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Nous voyons donc qu'il est possible de dire que les résultats fournis par le système de purification adopté à Saint-Brieuc furent toujours favorables. Dans ces conditions, je puis répéter avec M. le Docteur Violette (qui a fait paraître sur la question un travail que je vais résumer) que si, par hypothèse, la Ville de Saint-Brieuc, avec l'expérience qu’elle a de l’ozonisation, était à nouveau appelée à choisir entre les divers procédés pratiques de purification centrale actuellement préconisés, je pense qu’elle devrait encore adopter l’ozonisation.
En effet, après l’épidémie de fièvre typhoïde de 1909, il ne pouvait être question du statu quo, les eaux fournies aux habitants étant à la merci d’une souillure, puisque superficielles.
A défaut d’autres preuves déjà données (1) celleci suffirait qui montre la rapidité avec laquelle les pluies influencent le débit de nos captations.
Un graphique (2) que j'ai consulté au Service de
(1) Voir la discussion des analyses chimiques et bactériologiques au paragraphe précédent.
(2) Ce graphique est l’œuvre de M. Laporte, directeur de la Voirie de Saint-Brieuc.
la Voirie de Saint-Brieuc, permet des précisions intéressantes.
Ainsi le 22 décembre 1909, quelques heures après une chute de pluie de 25 millimètres, le débit du Rillan monta brusquement de 1.475 mètres cubes à 1.750 mètres cubes, celui du Vauridet de 1.450 mètres cubes à 2.000 mètres cubes, et celui du Flageolet de 1.300 mètres cubes à 1.900 mètres cubes.
En janvier 1910, une chute de pluie de 7 millimètres pendant les 11, 12 et 13 de ce mois, amena une augmentation de débit de 100 mètres cubes pour chacun des bassins sus-nommés. Le 17 du même mois, les pluies recommencèrent et donnèrent jusqu’au 28 janvier une movenne quotidienne de 9 à 10 millimètres. On vit alors le débit de ces trois bassins augmenter dans des proportions formidables et, partant de 13 à 1.400 mètres cubes, monter rapidement au-delà de 3.500 mètres cubes par jour.
Le 15 février de la même année, après une chute de pluie de 25 millimètres, le débit du Rillan monta brusquement de 2.200 mètres cubes à 2.560 mètres cubes, celui du Flageolet de 1.725 mètres cubes à 2,200 mètres cubes, et celui du Vauridet de 1.400 mètres cubes à 1.800 mètres cubes.
Du 1% au 9 mars 1912, il ne tomba pas d’eau, aussi le débit de ces bassins varia simultanément et parallèlement : le Rillan ne donna plus que 2.400 mètres cubes au lieu de 3.100 mèlres cubes, le Vauridet 1.500 mètres cubes au lieu de 2.200 mètres cubes, et le Flageolet 1.700 mètres cubes
au lieu de 2.400 mètres cubes, pour débiter tous trois plus de 3.500 mètres cubes à la suite d’une chute de pluie de 57 millimètres survenue le 12 de ce MOIS.
Remarquons que l’action des pluies sur le débit des captations est particulièrement rapide, car il se produit généralement entre la 12e et la 24e heure.
Reprenons maintenant notre hypothèse : on se trouverait donc en présence d’un choix à faire entre les divers procédés d'épuration suivants : les rayons ultra-violets, la filtration non submergée, la filtration submergée ou l’ozonisation.
Pratiquement, les rayons ultra-violets ne pourraient convenir pour les motifs suivants :
a) Le prix de revient de l’eau traitée est considérable (au minimum 0 fr. 20 le mètre cube).
b) Les lampes utilisées sont extrêmement fragiles et doivent être remplacées fréquemment ; de plus, elles sont d’un prix élevé.
c) Enfin, au point de vue épuration, les résultats ont été discutés et ne sont pas toujours ceux que l’on avait espérés.
C’est pourquoi je conclurai : « Ainsi, sans sortir « du domaine de l’expérimentation, les rayons ultra- « violets promettent déjà des déboires ; que de « déceptions en perspective sur le terrain pratique « et combien il faut craindre que les municipalités, « ayant osé en projeter l'essai, se soient ménagé de « très gros ennuis pour l’heure de la mise en marche « des installations. » (Dr Violette.)
La filtration non submergée inspirée par MM. Miquel et Mouchet, paraîtrait plus séduisante et théoriquement semblerait donner toute satisfaction (15 à 50 germes au cc. après passage sur le sable). Mais, à l’usage, on s’est aperçu que l’épandage de l’eau à la surface des filtres constituaitun problème encore loin d’être résolu de manière satisfaisante. — Aussi certaines villes qui avaient adopté ce procédé, d’autres qui l’avaient mis à l'essai, n’ont pas tardé à y renoncer.
