'objet de ses critiques acerbes. Il s'attaqua surtout à Dupuytren, dont la hauteur dédaigneuse l'irritait, et il se plut à attribuer à d'autres les procédés opératoires du chirurgien de l'Hôtel-Dieu.

Dans le Journal de médecine et de chirurgie, numéro de nivôse an I\, nous trouvons une analyse par Richerand du Traité de la manie. « Personne, déclarc-t-il, plus que le professeur Pinel ne pouvait écrire avec succès sur ce genre de maladies ; indépendamment des occasions

favorables pour l'observation, que lui ont offertes les places qu'il a occupées, peu de médecins sont plus familiers avec les écrits des métaphysiciens, et n'en ont plus profondément médité les résultats. » Pour lui les maladies mentales devaient, autant que les médecins, intéresser les philosophes, qui « arriveraient à une connaissance plus approfondie des facultés de l'entendement humain, s'ils joignaient à l'étude de leur exercice régulier et facile, celle des nombreuses altérations quelles peuvent subir. »

Richerand mourut le 23 janvier iS'io.

ROGRON (Joseph-Adrien). — Né à La Fontaine-Guyon, département d'Eure-et-Loir, le 3o mai 1793. Avocat à la Cour de cassation de 1823 à i836, il devint en 18/jo secrétaire en chef du parquet de cette Cour. Connu pour divers travaux de droit et surtout pour ses Codes français expliqués par leurs motifs, par des exemples et jmr la jurisprudence. Il était intimement lié avec Casimir Pinel qui. ayant à traiter du secret médical, lui avait demandé son opinion au point de vue juridique. D'après Rogron, le secret devait être gardé par les médecins, mais sa divulgation ne pouvait constituer un délit que s'il y avait intention coupable et pensée de nuire.

Mes souvenirs d'enfance me rappellent un vieillard alerte et souriant, d'une politesse exquise avec les femmes, nourri de la pure moelle des auteurs classiques et se plaisant à parler du passé. D'une tenue irréprochable, toujours rasé de frais, il était absolument chauve et portait un faux toupet. Un jour il se trouvait en visite chez une dame de ses amies. Cette dame possédait une tourterelle apprivoisée qui voletait librement dans l'appartement et devenait aisément familière avec les visiteurs ; elle se posa sur la tête de Rogron. puis, effrayée, s'envola en emportant le faux toupet. Bien que d'une rare bonté, il était susceptible, et garda quelque temps rancune à la propriétaire du volatile irrespectueux.

Les événements de la guerre et de la commune l'impressionnèrent péniblement, et sa santé jusqu'alors robuste, en demeura ébranlée. Il s'éteignit en 1871.

ROSTAN (Léon-Louis). — Né le 16 mars 1790, à Saint-Maximin. en Provence, Rostan vint à Paris pour y faire ses études médicales. Le 27 décembre 1809, il était reçu à l'internat des hôpitaux, en même temps que Béclard, Chomel et Lisfranc. Elève de Pinel à la Salpêtrière, il montra toujours une profonde vénération pour celui qu'il appelait « un des plus beaux génies dont la médecine s'honore », et jamais, au cours

de sa longue carrière, il ne laissa attaquer, sans la défendre, la mémoire de son maître. « Pinel, disait-il, est le véritable réformateur de la médecine, si l'on doit entendre par réformateur celui qui chasse, dissipe et détruit les conjectures incertaines, les vaines hypothèses qui déshonorent une science. Aujourd'hui, les gens qui profitent de ses réformes, s'attachent à l'envi à le dépouiller, à l'injurier, à le dénigrer. Telle a toujours été la reconnaissance des hommes pour leurs bienfaiteurs. »

Rostan fut médecin de la Salpêtrière et de l 'Hôtel-Dieu et professeur à la Faculté. De nombreux travaux, spécialement ses recherches sur le ramollissement cérébral et son exposition des principes de l'organicisme, lui assurèrent la célébrité. Mais la modestie chez lui égalait le savoir. « Je hais le bruit, se plaisait-il à déclarer ; je le fuis autant que d'autres le recherchent. » Son humeur n'était point combattive, aussi se contentait-il d'écrire ce qu'il croyait être la vérité, jugeant plus sage de s'en remettre au temps que d'engager, avec certains contradicteurs, une inutile discussion. Car « c'est une folie, disait-il, de vouloir convaincre ceux qui ne veulent pas l'être. Il faut se borner à plaindre les gens qui refusent d'examiner, et qui ont l'outrecuidance de mettre leur jugement, leur sagacité, leur intelligence au-dessus du jugement, de la sagacité et de l'intelligence des autres. »

Une étroite amitié, qui remontait à leur jeunesse, l'unissait à Ferrus, et on les voyait fréquemment ensemble. Ils formaient cependant un frappant contraste. Rostan était un praticien de la vieille roche, au port majestueux et d'une rare distinction ; Ferrus était petit, vif et jovial. Tandis que Rostan, ayant toujours trop chaud, s'avançait la tête découverte et le chapeau à la main, Ferrus, au contraire, redoutait les névralgies et demandait souvent la permission de conserver sa coiffure. Tous deux entretenaient d'intimes relations avec Casimir Pinel, qu'ils avaient encouragé à ses débuts et dont ils fréquentaient la maison hospitalière. Des trois amis Ferrus disparut le premier. Puis ce fut le tour de Rostan. Le 5 juin 1866, Casimir Pinel notait sur son carnet : « Hier Rostan est venu me voir. Son état est bien triste, mais il l'est moins que le mien ; il a cependant dix ans de plus que moi. » Casimir Pinel ne devait pourtant mourir que le 5 décembre ; Rostan n'était plus depuis le 4 octobre.

