SCENE II. I
ALINE
Nos ennemis !
VINCENT
Je sais :
Vous avez dans leurs rangs des amis. C'est assez Les plaindre. Car il esc temps qu'il vous en souvienne De fortune aujourd'hui vous n'avez que la mienne.
Je le sais, cher Vincent, fière de partager.
Avec vous, quel qu'il soit, l'honneur ou le danger.
VINCENT
Vous pleuriez cependant, Aline; or, il me blesse De sentir près de moi cette indigne faiblesse, Quand mon parti triomphe. Est-ce ma faute, à moi, Si vos parents qu'affole un ridicule émoi Ont quitté leur pays pour en chercher un autre. Consommant d'un seul coup leur ruine... et la nôtre r^ — Abandonnant la France, ils ne sont plus Français.
ALI NE
Vincent !
VINCENT
Ils apprendront par nos récents succès
la ALINE.
Qu'il en coûte à trahir la patrie abîmée.
ALIXE.
Ah ! par pitié!
VINCENT
Parbleu, s'ils vous avaient aimée, Ils seraient restés là, gardant le bien sacré Qu'attendaient nos enfants. — Si vous avez pleuré Sur notre bonheur mort, fort bien, — mais sur leur peine. Non pas ! — Car je vous veux une âme plus hautaine. Il est dur, je le sais, de vivre pauvrement; Mais...
ALINE
Mesuis-je donc plainte?... Ah! vous raillez vraiment A croire que cela m'atteint, Vincent! — C'est une Chose affreuse! ai-je donc poursuivi la fortune En m'unissant à vous, malgré mon père mort, Malgré tous...
VINCENT
Il est vrai ; peut-être eûtes-vous tort.
ALINE
Pourquoi dis-tu cela, puisque je suis heureuse? La chose, je le sais, était aventureuse De heurter mon amour à l'orgueil paternel ; Mais, vois-tu, mon amour se sentait éternel.