OBSERVATION VIL
Cette observation et la suivante sont dues à l’obligeance de M. le Dr Sevestre, médecin des hôpitaux (1).
La nommée Joséphine C..., âgée de 24 ans, coutu-
rière, est entrée dans le service de M. Seveslire, le 28 octobre 1880, salle Laënnec, n° 20.
Cette malade, à part un peu de toux chaque hiver, s’est toujours bien portée jusqu'au mois de novembre 1880 ; elle a été réglée à 15 ans, et a toujours vu régulièrement. En novembre 1880 elle fut prise d’hémoptysies répétées, pour lesquelles elle fut amenée à Ténon, où elle resta trois mois, dans le service de M. Rendu; après ces hémoptysies elle eut un point de côté qui dura plusieurs jours, et qui disparut par l’application d’un vésicatoire ; grâce aux toniques seuls, la malade en était arrivée à se bien porter, elle sortit de l'hôpital ne toussant plus du tout.
(1) Observation recueillie par M. Leblond, externe du service.
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En octobre 1881, elle fut reprise de nouvelles hémoptysies et de points de côté ; elle commençait à avoir des sueurs nocturnes, et maigrissait un peu : tous ces symplômes la décidèrent à venir à l'hôpital. Au point de vue des antécédents héréditaires : son père est mort à 58 ans, d'alcoolisme probablement ; elle a encore sa mère qui se porte habituellement bien (53 ans), elle a
une sœur et un frère qui se portent bien.
Etat actuel. -- La malade a beaucoup maigri. Chaque nuit, elle a d’abondantes transpirations : elle tousse surtout le matin et crache beaucoup ; l'expectoration est moins purulente. Les règles n’ont jamais été supprimées : parfois seulement un peu de retard.
A la percussion, submatité aux deux sommets; dans le reste de la poitrine. sonorité normale. A l’auscultation râles muqueux dans les deux poumons : en arrière, dans les deux sommets, craquements dans les fosses sus-épineuses et la moitié des fosses sous-épineuses : en avant, craquements très accusés à droite.
La malade n'a jamais vomi en toussant ; depuis quelque temps, elle n’a plus d’appétit.
Le 31 janvier, on commença l'alimentation forcée par la sonde, ét on lui fait prendre ainsi 250 grammes de viande crue râpée, 2 œufs et 2 litres de lait (La malade pèse 41 kilogrammes 1/2).
On continue toujours à alimenter la malade avec le tube; depuis qu’elle s’est décidée à ce mode d’alimentation, l'appétit lui est revenu : elle mange après l’introduction des œufs, du lait, du jus de viände. Le poids
‘est de 43 kilogrammes 1/2 le 11 février, et arrive à 45 kilogrammes le 20 du mêmé mois. On supprime alors la sonde dont la malade est dégoûtée. Elle a du reste
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maintenant son bon appétit et continue à manger abondamment.
3 mars. Le poids est, de 45 ne AL 1, le 10 mars il est de 46 kilogrammes.
Le 17. Ilest de 45 kilogrammes.
Le 18. La malade a,une,assez forte rongstion pulmonaire, elle a une hémopiysie, elle.tousse davantage. :
Le 27. Etat général meilleur. Poids:,46 kilogrammes,
Les sueurs nocturnes ont diminué beaucoup ; la malade. tousse-et crache moins.;A l’auscultation, la, respiration est moins rude, les craquements ont beaucoup diminué d'intensité en avant.et.à droite surtout.
OOBSERVATION (VIII.
Tuberculose pulmonaire. — Alimentation forcée par la sonde gastrique. — Amélioration notable ({).
… (Jean), âgé de 34 ans, est couché au n° 21 de la Le. EAST Vincent-de-Paul, à l'hôpital Tenon (service de M. Sevestre).
Il n’a aucun antécédent SAME héréditaire : il a perdu ses parents de mort violente, et une sœur, qui a succombé en trois jours à une affection de poitrine aiguë. Quant à lui il s’est toujours bien porté jusqu’en 1876. A cette époque il eut une pleurésie qui guérit en six semaines, Sa santé se rétablit complètement à la suite, et il reprit sa profession de lapidaire.
Quelques mois après cependant (au mois d’août), il se mit à tousser, et en même temps perdit l'appétit, fut pris de sueurs nocturnes abondantes, et eut aussi quelques petites hémoptysies.
(1) Observation rédigée à l'aide des notes recueillies par M. Hitier, externe du service.
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Après quelques semaines passées à Auxerre, il revint à la fin d'octobre assez bien portant, ayant retrouvé l'appétit, et put reprendre ses travaux.
Il resia ainsi, avec quelques alternatives dans l’état de sa santé, mais, én somme, assez bien portant, jusqu’à la fin dé décembre 1879. À ce moment il vit reparaître la toux et les sueurs ; sans cependant perdre l’appétit. Après un mois de séjour à l'hôpital, il reprit encore une fois son travail, toussant ‘à peine ges au mois d'avril 1880. ] |
Il entra à l'hôpital qu’il n’a ns quitté ee E cette époque. Il y eut pendant un certain temps une amélioration assez sensible, bien que le malade présentât souvent des points de congestion caractérisés par des râles fins, et'une douleur localisée. Il faut dire que ce malade 4, pendant tout ce temps, suivi rigoureusement son traitement qui consisia en huile:de foie de morue, viande crue et alcool, vin créosoté, opiacés, eic., en outre, des vésicatoires étaient appliqués au niveau des points où le malade percevait de la douleur, et où l’auscultation révélait habituellement des signes indiqués plus haut. Les vésicatoires petits, mais répétés avec acharnement, entretenaient une sorte de révolution permanente.
