G. n'Avexez, Paysans el ouvriers depuis 700 ans, p
que de temps entemps — trop souvent déjà — mais au x1v* siècle, quand éclata laguerre de Cent Ans, la moitié de la France fut perpétuellement ravagée. On vit alors se constituer des bandes, célèbres sous le nom de compagnies. Ces bandes de soldats de profession, recrutés dans la lie de toutes les classes, étaient for-
mées du rebut de la société, passant d’un camp dans
l'autre, se donnant au plus offrant et prêts à toutes les
besognes. Ils ne respectaient personne, mais c'étaient les paysans surtout qui avaient à souffrir de leur voisinage, car on ne risquait rien de s'attaquer à eux; ils devaient donner à ces routiers leur argent, leurs grains, leurs bestiaux; s'ils refasaient, on incendiait leur grange ou leur étable, et en quelques heures toute leur fortune, tout leur avoir se dissipait en fumée. Pendant les guerres de Religion, la France eut à subir le fléau de cinquante années non interrompues de massacres, de pilleries et de carnage. Sept armées catholiques et sept armées protestantes, puis les ligueurs, mirent le pays à sac, et promenèrent alternativement ou ensemble tous les malheurs et-tous les crimes par toute la France, Un contemporain nous a laissé le détail des villages brûlés, des maisons détruites et incendiées, des hommes égorgés, des femmes violées. Le malheureux paysan n’avait pas le temps de respirer, de se reconnaître, de savoir ce qu'il était et pour qui il était? Dans les campagnes du Vivarais, le blé était devenu sans prix, et le paysan pour ne pas mourir de faim fut obligé de se nourrir d’un pain fait d'écorce d'arbre, de coquilles de noix et d'amandes, « de vieux tuiles et briques, mêlés
He
avee quelques poignées de farine d'orge, d'avoine, et
de son » (1).
Il arriva que les moments où « la France » était la.
plus heureuse furent souvent ceux où « les Français » étaient le plus malheureux. Le pays faisait l'admiration du monde et le désespoir de ses habitants. Durant la guerre de Trente Ans, lorsque les tailles, en maintes provinces, ne se recouvraient plus qu'au moyen d'archers et de garnisaires, lorsque les sergents du roi enlevaient les meubles, puis les portes et le toit même, jusqu'au loquet des cabanes et qu'une foule de contribuables, ruinés, vagabondaient par la campagne, on dansait à la cour, trois fois de suite, un ballet qui avait pour titre : « La félicité dont jouit la France » (2)! On s’occupait peu à la cour des habitants des campagnes. On les considérait comme des personnes de basse et vile condition. Il n’y avait plus de serfs ; il y avait toujours des vilains. A peine les regardait-on sinon pour s'en étonner (3).
Des témoins autorisés n'ont-ils pas dit qu’à certaines époques êt dans certaines provinces les paysans étaient réduits « à paître l’herbe à la manière des bestes »? Qui aurait pu en douter, lorsqu'aux États généraux de 161%, Savaron l’attestait dans les termes les plus pathé-
tiques à Louis XIII, en ajoutant : « Cela est tellement