‹ Alimentation de la Ville de Saint-Brieuc en Eau PotableChapitre 48 sur 59 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

ST

Je reprendrai ici les analyses que j'ai citées au chapitre IT et j’essayerai d’en dégager des conclusions au point de vue de la potabilité de l’eau distribuée actuellement aux habitants de la Ville de Saint-Brieuc.

Débutons par les analyses chimiques.

Nous voyons d’abord que la matière organique, par litre, évaluée en oxygène en milieu alcalin, oscille entre 0 milligramme 5 et 1 milligr. 9, ce qui donne une moyenne de 1 millig. 2.

Or voici comment le Conseil supérieur d'Hygiène publique de France classe les eaux par rapport à leur teneur en matière organique évaluée en oxygène en milieu alcalin :

Eau pure...... Moins de 1 milligr. de mat. organique. Eau potable... — 2 milligr. —— Eau suspecte. . De 3 à 4 milligr. — Eau mauvaise. Plus de 4 milligr. —

Nous voyons donc que, à ce point de vue, les

nombreuses analyses chimiques faites ont toujours prouvé que les eaux restaient dans la limite de potabilité.

A propos de cette matière organique, je tiens à faire une remarque que des recherches effectuées par M. le Docteur Violette, antérieurement et ultérieurement aux analyses citées, viennent confirmer : c’est au sortir des filtres que l’eau contient le maximum de matière organique dont la quantité subit une forte réduction au moment de l’ozonisation, ainsi qu'en témoignent les analyses faites au désaturateur. Bien plus, l’on constate souvent que l'effet oxydant continue à se faire sentir jusque dans le réservoir de départ, bien qu’à partir de ce moment l’eau ne renferme plus que des traces infinitésimales d’ozone qui achèvent d’ailleurs de s’y réduire.

J’explique ce phénomème de la manière suivante : à son passage à l’émulseur et dans les colonnes de self-contact, l’eau se trouve très chargée en Of: mais nous savons que la molécule d'ozone est très instable et qu’elle se décompose très facilement pour redonner de l’oxygène. Et la persistance du processus d’oxydation de la matière organique dans le réservoir serait dûe justement à ces traces d’ozone et à l'oxygène naissant.

Ce qui semblerait confirmer cette façon de voir, c’est que les analyses faites en 1912 par M. le docteur Violette et moi sur l’eau ozonée, révèlent une teneur en oxygène dissous bien plus forte que celles faites

en 1909 sur l’eau naturelle au laboratoire du Conseil supérieur d'Hvgiène, puisque cette teneur oscille entre 12 milligr. 5 et 13 milligr. 250 pour nos analyses, contre 9 milligr. 125 et 11 milligr. 500 pour celles du laboratoire du Conseil supérieur d'Hygiène.

Nous avons donc une eau largement oxygénée et par là aussi, bien potable.

En ce qui concerne les sels ammoniacaux, l’eau de Saint-Brieuc n’en contenant qu’une moyenne de O0 milligr. 7, reste dans la limite des eaux potables, lesquelles doivent en renfermer moins de 4 milligr. par litre, d’après le Conseil supérieur d'Hygiène publique de France.

Quant à l'azote albuminoïde, ce dernier n’existant qu'au taux moyen de O0 milligr. 020, nos eaux peuvent rentrer également dans la limite des très pures, d’après la classification suivante :

Eau très pure... O0 milligr. 05.

Eau potable..... De 0 milligr. 05 à 0 milligr. 10. Eaux impures.. Plus de 0 miliigr. 10.

L'eau ne renferme ni nitrites, ni acide phosphorique, aussi on peut, à ce point de vue, la classer comme pure et potable, puisqu'elle ne devient suspecte que lorsqu'elle renferme des traces de ces substances.

La proportion des nitrates est seule légèrement élevée, atteignant en moyenne 30 milligrammes

RON PSE RUE

par litre, et que la teneur en nitrates (en Az (3 H) est de :

0 milligr. par litre pour les eaux pures.

De 0 à 24 millier. — — potables.

De 24 à 48 millier. — — suspectes.

De plus de 48 millier. — — mauvaises.

Ces sels pourraient donc faire classer nos eaux parmi les suspectes, si l’ensemble de tous les autres corps présents (souvent à un taux inférieur à la moyenne de potabilité) n’était là pour corriger cette impression défavorable et permettre de certifier que l’eau distribuée est potable.