ROUSSEL (Pierre). — Né à Ax, dans le comté de Foix, en 17/12. Fait ses études médicales à Montpellier et se rend ensuite à Paris. Son principal ouvrage a pour titre : Système physique et moral de la femme. Il vécut dans l'intimité de Bordeu, dont il écrivit l'éloge, d'Alibert, de Cabanis et de Pinel. C'est lui qui introduisit ce dernier dans la société

de Mme Helvétius. « Roussel, nous dit Cerise, aimait la retraite et les mœurs simples. On raconte de lui des traits d'une naïveté charmante. Alibert, le complimentant un jour sur le mariage d'un de ses frères, l'engageait à l'imiter et à se marier. — « Je vous assure, répondit le célibataire irrésolu, que cette idée m'est souvent venue ; mais il faut aller devant le prêtre, devant le magistrat ; c'est une affaire qui ne finit pas. » — Il est des personnes pour lesquelles les douces et vagues rêveries ont un charme qu'elles aiment à prolonger ; elles semblent redouter un bonheur réel qui enlèverait à 1 imagination ses plus riantes perspectives. Roussel était de ce nombre. Il s'était épris d'un violent amour pour une personne jeune et belle, qu'il avait guérie ; heureux sans doute de porter secrètement dans son cœur une image chérie, il se garda bien d'en parler. On lui annonça un jour que cette personne venait de se marier. — Ah ! s'écria-t-il, j'en suis bien fâché ; je ne l'aurais pas cru ! — et il versa d'abondantes larmes de regret. Il était souvent triste ; dans un de ses accès de mélancolie, il courut à minuit chez un médecin (là ses amis. — La tête me tourne, dit-il, je me sens très mal ; je me suis rendu chez vous pour implorer vos soins. — Imbert le rassure et calme son imagination alarmée. Une conversation s'engage entre les deux amis et Roussel oublie sa maladie. »

Il mourut près de Ghâteaudun, le deuxième jour complémentaire de l'an X, c'est-à-dire le 18 septembre 1802.

ROUX (Augustin). — Né à Bordeaux le 26 janvier 1726. Destiné par sa famille à l'état ecclésiastique, et ne se sentant pas la vocation nécessaire, il manifesta, après sa philosophie, l'intention d'embrasser la carrière médicale. Il éprouva une vive résistance, surtout du côté de son père, et il se trouva abandonné à ses propres ressources. Reçu docteur à Bordeaux en 1750, il vint à Paris, où il dut, pour subvenir à ses besoins, faire des traductions anglaises et des recherches chimiques. En 1760 il obtenait ses grades à la Faculté de Paris. Vandermonde, rédacteur du Journal de médecine, étant mort le 28 mai 1762, sa succession fut offerte à Roux, qui dirigea le journal jusqu'au jour de sa mort. Attaché à la manufacture des glaces de Saint-Gobain, il renonça à la pratique médicale pour se consacrer à la chimie. La Faculté, désirant donner à ses élèves l'enseignement de cette science, et n'ayant pas les fonds nécessaires pour payer un professeur, Roux s'offrit à faire le cours gratuitement. Il commença son enseignement en 1770.

L'abus de l'opium précipita sa fin et il mourut, à l'âge de 5o ans, le 28 juin 1776.

:,ii

u La médecine, dit Bernardin de Saint-Pierre dans ses études de la nature, m'apprit que le foyer de mon mal était dans les nerfs ; mais quand je n'aurais pas été trop pauvre pour exécuter ses ordonnances, j'étais trop expérimenté pour y croire. Trois hommes de ma connaissance, tourmentés du même mal, périrent en peu de temps de trois remèdes spécifiques pour la guérison du mal des nerfs. Le premier, par les bains et les saignées ; le second, par L'usage de L'opium ; el Le troisième, par celui de l'éther. Ces deux derniers étaient deux fameux médecins de la Faculté de Paris, tous deux renommés par leurs écrits sur la médecine, et particulièrement sur les maladies du genre nerveux : le docteur Roux, auteur du Journal de médecine, et le docteur Bucquet, professeur de la Faculté, tous deux morts dans la force de l'âge, de leurs propres remèdes contre les maux de nerfs. »

RUYSCH (Frédéric). — Né à La Haye le iZ mars i638. Reçu docteur en médecine à Leyde en i6G4, il revint s'établir dans sa ville natale. Il fut le premier à pratiquer, après l'avoir perfectionné, le système des injections colorées des cadavres qu'avaient imaginé deux de ses amis, Reinier de Graaf et Jean Swammerdam. Mort le 22 février 1731.

SAGÂR (Jeaii-Baptiste-Melckior). — Né à Poellands, en Ukraine, le 2 novembre 1701. Auteur d'une nosographie intitulée Syslema morborum symptomaticorum .

Voici sa classification :

Classis I.

Vit ta.

Ordo

Macula».

Efllorescenliœ.

Phymata.

Excrescentiœ.

Cystides.

Ectopiae.

Deformitates.

Glassi

s III

CachexiéB.

Ordo

Macies.

Intumescentia?.

Hydropes partiales

Tubera.

Impetigines.

Icleiitiae.

Anomauv.

Classis II. Plagae.

Ordo 1. Solutiones récentes, cruentœ.

» 2. Solutiones récentes, cruentre, artiflciales.

» 3. Solutiones incruentœ.

» 4. Solutiones ano-malav

Classis IV . Do'ores.

Ordo 1. Vaafi.

Capitis.

Pectoris.

Abdominis. Externaruni.

Classis V.

Fin jus.

Ordo 1

Egerendorum.

Ingerendornm

Imi ventris.

Classis VII.

Spasmi.

Ordo

Tonici partiales.

Tonici générales.

Clonici partiales.

Clonici générales

Classis IX.

Débilitâtes.

Ordo

Dysaesthesiae.

Acepithymiae.

Dyscinesiœ.

Leipopsychia\

Coma ta.

Classis XI.

Phleginasiae.

Ordo

.Musculosa\

Membranacea*.

