‹ Alimentation Artificielle VolontaireChapitre 3 sur 12 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quelque temps après que M. le D° Debove, professeur agrégé à la Faculté, eut inauguré dans son service de Bicêtre le nouveau procédé d’alimentation des phthisiques atteints d’anorexie, M. le D° Desnos fut un des premiers qui, parmi ses collègues des hôpitaux, expérimentala méthode qui fait le sujet de cette étude.

Nous fûmes à même de suivre dans le service de cet éminent maître, les résultats des premières expériences qui y furent faites ; et l'étude de ce nouveau mode d’hygiène thérapeutique nous a inspiré l’idée de présenter sur cette question un exposé, sommaire, il est vrai, mais destiné, croyons-nous, à donner un aperçu de la méthode nouvelle. |

Nous ne nous dissimulons pas les difficultés de notre entreprise ; aussi, ne considérons-nous ce modeste tra-

vail que comme le précurseur de travaux plus importanls qui viendront combler les lacunes de notre esquisse, |

Certes, nous n’avons pas la prétention de dire le dernier motsur une méthode qui vient à peine de naître, mais nous avons cru intéressant de, faire connaître en quelques pages comment se pratique généralement cette méthode et quels sont les résultats obtenus jusqu'ici.

Ainsi indiquer les données-qui ont amené M. Debove à nourrir artificiellement les phthisiques, exposer le mode opératoire de l’alimentation artificielle volontaire chez ces malades, grouper les observations publiées, en y ajoutant les quelques faits inédits qui nous ont été communiqués, ou que nous avons pu observer personnellement, étudier les avantages de cette nouvelle méthode, tel a été le but de ce travail.

Al'état physiologique, dit M. Debove (1), l'appétit vient nous rappeler qu'il est nécessaire d’ingérer une certaine quantité d'aliments qui, transformés par les sucs digestifs, puis absorbés, servent à l’entretien et à la rénovation de nos tissus. Il indique leur dose, et, lorsqu'il est satisfait, des phénomènes d’intolérance stomacale et intestinale ne tardent pas à se manifester, si l’on cède à la gourmandise. |

A l’état pathologique, l’appétit peut présenter des troubles dont les degrés extrêmes sont la boulimie et

(1) Debove. Du traitement de la phthisie pulmonaire par lalimentation forcée. Union médicale, 22 nov. 1881.

l’anorexie. Ce dernier symptôme, de peu d'importance lorsque sa durée est courte, peut être extrêmement grave lorsqu'il persiste, lorsqu'il est lié à une affection chronique. (

Les auteurs conseillent, en pareille circonstance, de varier le régime, de prescrire les toniques, les amers, les eaux minérales, etc., etc. Tous ces moyens restent souvent sans effet, ou excitent d’une façon toute passagère l'appétit qu'on cherche à ranimer.

Nous pouvons chaque jour constater l’inanité de nos efforts sur les malheureux phthisiques, et l’anorexie n’est certes pas chez eux un des symptômes les moins inquiétanis; nous savons tous l’avenir réservé à brève échéance au phthisique qui cesse de manger. Il est consumé par la fièvre, il a des pertes sudorales, intestinales et bronchiques ; pour employer une comparaison devenue banale, sa recette est nulle, ses dépenses sont exagérées.

L’appétit et le pouvoir digestif des viscères qui marchent parallèlement à l'état physiologique, peuvent très bien être dissociés à l’état pathologique; autrement dit, un malade qui n’a aucun appétit, peut avoir un estomac qui digère bien, ou tout au moins ait conservé un certain pouvoir digestif que ne fait pas supposer l’anorexie. Il est encore possible que, chez un pareil malade, le dégoût violent qui accompagne l'ingestion des aliments trouble les phénomènes digestifs et devienne une cause de vomissements.

Tels sont les raisonnements qui conduisirent M. De bove à tenter d’alimenter artificiellement les phthisiques chez lesquels il y avait une anorexie complète. L'expérience semble avoir confirmé les idées théoriques

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de M. Debove, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte par la lecture des observations consignées dans ce travail. Qu'il nous soit permis avant de poursuivre, de consi-

gner ici l'hommage respectueux de notre gratitude à

M. le professeur Béclard, pour l'honneur qu'il nous a fait, en acceptant de vouloir bien présider notre thèse.

Plusieurs définitions ont été proposées pour dénom-— mer la méthode nouvelle. Nous avons d’abord celle de M. Debove, qui définit sa méthode: alimentation forcée chez les phihisiques, puis le mot gavage proposé par M. le D' Dujardin-Beaumetz.

MM. Mesnet et Brochin ont rejeté le mot gavage qui, disent-ils, n’est pas français. Quant au mot alimentation forcée, il leur paraît également impropre, cette expression étant juste lorsqu'elle s’applique aux aliénés où l'introduction des aliments a lieu par force et par contrainte, tandis que dans la thérapeutique nouvelle le malade ne s’y oppose pas, mais même la sollicite.

D’après ces auteurs, le mot qui doit êlre substitué au mot gavage et à celui d’alimentation forcée est celui d'alimentation artificielle. Nous avons adopté cette définition en y ajoutant le mot volontaire, car l'expression seule d'alimentation artificielle chez les phthisiques ne nous semble pas donner à l'esprit une idée exacte de ia méthode qui fait le sujet de notre travail.

En effet, tout moyen qui, en dehors de l’alimentation autophagique volontaire, a pour but d'introduire des aliments dansles voies digestives, peut s'appeler alimen=

(1) Bull. de thérapeutique, 15 déc. 1881.

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tation artificielle, mais il y a lieu de distinguer si les

malades y apportent leur consentement ou s'y opposent.

Dans ce dernier cas, le mode d’alimenter sera une alimentation artificielle forcée, mais pour distinguer ce genre d'alimentation de celle qui nous occupe et qui se fait avec le plein gré du malade, et surtout par le malade lui-même, nous croyons convenable d’ajouter le mot volontaire et de donner à la nouvelle méthode la qualification d'alimentation artificielle volontaire chez les phthisiques.

La description du manuel opératoire nous fera voir, d’ailleurs, que toute contrainte est écartée.

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