Pour ce qui est de la teneur en Na Cl, voici la classification habituelle :

Eau très pure. renfermant moins de 0 gr. 027.

Eau potable... —— moins de 0 gr. 066.

Eau suspecte. — de 0 gr. 085 à O0 gr. 165.

Eau mauvaise. — plus de 0 gr. 165.

Or, les analyses indiquant seulement une moyenne de 34 milligr., nous restons donc dans la catégorie des eaux potables ; on pourrait même la classer parmi les très pures, puisque, comme nous aurons l’occasion de le prouver plus loin, nous avons affaire à une eau superficielle captée près de la mer et susceptible par conséquent de contenir plus de chlorure que celles qui tombent au milieu d’un continent.

Pour en terminer avec les analyses chimiques,

nous ferons remarquer que l’alcalimétrie et le degré hydrotimétrique total de l’eau de la ville de Saint- Brieuc, concordent encore pour la faire classer parmi les potables, un degré hydrotimétrique total de 5 à 15° décelant une eau « très pure », et celui de la nôtre étant de 7° en moyenne.

Enfin, pour clore ces considérations d'ordre chimique, je veux faire justice de certains reproches que l’on a adressés, à ce point de vue, à l’ozonisation.

Ainsi, on a dit qu’elle déminéralisait l’eau traitée et que, de ce fait, elle aidait à l’apparition de certaines maladies de la nutrition, chez le consommateur. On a prétendu également que le procédé introduisait dans l’eau un corps nouveau : l’ozone, pouvant n'être pas sans inconvénients pour l'organisme humain.

Que doit-on penser de ces accusations ? Les chiffres et les faits que je viens de citer me semblent suffisamment éloquents pour qu'il soit inutile de trop insister.

Cependant, j'ajouterai ceci qui vient à l’appui de mes dires, et réduit ces griefs à néant : « L’ozoni- « sation de l’eau n'apporte dans celle-ci aucun « élément étranger préjudiciable à la santé des « personnes destinées à en faire usage. Au contraire, « par suite de la non-augmentation de la teneur en « nitrates, et de la diminution considérable de la « teneur en matières organiques, les eaux soumises « au traitement par l’ozone sont moins sujettes aux « pollutions ultérieures et sont, par suite, beaucoup

nn

« moins altérables. Enfin, l'ozone n'étant autre « chose qu’un état moléculaire particulier de « l'oxygène, l'emploi de ce corps présente l’avantage « d’aérer énergiquement l’eau et de la rendre plus « saine et plus agréable pour la consommation, « sans lui enlever aucun de ses éléments minéraux « utiles. »

(Rapport présenté à la municipalité de Lille au nom d'une commission composée de Roux, Staes- Bram, Bouries, Buisine, et Calmette, rapporteur).

Ainsi, comme le dit Arnould (1), l’ozonisation « n’altère aucune des qualités naturelles de l’eau, « et (l’on) n’y introduit rien qui justifie la moindre « arrière-pensée, car l’ozone ne donne naissance « qu’à de l’oxygène. »

De l’ensemble de toutes les analyses chimiques publiées dans le chapitre précédeut, nous pouvons donc conclure avec certitude à la parfaite et permanente potabilité de l’eau fournie aux habitants de la ville de Saint-Brieuc, potabilité améliorée même par l’ozonisation, à ce point de vue chimique.

Si maintenant nous passons aux analyses bactériologiques, nous verrons que les conclusions seront

identiques.

Voici comment Miquel, dont l’opinion fait autorité

(1) Voir Nouveaux Eléments d'Hygiène d’'Arnould (Edition 1907).

en la matière, classe les eaux suivant la quantité de germes trouvés au centimètre cube.

Eau excessivement

DUTE- +... CONtICNLUe 0 à 10 germes par cc.

Eau très pure..... — 10 à 100 — — Eau pure......... — 100 à 1.000 — — Eau médiocre..... — 1.000 à 10.000 — — Eau impure...... — 10.000 à 100.000 — — Eau très impure.…. — 100.000 et au-delà. — —

Or, la moyenne des germes au centimètre cube étant de 5 à 600 aux bornes-fontaines, l’on voit que, bactériologiquement, quant à la quantité des germes, l’eau de Saint-Brieuc est une eau pure.

Au point de vue de la qualité des germes, nous arrivons au même résultat.