Parenchimatosœ.

Classis VI

Suppressiones.

Ordo

Sanguifluxus.

Alvifhmis sanguinolenti.

Alvifluxus non sanguinolcnti

Serifluxus.

Aerifluxus.

Classis VIII. Anhelationes.

Ordo 1. Spasmodicœ.

» 2. Suppressivae.

Classis X. Exanthemata.

Ordo 1. Contagiosa.

» 2. Non contas-iosa.

Classis XII. Febres.

Ordo 1. Continuée.

» 2. Rémittentes.

» 3. Intermittentes.

Classis XIII. Vesaniae.

Ordo 1. Hallucinationes.

» 2. Morositales.

» 3. Deliria.

» 4. Anomala'.

SAUVAGES DE LA CROIX (François) (Boissier de). — Né à Alais, en Languedoc, le 12 mai 1706. FiJs de François Boissier, seigneur de Sauvages, ancien capitaine au régiment de Flandres. Fait ses études médicales à Montpellier et y est reçu docteur en 1726. Thèse de licence sur cette question : si l'amour peut être guéri par des remèdes tirés des plantes. D'où le surnom de Médecin de l'amour. Il se rend à Paris en 1730 et y passe environ quinze mois ; retourne alors à Montpellier et y obtient, en 1734, la survivance de la chaire de Marcot qui avait remplacé Astruc en 1732, mais ayant été nommé médecin du roi. vivait à la Cour. Boissier de Sauvages devient professeur royal de botanique en 1702.

Mort le 19 février 1767.

Voici sa classification :

.il 3

Classe I . Vices.

Ordre 1. Taches.

•> 2. Ëlevùres.

» 3. Phyraata.

» 4. Excroissances.

» a. Kystes.

» 6. Ectopies.

» 7. Plaies.

Classe III. Maladies inflammatoires.

Ordre 1. » exanthémaliques.

» 2. >< membraneuses.

» 3. •) parenebymateuses.

Classe V. Essoufflements.

Ordre 1. » spasmodiques.

» 2. >• oppressifs.

Classe

ouleurs.

Ordre

vagues.

de tète.

de poitrine.

de l'abdomen

des membres

Classe IX. Flux.

Ordre 1 . » de sang.

» 2. » de ventre.

» 3. » séreux.

» 4. Fiat uosi tés.

Classe II.

Ordre 1.

Fièvi-es.

» continues.

» rémittentes.

» intermittentes

Classe

Kj)as7nes.

Ordre

» toniques partiaux.

» toniques gé n éraux

» cloniques partiaux

» cloniques généraux

Classe

Faiblesses.

Ordre

Pertes de sentiments.

Anépithymies.

Dyscinésies.

Défaillances.

Affections vaporeuses.

Classe

Folies.

Ordre

Erreurs de l'esprit.

Bizarreries.

Délires.

Anomalies.

Classe

Cachexies.

Ordre

Maigreurs.

Tumeurs.

Hydropisies.

Tubercules.

Dartres.

Décolorations.

Anomalies.

Boissier de Sauvages a laissé une description assez détaillée des folies, qui constituent sa huitième classe de maladies. Il les divise en : égarements ou erreurs de l'esprit, bizarreries, délires, folies irrégulières. L'hypocondrie et le somnambulisme rentrent dans les égarements de l'esprit, et reconnaissent une cause extérieure au cerveau. Les délires, erreurs du jugement, sont occasionnés par une altération cérébrale. Mais, fait remarquer Sauvages, il ne faut pas déduire uniquement de

l'intégrité ou de la lésion des fibres cérébrales la raison et la folie ; on doit également tenir compte de l'empire de la volonté sur les actions propres à l'homme, et sur ses affections. Si l'erreur provenait d'une cause absolument mécanique, on ne saurait l'imputer à celui qui la commet, ou il n'y aurait plus de justice. Elle ne résulte donc pas simplement d'une altération matérielle du cerveau, et se développe de préférence chez celui qui néglige ses facultés, qui manque de vigilance dans la recherche de la vérité, qui ne cultive pas son jugement. L'erreur se rectifie par les sens et l'imagination, par l'attention, l'abstraction et le jugement. L'âme, tant qu'elle reste unie au corps, participe à toutes ces maladies. Quand le cerveau est lésé, l'âme est plus fortement frappée, et l'erreur se corrige moins aisément que lorsqu'il y a altération des organes externes. L'intellect a été donné à l'homme pour distinguer le vrai du faux, le bien du mal. Si l'homme abuse de sa liberté, s'il ne conserve pas, grâce à un régime approprié, ses organes en bon état, dès lors il s'abandonne à l'erreur et aux préjugés ; les désirs, les passions l'emportent, et il devient rebelle à la loi de raison.

Le médecin chargé de donner des soins aux aliénés doit être, nous dit Sauvages, instruit, doux et patient. Il doit s'efforcer de gagner la confiance du malade et de découvrir la cause première de l 'erreur ; car a il est impossible de remédier à la folie si on ignore la cause qui l'a produite. »

Le transport ou paraphrosynie est un délire passager et souvent fébrile, causé soit par les liqueurs fermentées sous forme de boissons, vapeurs, bains, etc.. soi î par des poisons (datura stramortium, jusquiame. opium, belladone, etc.), soit enfin par des fièvres (synoque. typhus, fièvres rémittentes et intermittentes). « Ceux qui sont accoutumés à boire de l 'eau-de-vie, du vin ou autres liqueurs semblables, se trouvent mal. quand on leur en interdit l'usage à cause d'une fièvre ou d'une plaie. Ces hommes tombent dans le délire, leur pouls devient petit et fréquent, la soif les tourmente, ils sont attaqués de céphalalgie. » V ces malades il conseille l'alcool qui fera, dit-il. disparaître les accidents.

