‹ Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premierChapitre 1 sur 58 · Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premier · texte numérisé non relu

Allan Caméron, roman inédit. Par Sir Walter-Scott. Tome premier

Le manuscrit d Allan Caméron faisait partie naguère de la belle collection d'autographes rassemblee à Londres, dans Huntly-House, par les soims de sir James Gordon. II figure aujourd’hui dans la bibliothèque de lord P..... La coùteuse manie de M. Gordon ayant sans doute un peu écorné son héritage, lan passé, après le décès du vieux gentilhomme, ses neveux ont mis à l'enchère tous les trésors qu’il avait amassés. Or, malgré l'affirmation des expertsauxquels on avait confié le soin de l'inventaire, bien des gens refusèrent de croire à la valeur réelle de la pièce attribuée à Walter Scott. Aussi Allan fut-il adjugé, pour un prix assez modique, au célèbre courtier Ù 1

Rose, qui, en cette occasion, n’était que le mandataire de lord P....

La découverte de ce livre, dont l'Angleterre et l'Ecosse ne soupconnaient pas même l'existence il y a un an, dont M. Lockart n’a retrouvé, à ce qu’il parait, aucune trace dans les papiers de son beau-père, a soulevé plusieurs questions auxquelles il nous serait difficile de répondre.

À quel titre M. Gordon se trouvait-il en possession d’un roman inédit de sir Walter Scott?

Allan Caméron serait-il, comme quelques-uns l'ont pensé, un présent de l’auteur de Waverley à son ami le bibliophile d'Huntly- House? Mais aucune correspondance, aucun témoignage ne vient à l'appui de cette conjecture. Pour la mettre au-dessus de toute contestation, il faudrait que les relations des deux personnages entre eux fussent mieux connues.

Croirons-nous, avec quelquesautres, qu’un nommé Graham aurait dérobe cet ouvrage à Abbotsford pour le vendre à un libraire de Londres, bien connu dans la Cité, lequel, à son tour, craignant un procès, l’aurait céde secrètement au riche amateur d’autographes?

Nous ne savons sur quoi reposent tous ces bruits qui ont couru un moment dans les salons de Westind. Le T'imes et d’autres journaux les ont répétés, mais en les modifiant selon l’ordinaire. Ils ont publié que ce Graham avait cté autrefois le collaborateur de Walter Scott, qu’il lui avait fourni tous les matériaux de ses premiers romans, et se disposait à revendiquer ses droits d'auteur devant la Haute-Cour

de Justice d'Edimbourg. Les journaux français n’ont pas manqué de reproduire cette nouvelle.

La seule chose qui nous paraisse vraisemblable dans l’histoire de Graham, c’est le larcin dont nous parlions plus haut. Cependant, le silence que le baronnet aurait cru devoir garder à cet égard, le respect que commande la mémoire de M. Gordon, ne permettent d'aborder cette hypothèse qu'avec une extrême réserve,

Une autre question a été posée. Allan Caméron est-il véritablement l’œuvre de Walter Scott? Quelques doutes se sont elevés sur l'authenticité du manuscrit. Il est, dit-on, impossible que l’auteur d'Ivanhoë ait composé un roman dont le sujet, dont le titre même soit demeuré inconnu à ses amis et à sa famille.

L’objection ne nous semble pas très solide. Pour la réfuter, il suffit de demander à ceux qui la font quel intérêt M. Gordon, lord P..... et les experts qui ont examiné le manuscrit pouvaient avoir à tromper le public. En supposant, ce qui est absurde, qu'ils y aient eu le moindre intérêt, il faudrait encore leur donner pour complice le véritable auteur d’A4/lan Caméron. Or, si ce livre est fait de manière à entretenir, dans l'esprit des lecteurs, l'illusion qu’on a voulu produire, pense-t-on qu’il se soit trouvé un homme assez fou pour se prêter à une supercherie qui devait le priver d’une gloire légitime au profit d’une tombe qui n’en a pas besoin? Pense-t-on que cet écrivain, au lieu d'inscrire lui-même le nom de Scotten tête de son œuvre, ne se fût pas montre assez

modeste et assez habile pour laisser ce soin à la Critique?