Que trouvons-nous en effet, le plus souvent, aux analyses ? Des germes communs à l’eau, Pair, le sol, tels que :

Le Micrococcus flavus liquefaciens, commun dans l'air et l’eau.

Le Micrococcus flavus desidens, commun dans Pair.

Le Micrococcus luteus, commun dans l’air et les poussières.

Le Micrococcus aurantiacus, très commun dans l'air et l’eau.

Le Micrococcus aquatilis luteus, commun dans les eaux de source et les eaux filtrées sur le sable (comme c’est le cas ici).

Le Micrococcus roseus, très commun dans l'air, l’eau et le sol.

Le Micrococcus aquatilis, très commun dans l’eau.

Le Micrococcus candicans, très commun dans l'air et l’eau.

Le Micrococcus candidus, très commun aussi dans l'air et l’eau.

Le Bacillus albus et le Bacillus stolonatus, tous deux communs dans l’eau.

Le Bacillus aerophilus (sporulé), très commun dans l'air et ses poussières.

Le Bacillus albus liquefaciens, commun dans l'eau.

Le Bacillus megatherium (sporulé), très commun dans l'air, le sol et l’eau.

Le Bacillus mesentericus fuscus (sporulé), très commun dans le sol, les poussières et l’eau.

Le Bacillus mycoïdes (sporulé), commun dans le sol et l’eau.

Le Bacillus subtilis (sporulé), très commun dans le sol, les poussières et l’eau.

Le Bacillus mesentericus vulgatus (sporulé), très répandu dans le sol, les poussières et l’eau.

Le Bacillus luteus (sporulé), commun dans l’eau.

Les Bacillus aureus et ochraceus, communs dans l’eau.

Le Bacillus fluorescens non liquefaciens que l’on trouve dans l’eau.

Le Bacillus fluorescens liquefaciens répandu dans

les poussières atmosphériques, les eaux sales, impures, rarement dans les sources bien captées.

Le Vibrio aquatilis, qui se trouve dans l’eau.

Le Cladothrix chromogenes, qui vit dans l'air, l’eau et le sol.

La Sarcina lutea et la Sarcina aurantiaca, très communes dans l’eau et dans l'air ; de même que la Sarcina rosea.

Le Bacillus fluorescens liquefaciens ne se trouve que rarement dans les eaux prises aux bornesfontaines et Jamais dans celles prélevées soit au désaturateur, soit au réservoir de départ ; son origine doit donc être les poussières de l’air, ce bacille venant souiller l’eau au moment de sa prise.

Nous voyons donc que presque toutes les espèces rencontrées appartiennent au sol et à l'air : cela vient confirmer ce que je disais plus haut en parlant de la présence en léger excès de Na CI dans les eaux, à savoir que nous avons ici des eaux superficielles et non des eaux profondes. Du reste, si l’on veut bien se reporter au premier chapitre, à l'endroit où il est question de la nature géologique du sol des captations, 1l est facile de constater qu'après une mince couche de terre végétale, on tombe immédiatement sur du granit formant un sol compact, imperméable, ne pouvant jamais donner issue à des eaux profondes. (Je citerai encore plus loin un fait à l’appui de ce que j’avance.)

Mais il est un autre microbe que nous trouvons

très exceptionnellement mentionné dansles analyses, je veux parler du bacterium coli commune. Ce bacille, d’origine variée, n'indique la souillure de l’eau que lorsqu'il est abondant, parce qu’alors souvent de provenance fécale. D’après son nombre, voici comment on peut classer une eau (Vincent) :

NOMBRE DE BACTÉRIUM COLI

© par centimètre cube par litre

Eau profondément souillée... 10 — 50 et plus —

Eau mauvaise, non potable... 1 — 10 —

Eau suspecte, non potable... — 100 — 1.000 Eau médiocre, à surveiller... — 50 — 100 Eau assez bonne ou bonne... —- 10 — 50 RASE mraco-ece — 0

Or nous devons faire remarquer que si ce germe fut constaté à deux ou trois reprises dans l’eau distribuée, ce fut le plus souvent en très faible proportion (environ 10 par litre), et comme marque d'incidents dont je parlerai dans un instant, en sorte que, suivant les indications du tableau précédent, on a toujours pu conclure, si ce n’est en une circonstance lors des premiers mois de fonctionnement, à la bonne qualité de l’eau.