Sous la dénomination de démence ou imbécillité, il comprend la sénilité, l'hydrocéphalie, la niicrocéphalie, les états produits par une tumeur cérébrale, ou des saignées copieuses et répétées. La description de la manie et de la mélancolie offre peu de particularités intéressantes ; c'est plutôt une compilation qu'un aperçu clinique. Boissier de Sauvages fut un grand médecin, ce n'était pas un aliéniste dans le sens propre du mot. Mais cet esprit large et éclairé s'étonnait de la crédulité d'un Bodin prenant les fous pour des sorciers, et il flétrissait les arrêt-

APPKKDICE. 515

envoyant au supplice des (Mies qui « ne méritaient que d'être renfermés aux Petites-Maisons. »

SAYARY (Nicolas). - - Né à Vitré en 1750, mort à Paris le !\ lévrier 1788. Savary était fort lié avec Philippe Pinel, qui consacra a sa maladie et à sa mort, dans la Gazelle de santé, un article intitulé Observai ions sur les suites funestes d'une vie sédentaire et d'une eontention d'esprit trop forte et trop longtemps soutenue. « M. Savary, dit Pinel, était d'une complexion saine et robuste, a\ec tous les caractères d'un tempérament bilieux. Il s'était très distingué dînant le coins de ses études, et ce lut à 26 ans qu'il fit le voyage d'Egypte ; de retour à Paris, après quatre années d'absence, il mit la dernière main à la traduction du Coran, à laquelle il avait travaillé avec la pins grande ardeur en Egypte ; il la publia et s'occupa ensuite de la rédaction de son voyage, dans le recueillement de la retraite, à une petite distance de Paris. Sa santé ne souffrit nullement de l'activité et de l'ardeur extrême qu'il mettait à ce genre de travail ; il eut en effet l'attention constante de donner chaque jour quelques heures aux occupations du jardinage et à la culture des plantes et des arbres, ce qui lui procurait une diversion agréable, et contribuait puissamment à maintenir ses forces et sa vigueur. Ses lettres sur l'Egypte furent publiées, et on sait la juste célébrité qu'elles lui ont acquise. Vers le mois de décembre de l'année 1786, il se rendit à Paris, pour y passer l'hiver, et pour mettre la dernière main à son dictionnaire et à sa grammaire arabes ; c'est dans cette circonstance qu'il contracta le germe de la maladie à laquelle il vient de succomber. Ce travail si pénible et si peu agréable fut suivi avec tant d'activité et de constance que M. Savary passait le plus souvent des heures de suite sans sortir de sa chambre, et qu'il remettait son dîner à 5 heures du soir. Ses amis le pressèrent plusieurs fois de prendre du relâche, mais son tempérament brûlant l'emportait toujours, et il se promettait de se dédommager air retour de la belle saison qu'il devait passer à la campagne. A cette époque une obstruction très sensible du lobe droit du foie avait déjà fait des progrès très marqués. Un médecin, éclairé et d'une expérience consommée, le traita avec tous les ménagements dus à son état ; il mit en usage de légers désobstruants, un régime bien entendu, et il prescrivit surtout une cessation absolue de toute contention d'esprit. La santé de M. Savary parut se rétablir ; il profita de ce bien-être pour- faire un voyage dans une de nos provinces, et se rendre auprès de ses parents. A son retour, dans une campagne auprès de Paris, l'état de sa santé était encore équivoque, et on sent bien que quand l'organisation d'un viscère a souffert un déran-

gement notable, il en reste toujours des traces profondes. Son âme active l'emporta encore sur les intérêts de sa santé ; il crut devoir profiter des apparences de rétablissement qu'il éprouvait à la fin de l'été dernier et du commencement de l'automne, pour rédiger son voyage dans les îles de l'Archipel, qui doit servir de suite à ses lettres sur l'Egypte. Son caractère fut aigri par des critiques un peu vives qu'on fit de ses ouvrages antérieurs, et il se livra au travail avec une activité dont on pouvait alors prévoir les suites. L'obstruction du foie se renouvela, et fit de nouveaux progrès ; les digestions devinrent très languissantes ; plus de sommeil ni nuit ni jour ; une toux sèche et incommode ; bouffissure du visage, et les jambes devenaient de plus en plus enflées. C'est dans cet état qu'il est revenu à Paris, au commencement de cette année, pour veiller à l'impression de son nouvel ouvrage sur les îles de l'Archipel, et surtout sur l'île de Candie. Il avait alors tous les symptômes d'une hydropisie imminente, et d'autant plus propre à alarmer qu'elle tenait à l'état très détérioré des viscères. Le lobe droit du foie était très dur et très sensible. Le malade éprouvait des frissons sans aucune époque fixe, et il était miné par une fièvre hectique ; il se manifestait en même temps des symptômes plus inquiétants, ceux d'une hydropisie de poitrine ; mais ce qui ne laissa plus d'espoir, et ce qui annonça la fin prochaine, ce fut une douleur pongitive dans le côté gauche, avec une toux très incommode, et une expectoration copieuse et sanguinolente (in hepaticis, a dit Hippocrate, sputum cruentum mortiferum) ; la respiration est devenue de plus en plus difficile, les forces se sont épuisées, et la mort est survenue le quatrième de ce mois de février, avec tous les signes d'un épanchement des plus abondants dans la poitrine, et d'un abcès au foie. Vinsi s'est éteint dans la vigueur de l'âge, un auteur digne par son caractère et par ses talents, de la plus longue et de la plus heureuse destinée. »

SCOT (Reginald). — Né vers i538 à Smeeth, comté de Kent. Il s'efforça de prouver que la religion et la raison doivent également repousser la croyance aux sorciers, et qu'il s'agit d'imposteurs ou de malades, liai liant la crédulité de Jean Bodin, il ne parlait qu'avec respect de Cornélius Agrippa et de Jean Wier. Il était pourtant superstitieux comme eux. pensait (pie les pierres précieuses doivent leur origine à l'influence des corps célestes, et avait foi dans l'action thérapeutique de la corne de licorne. Jacques VI, roi d'Ecosse, fils de Marie Stuart. avait, dans sa Démonologie, flétri les damnables opinions de Scot ; lorsqu'à la mort d'Elisabeth, en i6o3, il monta sur le trône d'Angleterre, un de ses pre-

miers actes fut de faire brûler tous les exemplaires de l'ouvrage où cet auteur avait « osé, dans un écrit rendu public, affirmer qu'il n'\ a pas de sorciers, soutenant ainsi les vieilles erreurs des Saducéens qui nia ici il les esprits. »

Scot mourut à Smeeth, le 9 octobre 1599.