Car la Critique se trompe quelquefois, mais elle n'aime pas qu’on la trompe.

Qu'on laisse de côté, si l’on veut, le témoignage des experts; qu’on ferme les yeux à l'évidence des preuves matérielles qui nait de la confrontation du manuscrit avec les lettres et les autographes authentiques du baronnet, il restera encore un moyen de s'assurer de la vérité. Il suflira delire 4/lan Caméron. C’est une épreuve facile et dont le résultat n’est pas douteux.

Allan Caméron doit être rangé, à notre avis, au second rang parmi les romans de Walter Scott, et nous plaçons au second rang Woodstock, Rob-Roy, l'Officier de fortune, Guy-Mannering, etc. C’est, en effet, un de ces récits qui semblent écrits au hasard de l'inspiration et de la plume, dont les fils épars se brisent quelquefois et ne sont pas toujours rattachés avec bonheur, dont tous les caractères n’ont pas le même degré de force et d'originalité, mais où l’on reconnait cependant, presque à toutes les pages, la main du maitre. Il y a des scènes, des dialogues, ces chapitres qui pourraient, au besoin, se passer de signature. Aucun imitateur n'arrive là. Nous ne connaissons pas aujourd’hui, en Angleterre, de romancier qui ait pu écrire l'épisode des Vieillards, celui des Fantômes, celui d’Alison-la-Rousse, les chapitres intitulés : la Journée de Worcester, un Page de la Reine Elisabeth, les Douze Séquins, le Capitaine De Profundis, l'Auberge des Trois-Ecus, etc., etc.

Jl est fâcheux que lord P...., en bibliomane jaloux, refuse de livrer à l'impression le manuscrit qu’il possède; c’est priver la nation anglaise d’un bien qui devrait lui appartenir. Cela est fâcheux aussi pour les lecteurs français qui, si Allan Caméron eût été publié en Angleterre, auraient pu lire cet ouvrage dans la traduction de M. Defauconpret, cet homme savant et modeste, qui a fait passer avec tant de bonheur, dans notre langue, les œuvres du romancier écossais. Nous regrettons de n’avoir pas eu à notre disposition toutes les ressources et toute lexpérience qu'il possède, ce style naïf et simple qui donne à ses traductions l’apparence d’une production originale.

Quoi qu’il en soit, nous espérons qu’on nous saura gré des efforts que nous avons faits pour enrichir notre littérature de cette œuvre inconnue d’un homme à qui l’Europe a élevé dernièrement une statue. Les endroits faibles de cet ouvrage ressortiront sans doute davantage dans notre traduction, tandis que les beautés y seront souvent affaiblies ou effacées. Mais quoi! il y reste encore assez d’interèt pour consoler le lecteur et lui faire passer quelques douces veillées. En fermant le livre, il remerciera peut-être avec nous lord P... de la faveur qu’il nous a accordée, en nous permettant de traduire Alan Caméron.

Nous avons publié d'abord notre travail dans le journal {a France. Nous devions ce témoignage de reconnaissance au rédacteur en chef de cette feuille : c’est lui qui nous avait mis en rapport avec lord

ü AVERTISSEMENT.

P.... Mais, obligé de nous renfermer dans les dimensions du feuilleton, de prendre en considération certaines exigences d’une publication quotidienne, nous avions dù retrancher plusieurs épisodes et abréger de nombreux passages que nous rétablissons ici. Nous avons revu avec soin et corrigé en divers endroits notre traduction. Le manuscrit offrait maintes ratures, des renvois, des notes, dont nous mw’avions pas toujours tenu un compte assez scrupuleux. Lord P..... a eu l’obligeance de nous envoyer à ce sujet quelques remarques dont nous avons profité.

Page 1