‹ "Allemagne au-dessus de tour."Chapitre 19 sur 36 · LITTÉRATURES MODERNES · texte numérisé non relu

LITTÉRATURES MODERNES

Cet article a e'té écrit à Charolles en juillet 1838; il a paru dans la Revue des Deux Mondes le 1" août; il est réimprimé de nouveau, avec très peu de modifications, dans le volume Allemagne et Italie (1839) (1). Nous renvoyons à V Avertissement de cette présente édition, où nous expliquons pour quelles raisons nous l'avons maintenu, en le mettant à la place qu'il doit occuper chronologiquement dans la série des articles concernant l'Allemagne.

Quinet est dans toute la maturité de son talent. Il a fait paraître cette année-là, en mars 1838 (1), son poème de Prométhêe (2). La Revue du 1" février a publié la préface du poème; le l" décembre de la même année, elle publiera l'article De la Vie de Jésus du docteur Strauss. L'Université de Strasbourg a le plus grand désir de s'adjoindre Quinet comme professeur. Mais il préfère Lyon; à la fin de 1838, grâce à Michelet, grâce à Villemain, devenu ministre de l'Instruc-

(1) Dans les Œuvres complètes, i. Yll (Les Roumains. — Aile" magne et Italie), il porte le numéro XVI et il est le dernier article de la série Allemagne, où il vient après De la Teutomanie.

(2) A Paris, chez Bonnaire.

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tion publique, sa nomination à la Faculté est décidée. En attendant, il se retire à Heidelberg, où il écrit ses thèses (1). rsulle période de sa vie n'est plus calme ni plus féconde.

Cette maîtrise éclate du commencement à la fin de l'article. Quinet s'élève au-dessus des querelles d'écoles, qui jadis ont divisé romantiques et classiques. Avec un bon sens éminemment français, il venge notre dix-septième siècle des injures que nous-mêmes, hélas! lui avions prodiguées. Il fait justice de ses non moins étranges défenseurs, qui le représentaient comme isolé dans le temps, sans rapports avec ce qui précède et ce qui suit. Dans un effort de pensée auquel il faut rendre hommage, il montre le même esprit humain qui circule sans cesse de Voltaire à Gœthe, de Rousseau à Byron, d'Ossian ou de Milton à Chateaubriand. II nous invite à élever dans notre pensée « un vaste panthéon, où seront admises toutes les formes du beau » .

Quel plus noble idéal à proposer à ceux qui, reniant le génie de la France, s'enthousiasmaient pour l'Allemagne sans la comprendre et sans voir ce qu'elle devait elle-même à la France? Quelle plus belle réponse aux chauvins d'outre-Rhin, que bientôt il allait démasquer dans la Teutomanie et qui oubliaient, dans leur vanité énorme, tout ce que cette France avait fait pour l'humanité et pour eux-mêmes? Détail curieux, ce remarquable article, d'une pensée si haute, fut payé par la Revue des Deux Mondes... cent francs! C'est ce que nous apprend une lettre de Michelet à Quinet du 17 décembre 1838 : « Votre lettre reçue, mon cher ami, mon père a été immédiatement chez Buloz, qui apayéZ)e l'Unité de la littérature 100 francs...

(1) La thèse latine : De indicœ poesis anliqiiissifnœ natura et indole; la tlièse française de philosophie ; Essai d'une classification des arts.

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Je VOUS engage, ajoute Michelet, soit dit en passant, à exiger des condilions plus raisonnables. »

Mais la lievue n'avait pas encore plus de deux mille souscripteurs^ Quinet était peu exigeant et Buloz fort économe !

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