SELLE (Ghristian-(iSottlieb). — Né à Stettin, en Poméranie, le 7 octobre 1748. Etudia la médecine à Gœttingue et à Halle où ii prit le titre de docteur en 1770. Après avoir épousé la fille du célèbre anatomiste Jean-Frédéric Meckel, il fut nommé médecin professeur à l'hôpital de la Charité de Berlin. Mort dans cette ville le 9 novembre 1800.

Dans ses Rudiments de pyrétholocfie méthodique, Selle avait divisé les maladies en :

Classe 1. M atadies inflammatoires*

Classe 111. Maladies bilieuses.

Classe V. Maladies vermineuses.

Classe VII. Maladies nerveuses.

Ordre i. Fièvre nerveuse.

» 2. Maladies nerveuses chroniq.

Classe IX.

Classe XI.

Classe XIII.

Classe XV.

Classe XVU.

Obstructions.

Maladies rachitiq ues.

Ma kulies cancéreuses .

Ma ladies p wr iq u es .

Maladies produites par des venins.

Classe II. Maladies pu/ rides.

Classe IV. Maladies pituilcuses.

Classe VI. Mata, lies lactées.

Classe VIII. Maladies périodiques.

Ordre 1 Fièvres intermittentes.

» 2. Maladies chroniques périodiq.

("lasse X. Maladies goutteuses.

Classe XII. Maladies scrofuleuses.

Classe XIV. Maladies vénériennes.

Classe XVI. Maladies scorbutiques.

Classe XVIII. Maladies organiques.

SEMELAIGNE (Âriiiand-Âiiné-Dieudoiiiié). — Armand Semelaigne naquit à Quincarnon, dans le département de l'Eure, le 3o octobre [820. Peu de temps après, son père, alors instituteur du village, fut nommé secrétaire de la mairie d'Evreux ; quinze mois plus tard il était emporté par une pneumonie. La veuve revint à Quincarnon. Presque sans ressources, elle dut travailler pour vivre et élever son fils. Le jeune \rmand aimait passionnément l'étude ; il posséda en peu de temps les connaissances que l'on pouvait acquérir à l'école du village, où il aidait le maître à faire sa classe. A l'âge de i5 ans, on lui offrit soit de se préparer pour devenir instituteur, soit d'entrer dans l'administrât ion où son

518 r.F.S l'INFL KT l.F-.S TUKE

père, malgré le court séjour qu'il y avait fait, s'était assuré l'affection et l'estime de tous. Mais son ambition était autre. Désireux de pousser plus avant ses études, il supplia sa mère do le mettre en pension. Elle consentit, sans hésiter, à de nouveaux sacrifices. Il part donc pour Evreux, entre en pension, puis au collège, qu'il quitte en i838, après sa rhétorique. L'année suivante, il prend la diligence pour Paris, et après quelques mois de séjour dans cette ville, passe son baccalauréat ès-lettres, le 27 août 1839. Sur les conseils du docteur Auzoux et du libraire Asselin, ses compatriotes, il se décida à entreprendre ses études médicales. C'est alors que commencèrent la gène et les désillusions. Le plus souvent il déjeunait d'un morceau de pain et de quelques radis, et parfois, le soir, il ne pouvait dîner. Faute d'argent il ne put passer, dans l'espace de quatre années, (pie son baccalauréat ès-sciences et son premier examen de médecine ; plusieurs fois, il dut rentrer au village et y séjourner le temps de rétablir sa santé ébranlée et de réunir quelques nouvelles ressources. Peu après son premier examen, il fut atteint d'une fièvre typhoïde grave et garda le lit pendant six semaines ; la convalescence fut longue, et il ne se rétablit que grâce à sa robuste constitution. En septembre i844, il revient à Paris et concourt à l'externat. Reçu, il choisit Bicêtre où les externes étaient logés et entre dans le service de Leuret, alors malade et suppléé par Delasiauve ; celui-ci s'intéressa à son jeune compatriote, et le maître et l'élève se lièrent d'une vive et sincère affection qui devait être durable. Leuret, ayant repris son service, lui offrit d'accompagner un malade en Italie. Il accepta avec enthousiasme. « Je l'aimai presque ce jour-là, se plaisait-il à raconter. » En effet, s'il eut toujours de la reconnaissance pour Leuret, rendant justice aux qualités de son cœur et à son talent de clinicien, il ne put jamais éprouver pour lui une affection vraie, comme pour Delasiauve. Leuret était fantasque et morose ; un jour il s'adressait à ses élèves avec bienveillance et les prenait dans sa voiture pour les conduire à Paris ; le lendemain sa froideur éteignait toute tentative d'expansion. Delasiauve, au contraire, bien que vif et impétueux, était ouvert et accueillant ; on riait de ses violences et on l'aimait. Après quatre mois d'absence, Semelaigne rentre à Bicètre. Le pécule amassé pendant son voyage lui permet de passer l'année suivante sans tribulations, dans le service de Rostan. En 18^7, il étudia la chirurgie avec Roux, les accouchements avec Dubois, car il comptait s'établir en Normandie et y exerce la médecine. Au mois d'avril, il se trouve de nouveau sans ressources et est obligé de quitter Paris, « Je revins encore, écrivait-il plus tard, m 'abriter sous le toit maternel. De nouveaux ennuis m'y attendaient, car je vis l'automne et l'hiver encore disparaître

