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La chambre voisine, celie que devait occuper Merediiii, fut entièrement meublée comme celle (le M. et de mistress Madock. Ils réussirent à trouver h peu près les mêmes images pour orner le dessus de cheminée , et placèrent dans un coin un prie-Dieu qui rappelait parfaitement , par la forme et le bois dont il était fait , celui sur lequel s'agenouillaient soir et matin leur père et leur mère pour prier et demander la grâce d'AlIan peut-être.
C'est, comme nous l'avons dit, Meredith qui habitait cette chambre pleine de si bons souvenirs ; Allan n'osait qu'y entrer un instant dans le jour pour tomber à genoux sur ce prie-Dieu consacré par les réminiscences graves et tendi-es qui s'y rattachaient.
Ce n'est pas seulement à l'intérieur que les deux frères voulurent rendre leur maison en tout semblable au presbytère ; ils disposèrent la parlie du jardin qui faisait immédiatement face à la salle basse, tout à fait sur le plan du parterre de Lamberis. Si ce n'étaient point les mêmes fleurs que l'on planta, ce furent des fleurs qui devaient, par iour port et leur couleur , rappeler celles du
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pays de Galles. Un arbuste, tout h fait seinbl-iblc au laurier par le feuillage fut disposé de manière à former un berceau comme celui sous lequel M. Madock aimait à lire ses traités de théologie , à méditer ses prônes, ou à faire la douce conversation du soir.
Bientôt, grâce à la rapide végétation de ce climat , les deux frères pourraient ^ enir sous cet ombrage quand le soleil serait ardent , ou bien à l'heure où la clarté de la lune , l'astre du frais , arriverait sur eux à travers ces feuillages , en formant mille petites étoiles. C'est en se représentant ce que bientôt seraient ce petit coin de terre et la maison qu'ils donnèrent à leur habitation le nom du Xouveaic Lanberis ; une éminence assez voisine s'appela le petit Snowdofi, et quelques hauteurs qui s'élevaient dans le lointain devinrent pour eux le Cader-Ichis et le Plinlimmon. C'était l'antique Galles du >'ord transportée dans la la Nouvelle-Galles du Sud.
Ils venaient à peine de se faire ainsi une nouvelle patrie, quand, pour la consacrer et la bénir, arriva la lettre de mistress Madock qui racontait la cérémonie des pauvres, et comment .M. Madock
3vait prié avec eux pour leur enfant. En entendant ces derniers mots, Allan tomba les ^deux genoux en terre, et répéta l'oraison que sa mère avait transcrite exprès pour qu'il la redit. C'eût été dans le nouveau Lanberis une joie pure et sans trouble, si les deux frères eussent appris en même temps que la santé de leur père s'aniéiiorait, ou du moins se maintenait; mais celte lettre leur donnait de vives inquiétudes, surtout à AJlan , qui ne pouvait attribuer qu'à lui le coup terrible qui avait frappé au cœur M. Madock.
Tout était beau et souriait autour d'eux. La haie de géraniums qui bordait à l'intérieur la palissade était déjà haute , épaisse et tout en fleurs; la première récolte de patates, de noix et de froment avait été superbe. C'est alors qu'AlIau se rappela une remarque que M. Davids leur avait fait faire lorsqu'ils abattaient et déracinaient par le fer ou le feu les arbres des forêts. Le plus beau froment était venu aux endroits où le tronc d'un arbre avait été arraché ou brûlé : c'est que la combustion avait fertilisé le sol en lui fournissant plusieurs sels favorables , à la végétation, et que déjà ce sol avait été labouré et
pulvérisé par le travail ck'S racines qui s'étendaient continuellement de toutes parts.
