PENDANT LA BATAILLE
Écoutons le bruit de la bataille et affermissons notre espoir!
Que nous présagent ces heures terribles qui retentiront dans la postérité la plus lointaine? La délivrance. Que signifient le silence de cette ville incomparable, sa foi, sa sérénité dans l'extrême péril? Elle sent la victoire, elle la possède d'avance. Rien ne peut la lui arracher. Elle a ressaisi le sceptre des esprits; sa victoire est nécessaire au monde.
Qui jamais a entendu parler d'un spectacle pareil? Une ville désarmée pendant vingt ans par les traîtres qui prétendaient régner sur elle ; des «nnemis innombrables amenés par la main pour l'étouffer au gîte; toute la race allemande vociférant autour de ses murs : Paris ! Paris ! et le monde à moitié complice de ces barbaries se réjouissant de voir tomber sous le couteau l'esprit de liberté et de civilisation.
Eh bienl ces instincts sauvages, cette haine de la lumière ont été trompés. De cette ville que l'on croyait surprendre endormie par l'esclavage ou abattue par la famine sont sorties des armées que la liberté vient d'enfanter, et qui en naissant portent au front la victoire. On niait leur existence, pour toute réponse elles courent à l'ennemi.
Maintenant, elles sont là, près de nous, aux prises avec les ravageurs qui croyaient n'avoir qu'à étendre la main sur nous pour nous écraser. Dès leurs premiers pas, elles ont fait reculer ceux
qui disaient : « Il n'y a plus de France! » Aux incrédules qui déclaraient la République impossible, elles ont montré la République victorieuse.
Heureux ceux qui sont dans la mêlée avec le général Trochu et le général Ducrot ! La gloire les accompagne, les vœux de toute la France sont pour eux ! Ils n'ont pas le tourment de l'attente, de l'incertitude ; ils voient l'ennemi se retirer ou tomber sous leurs coups; ils savent que trente-huit millions d'hommes vivent de leur vie et que leur mémoire subsistera tant qu'il y aura une France.
Pour nous, nous savons, nous affirmons une seule chose : c'est que, morts ou vivants, ils sont victorieux. Leurs dangers^ leurs blessures, leurs souffrances, ont une récompense assurée; cette récompense qui ne peut leur manquer, c'est d'avoir sauvé la patrie.
Oui, ils ont été déjà deux fois vainqueurs, ils le seront encore dans tous les cas, et pour toujours, parce que leur exemple a rendu la guerre nationale, et que toute guerre nationale aboutit nécessairement au triomphe.
Que leurs amis, leurs parents se réjouissent donc de ce triomphe certain.
La lutte qu'ils soutiennent sur le plateau d'Avron a désormais son écho dans chaque village de la France. On n'endormira plus cette grande nation, que les coups portés aujourd'hui sur la Marne et la Seine ont achevé de rendre à elle-même.
La voilà qui arrive par tous les chemins! Que peut la Prusse, arraciiée de ses fondements, contre cette France qui partout combat chez elle, partout enfante un vengeur, une armée? Elle avait hier pour elle le bon droit; elle a aujourd'hui la force.
Un échec s^r un point ne peut l'abattre; l'ftnnemi, au contraire, est obligé de vaincre partout, s'il ne veut pas périr. Le châtiment approche pour lui; il a déjà commencé.
Les barbares! Ils ont tenté d'effacer de la terre ce nom de France pour y substituer le leur.
Ils ont voulu faire un grand vide à la place de ce peuple dont le génie les importime.
Ils seront punis deux fois de ce crime envers la société humaine. Ils verront tomber leur rêve monstrueux de domination, et grandir dans la Liberté et la République le peuple qu'ils voulaient anéantir.
Paris, 3 décembre 1870.
(Le Siège de Paris : XI, Pendant la bataille.)
VICTOIRE A L esprit!