APPENMCK. M 9

sans pouvoir retourner à Paris. Enfin avec l'hiver suivant (celui (!<• 1849) je repris la roule que j ;iv;iis déjà si souvent mesurée, niais cette fois pour ne pas revenir. M. Auzoux, qui a toujours suivi mes pas avec une tendre sollicitude, mit son cabinet d'anatomie à ma disposition. Je pus donner quelques leçons. \près avoir vu ma vie ballottée par les vents contraires, j'arrivai au terme de mes ('Indes. » Sa thèse inaugurale, soutenue le 28 août [85i, avail pour titre : De la Dysménorrhée membraneuse et de la Membrane dysménorrhéale.

Il retourna dans son pays, comptant s'y fixer d'une manière définitive. Mais la destinée en avait disposé autrement. Présenté par Delasiauve à Casimir- Pinel, il devint son adjoint , et bientôt après son gendre. Les soucis d'argent étaient finis. La vie de Semelaigne devait dès lors s'écouler doucement, partagée entre sa famille, ses malades et l'étude. Le 11 décembre 1860, l'Académie de médecine lui décernait un prix pour son Mémoire sur le diagnostic et le traitement de la mélancolie. L'un des principaux collaborateurs du Journal de médecine mentale, fondé par son maître Delasiauve, il y fit paraître de nombreux et intéressants travaux, parmi lesquels ses Etudes historiques .sur l'aliénation mentale dans l'antiquité, qui malheureusement ne furent pas terminées, toutes ses notes ayant été brûlées pendant la Commune. A l'époque douloureuse de la guerre et de l'insurrection, il fit son devoir avec simplicité. Chirurgien major au 35e bataillon de la Garde nationale de la Seine, il assista aux batailles de Ghampigny et de Buzenval ; dès que son service lui laissait un peu de liberté, il accourait à la maison de santé où se trouvaient encore quelques malades et où il entretenait une ambulance à ses frais. Pendant la Commune, Neuilly fut bombardé et les pensionnaires transportés clans les caves. Semelaigne vécut ainsi quelques semaines dans une anxiété continuelle, tremblant pour les malades confiés à ses soins et angoissé par la pensée que sa femme, éloignée el dangereusement malade, pouvait mourir sans qu'il lui fût donné de la revoir. Enfin, dans les derniers jours de l'insurection, il put s'absenter sans arrière-pensée. Il reprit ensuite ses travaux et ses occupations.

Ses études sur la médecine mentale ne suffisaient pas à son activité. Epris de son pays natal, où il se rendait chaque année, il en étudiait l'histoire, parcourant les bibliothèques, feuilletant les vieux manuscrits, et consigna le fruit de ses recherches dans les ouvrages suivants Histoire de Couches ; — Robert de Floques, bailli d'Evreux et capitaine de Couches, ou l'expulsion des Anglais de Normandie ; - [veux el dénombrements de la vicomte de Couches ; — Yves d'Evreux,

Membre de la Société médico-psychologique depuis le 10 novembre

1862, il fut appelé à en diriger les débats en 188G. A la mort de Blanche, il devint président de l'Association mutuelle des médecins aliénistes, dont il avait été l'un des premiers fondateurs.

La vieillesse vint peu à peu, les forces diminuèrent, et depuis quelques années il avait cessé de s'occuper de sa maison de santé ; mais l'intelligence demeurait intacte, et peu de semaines avant sa mort, ceux qui l'approchaient par hasard ne pouvaient soupçonner une fin prochaine. Lettré et possesseur d'une riche bibliothèque, il savait occuper ses loisirs forcés et ne cessait de lire et de travailler. Il vit la mort venir et l'accueillit sans faiblesse et sans récriminations. Le i\ novembre 1898, des accidents urémiques se déclaraient ; le iC au matin il entra dans le coma. Pendant près d'une semaine il demeura dans cet état, luttant. de toute sa robuste constitution, contre le mal envahissant. Le 22 novembre, vers les 8 heures du soir, il s'éteignait doucement.

Armand Semelaigne, d'une taille plutôt haute, avait les épaules fortes et la carrure puissante. Son front était large, sa chevelure épaisse, sa barbe longue et blanche. Son visage respirait la bienveillance et la bonté. Il avait conscience de sa valeur et ne parlait jamais de lui-même ; il était généreux et faisait l'aumône sans ostentation. Tous ceux qui l'ont connu l'ont aimé, et l'on peut dire hardiment que dans sa longue et belle carrière, il n'a jamais eu d'ennemis.

Sergents de La Rochelle. — Bories, Goubin, Pommier et Uaoulx, dits les quatre sergents de La Rochelle, appartenaient au 45e de ligne. Membres de la Charbonnerie, et poursuivis pour complot contre l'Etat, ils furent, bien qu'il n'y eût pas commencement d'exécution, condamnés à mort, et guillotinés le 21 septembre 1822. Bories était intimement lié avec Casimir Pinel.

Société médicale d'Emulation. — La première séance de la Société médicale d'Emulation eut lieu le 5 messidor an IV (2/i juin 1796) à l'Ecole de médecine. Parmi les membres résidents figuraient Alibert, Bichat, Bosquillon, Cabanis, Desgenettes, Fourcroy, Larrey, Pinel, Portai, Thouret ; parmi les correspondants Barthez. Malacarne, Mascagni, Spallanzani. Avant l'apparition du Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, Pinel avait fait à celte société diverses communications ayant pour litre : Mémoire sur la manie périodique ou intermittente ; ■ — Recherches et observations sur le traitement moral des aliénés ; — Observations sur les aliénés, et leur division en espèces distinctes.

