SCENE II
Que puis-je regretter, t'ayant donné ma vieP' La seule part de nous qui ne nous soit ravie ! Ne doute plus, Vincent. Rien ne saurait ternir Un bonheur sur lequel veille un tel souvenir. Les jours passés sont là, sentinelles actives, Nous gardant le trésor des heures fugitives.
VINCENT
Vous pleuriez, cependant...
ALINE
Pardonnez-moi, Vincent.
N'avez- vous eu jamais quelque être cher absent. Malade et loin de vous.^ C'est une chose amère.
VINCENT
Vous voulez, n'est-ce pas, parler de votre mère }
ALINE
Oui, de ma mère. Elle est mourante et près d'ici.
VINCENT
Je le sais.
ALINE
Ne pouvant supporter le souci De son mal, mon angoisse était bien légitime, N'est-ce pas, et je puis t'avouer tout mon crime r
14 ALINE
Près d'elle j'envoyai, mais nul a'esc revenu.
VINCENT, à part.
Je le sais bien, parbleu.
ALINE
Mon chagrin t'est connu Maintenant, et je puis te dire ma prière : Laisse-moi partir.
VINCENT
Vous !
ALINE
Jusques à la frontière.
Un mot signé de vous écarte tout danger, Et Marthe me suivra prête à me protéger.
VINCENT
Vraiment je vous admire et ce dessin m'agrée. Du camp des émigrés je vous ouvre l'entrée, Et, par vous, communique avec nos ennemis!
— Il ne vous suffit plus de m'avoir compromis
Par votre nom, qu'on tient pour suspect dans l'armée... Il vous faut d'un soupçon ternir ma renommée!
— Nous n'avons que cela pour vivre, cependant ; Vous me permettrez donc, — pour vous, — d'être prudent,