I] est certaines remarques que je veux faire ici à propos des analyses militaires qui ne semblent pas, en toutes circonstances, concorder parfaitement avec les autres analyses contemporaines.

I] convient, en effet, que des réserves soient faites quant à leurs résultats. Tout d’abord, au lieu d’être

immédiatement ensemencés, ainsi que le pratique le Laboratoire d'Hygiène de Saint-Brieuc, les échantillons prélevés sont expédiés à Rennes en glacière : il y a là une première cause d'erreurs dont il faut tenir compte.

En outre, jusqu’à ces temps derniers, le soin des prélèvements était confié à un sous-officier qui ne pouvait avoir la compétence voulue pour les effectuer dans de bonnes conditions ; il me serait facile de citer des exemples probants. Et de plus il ne peut être question, bien entendu, de tenir compte de certains chiffres obtenus avec un échantillon prélevé, même dans les meilleures formes, dans une cruche de chambrée.

Néanmoins, toutes les analyses militaires ne sont pas à suspecter au même titre ; et il est bien certain qu’elles ont pu, iorsqu'elles concordaient avec les autres, appeler l'attention sur certaines défectuosités d'installation et de fonctionnement qui furent constatées.

Ainsi au début du mois de novembre 1910, en nous reportant au chapitre IT, nous voyons que les analyses furent particulièrement mauvaises et révélèrent dans l’eau ozonée la présence de nombreux coli-bacilles.

On examina alors soigneusement le fonctionnement des divers appareils et l’on découvrit la cause du mal.

Elle était dans la canalisation d’air ozoné allant

des ozoneurs aux émulseurs.

| ee #7

Cette conduite se composait d’une partie horizontale, passant sous le plancher de la salle des 0z0neurs, comprise entre deux autres parties verticales. Lorsqu'on arrêtait brusquement l’arrivée de l’eau à l’émulseur, elle pouvait être refoulée dans la conduite d'air et venait alors s’accumuler dans la partie horizontale de la canalisation où elle génait l'aspiration de l’air ozoné.

De plus on constata que les joints au timent des tuyaux en grès de cette canalisation avaient été attaqués par l’ozone.

Voici les modifications que l’on apporta à cet élat de choses : |

1°) On prolongea vers le bas la partie verticale attenant aux émulseurs et on la fit plonger dans une cuve à eau remplissant le rôle de joint hydraulique.

2°) La partie horizontale fut inclinée, la pente dirigée vers la partie verticale susdite et vint s’y raccorder en formant avec elle un angle aigu.

Grâce à cette disposition, l’eau de refoulement ne peut rester dans la canalisation et sitôt entrée vient tomber dans la cuve à eau.

3°) Le ciment attaqué étant du ciment de Vassy à prise rapide, on le remplaça par du ciment de Portland à prise lente, qui est altéré moins facilement par l’ozone.

Malgré cette dernière modification, on est obligé de surveiller la canalisation d’air ozoné, car le joint,

même au ciment de Portland, est rongé, oxydé par 0; cependant, depuis, sur ce point particulier, le fonctionnement de l’Usine a été parfait, bien que le joint idéal n’ait pu encore être trouvé.

Toujours guidé par les analyses bactériologiques, on fut amené en avril 1912 à accuser le grand réservoir de départ (1) (Voir figure 4-A), de souiller l’eau stérilisée.

Nous voyons, en effet, que les analyses, tant civiles que militaires, faites du mois de janvier au mois d'avril 1912, décelèrent la présence d’un nombre très considérable de germes dans la canalisation urbaine et dans le grand bassin de départ, alors que toujours au désaturateur il n’y en avait qu’un nombre très minime.

On vida le grand réservoir pour le visiter et l’on vit que les mauvais moëllons constituant les parois et les piliers avaient été rejointoyés au mortier de chaux; sous l’action des courants, sans doute, ce mortier s'était dégradé, créant des anfractuosités nombreuses et de dimensions variables atteignant parfois le volume du poing et étant pour les germes des refuges où ils pouvaient pulluler à l'aise. Il y fut immédiatement remédié : on refit les joints au mortier, mais on recouvrit les piliers et les parois d’une couche de ciment en ayant soin d’arrondir les angles.

À la suite de cette réfection, le nombre de germes

(1) Ce réservoir fut construit en 1894.

diminua peu à peu pour revenir à ce qu'il était auparavant, c'est-à-dire de 4 à 700 par centimètre cube aux bornes-fontaines.

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