Société populaire de Saint-Paul-Cap-de Joux. — Jean-Pierre Pinel.

secrétaire de la Société populaire ou Club de Saint-Paul-Cap-de-Jou\. avait conservé dans ses papiers le procès-verbal de quelques séances de l'année 1793, et que je transcris ici telles quelles :

SÉANCE DU l5 MAI

(( Toujours animée par des vues de Bienfaisance, la Société populaire s'est principalement occupée dans ces derniers temps à donner des secours à ses frères d'armes pour l'armée des Pyrénées et à nos volontaires de Saint-Paul.

(( Peu de séances avaient été aussi nombreuses que celle-ci ; presque tous les sociétaires de Damiatte s'y trouvèrent réunis à ceux de Saint Paul. Les nouvelles du temps excitent par leur conséquence le plus grand intérêt. Les républicains de la Société le partagent avec ce sentiment profond qu'inspire le patriotisme et qui rend tout commun dans l'état, le succès comme les revers.

« Un des membres inculpés pour soupçon d'incivisme porta ses réclamations dans cette soirée ; il témoigna ses regrets d'avoir déplu sous des rapports patriotiques et protesta de son dévouement tout entier au ser vice de la République. Sa cause fut agitée pour et contre assez vivement ; il parut enfin qu'on devait plutôt attribuer ses torts à des imprudences particulières ou à de fâcheuses circonstances où il s'était trouvé ci-devant plutôt qu'à des desseins prémédités de manquer aux lois. Enfin la sensibilité avec l'indulgence triomphèrent. La majeure partie de l'Assemblée, touchée des motifs qu'exposait le réclamant pour sa justification, autorisa le président à lui donner une attestation convenable de ses bonnes intentions.

« L'on a reçu en nouveaux sociétaires les citoyens Bousquet de Pratviel, Pierre- Antony Teuillier, Soulès aubergiste, Guillaume Medale de Valcournouse, Balayer Joclan dit Tare. »

« Il est peu d'époques où l'on ait été plus frappé d'étonnement que dans ce jour où l'on apprit l'arrestation faite à Paris des plus dignes membres de l'Assemblée nationale conventionnelle.... (1).

k Avant que l'on fût séparé l'on agita quelques points relatifs à la

(1 Ici huit lignes ont été raturées de façon à rendre le texte absolument illisible. .Jean-Pierre Pinel craignait sans doute de devenir suspect par sa sympathie pour les Girondins.

Société populaire. Connue d'après l'amour du bien qui la dirige, elle a permis à tous les citoyens et citoyennes de venir s'instruire dans son sein, elle fixera cependant une enceinte dans la salle des séances où les seuls membres de la Société auront droit de se placer, afin qu'ils puissent s'arranger librement et sans confusion, par des limites réglées entre eux et les autres personnes qui ne sont point associées.

« L'on a décidé que l'on ferait des contremarques avec une double enveloppe de papier marquées au sceau de la Société et inscrites du nom de celui qui les prendrait ainsi que de ceux du président et des deux secrétaires. Au premier lundi de chaque mois, chaque sociétaire devra être muni de la sienne pour prendre place dans l'enceinte. On aura le soin qu'elle soit aussi empreinte du chiffre qui annonce la contribution de celui qui en sera dépositaire. Le dernier mercredi de chaque mois on les reprendra pour les donner le premier lundi du mois suivant, et ce jour-là deux commissaires adjoints du trésorier recevront à l'entrée les contremarques des divers individus associés qui. en cas d'absence à cette époque, en justifieront à la plus prochaine séance.

(( L'on résolut aussi d'avoir des chaises, chacun la sienne individuellement, sans qu'il fût permis jamais de les ôter de la salle sous quelque prétexte que ce fût ; l'on chargerait le concierge de veiller avec le plus grand soin à ce dépôt ; afin qu'elles ne fussent point écartées, on pensa que le meilleur moyen était de lier ensemble par des liteaux celles des sociétaires qui en auraient fourni.

a L'on s'ajourna au mercredi suivant pour renouveler entièrement au scrutin les officiers fonctionnaires de la Société.

« Pour éviter d'ailleurs les admissions imprudentes de ceux qui demandaient d'être réunis à la Société, on renouvela l'assurance de suivre ponctuellement les règlements qui prescrivent des délais et la voie du scrutin pour cet objet sans qu'il puisse y avoir d'exception. »

« L'on procéda dans cette séance à la nomination d'un nouveau président de la Société, de deux secrétaires et de quatre membres destinés à former le comité de surveillance. Après le recensement des bulletins et leur dépouillement, il en résulta que le citoyen Charles Pinel. chirurgien, ayant réuni la majorité des suffrages, fut proclamé président, et les citoyens Gorse aîné et Bourrel aubergiste furent nommés secrétaires d'après la même majorité. L'on procéda ensuite à la formation du comité de surveillance en suivant la même voie. Ceux qui réunirent pour ces

APPENDICE. ;)2'i

fonctions le pins do suffrages furenl les citoyens Paul Battut de Damiatte, Fabre de Damiatte, Jean Poussac de Saint-Paul et Guile Marchand.

Ensuite sur la demande du nouveau président dont les occupations nécessitent souvent l'absence, l'on choisit au scrutin un vice-président, et le citoyen François Jauzion réunit à cet effet la pluralité des suffrages. Il fut proclame séance tenante. L'on remit à la prochaine assemblée la formation du comité de correspondance. »

SÉANCE Dl l5 JUIN

a Quelques sociétaires, ayant paru voir avec peine que les femmes fussent admises à nos séances, donnèrent occasion à d'autres membres de combattre cette prévention désavantageuse au beau sexe ; il y eut une longue discussion sur cet objet. Après que les défenseurs officieux des Saint-Paulaises eurent achevé d'exposer leurs motifs d'admission, le citoyen vice-président recueillit les voix par assis et levé, et l'on vit alors que la grande majorité se montrait disposée à seconder les vœux des pétitionnaires, avec la restriction toutefois que les femmes, ainsi que toutes les personnes quelconques qui ne seraient point membres de la Société populaire, seraient placées hors l'enceinte destinée aux seuls associés et seraient même tenues de se retirer quand on agiterait des questions particulières ou qu'on voudrait tenir quelques délibérations secrètes. Par cette mesure, les plus difficiles n'auront point à craindre l'indiscrétion étrangère.

