‹ Alimentation du paysan: Sous l'ancien RégimeChapitre 43 sur 53 · CHAPITRE V NA · texte numérisé non relu

CHAPITRE V NA

L’abondance de certaines provinces et de certaines années, qui rendait, dit-on, le paysan paresseux (1), n’empèchait pas la disette et la pénurie de se produire en d’autres temps et en d’autres lieux.

Les famines ont été assez fréquentes aux siècles derniers : les unes produites par les guerres civiles ou étrangères, les autres par l'insuffisance des récoltes et les entraves apportées au commerce des blés. ’

Les nations étaient trop rapprochées pour que leurs récoltes ne fussent pas influencéés souvent par les mèmes excès de froid, de pluie ou de sècheresse. Les chroniques anciennes, Où nos pères consignaient leurs

observations sur les divers fléaux qui désolaient l’agri-

1. Guy-Coquire. Histoire de Nivernois, 1622, p. 337, — Bou- LAINVILLIERS, Elal de la France, Il, 154, 399 (Dauphiné, Tou-

raine ).

culture, nous renseignent à ce sujet. Il n’est pas rare de les voir signaler en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en mème temps qu’en France, une cherté de grains ou une famine, suivie d’une mortalité exceptionnelle, dont ces divers pays eurent à souffrir. À plus forte raison des phénomènes météorologiques analogues devaient-ils affecter fréquemment les divers fiefs qui constituent à présent notre territoire français. Toutefois, à côté de ces désastres communs à l’Europe ou à la France, que nous révèle la hausse continuelle des prix du blé, il y avait des disettes locales, des avaries partielles auxquelles les provinces limitrophes auraient pu remédier en se prêtant un mutuel secours. Mais le grain circulait difficilement. La famine va et vient ; elle se promène de l'Est à l'Ouest et visite tantôt une province, tantôt l’autre. C’est un fléau familier, On s’y attend, on s’y résigne, ainsi qu'à une force indomptée de la nature (1).

Les guerres étaient également une des principales causes des disettes: une guerre était une entreprise de dévastations ; on commençait au printemps, on vivait aux dépens de l’habitant, on brûlaitles maisons, on ravageait les moissons, on mettait tout à feu et à sang, et quand arrivait l'automne, on s’arrêtait, on Mat ses quartiers d'hiver, pour recommencer au printemps suivant. Quand une région avait servi, selonl’expression consacrée, de théâtre aux hostilités, elle était ruinée

pour de longues années. Au x siècle ce fléau ne sévit

Page 1