Pourtant, dans le courant de l'été, l'amélioration ne fit plus de progrès, et bientôt même, les forces diminuërent, l’amaigrissement s’accentua ; il survint quelques vomissements en même temps que les sueurs devenaient plus abondantes et que les signes physiques révélaient des lésions plus profondes (ramollissement des deux sommets, mais particulièrement à droite), La toux était fréquente, l’expectoration assez abondante;
l’insomnie était presque absolue, tant par le fait de la toux qu’en raison de la fièvre et des sueurs. |
C'est à ce momenl (34 octobre) que le malade fut soumis à l'alimentation artificielle au moyen de la sonde.
Il prit chaque jour en deux fois de 300 à 400 gr. de viande crue, râpée, mélangée avec du bouillon, 2litres de lait 400 gr. de rhum.
Dans les semaines suivantes, l'augmentation de poids fut à peu près de 1/2 kilog. par semaine.
En somme, le 2 janvier, c’est-à-dire 2 mois après le début de ce mode de traitement, il avait gagné 5 kilog. en 9 semaines.
En même temps, du reste, tous ses RES subissaient une amélioration notable.
Au bout de quelques jours les forces étaient revenues en même temps que disparaissaient les sueurs nocturnes et la fièvre ; le malade dormait cinq à six heures de suite sans se réveiller, la toux diminuait ainsi que l’expectoration, et dans la poitrine, si l’on constatait encore de la matité et du souffle vers le sommet droït;les râles étaient beaucoup moins abondants. Enfin, l'appétit avait reparu dès les premières semaines, si bien que vers la fin de décembre, le malade commença à vouloir revenir au régime ordinaire sans employer la sonde.
Depuis le 2 janvier il a cessé l’emploi de la sonde, mais continue à prendre de la viande crue, du:lait et des potages et et une petite quantité de rhum.
Son état s’est, depuis lors, maintenu assez bon, mais il n’a pas dépassé le poids de 61 kilog., poids qu’il avait quand il cessa l'emploi de la sonde. Il semble donc qu'il y ait un temps d'arrêt,
De |. Vo
Avantages de l'alimentation forcée.
On a'pu se rendre compte, par la lecture des observations qui précédent, que l'alimentation artificielle a donné des résultats avantageux.
En effet, nous voyons que ces malades ne pouvaient plus ingérer aucune espèce d’aliments solides ou liquides sans éprouver un violent dégoût, et la plupart du temps vomissaient le peu d’aliments qu’ils prenaient.
Soumis à l’alimentation artificielle, on parvint en peu de jours à leur ingérer une quantité d’aliments plus que suffisante pour réparer leurs pertes, tandis que nous les voyons rapidement augmenter en poids et prendre de l'embonpoint.
Les digestions se font bien, les aliments ne sont pas vomis, et si parfois il existe de la diarrhée, il suffit de modifier le régime alimentaire.
L’estomac reçoit donc des matériaux qui peuvent être assimilés alors que les fonctions digestives ne sont point entièrement annihilées.
Aussi voyons-nous les forces revenir et le moral des malades se relever.
Ces résultats avantageux ne sont pas les seuls, car les pertes sudorales et bronchiques sont moindres dans tous les cas cités; la toux diminue, les accès de fièvre sont moins fréquents et les malades jouissent d’un sommeil plus lung et plus paisible.
En us mot, l’application de cette méthode paraît diminuer l'intensité des phénomènes morbides chez les
phthisiques, et, si on n’enraye pas chez eux les lésions Hamon. 4
Es
Dre
pulmonaires, M. Debove croit pouvoir dire qu’on les améliore. aider:
Notons d’ailleurs, ainsi que le fait remarquer M. Dujardin-Beaumetz, que les améliorations que nous citons ont été obtenues chez des malades soignés dans les hôpitaux et respirant un air ruminé, comme l’a dit M. le professeur Péter. 1
On a cité des cas où ces résultats avantageux n'ont pas été obtenus. |
w Nous-même, nous avons été témoin, dans le service
de M. Desnos, d'un fait qui était de nature à faire 1élever des craintes sur l’emploi du gavage, mais ce fait ne s’est pas reproduit, et si les malades qui ont suivi cette méthode n’y avaient pas apporté autant d’appréhension, nous croyons qu'ils auraient pu jouir des mêmes bénéfices qu’ont obtenusles malades dont nous citonsles observations, en admettant toutefois qu’il n’y ait) pas eu chez eux de phénomène d’intolérance absolue.
On avait d’abord pensé, ‘dit M: Sevestre (4),rque l'amélioration obtenue dans ces cas était due enpartie aux lavages de l'estomac, qui, dans plusieurs des faits observés, avaient précédé l'introduction des substances alimentaires, et quiavaieut pu heureusement modifier l'état dyspeptique ; mais, dans d’autres cas,-on n’a fait aucun lavage et l’on ne peut rapporter l'amélioration qu'à l'alimentation.
. () Progrès médical, 24 décembre 1881.