‹ Aline; pièce en un acte, en vers [par] A. Hennequin et A. SilvestreChapitre 8 sur 28 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Que puis-je regretter, t'ayant donné ma vieP' La seule part de nous qui ne nous soit ravie ! Ne doute plus, Vincent. Rien ne saurait ternir Un bonheur sur lequel veille un tel souvenir. Les jours passés sont là, sentinelles actives, Nous gardant le trésor des heures fugitives.

VINCENT

Vous pleuriez, cependant...

ALINE

Pardonnez-moi, Vincent.

N'avez- vous eu jamais quelque être cher absent. Malade et loin de vous.^ C'est une chose amère.

VINCENT

Vous voulez, n'est-ce pas, parler de votre mère }

ALINE

Oui, de ma mère. Elle est mourante et près d'ici.

VINCENT

Je le sais.

ALINE

Ne pouvant supporter le souci De son mal, mon angoisse était bien légitime, N'est-ce pas, et je puis t'avouer tout mon crime r

14 ALINE

Près d'elle j'envoyai, mais nul a'esc revenu.

VINCENT, à part.

Je le sais bien, parbleu.

ALINE

Mon chagrin t'est connu Maintenant, et je puis te dire ma prière : Laisse-moi partir.

VINCENT

Vous !

ALINE

Jusques à la frontière.

Un mot signé de vous écarte tout danger, Et Marthe me suivra prête à me protéger.

VINCENT

Vraiment je vous admire et ce dessin m'agrée. Du camp des émigrés je vous ouvre l'entrée, Et, par vous, communique avec nos ennemis!

— Il ne vous suffit plus de m'avoir compromis

Par votre nom, qu'on tient pour suspect dans l'armée... Il vous faut d'un soupçon ternir ma renommée!

— Nous n'avons que cela pour vivre, cependant ; Vous me permettrez donc, — pour vous, — d'être prudent,

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