Tout était donc florissant et riche dans l'habitation : champs, prés, verger même; car de jeunes arbres fruitiers , tirés d'une pépinière entretenue par le gouvernement , commençaient déjà à donner quelques fruits. Ceux du pays y venaient abondamment, et le nouveau Lanberis existait à peine depuis un an , que déjà il avait un troupeau de moutons assez considérable et un magnifique bétail. Les produits de toute nature suffisaient non-seulement pour payer l'impôt au gouvernement de la colonie et entretenir aisément l'habitation, mais Allan pouvait encore obéii' à une inspiration louable qui lui était venue de son repentir , et amassait de quoi envoyer à ce 31. Griffith , cju'il avait volé une partie de ce que lui donnerait son traval. Cette résolution annoncée au presbytère par une lettre datée du nouveau Lanberis, y ramena encore un peu de contentement ; mais, par nia.beur, 3L Madock ne pouvait se rétablir : il allait tombant de jour en jour , et sa femme commençait à craindre que son n>al ne fùf incurable.
Dans SCS lettres au nouTcau Lanberis , elle laissait bien percer un peu de sou affliction ; il y en avait tant ait fond de son cœur ! Cependant elle craignait de trop attrister ses deux fils, Allai! surtout qui devait avoir bien du remords , et elle avait le courage de retenir ses larmes pour qu'elles ne couvrissent pas le papier qui devait aller consoler ses enfans. Que le courage de l'amour maternel est fort !
Presque tous les mois, Allan ou Meredith allait à Port-Jackson vendre les produits de leurs terres, et Allan ne pouvait assez admirer l'industrie de l'homme dans les changemens presque merveilleux que présentait la ville à chacun de ses nouveaux voyages. Les maisons , les magasins, les quais , les rues y apparaissaient comme par enchantement. Il était donc très-plaisant d'entendre les premiers habitans de la colonie appeler ce terrain si peuplé et si animé à présent , le camp , comme à l'époque où quelques tentes formaient les habitations temporaires et nomades des défricheurs , alors que des poteaux , [plantés de distance en distance, indiquaient seuls la trace des rues, et que l'on voyait circuler, au milieu
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des arbres abattus et des troncs renversés , les chaînes des travailleurs captifs , l'unique population de ce premier temps. Aujourd'hui , ces cliaînes ne passaient qu'accidentellement au milieu des rues animées de Port-Jackson , et le bruit des fers se perdait dans le tmuulte innocent d'un commerce actif. Si Ton s'arrêtait devant ces ti'oupes de déportes, c'était pour regarder le costume jaune qu'on leur faisait revêtir dès leur débarquement et qui leur valait le sobriquet de canaris. Il était pourtant douloureux de les entendi'e plaisanter sur leurs vêtemens d'infamie. Comme ils étaient de droit dans la colonie, puisque la justice les y avait envoyés, ils n'avaient "[^as honte de se qualifier de légitimes , et d'insulter, eu les nommant itlcgitimes, les planteurs qui étaient venus volontairement de la mère-patrie s'établir dans ces pays nouveaux. Ils ne faisaient pas grâce non plus de leurs ignobles outrages aux émancipes , à ceux qui avaient subi leur peine et qui exerçaient alors un commerce honnête. IS 'allaient-ils pas, les malheureux! jusqu'à se vanter en quelque sorte de leur stygmatcs d'ignominie, et se parant, comme de litres de noblesse.
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de la marque qu'ils portaient jusqu'à se dire tinrsl Quelle diî'plorable chose que celle fierté révoltante se haussant sur la boue du vice ou dii crime !
Allan rencontrait souvent dans les rues ou entrevoyait dans diverses boutiques des émancipés, anciens compagnons de chaîne, et devenus à présent honnêtes et respectés. Le gouvernement avait pris à ce sujet de très-sages dispositions : on châtiait des peines les plus sévères tout propos qui eût été pour un hbéré un reproche de sa conduite antérieure. Une telle loi était juste et morale : l'homme qui avait expié son crime suivant les hommes, par la punition qu'ils lui avaient infligée , n'était plus justiciable qu'envers Dieu.
Allan avait beau regarder lors de toutes ses visites à la ville, il ne voyait point Évans qui pourtant aurait dû à celte époque, avoir fini son temps ; mais il s'était mal conduit dans sa captivité , et la durée de sa peine avait été accrue.
Meredith , voyant son frère tout-à-fait rendu au bien , placé à la tête d'une habitation déjà considérable, pensait h s'en retourner à LanLeris
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