(( Il y eut une motion différente faite par un membre au sujet de la taxe de guerre mise sur les riches propriétaires par l'autorité privée de l'administration départementale. On croyait voir là une usurpation du pouvoir contraire aux lois de l'état, et l'on proposait en conséquence de faire des réclamations auprès des administrateurs pour arrêter ces dangereux effets et en prévenir une autre fois le retour. D'autres membres ne voyaient là que d'excellentes mesures en faveur des pauvres.

(( La séance fut terminée par la nomination de nouveaux membres du comité de correspondance. L'on y procéda au scrutin de liste, et les quatre qui réunirent pour cet objet le plus de suffrages furent les citoyens Battut gendre, François Jauzion, Guile Marchand, Pinel curé.

« Ce soir-là le citoyen Bosc de Damiatte avait placé avant la séance dans la salle de la Société une belle chaire destinée à son usage ; il l'avait faite et arrangée avec beaucoup de soin, et l'on parut généralement content de son ouvrage. Prix : ioo livres. »

« Les nouvelles qu'on attendait n'étant point arrivées ce soir-là, il fut lu une adresse énergique de l'administration du département et des autorités constituées de la ville de Castres à la Convention nationale au sujet des derniers événements qui se sont passés à Paris. Après les diverses réflexions que cette lecture fit naître, l'on procéda à la nomination de deux commissaires de la Société : les citoyens Jean Poussac et Guile Marchand réunirent au scrutin la majorité des suffrages et furent proclamés de suite en cette qualité. »

(( L'éternelle réclamation contre les femmes fut encore renouvelée dans cette séance. Il est douloureux que certains sociétaires appuient sur une chose qui est choquante à soutenir, et qui ne peut tendre qu'à faire du tort à la Société populaire de Saint-Paul. Divers membres élevèrent la voix en faveur des femmes. Ils exposèrent que pour l'indiscrétion ou le babil que l'on pouvait craindre de la part de quelques-unes, il ne fallait point ôter aux autres leurs justes droits ni attirer sur la Société entière une tache de déshonneur. Les femmes étant admises partout ailleurs dans les assemblées publiques, il serait bien absurde qu'à Saint-Paul, on n'eût point les mêmes déférences ou plutôt la même justice. Le but de toute société populaire n'est-il point, outre cela, de répandre les lumières, les connaissances des événements et de nos lois sur l'universalité des habitants de la France, et comment parvenir à les rendre ainsi dignes de la liberté, si une de ses portions les plus intéressantes est privée du moyen de s'en instruire. Comment s'attendre que les enfants dès leur berceau deviennent dignes de la République, si les femmes qui sont tout pour eux n'apprennent à devenir elles-mêmes républicaines ? Et il est incontestable que la plupart d'entre ellcs; comme des citoyens, sont trop imbues des préjugés de l'ancien gouvernement pour n'avoir pas besoin de venir sans cesse au foyer purificateur du faux et du vice. Ce foyer précieux de la liberté et de la patrie, où brule-t-il avec plus d'éclat et de fruit que dans ces lieux où, par les nouvelles publiques, l'on rassemble tous les traits épais de civisme el de notions sublimes de la vraie liberté pour n'en faire qu'une masse commune qui pénètre tous les esprits et tous les cœurs. Ces grands motifs et d'autres semblables furent présentés à l'Assemblée pour établir la nécessité d'admettre les

femmes clans nos séances avec les restrictions convenables qui sauvent les ;il)tis. Les sociétaires qui avaient formé des oppositions si contraires au bien ne sont animés sans doute que par de bonnes vues, mais ils n'ont point assez réfléchi que pour parer à quelques inconvénients de très peu de conséquence, ils occasionneraient par leur refus des maux graves qui tous les jours deviendraient plus funestes et tourneraient autant au détriment de la commune qu'à notre propre confusion. Cependant pour satisfaire ceux qui pourraient avoir quelque retour de regret là-dessus, le citoyen président ajourna la discussion définitive à la prochaine séance, et promit même de faire passer alors à la voie du scrutin afin qu'il n'y eût plus rien à objecter sur cette affaire.

(( Les nouvelles bien plus sérieuses et bien plus dignes de nous occuper sur la guerre affreuse que nous font nos ennemis de toutes parts, firent proposer de prendre les mesures les plus promptes pour organiser de nouveau la Garde nationale du canton, et la rendre prête à tout événement. Quelque autre membre assura que la municipalité de Saint-Paul s'occupait instamment de cet objet et l 'allait remplir conformément à la dernière loi. Sur cette observation, il fut passé à l'ordre du jour.

u On lut ensuite une lettre de la part du citoyen Cambefort, premier syndic au district de Lavaur. Il répondait à celle que la Société lui avait adressée pour lui témoigner ses regrets sur son état de maladie et le plaisir que l'on éprouvait maintenant d'apprendre qu'il se rétablissait de jour en jour par une heureuse convalescence. Les sentiments touchants et délicats qui respiraient dans sa réponse pénétrèrent d'une douce émotion nos sociétaires et leur firent adopter par acclamation le citoyen Cambefort comme membre honoraire de la Société, selon le vœu qu'il nous en exprimait. On arrêta à l'unanimité aussi que sa lettre serait inscrite au procès-verbal selon se teneur, afin que le souvenir précieux s'en conservât avec plus de soin dans les Annales de la Société populaire de Saint-Paul.»

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