On ne peut d’ailleurs que regretter ces difficultés d'application, parce que ce mode paraissant peu coûteux, sinon dans son installation (il faut, en effet, couvrir les filtres), du moins dans son fonctionnement, et n’exigeant qu'une surveillance relative, pouvait particulièrement convenir aux localités de moindre importance.
Quant à la filtration submergée (avec ses diverses modalités), elle nous retiendrait davantage, puisque certains l’ont considérée comme étant seule susceptible de pouvoir être opposée avec avantage à l’ozonation.
Dans une premiêre modalité, on utilise des bassins filtrants de sable fin qui ne peuvent être mis en service que lorsqu'il s’est formé à la surface une membrane biologique, appelée filtre vivant, jouant le principal rôle dans l’épuration. Or de gros griefs ont été adressés à cette membrane ; en particulier, on prouve qu'elle se fissure très facilement, et toutes les précautions prises pour éviter cet accident ne
peuvent en garantir d’une façon absolue. D'autre part, particulièrement l'été, elle se colmate avec une telle rapidité que le filtre doit être décroûté très souvent ; ce qui entraine des indisponibilités longues et fréquentes. Enfin on a toujours à craindre qu’il ne chemine, le long des parois des bassins, de l’eau ne subissant aucune épuration.
Les critiques adressées à la membrane biologique conduisirent les Américains à chercher s’il ne serait pas possible de la dédaigner. Les résultats qu’ils obtinrent, grâce à la prise de certaines précautions les premiers jours de la mise en service, furent encourageants ; aussi aux Etats-Unis, cette nouvelle modalité est généralement adoptée. Et pourtant, elle n’est pas davantage à l’abri des reproches, puisqu'elle ne peut rien pour empêcher le colmatage.
Dans le but de parer à ce dernier inconvénient, on eut alors recours, en divers pays, à une amélioration préalable de l’eau à l’aide de décanteurs, puis de dégrossisseurs, auxquels on ne tarda pas à surajouter des préfiltres ; la filtration sur sable fin n’a plus alors qu’à parfaire une épuration déjà fort avancée. On est bien arrivé, par ce procédé, à n'avoir plus à nettoyer les filtres qu'au plus une fois par an ; mais les dégrossisseurs et préfiltres les ont remplacés puisqu'ils nécessitent eux des nettoyages répétés. En définitive, cette troisième modalité, qui, d’ailleurs, utilise toujours la membrane biologique, n’a pas apporté grand bénéfice, tout en exigeant des surfaces beaucoup plus étendues.
Devant toutes ces difficultés et parce qu'ils ont souvent à traiter des eaux très troubles, les Américains encore imaginèrent ce qu'on appelle le « filtre rapide », fonctionnant avec ou sans pression. Dans ce système, l’eau est d’abord traitée par les coagulants chimiques, puis filtrée sur sable très rapidement (100 à 120 mètres cubes par mètre carré et par 24 heures), grâce à des dispositifs spéciaux. Ce procédé paraîtrait assez avantageux, s’il ne donnait, au point de vue de l’épuration, des résultats très inférieurs aux précédents.
Or, ceux-ci, à ce sujet, laissent déjà fort à désirer. Ils ne donnent, en effet, qu'une réduction des germes très insuffisante (200 à 400 germes par centimètres cubes au sortir des filtres), et, reproche beaucoup plus grave, ils laissent très volontiers passer le coli-bacille souvent en proportion appréciable lorsque l’eau brute en est très chargée, à tel point qu'ils doivent être placés en indisponibilité quand la présence de ce germe est constaté deux jours consécutifs. Il est à prévoir que le bacille d'Eberth, compagnon fréquent du bactérium coli commune, traverse lui aussi assez facilement. Et les résultats sanitaires viennent corroborer cette opinion, puisque les filtres noyés, malgré qu’ils aient constitué déjà un progrès, ne diminuent que de 50 0/0 la mortalité et la morbidité typhiques là où ils sont utilisés. FRS:
Ainsi la filtration submergée, comme les autres procédés cités avant elle, est loin de donner toute
satisfaction. Dans ces conditions, l’ozonisation, dont nous avons appris à connaître les heureux effets, puisque tout le deuxième chapitre les consacre, s’imposerait encore aujourd’hui au choix de la ville de Saint-Brieuc.